Les Jeudis de l’Angoisse (des comics) # 22


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Les Abandonnés

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Depuis le phénomène Walking Dead, le nombre de comics ou même de bandes dessinées en général (Mangas et franco-belge n’ayant pas échappé non plus au phénomène) ayant pour thème les invasions de zombies s’est multiplié, avec des résultats qualitativement parlant plutôt disparates et très honnêtement, difficile de s’y retrouver dans cette jungle de titres ayant « Dead » dans le titre.
Et si justement l’une des bandes dessinées les plus intéressantes dans cette jungle de corps putréfiés ne comportait pas le terme « Dead-quelque-chose » dans son titre  ? Et si, ironie du sort, cette bande dessinée avait été traduite en France dans l’indifférence la plus générale ? Et si de plus, elle était signée par un des auteurs les plus estimés sur ce blog et par votre serviteur ? Et si j’allais en parler maintenant ? Toutes ces questions vous allez en avoir les réponses sous peu, mais petite morsure de rappel sur ce que sont les zombies.

Le zombie moderne, à savoir un cadavre ressuscité qui revient dans un état de non-vie pour dévorer la chair des vivants fut créé par George Romero en 1968 dans son mythique film La Nuit des Morts Vivants. Je ne reviendrai pas sur Big George, l’ayant déjà fait lors du Jeudi consacré à Creepshow, je vous renvoie donc à ma prose et ça vous fera en plus l’occasion de lire cet excellent chapitre des Jeudis, excellent parce qu’il est bien tout simplement et parce que c’est moi qui l’ai écrit et que de toute façon, tout les Jeudis de l’Angoisse (des Comics) sont intéressants, sinon ma boss ne les publierait plus depuis longtemps.
Mais revenons aux zombies après ce petit intermède d’auto-congratulation, quoique le rapport entre Katchoo et un zombie n’est pas si éloigné que ça, une histoire d’appétit insatiable dans un autre domaine tout ça tout ça, enfin bref.

Donc c’est avec son film que George Romero établi ce que seront les zombies dans l’imaginaire collectif pour les décennies à venir et cette caractérisation est d’ailleurs encore d’actualité aujourd’hui : Ce sont donc des êtres humains qui une fois réanimés par un moyen X ou Y (souvent un virus) sont lents et stupides, insensibles à la douleur et ne réagissant qu’à un seul instinct basique qui est de se nourrir de la chair des vivants. Ces êtres étant décédés, ils continuent de se putréfier et on les représente souvent ayant des corps décharnés ou atrocement mutilés. Les zombies sont souvent représentés en horde de plusieurs individus, leur nombre palliant leur relative faiblesse physique.

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Il est amusant de constater que l’intérêt des amateurs de culture bis pour les zombies ne s’est jamais démenti depuis leur création, d’abord au cinéma, puis lorsque celui-ci laissera de coté les morts vivants pour d’autres thèmes (le slasher dans les années 80 avec Halloween, Vendredi 13 et compagnie puis les college movies dans les années 90 et ces Scream et autres The Faculty), ce sera le jeu vidéo qui s’en appropriera les codes avec bien sûr la saga Resident Evil mais aussi d’autres jeux comme House of the Dead ou Nightmare Creatures.
Paradoxalement, c’est au travers du jeu vidéo que les zombies referont leur apparition au début des années 2000 sur les écrans de cinéma avec l’adaptation du jeu vidéo Resident Evil réalisé par Paul Anderson et sorti en 2002. Malgré sa qualité plus que discutable, le succès du film redonnera de l’intérêt au public et surtout aux producteurs pour les films de zombies. La même année sort également le film anglais 28 Jours Plus Tard de Danny Boyle mais ce film est un cas particulier sur lequel je reviendrai très certainement prochainement, une excellente mini série de comics en ayant été tirée.

L’engouement général pour le style reviendra à son apogée avec le succès international du remake du Dawn of the Dead de George Romero signé Zack Snyder et maladroitement re-titré en France L’Armée des Morts. Biberonné aux jeux vidéos, Snyder va alors insuffler au style zombie de l’énergie salvatrice avec des zombies qui courent, aux attitudes agressives et des scènes d’action survoltées. Non exempt de défauts, L’Armée des Morts est malgré tout un divertissement horrifique de grande qualité qui va obtenir logiquement un grand succès et va remettre sur le devant de la scène les films de zombies.
Niveau comics, c’est en octobre 2003 que sort le premier numéro du comic The Walking Dead : la bande dessinée a surtout un succès d’estime dans un premier temps mais à force de bouche à oreilles  et de critiques élogieuses, elle fini par obtenir une renommée chez les amateurs de comics et de culture horrifique. Sa popularité explosera en 2010 avec l’apparition de la série télévisée, faisant de ce comic et son adaptation un véritable phénomène. Je ne m’étalerai pas plus sur Walking Dead, je pense que quasiment tout a déjà été dit, que se soit sur le comic ou la série télévisée.

Dans le monde des comics, tout le monde veut sa part du lion et quasiment tous les éditeurs vont s’engouffrer dans la brèche, Marvel y compris qui n’hésitera pas à zombifier ses héros dans sa mini série Marvel Zombies, confiée à nul autre que Robert Kirkman, le papa de Walking Dead (1).
D’autres éditeurs vont donc publier des histoire de zombies : IDW en 2004 avec l’excellent Remains de Steve Niles et Kieron Dwyer (2) et même le timide et confidentiel éditeur Tokyopop s’y mettra avec The Abandoned, petite perle du genre injustement méconnue, injustice que je vais réparer de suite.

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The Abandoned (Les Abandonnés en français) c’est donc un comic écrit et dessiné par Sophie Campbell en 2006, créatrice également de l’excellentissime série Wet Moon dont j’ai déjà parlé sur ce blog.
Je ne vais pas vous présenter de nouveau Sophie Campbell, je l’avais déjà fait dans l’article sur Wet Moon et je vais juste me contenter de mettre à jour ce que j’avais écrit.
La première chose qu’il faut noter c’est le changement de nom de l’auteure : En effet, Ross est devenu Sophie, l’auteure ayant fait son coming out en tant que transgenre en 2015.
Professionnellement parlant, Sophie Campbell a depuis publié Glory (publié en France et que j’ai chroniqué ici), elle a longtemps œuvré sur la série Tortues Ninja et travaille actuellement sur la série Jem & The Holograms, séries toutes deux encore inédites en France.

Sophie Campbell est sans conteste un de mes auteurs favoris, me reconnaissant beaucoup dans ses personnages, l’auteure ayant pour habitude de souvent dépeindre des personnages un peu borderline, souvent aux physiques différents (surpoids ou ayant des handicaps), issue de minorités ou de mouvements alternatifs comme le gothisme ou le punk.
Tout ces thèmes se retrouvent dans sa création la plus personnelle, à savoir Wet Moon mais aussi dans Les Abandonnés, ce one-shot partageant d’ailleurs beaucoup de points communs avec Wet Moon.

They said that your scream was heard through the storm.
It was a desperate noise that shocked the sky.

And they told me about all the holes in your skin.
The needles that’ve been piercing through you.
It was a pattern of wounds, in a city that’s dead.
The blood has to be shed…. and wasted.

Deathstars – Death is Wasted on the Dead (Extrait de l’album The Greatest Hits on Earth, 2011) (3)

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The Abandoned c’est donc l’histoire de Rylie, l’employée d’une maison de retraite d’une petite ville en Louisiane qui après le passage d’un ouragan dévastateur, va constater que la plupart des victimes se sont transformé en zombies.
Rylie est lesbienne, a beaucoup d’amis et logiquement, face à cette apocalypse (on a quand même eu coup sur coup deux catastrophes d’affilées, à savoir un ouragan et une peste zombie) son premier réflexe sera donc de s’inquiéter pour celle qu’elle aime ainsi que pour ses amis et va donc chercher à les retrouver au plus vite. Mais dans un environnement dévasté et sans loi, les petites haines et rancœurs vont se retrouver exacerbées et Rylie va vite se rendre compte que hormis les zombies, les créatures les plus dangereuses ne sont pas forcément les morts-vivants.

Comme je l’ai dit plus haut, Les Abandonnés a beaucoup de points communs avec Wet Moon  : Déjà au niveau des personnages, ont retrouve avec plaisir le même genre de personnages « paria » chers à l’auteure : Gothiques, homosexuels, punks et/ou aux physiques atypiques, la bande dessinée est un florilège de personnages divers et variés. Loin d’être un prétexte de faire quelque chose de différent du mainstream (et comme pour Wet Moon), ces choix esthétiques servent le récit en rendant les personnages plus proches de la réalité et du même coup plus attachants et ce malgré le trait volontairement exagéré de Sophie Campbell, sorte de mélange improbable entre Richard Corben et Barbara Canepa.
D’ailleurs visuellement, Les Abandonnés est très représentatif des débuts de Sophie Campbell, notamment au niveau du découpage des planches et, à l’instar de Terry Moore, d’une utilisation judicieuse des silences et des expressions faciales des personnages qui à elles seules suffisent souvent à faire passer le message de l’auteure sans utiliser de dialogues.
Campbell réussi à créer une véritable ambiance soit oppressante, soit plus intimiste selon les situations, on reste par contre dans une histoire de zombies avec tout les passages obligés de ce genre de récit, les scènes gore bien entendu mais aussi les traditionnelles bagarres entre survivants.

Pour ce qui est de l’histoire, même si cela reste une histoire de zombies, Campbell prend le pari de rester proche de ses personnages en insistant sur les drames personnels, cette invasion de zombies étant au final plus une occasion qu’ont les protagonistes de montrer leur véritable personnalité. Pour cela, Sophie Campbell nous rend très proche des personnages, en nous les montrant d’abord dans des scènes de vie quotidienne anodines puis lors de l’invasion de zombies, plutôt que de montrer des scènes gores de destruction de zombies (ces scènes étant quand même présentes, mais dans une moindre mesure que dans d’autres comics du même type), l’auteure nous les présente entre eux, discutant, se rapprochant ou se déchirant au fur et à mesure du récit, les zombies étant au final presque secondaires. Un postulat risqué mais parfaitement maîtrisé, rendant son récit plus intime et donc plus émotionnellement puissant, et je dis ça en parlant d’un comic avec des zombies au cas ou vous l’auriez oublié.

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Même au niveau de la colorisation, Campbell a fait dans l’originalité avec un récit entièrement en nuances de gris, à l’exception de tout les éléments en rouge : Encore un choix risqué mais qui au final donne un cachet unique à cette bande dessinée, décidément hors des sentiers battus.
Le plus incroyable, c’est que cet ovni dans le genre des comics de zombies a été publié en France, chez Milady Graphics dans une très belle édition au format manga, de plus avec une excellente traduction et ce… Dans l’indifférence générale.

Les Abandonnés, c’est un comic hors norme qui malgré son pitch de départ marque sa différence avec ces personnages hétéroclites et sa sensibilité à fleur de peau. J’ai connu Sophie Campbell grâce à cette bande dessinée et ce fut l’une de mes grandes découvertes de lecteur de comics : J’y ai découvert une artiste à l’image de ses personnages, différente, sensible et incroyablement talentueuse et je pense très sincèrement que ce comic est un bon point de départ pour découvrir le travail de cette artiste, injustement méconnu, surtout chez nous.

Après Les Abandonnés, je vous conseille d’embrayer sur Glory et surtout Wet Moon, vous me direz merci  !

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Les Abandonnés de Sophie Campbell, publié en France en janvier 2010 chez Milady Graphics.

PS  : Visiblement Sophie Campbell a quitté le petit éditeur Tokyopop avant de pouvoir donner une véritable fin à ce comic (même si je trouve que la fin du livre est déjà très bien), une fin a été publiée par l’auteure sur un tumblr dédié à cette adresse  : http://cantlookbackcomic.tumblr.com/page/30
Attention néanmoins, c’est réservé à un public averti.

1 : Néanmoins, il faut préciser que la paternité des héros Marvel en version zombie revient à Mark Millar qui dans les numéros 21 à  23 de la série Ultimate Fantastic Four les utilisera pour la première fois, Kirkman ne faisant qu’étendre l’idée de Millar dans son Marvel Zombies.

2: D’ailleurs peu le savent mais Remains a été adapté en film en 2011.

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Not in Kansas Anymore


Chapter 04, Page 08 — Kahlil

Grâce à Fanny Monstier du blog Comics pour Noob, j’ai découvert hier une bien belle pépite qui porte le nom de Kahlil, un webcomic comme je les aime créé par Kumail Rizvi, un dessinateur et architecte britannique d’origine pakistanaise.
Mise en ligne depuis octobre 2015 et composée à l’heure où je vous parle de 4 chapitres, Kahlil part d’un postulat assez simple et d’autant plus universel qu’il revient à l’esprit fondamental du super héros dont il fait directement (et respectueusement) référence : et si le vaisseau du petit Kal-El s’était écrasé au Pakistan plutôt que dans un champ perdu du Kansas ?

Certes, l’idée n’est pas nouvelle ni originale en soit, de Superman : Red Son où le big blue devient carrément red, ou Justice League: Gods and Monsters où l’on a droit cette fois-ci à une version mexicaine de l’immigré le plus célèbre de la pop culture, sans parler du New Super-Man chinois qui a fait ses débuts le mois dernier chez DCil est très facile finalement de transposer le mythe de Superman vers des cultures et des ethnies différentes, et c’est bien ce qui donne toute la force et la beauté d’un tel personnage…

A l’image de Ms. Marvel et sa Kamala Khan elle aussi d’origine pakistanaise mais résidente aux Etats Unis, Kumail Rizvi s’offre (et nous offre également par ce biais) une occasion de parler de sa propre culture avec la plus belle sincérité du monde, il y a du Marjane Satrapi dans cette oeuvre, qu’on se le dise.

Le fait est que ce webcomic prend son temps, et l’on comprend très bien que l’arrivée de ce nouveau Superman n’est absolument pas une finalité en soit, mais plutôt une opportunité de dévoiler au lecteur au terme des lieux et des discussions partagés par ses principaux protagonistes, toute la beauté et la diversité de la culture pakistanaise.
Les références multiples par rapport au matériau original sont bien présentes sans toute fois être obsessionnelles quitte à passer pour du nerdisme à outrance.
Kahlil s’avère être un très beau mélange entre un hommage vis à vis du plus universel des super héros, et une immersion totale et (j’ai l’impression) avertie sur la jeunesse pakistanaise de nos jours, dont le statut est d’autant plus fragile mais en même temps pleine d’espoir. Ne s’agit-il pas au bout du compte du message véhiculé par le Man of Tomorrow ?

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Alters #1 : la preview


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Le 7 septembre est décidément une date à retenir puisque celle-ci correspond déjà à la parution du premier opus de Skybourne dans tous les bons comic shops, mais également à celle du nouveau bijou potentiel d’Aftershock Comics, un éditeur qui jusqu’à maintenant ne m’a jamais déçu.
J’en ai déjà parlé ici, mais j’en remets une couche parce que je crois en ce titre, un point c’est tout.

Alters c’est une histoire de super héros située dans un monde où une guerre entre héros et villains est en train d’aboutir à une impasse, et où l’avenir de l’humanité fait partie des dommages collatéraux… Les héros savent qu’ils sont en train de perdre la guerre. Mais au centre de ce conflit en vue de changer le monde, une nouvelle menace semble émerger : il s’agit les Alters.
Ce sont peut être des mutants, ou bien sont-ils une sorte de fin ultime de notre carte routière génétique. Quoi qu’il en soit, les Alters semblent émerger dans tout le pays … et rencontrent peur, méfiance et préjugés, d’autant qu’ils manifestent de nouvelles puissances dangereuses qui émergent sans avertissement.

Elaborée par une équipe créative diversifiée composée de genres, d’identités de genre, d’origines ethniques et d’orientations sexuelles différentes, cette série de super héros révolutionnaire introduit pour la première fois un protagoniste transgenre central créé par un scénariste grand public.

Alors que le monde lutte pour accepter l’émergence de ces Alters, une jeune femme commence sa transition d’homme à femme tout en se trouvant également à se transitionner en un puissant Alter. Face à la persécution engendrée par un fasciste aux multiples pouvoirs connu uniquement sous le nom de Matter Man, elle devra faire face au monde en tant que Chalice – un héros d’une nouvelle ère.
Mais alors que Chalice se cherche afin de devenir son vrai soi, elle doit également jongler avec les complications de sa vie civile et les responsabilités de son nouveau pouvoir.

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Lady Mechanika : la review de Julien Lordinator


Rapide review  : Lady Mechanika Tome 1

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Lady Mechanika c’est un peu la série dont on parle beaucoup et qu’on encense sans que personne ne l’ai vraiment lu… C’est une série qui a réussi à faire le buzz à grand renfort de couvertures alternatives, de mini sketchbooks et de visuels percutants et surtout par sa rareté, chaque numéro étant tellement attendu et espacé dans le temps que leurs sorties sont une sorte de mini événement dans le microcosme des fans de comics. Mais bien loin de son buzz, qu’est-ce qu’elle vaut vraiment cette série ? A l’occasion de sa publication il y a quelques mois chez Glénat Comics, j’ai eu l’occasion de me faire mon avis, que je vais vous soumettre de suite.

5Lady Mechanika, c’est le bébé de Joe Benitez, dessinateur surdoué issue des studios Top Cow. Il livre d’ailleurs ses premiers travaux chez cet éditeur : Tout d’abord avec sa propre série, Weapon Zero (une série à héros cybernétiques typique des années 90) puis sur les séries The Darkness, Magdalena, Wraithborn et plusieurs crossovers, toujours chez Top Cow. Le style de dessin de Benitez est vif et détaillé, le dessinateur ayant d’ailleurs la réputation d’être un artiste assez lent pour livrer ses planches mais en général et en tant qu’admirateur de l’artiste, je peux vous assurer que l’attente en vaut généralement le coup.
Lady Mechanika ne déroge pas à la règle, le premier numéro fut publié en août 2010 et le dernier en mars 2015… 5 ans pour 5 numéros (plus un numéro 0 servant de prologue), autant dire que si on est fan de cette série, il vaut mieux ne pas être pressé…
Glénat nous propose donc en un volume le numéro 0 ainsi que les trois premiers numéros de la série principale, avec en bonus une galerie de couvertures alternatives.

In this mechanical world made of mechanical feelings
Where mechanical brains are living mechanical lives
Are your hearts beating in this dirty paradise ?

Markize – Mechanical Hearts (Extrait de l’album A Perfect Lie, 2012) (1)

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Le prologue nous montre la chasse d’une créature dans les rues d’une ville d’aspect victorien en version Steampunk. Chassée à la fois par des excités de la gâchette et par notre héroïne, la pauvre créature va finalement tomber sur Mechanika, est-ce un bien ou un mal ? A vous de le constater en lisant le bouquin.
L’histoire commence vraiment dans le chapitre suivant, après un court prologue montrant (encore) la traque d’une fillette aux mains mécaniques, on découvre Lady Mechanika, une jeune femme aux bras mécaniques, protectrice de la ville de… Mechanika.
Amnésique, la jeune femme est à la recherche de son passé et il semble que la compagnie d’armement Blackpool, qui a la main basse sur l’économie de la ville, y soit inévitablement liée. Commence pour notre héroïne une enquête pleine d’action et de rebondissements.

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Autant venir directement au fait, Lady Mechanika, visuellement, c’est une véritable claque : Chaque planche est prompte à vous décoller la rétine par sa beauté. Détaillés sans être trop chargés, les dessins de Benitez sont d’une beauté à couper le souffle. C’est même très certainement ce que j’ai vu de plus beau en comics depuis un sacré moment. On retrouve avec plaisir l’esprit visuel de la grande époque des comics Top Cow des années 90 et ses pages somptueuses.
Rien à redire donc niveau dessin, c’est un boulot admirable de la part de Benitez et l’attente en valait véritablement la peine.

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Par contre niveau scénario, là, je suis plus réservé… Je peux en gros reprocher à Lady Mechanika ce que je reprochais au relaunch de Ghost, également publié chez Glénat Comics : Un scénario basé sur des grosses ficelles, déjà usées sur des dizaines d’autres récits. Dans Lady Mechanika, on a encore une fois la présence de l’héroïne amnésique à la recherche de son passé, de l’assistant qui sert de comique relief, du chef d’entreprise machiavélique, de la tueuse sadique au service du méchant et du  personnage secondaire amoureux de l’héroïne qui va malgré lui se retrouver embringué dans l’histoire… Très franchement, en tant que fan de la période Bad Girls, des récits reposant sur ces bases, j’en ai lu des dizaines et j’ai du mal à croire que les scénaristes aient si peu d’imagination pour se renouveler.
Après, ceux qui n’ont pas connu la période des Bad Girls, dans le fond ça ne les dérangera peut être pas, mais moi je ne peux pas faire comme si je n’avais jamais lu ce genre de récit.

Avant de conclure, un mot sur l’édition française et encore une fois Glénat Comics nous livre un travail exemplaire, que se soit au niveau de l’édition (un hardcover irréprochable agrémenté de bonus) que de la traduction, parfaitement maîtrisée, d’un langage du début du siècle dernier très adapté au ton du récit. Comme à l’habitude, le travail de cet éditeur force le respect.

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Donc pour finir, Lady Mechanika, est-ce que ça vaut le coup ? Malgré quelques réserves, je dirais quand même oui, principalement pour son coté visuel qui, et c’est un peu dommage de le dire, représente le plus grand intérêt de cette série. Néanmoins, je garde une réserve, on a là que les trois premiers numéros de la série et j’espère être surpris par la suite.

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Skybourne #1 : la preview


Skybourne, c’est le nouveau projet en creator-owned de notre ami Frank Cho (parce que oui, ici on aime beaucoup Frank Cho, tout comme on aime beaucoup Greg Rucka, du coup le psychodrame autour des couvertures variantes de Wonder Woman dessinées par le premier et fustigées par le second a été d’autant plus pénible à suivre, les commentaires nauséabonds envers les deux artistes s’étalant sans retenue sur le web et les zéros sociaux, avec indubitablement peu de connaissance réelle des faits…).

Le créateur du jubilatoire Liberty Meadows revient en effet à partir du 7 septembre avec une mini-série de 5 numéros publiée chez BOOM! Studios, dont le contenu ne semble pas faire dans la dentelle, à l’instar de son Zombie King, ou de façon plus générale des titres élaborés par un certain Mark Millar.

Dans Skybourne, l’intrigue (que l’auteur a su faire mijoter pendant près de 10 ans) flirte avec la légende Arthurienne transposée dans notre monde moderne, où Merlin serait un antagoniste et chercherait à dominer le monde. Face à lui, Abraham, Thomas, et Grace, 3 enfants immortels descendants directs du fameux Lazare (mais nan, pas le Lazarus de Greg Rucka, on va pas y arriver hein !) travaillent pour une organisation secrète et ancestrale nommée la Top Mountain Fondation, financée par le Vatican et dont le but est de capturer ou détruire créatures et autres objets magiques afin de protéger le monde et le dogme catholique pour lequel la magie n’existe pas (ah ben, ça serait cool de faire venir Magdalena pour un caméo alors…).
En l’occurrence, l’histoire principale se centre essentiellement sur les aventures de Thomas et Grace, et il semblerait qu’une célèbre épée datant de l’époque du Roi Arthur soit de la partie, seule arme capable d’éliminer nos héros aux aptitudes exceptionnelles…

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SOS Fantômes : la critique de Julien Lordinator


Cinéreview  : SOS Fantômes (2016)

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A l’annonce du reboot de Ghostbusters, l’une des licences cinématographiques emblématiques des années 80, on a eu droit à un véritable ouragan de haine de la part des trentenaires nostalgiques dont le principal argument n’était pas la qualité de la première bande annonce (selon moi, excellente en tout point), mais plutôt à la base de « On ne touche pas au film de mon enfance ! » et de commentaires à peine blindés de sous-entendus du genre « Ouais mais non, je suis pas misogyne, mais pas une équipe de gonzesses quoi ! ».
Moi, je ne suis pas un nostalgique et très franchement, la nostalgie, ça m’emmerde, ça fausse un peu tout les jugements et c’est un peu l’excuse préférée de ceux qui veulent cracher sur quelque chose sans avoir d’arguments vraiment valables. Je passerai sur les commentaires misogynes, sous-entendus ou directs, qui pour moi sont inexplicables et impardonnables et ne méritent même pas que l’on en débatte : Je n’y reviendrai d’ailleurs plus dans cette critique.

Moi je suis quelqu’un d’ouvert, pas vraiment nostalgique, et cette nouvelle version des Ghostbusters, je l’attendais avec impatience, à tel point que le jour même de la sortie nationale, j’étais au cinoche et que là tout de suite maintenant, je vais répondre à la question fatidique : Bon alors, ce film, il est bien ou pas  ?

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Avant toute chose, je précise que pour moi, SOS Fantômes, ce sont deux films cultes, que j’adore et que je connais par cœur, au plan et à la réplique près. Mais comme je le dis plus haut, je ne suis pas un nostalgique borné, je suis quelqu’un d’ouvert et toujours à l’affût de la nouveauté, quitte a être déçu (j’ai été voir les deux Alien Vs Predator au cinéma, donc respect hein !) mais je laisse toujours la chance à un concept, je ne crache dessus si nécessaire qu’après avoir jugé sur pièce et c’est ce que je vais faire aujourd’hui avec ce reboot de SOS Fantômes et je vais le faire en toute honnêteté, ça va de soi.

Déjà autant y aller franco et annoncer la couleur dès le départ, ce film est-il, très honnêtement, meilleur que les deux films originaux ? Non, il ne l’est pas mais est-ce que cela en fait un mauvais film pour autant ? La réponse est encore non. Le film a de nombreuses qualités, mais aussi plusieurs défauts qui l’empêche d’atteindre le niveau de qualité qu’avait les deux films originaux et je vais y revenir plus précisément durant cette critique.

L’histoire commence en 2016, après qu’un jeune guide ait fait visiter un manoir prétendument hanté à des touristes, celui-ci se retrouve pris au piège à l’intérieur après la fermeture et est victime de phénomènes paranormaux particulièrement violents.
Le lendemain, son patron prend contact avec Erin Gilbert, une scientifique professeure d’université spécialiste en phénomènes paranormaux.
Erin apprend par cet homme que Abigail Yates, son amie d’enfance, a republié un livre traitant de paranormal dont elle a particulièrement honte et tente de cacher à son entourage, ledit bouquin risquant de mettre en péril sa future titularisation à l’université où elle travaille. Erin reprend donc contact avec Abby, elle aussi férue de paranormal. Abby travaille dans une petite université avec Jillian Holtzmann, une spécialiste en mécanique et électronique de pointe quelque peu… Extravagante.
Apprenant l’existence d’un fantôme dans le manoir, les trois femmes s’y rendent aussitôt et y rencontrent le fantôme, qui au final se révèle particulièrement hostile… Bientôt rejoint par Patty, une employée de métro ayant elle aussi rencontré un fantôme, la fine équipe va alors se mettre en chasse de ces fameux spectres et découvrir pourquoi New York est devenu subitement l’épicentre de tellement de phénomènes paranormaux.

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Dès la scène d’ouverture, on est en terrain connu : L’esprit des films originaux est bien là et cela se ressentira durant tout le film : Les scénaristes et le réalisateur (Katie Dippold et Paul Feige) n’ont pris aucun risque de ce côté là, le déroulement du film étant calqué sur celui des précédents films, les deux compères ne s’en cachent d’ailleurs pas, multipliant les clins d’œil aux films originaux avec la complicité d’un Bill Murray qui au passage s’offre le caméo le plus long du film en la personne du détestable démystificateur Martin Heiss.

Niveau scénario, pas de surprise, l’intrigue suit donc une voie toute tracée et si vous connaissez comme moi sur le bout des doigts les films originaux, vous arriverez sans peine à deviner comment et quelles scènes vont arriver. Est-ce un défaut en soit ? Pas vraiment, la structure narrative des deux films originaux, à savoir l’enchaînement Formation de l’équipe – Création du matériel – Chasse aux fantômes – Identification de la menace – Combat final est quasiment la même et cela fonctionne très bien dans les deux premiers films, pas de raison donc que pour cette version de 2016, ça ne fonctionne pas non plus et force est de reconnaître que… Ça marche encore plutôt bien car, même si je savais plus ou moins comment ça allait se passer, j’ai regardé le film sans aucune lassitude ni déplaisir, ayant passé un très agréable moment avec nos quatre apprenties chasseuses de fantômes.

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L’un des points forts du film, c’est sans aucun doute son casting, c’est même très honnêtement ce qui tient le film et le fait fonctionner : L’alchimie entre les quatre actrices est flagrante à l’écran et la complicité et la bonne humeur qui s’en dégage est réellement communicative : L’expérience des quatre femmes dans le stand-up et plus particulièrement l’émission du Saturday Night Live est particulièrement bienvenue et montre sans conteste que le casting est un véritable sans faute.

En effet et comme c’était le cas pour les deux films originaux, la quasi totalité du casting du film provient de l’émission humoristique Saturday Night Live : Melissa McCarthy, Kristen Wiig, Leslie Jones et Kate McKinnon viennent de cette émission… Tout comme c’était le cas de Ivan Reitman, Dan Aykroyd et Bill Murray pour les films originaux. Niveau humour, on est donc en terrain connu mais on est plus non plus dans les années 80, reste à savoir si l’humour américain contemporain vous amuse, moi oui, j’ai donc eu plusieurs éclats de rire durant le film et ça faisait très longtemps que ça ne m’était pas arrivé au cinéma.

Impossible de parler du casting sans parler de l’extraordinaire prestation de Chris Hemsworth : Complètement à contre-emploi dans ce film, le bellâtre campe Kevin, le standardiste, un véritable benêt dont la candide idiotie touche parfois au génie comique absolu. Hemsworth est véritablement la révélation comique du film la plus surprenante, s’en tirant avec certaines des répliques les plus hilarantes du film.

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Pour ce qui est des seconds rôles et des caméos, c’est un véritable festival de têtes connues : Andy Garcia, Charles Dance, la quasi intégralité du casting des films originaux (il ne manque que Rick Moranis…) et même Ozzy Osbourne sont de la fête.
Un hommage est même rendu à plusieurs reprises dans le film à Harold Ramis, qui nous a quitté récemment, l’interprète de l’intello Egon Spengler dans les films originaux, je vous laisse le soin de les débusquer comme je l’ai fait.
D’ailleurs, pour les fans hardcore du cinéma des années 80, d’une manière plus générale, sachez également que le film est blindé de références plus ou moins directes à toute cette période cinématographique.

Niveau réalisation, pas vraiment besoin de s’attarder sur ce point : On a là du Paul Feige pur jus, avec tout ses poncifs et passages obligés. Si vous avez vu ces films précédents (je pense surtout au film Les Flingueuses, très proche en terme de réalisation avec SOS Fantômes 2016), le bonhomme continue sur sa lancée. Après, reste à savoir si vous aimez son style ou pas, moi j’aime bien, sans plus, et ça ne m’a pas gêné plus que ça pour apprécier ce film.

Les effets spéciaux sont également assez réussis et ce qui m’a marqué plus particulièrement, c’est l’aspect des fantômes : Là où dans les films originaux, ils ont un aspect volontairement cartoon, dans cette version 2016, ils ont une apparence beaucoup plus sérieuse et monstrueuse, voir quasiment effrayante (le fantôme du manoir ou celui du métro par exemple), leurs designs sont en général très réussis, portant leur histoire dans leur aspect, ce qui m’a d’ailleurs rappelé deux autres films de fantômes qui avaient eux aussi réussi cela : Fantômes Contre Fantômes (Peter Jackson, 1996) et 13 Fantômes (Steve Beck, 2001. Film qui au passage n’avait que ça de réussi, ses fantômes…). Un bon point pour cette version 2016, assurément. Seul fantôme vraiment en décalage avec les autres, le rigolo et emblématique Slimer (Bouffe-Tout en VF) dont l’absence aurait néanmoins été incompréhensible.

GHOSTBUSTERS

Par contre autant être franc, mon œil moyennement aiguisé a parfois un peu tiqué sur certains effets en fond vert un peu voyant, mais ce n’est honnêtement pas vraiment gênant pour quelqu’un qui n’y prête pas attention.

Maintenant que j’ai suffisamment jeté des fleurs au film, passons à la douloureuse partie des points négatifs… Et il y en a.
Première chose qui m’a vraiment énervé durant tout le film, et j’ai remarqué que c’est une impression que j’ai de plus en plus avec les films récents, c’est que le film a été manifestement charcuté par le studio pour tenir en moins de deux heures : Ainsi certaines coupes sont tellement flagrantes qu’elles en deviennent gênantes, à l’image du show final de Chris Hemsworth, coupé dans le film mais… Montré durant le générique de fin ! Idem pour certains passages, anormalement survolés mais longtemps débattu en amont par les héroïnes (l’explication des lignes telluriques entre autres choses). Je me suis surpris à plusieurs reprises durant le film à lever un sourcil dubitatif en me disant « C’est bizarre, j’ai l’impression qu’il manque un truc là… » et de mémoire, la dernière fois que j’ai fait ça, c’était durant Batman V Superman qui a eu droit à un tonitruant director’s cut qui enrichissait le film de plus de 30 minutes…

Cela se ressent également dans le personnage du méchant dont au final ont ne sait quasiment rien, juste que « Il n’aime pas les gens et veux détruire la ville »… On est loin du charismatique Viggo des Carpates du second film original. Aux vues du peu que l’on voit de ce nouveau méchant dans le film, je pense que les scénaristes avaient des plans bien plus larges pour ce personnage.

Second défaut du film et là on a encore un défaut inhérent au cinéma contemporain, le syndrome du « Premier épisode de la trilogie »… Car après le visionnage du film, cet aspect est évident : Les personnages et leur situation « n’avancent pas » et c’est particulièrement frustrant, surtout quand on se rend compte que c’est pour garder des cartouches pour une éventuelle suite. Des pistes sont lancées, des portes s’ouvrent sur des intrigues ou des histoires secondaires pour se claquer violemment à la tête du spectateur qui doit ronger son frein et se rendre à l’évidence d’une suite prochaine… (d’ailleurs pour les grands fans des films originaux, restez après le générique, vous allez apprécier.).
Dans un sens c’est encourageant, car ça signifie qu’une suite est probablement sur les rails mais c’est aussi particulièrement énervant de jouer avec les nerfs du spectateur en lui faisant miroiter plusieurs concepts intéressants (notamment le coup du QG ou la création de la chambre de confinement, des poncifs du film original, ici à peine esquissés) pour ne pas ou peu y donner suite.
Cette obsession de la suite programmée devient véritablement gênante à la longue, surtout quand elle nuit au film, comme c’est ici le cas.

7

En résumé est-ce que ce reboot de Ghostbusters mérite le bashing et les torrents de commentaires haineux qu’il a engendré avant même sa sortie ? De mon avis, clairement pas. A défaut d’être un film vraiment original, il reprend de façon intelligente les idées et poncifs des films originaux et les ressert à la sauce contemporaine, Paul Feige n’a au final pas pris de risques et c’est tant mieux : Il ressort de cette nouvelle version un respect évident pour le matériel original et beaucoup de reboots/remakes feraient bien de s’en inspirer. Même sans prendre de risques, Feige réussi malgré tout à y imposer son style et son humour avec surtout un casting exemplaire et admirable qui est sans conteste la grande force du film, on a nos nouveaux Ghostbusters et ils fonctionnent, point.

Sans atteindre le niveau des films originaux et malgré ses défauts, ce Ghostbusters version 2016 réussi néanmoins à atteindre son but : Celui d’être une comédie fantastique réussie, jouissive, divertissante et drôle, un vrai film pop-corn, dans le sens plus noble du terme.

 

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All the world is waiting for you


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Cette bande annonce se devait d’être quasi parfaite.
Elle devait continuer à nous donner l’espoir de voir la plus majestueuse des super héroïnes être traitée de façon sérieuse et digne sur grand écran (comme ce fut le cas dans BVS, malgré sa courte mais très remarquée présence, d’ailleurs le seul point positif du film).
Elle se devait de répondre aux attentes des fans les plus exigeants et les plus pointilleux, en introduisant des concepts forts et indissociables de ce que symbolise le personnage de Wonder Woman.
Il fallait également qu’elle hypnotise les nouveaux spectateurs, certains d’entre eux n’ayant comme référence que la vision de Lynda Carter en short bouffant et l’écoute d’un générique haut en couleurs.
A l’image de cette scène épique dans les tranchées de la Première Guerre Mondiale où Diana essuie les tirs de nombreux assaillants, cette bande annonce a su s’imposer comme étant l’une des plus belles surprises de ce dernier San Diego Comic Con,  je vous propose donc de revenir en détail sur ce qui reste un grand moment pour tout fan de Wonder Woman qui se respecte.

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Notre aventure commence donc sur les rives de Themyscira (certaines vagues m’ont l’air d’être en CGI mais c’est pas grave), avec la scène clé de la première rencontre entre Diana et Steve Trevor. L’héroïne y apparaît ici bienveillante, confiante et paisible (dans le sens où c’est la première fois qu’elle voit un homme de sa vie), vivant en parfaite harmonie avec son île mais clairvoyante de ce qui existe dans le monde extérieur. C’est exactement la Wonder Woman définie par William Moulton Marston. En contrepartie Steve lui répond avec humour, d’autres réparties humoristiques (et bien senties) de sa part sont d’ailleurs présentes dans cette BA, ce qui nous porte à croire que le personnage sera traité de manière beaucoup moins fade que d’habitude. J’espère toutefois que cette caractérisation ne volera pas trop la vedette au véritable centre d’intérêt sur film.

Pour le peu que l’on puisse voir à ce stade, Themyscira ne semble pas être l’île à l’architecture à la fois classique et flamboyante qu’ont pu nous offrir George Pérez, Phil Jimenez où plus récemment Yanick Paquette. J’ai l’impression que les amazones vivent de manière beaucoup plus simple, plus austère, disposant des grottes de l’île et les façonnant pour en faire leurs demeures et leurs temples, comme on peut le voir ici.

WONDER WOMAN Themyscira

Plan suivant, et signe indubitable que ce film va être jouissif au possible, c’est la mise en avant de la relation entre Diana et sa mère Hyppolita, dans cette scène on ressent tout l’amour et le déchirement qu’une mère peut ressentir à laisser partir son enfant, la fierté d’Hyppolita  pour sa fille est autant palpable dans son regard que dans ses paroles (« Tu as été mon plus grand amour, fais attention Diana, ils ne te méritent pas »).

Passage ensuite dans l’Angleterre du début du 20ème siècle, où notre héroïne porte des vêtements appartenant au Monde de l’homme, jusqu’à participer à une réception mondaine en robe, dissimulant son épée derrière son dos !  C’est à la fois improbable et bien pensé, comme si notre amazone n’était pas venue pour profiter de la soirée ou dissimuler cette arme bien longtemps, mais bel et bien d’aller droit au but, qui est vraisemblablement d’éliminer le méchant gradé en costume (incarné par Danny Huston, le fils de John et frère d’Angelica soit dit en passant).

Il y a ensuite cette image intrigante de l’actrice espagnole Elena Anaya (qu’on aime beaucoup avec Julien parce qu’elle a joué dans Room in Rome) et son visage à demi masqué en mode Fantôme de l’Opéra. Mais qui peut-elle bien être ? S’agit -il de Paula von Gunther ? Circe ? (j’ai de gros doutes) Doctor Poison Doctor Cyber ? Il est trop tôt pour le deviner encore je crois. En tout cas cette apparition est bien flippante et fait son petit effet.

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On se recentre ensuite sur les origines de Diana avec une discussion entre elle et Steve sur ce qui semble être un bateau (sans doute pendant le trajet Themyscira/Angleterre). Notre héroïne déclare qu’elle n’a pas de père, et qu’elle a été mise au monde par Zeus. Entre nous c’est ce détail qui me fait le plus ch*** dans cette BA. Pourquoi Zeus et pas Aphrodite ? Pourquoi faire référence au run D’Azrarello franchement ? Je ne suis absolument pas d’accord, ça affaibli l’échange au possible, mais passons.
Dans cette partie il y a une scène forte intéressante, on y voit Diana se faire soigner (la dame à la tunique blanche derrière elle fait penser qu’elle est une sorte d’infirmière…) avec sur la droite un récipient contenant un liquide lumineux, rappelant la tunique de la soignante, mais faisant surtout référence au rayon pourpre utilisé par les amazones pour guérir de leurs blessures.

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Puis arrive le moment d’action : une chevauchée dans les bois, un envol d’Amazone (c’est Antiope ?), une autre chevauchée fantastique (Ouiiiiiiii c’est Antiope !!!) suivie d’une bataille sur la plage, de quoi saisir le spectateur tout en lui faisant rappeler qu’il y aura aussi (forcément) une intrigue amoureuse entre nos deux héros.

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Vous remarquerez ici que l’on voit très bien à gauche et à droite des amazones de couleur, ce qu’avait promis la réalisatrice Patty Jenkins en terme de diversité, suite à la première photo où l’on voyait Diana aux côtés de sa « famille »..

S’ensuit cette fameuse scène dans les tranchées. Il faut jouer avec les codes de l’Amazone, son lasso fermement serré à sa taille, son bouclier solidement harnaché sur le dos, son regard déterminé quant elle gravit cette échelle. Ici en quelque sorte, La Gadot, c’est Rambo. Le côté surréaliste d’un tel personnage (décalé et anachronique) évoluant dans cet environnement rappellera pour beaucoup de spectateurs le premier Captain America. Et c’est une très bonne chose car à mon humble avis Captain America : The First Avenger reste le meilleur des trois films.

Il y a ensuite une autre scène dans un bar où l’on arrive à déterminer la force de Diana, mais où l’on peut aussi apercevoir l’acteur Saïd Taghmaoui de dos.
Quand on voit cette scène au ralenti, on assiste également à un fondu, un effet miroir  entre le pauvre homme se faisant étaler par Diana, et une posture de l’amazone dans le plan suivant correspondant à l’une de ses acrobaties. Tout ça va très vite, c’est pas forcément facile à déceler.

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Vient le moment de la jubilation, l’utilisation du fameux lasso, instrumentalisé ici de façon aussi iconique que le bouclier de Captain America. Je ne reviendrai pas sur la symbolique du lasso de vérité utilisé par Marston. Son aspect doré, étincellent, lumineux, représente une lueur d’espoir et de vérité au milieu de tout ce chaos.

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Entre moultes scènes d’action qui vont se juxtaposer dans les secondes suivantes, l’échange entre Steve et Diana ressort indubitablement. Dans ce qui semble être le fameux bal, lorsque l’aviateur lui dit « Ne faites pas ça », elle lui répond « Je fais ce que je veux » (ou plutôt, « Ce que je fais n’est pas de ton ressort », la traduction française a enlevé le côté féministe du dialogue, et ça aussi, c’est quand même assez dommage…).

De l’action, encore de l’action, pour en arriver à une autre scène des plus intéressantes où un soldat pulvérise son fusil sur les hanches de Wonder Woman, la guerre se broie littéralement au contact de son statut de femme de Paix. Détail également à relever qui plus est, dans cette BA Diana ne tue pas, et c’est surement quelque chose d’important à suivre.

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C’est ainsi qu’à la fin de ce montage des plus épiques, l’assortiment de guitares et de percussions refait surface ne laissant plus aucun doute : Is she with you ? est bel et bien le thème officiel de Wonder Woman. Pas glop.

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Cette bande annonce était déjà très satisfaisante, mais le coup de grâce survient avec l’arrivée d’Etta Candy qui amène un vent de fraîcheur dans toute cette frénésie belliqueuse, et permet malicieusement d’introduire (comme je me l’imaginais) la rhétorique féministe provenant de l’oeuvre de Willian Moulton Marston. Le « What is a secretary » est devenu en une semaine un meme à lui tout seul, une preuve que ce trailer a été appréhendé de manière très positive pour les bonnes raisons.

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La bande annonce de Wonder Woman est donc ce moment surréaliste où l’on se rend compte de manière concrète que cette héroïne tant attendue (avec tout ce qu’elle peut représenter quelque soient les générations) viendra libérer son lasso dans un peu moins d’un an.
Mise à part la bouche d’ornithorynque que Chris Pine, regarder cette bande annonce est comme déguster un bon caramel au beurre salé, ou ingurgiter n’importe quoi à partir du moment où il y a de la cannelle dedans. C’est mortel, on en croit pas ses papilles et surtout, on en redemande, il n’y aura de toute manière pas d’indigestion possible.

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