Les Jeudis de l’Angoisse (des comics) # 29


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Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson

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Il y a parfois des moments où l’actualité vous rattrape et mon statut de simple collaborateur sur un blog ne me fait pas déroger à la règle…
Je ne vais pas vous cacher qu’à la base, un autre « Jeudi » sur un tout autre thème était prévu mais le décès prématuré de Bernie Wrightson dimanche dernier m’a brusquement fait changer mes plans. Exit donc ma première idée, et place à un autre hommage (j’en ai déjà fait un « à chaud » ici) à ce grand maître de l’horreur dessinée !

Bernie Wrightson est surtout connu des fans de comics pour sa légendaire itération illustrée du Frankenstein de Mary Shelley, mais l’artiste a également beaucoup travaillé pour les magazines d’horreur Warren Publishing, particulièrement les mythiques revues Eerie et Creepy, durant les années 70 (de 1974 à 1978 pour être plus précis) et c’est l’intégralité de ces travaux pour ces deux magazines que propose l’éditeur Delirium dans cet album (1).

L’album reprend donc l’ensemble des histoires réalisées par Bernie Wrighston pour les deux magazines est force est de reconnaître à la lecture de cet ouvrage que le dessinateur a un peu touché à tout les genres et ambiances, petit tour d’horizon des histoires présentes et sur son contenu.

Le livre s’ouvre sur une longue préface de Bruce Jones, le scénariste, ami et collaborateur de Bernie Wrightson revient avec nostalgie, humour et passion sur son amitié avec l’artiste au gré de nombreuses anecdotes. Une bien belle façon de commencer le livre qui confirme, si il en était encore besoin, de la valeur aussi bien humaine qu’artistique de l’artiste. Cette préface prend encore plus de sens et de symbole depuis son décès car elle prouve encore une fois que Bernie Wrightson était en plus d’être un artiste exceptionnel, une personne admirable.

Les histoires sont classées en deux parties, celles publiées dans Creepy, puis ceux publiées dans Eerie.

Le Chat Noir (The Black Cat) adaptation de la nouvelle d’Edgar Alan Poe

Paru dans Creepy #62 de mai 1974

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Un homme jaloux du chat de sa femme va peu à peu sombrer dans la folie jusqu’à commettre l’irréparable, un classique de la littérature horrifique ici adapté par Bernie Wrightson.

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Bien avant Frankenstein, Wrightson montrait déjà sa passion pour les classiques de l’horreur avec cette adaptation de toute beauté. Les dessins de l’artiste, comme pour Frankenstein, bien loin de seulement adapter l’histoire originale, la magnifie en lui donnant une véritable identité : Le style gothique, sombre, psychologique et malsain de Poe est ici parfaitement retranscrit par Wrightson.
Bien plus qu’une adaptation, c’est un véritable hommage qu’il rend à ce classique de la plus belle des manières. On y perçoit d’ailleurs les prémices de son futur chef d’œuvre avec une obsession du détail, notamment dans les décors.
Une histoire charnière pour l’artiste, un must read.

Jenifer, histoire écrite par Bruce Jones, dessinée par Bernie Wrightson

Parue dans Creepy #63 de juillet 1974

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Un chasseur surprend dans les bois un homme tentant de tuer par décapitation une jeune femme. Le chasseur tire sur l’homme qui, agonisant dans ses bras, n’a le temps de prononcer que le nom de la fille, « Jenifer ». Le chasseur recueille l’infortunée pour s’apercevoir qu’elle a un visage difforme et ne peut pas parler. Touché par la détresse de la pauvre créature, le chasseur l’accueille chez lui, au sein de sa petite famille. Mais la présence de Jenifer au sein du foyer va vite devenir problématique…

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De toute les histoires de cet album, Jenifer est sans conteste ma préférée : Malsaine, la sensation d’attraction / répulsion pour Jenifer est palpable au travers des dessins de Wrightson et le lecteur est vite chamboulé entre la pitié et la haine pour cette créature pathétique et monstrueuse et son malheureux bienfaiteur. Une histoire troublante, magnifiquement mise en image par Wrightson.

Clarice, histoire de Bruce Jones, dessinée par Bernie Wrighston

Parue dans Creepy #76 de février 1977

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Un homme se remémore les bons moments passés avec sa défunte femme tandis que le fantôme de celle-ci semble le harceler à l’extérieur de chez lui durant une tempête de neige.
Encore une histoire particulièrement troublante, quasiment onirique, dont la chute est certes assez commune mais surprenante. L’histoire est courte mais loin des canons de ce genre de récit : Ici point de scènes de violence où de monstre hideux, le ton est triste, presque nostalgique jusqu’à la révélation finale, cette chute étant en fait le seul impondérable de cette histoire. Une histoire différente mais particulièrement réussie.

Les Rats des Champs (Country Pie) scénario de Bruce Jones, dessins de Carmine Infantino, encrage de Bernie Wrightson

Parue dans Creepy #83 de octobre 1976

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Un homme prend en auto-stop une jeune femme et son petit frère, croyant bien faire, il se retrouve malgré lui la victime d’une machination diabolique. Dans le même temps, deux policiers suivent, sans grande conviction, les directives d’une médium concernant un tueur en série. Les deux affaires seraient-elles liées  ?

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Une histoire assez surprenante, à la chute plutôt bien vue et différente de la majorité de ce genre d’histoire, ce qui la rend d’autant plus intéressante.

Seulement encrée par Bernie Wrightson, cette histoire est dessinée par le grand Carmine Infantino, à l’époque dans une période creuse de sa carrière. Infantino venait d’être renvoyé de chez DC Comics et Bruce Jones et Bernie Wrightson décidèrent de l’aider en lui confiant les dessins de cette histoire. Pour la petite anecdote, à l’époque où Wrightson commença à travailler pour DC Comics, Infantino était la star incontestée de DC, lorsqu’il fut congédié, il se retrouva dans un petit bureau de Warren Publishing et c’est là que Jones et Wrightson le retrouvèrent. Touchés par sa situation et se souvenant de l’aide qu’il lui avait apporté au début de sa carrière, Wrightson lui proposa les dessins de cette histoire. Infantino en dessina une autre, toujours encrée par Bernie Wrightson dont je vais parler de suite.

Dick Swift et sa bague de force électrique  ! (Dick Swift and his electric Power Ring  !) écrit par Bill DuBay, dessins de Carmine Infantino et encrage de Bernie Wrightson

Parue dans Creepy #86 de février 1977

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Peter est un jeune garçon très malade. Malgré les traitements, son état ne fait qu’empirer et alité, il ne fait que discuter avec son meilleur ami, le vieux monsieur Music et lire les comics de Dick Swift, son héros favori. Un jour il commande l’arme favorite de son héros, la fameuse bague de force électrique et une fois en sa possession, cette bague va lui redonner espoir, de la plus belle des façons.

Une histoire particulièrement touchante, en décalage complet avec les thèmes de la plupart des histoires habituellement publiées dans Creepy. Une véritable réflexion sur l’utilité des héros imaginaires et leur influence, à lire absolument.

Une saga martienne (A Martian Saga) histoire de Nicola Cuti, dessins de Bernie Wrightson

Publiée dans Creepy #87 de mars 1977

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Un mystérieux personnage masqué arpente les paysages de Mars sans but lorsqu’il assiste quasiment impuissant au massacre d’un petit village et ses habitants des mains d’un monstre horrible. Arrivé trop tard, il abat le monstre et sauve une jeune femme. Mais ce sauvetage était il vraiment une bonne chose pour lui  ?

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On sort de l’horreur pure pour la science fiction sombre et violente avec cette histoire. Le récit est relativement court mais les deux auteurs aux commandes réussissent à créer malgré cela une véritable ambiance glauque et malsaine et presque désespérante. L’histoire est de plus sans paroles, narrée par le personnage principal sous forme d’un poème. Un très bon moment de lecture.

L’Homme qui rit (The Laughing Man) scénario de Bruce Jones, dessins de Bernie Wrightson

Publiée dans Creepy #95 de février 1978

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Dans une colonie africaine, un homme en guenilles apparait un beau jour et réclame à boire. L’homme, épuisé, semble être sujet à une crise de démence, ne pouvant s’empêcher de rire. Une fois calmé, il raconte alors son histoire : Lui et son meilleur ami étaient partis en expédition pour découvrir une tribu légendaire de singes civilisés, mais leur expédition va vite virer à l’horreur…

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Une histoire sordide et glauque, typique du magazine Creepy à la chute aussi invraisemblable qu’horrible, magnifiquement mise en image par un Bernie Wrightson au top de sa forme : En résumé, du très bon comic d’horreur, l’une des meilleures histoires de ce recueil.

Le monstre de Pepper Lake (The Pepper Lake Monster) scénario et dessins de Bernie Wrightson

Publié dans Eerie #58 de juillet 1974

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Summers est un homme obsédé par la chasse aux monstres, mais il n’en a jamais rencontré aucun… Jusqu’au jour où son obsession devient réalité et son chemin fini par croiser celui d’une immense créature marine à Pepper Lake. Le monstre devient son obsession et le capturer sa raison de vivre. Mais les habitants de Pepper Lake ne semblent pas du même avis.

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Une histoire très inspiré par le monstre du Loch Ness, qui donne une image assez caustique des habitants du fameux lac. Originale et cruelle, une histoire qui même si elle est typique des productions Warren est magnifiée par le talent de Bernie Wrightson.

Quand la nuit tombe (Nightfall) scénario de Bill DuBay, dessins de Bernie Wrightson

Parue dans Eerie #60 de septembre 1974

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Némo est un petit garçon bien malchanceux : Toutes les nuits des monstres surgissent des coins sombres de sa chambre pour l’emmener dans leur monde. Personne ne le croit et chaque nuit Némo espère que ça ne sera pas sa dernière nuit… Au grand dam de ses parents, forcés chaque nuit de le rassurer.

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Entre peurs enfantines et monstres hideux, cet hommage au Little Nemo de Winsor McCay est absolument jouissif, principalement pour les dessins de Wrightson qui démontre toute l’étendue de son talent pour dessiner des monstres. Chaque planche est un ravissement et l’amateur de monstruosités en tout genre y trouvera sans problème son compte  !

Un air glacé (HP Lovecraft’s Cool Air) adaptation de la nouvelle de Howard Phillips Lovecraft par Bernie Wrightson

Publiée dans Eerie #62 de janvier 1975

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Un homme raconte sa phobie des courants d’air au travers d’un de ses souvenirs de jeunesse. Alors jeune employé d’un journal, il découvre un jour une tâche d’ammoniaque au plafond de son petit appartement. L’infiltration le fait se sentir mal et c’est tant bien que mal qu’il va se plaindre à son voisin du dessus. Il y découvre Mr Munoz, un vieil homme forcé de vivre dans un appartement aux températures glaciales. Mais un jour, le climatiseur du vieil homme tombe en panne, et ainsi commence une aventure aussi invraisemblable que terrible pour notre pauvre héros.

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Après Edgar Alan Poe, c’est au tour de HP Lovecraft de se voir être adapté par Bernie Wrightson et encore une fois c’est une grande réussite : L’histoire originale gagne ainsi un coté visuel assez impressionnant, Wrightson mettant encore une fois beaucoup de passion à illustrer cette histoire, cette passion transpirant à chaque planche. Une histoire à classer parmi les classiques de Bernie Wrightson, ni plus ni moins.

Reuben Youngblood  : Détective Privée  ! (Reuben youngblood  : Private Eye !) scénario de Budd Lewis, dessins de Howard Chaykin et Bernie Wrightson

Parue dans Eerie #72 de février 1976

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Reuben Youngblood est un détective privé avide d’aventures, ainsi lorsqu’un de ses amis lui confie une enquête, ce n’est ni une ni deux que le fougueux détective monte à bord d’un zeppelin pour y mettre à jour un trafic… De sang humain ! Une aventure rocambolesque qui va amener notre aventurier à se coltiner des vamps au physique avantageux ainsi que des industriels nazis.

Changement de style pour cette histoire d’aventure dessinée à quatre mains par Howard Chaykin (dessins) et Bernie Wrightson (finitions et encrage). L’histoire est typique de celles que l’on pouvait lire dans les pulps des années 30 et en est un hommage à peine dissimulé. Le ton léger et aventureux de ce récit détonne assez singulièrement avec les autres histoires de l’ouvrage, de plus l’histoire est très verbeuse, rendant sa lecture parfois un peu laborieuse, mais le côté un peu rétro qui s’en dégage la rend néanmoins assez agréable à lire.

Le monstre de boue (The Muck Monster) scénario et dessin de Bernie Wrightson

Publiée dans Eerie #68 de septembre 1975

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Il est une créature sans âme, née de la science d’un savant fou pour qui sa création n’a aucune valeur. Sacrifiée, la créature réussira malgré tout à revenir à la vie pour réclamer une explication à son existence.

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Seule récit de l’ouvrage en couleur, cette histoire est intéressante surtout pour le fait que l’on est en présence d’un premier jet manifeste du futur Frankenstein de Bernie Wrightson : Des ambiances du récit au look des personnages, tout y est déjà.
Wrightson étant peu habitué aux récits en couleurs, elle apporte néanmoins ici une touche supplémentaire au travail de l’artiste et donne une idée de ce à quoi aurait pu ressembler une version colorisée de son chef d’œuvre. Une histoire essentielle dans la carrière de l’artiste, à lire absolument pour tout fan de Wrightson.

Cette histoire conclu de façon admirable un ouvrage tout aussi admirable, mais ce n’est pas fini  !

Ultime chapitre du livre, une galerie d’images constituée des frontispices (2), illustrations et couvertures que Bernie Wrightson a réalisé pour les deux magazines sont proposés et autant être franc, c’est un véritable déluge visuel, un ravissement pour les amateurs d’horrible, ces illustrations étant de véritables pépites pour les fans d’horreur dessinée.

La galerie s’ouvre d’ailleurs sur un dessin que Bernie Wrightson avait fait alors qu’il n’était qu’un lecteur de ces revues, dessin qui fut publié à l’époque dans le courrier des lecteurs, comme quoi à force d’efforts et de talent, tout est possible.

Un dernier mot sur l’édition française et autant dire que Delirium n’a plus rien à prouver, leurs ouvrages étant de véritables modèles de professionnalisme : Grand format, couverture rigide, papier glacé, impression et traduction impeccables (traduction signée par Doug Headline aka Tristan Jean Manchette), cet ouvrage est à l’image des autres publications de l’éditeur, un objet de toute beauté.

Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson est un ouvrage que tout fan de l’artiste ou même de comics d’horreur se doit de posséder : C’est clairement un ouvrage de référence, magnifiquement édité, limite indispensable.
Je n’ai rien d’autre à ajouter, personnellement j’ai dû le lire cinq ou six fois et je n’ai qu’une seule envie, refaire la connaissance de Jenifer, Clarice, Némo et tout les autres créatures immortalisées par Bernie Wrightson ! Si comme moi vous voulez faire le chemin, courrez vous procurer cet ouvrage et entreprenez vous aussi ce voyage au cœur des ténèbres, vous ne serez pas déçu.

Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson, disponible en France depuis le 19 novembre 2014 chez l’éditeur Delerium.

1 : Pour les plus complétistes, il ne manque dans cet album qu’une histoire back-up de deux pages publiées dans Vampirella (un autre magazine de Warren Publishing) intitulée The Believer pour avoir l’intégralité des travaux de Bernie Wrightson pour Warren Publishing. Mais heureusement, cette histoire a été publiée en France dans le magazine Special USA #14 sous le titre «  Le Dieu Cornu  ».

2 : Les frontispices sont des illustrations pleine page, présentant une histoire. Dans les revues d’horreur, elles mettent souvent en scène un narrateur, présentant de façon ironique et macabre le récit qui va suivre.

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Wraithborn : la review de Julien Lordinator


Rapide review  : Wraithborn Tome 1

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Joe Benitez a la côte : Depuis le succès de sa série Lady Mechanika, un véritable coup de projecteur sur cet artiste et son travail assez méconnus dans nos contrées (il était surtout connu des fans de l’univers Top Cow) a été donné. C’est donc à la faveur de cette nouvelle notoriété qu’arrive chez nous Wraithborn, une mini-série en 6 épisodes publiée 10 ans avant Lady Mechanika, en 2005 / 2006.
J’avais déjà parlé de Lady Mechanika (ici, et je vais très probablement en reparler assez rapidement), et mon avis fut assez mitigé. Qu’en est-il de Wraithborn ? Réponse maintenant.

All you need all you need
All you need
Is not what you’re getting 

All you live all you give
All you live
Fits in a teardrop

The Gathering – Monsters (Extrait de l’album Souvenirs, 2003)

Wraithborn, c’est l’histoire de Mélanie, une jeune adolescente comme les autres : Timide, effacée et même un peu lâche, elle vit seule avec son père depuis le décès de sa mère et jongle entre sa passion pour la lecture, son petit boulot dans une librairie, les études et sa seule amie, Zoé.
Un soir, après une dure journée, Mélanie va se recueillir sur la tombe de sa défunte mère et se retrouve nez à nez avec un gigantesque personnage livrant bataille à une horde de monstres. Mélanie tente de s’enfuir mais est rattrapée par le colosse qui pratique sur elle un rituel avant de mourir, sous le choc, Mélanie s’évanouit… A son réveil, elle est chez elle, dans son lit et ne se souvient plus vraiment si il s’agissait d’un cauchemar ou de la réalité. Mais des visions de monstres en tout genre vont vite lui faire prendre conscience qu’il ne s’agissait pas d’un rêve : Mélanie est maintenant la détentrice du Wraithborn, un pouvoir mystique très convoité.

Le scénario est signé Marcia Chen et Joe Benitez est ma foi, encore loin d’être à la hauteur de sa partie graphique…

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Je reprochais déjà à Lady Mechanika une certaine faiblesse au niveau du scénario, notamment un gros effet de déjà-vu et force et de constater que Wraithborn souffre du même défaut… Cette histoire, à quelques détails prés, est un véritable copié collé d’une autre série que, si vous suivez régulièrement ce blog, vous avez déjà entendu parler : Witchblade.

Certes les héroïnes des deux séries ont des caractères opposés (Sara, l’héroïne de Witchblade est une femme flic volontaire et dure alors que Mélanie est une jeune femme timide et effacée), mais les deux histoires ont des points communs plus qu’évidents : On retrouve le même genre de personnage, le grand ténébreux aux sabres, nommé ici Valin (le même genre que Nottingham dans Witchblade), la méchante surpuissante Brijit (sorte de fusion entre Kenneth Irons dans Witchblade et L’Angelus de The Darkness), la chasseuse de monstres dont le look est quasiment identique à celui de Magdalena (un autre personnage Top Cow) ou encore l’organisation secrète (qui n’est pas sans rappelé le clergé de la mini-série Magdalena ou la Confrérie des Ténèbres dans The Darkness).
De plus, certains détails de l’histoire sont aussi flagrants : L’héroïne de Wraithborn se retrouve, comme dans Witchblade, en possession d’un pouvoir séculaire et surpuissant par accident et le refuse dans un premier temps avant de l’accepter, elle reçoit de l’aide d’une vielle femme tenant une boutique d’objets occultes, de même, dans un des arcs de la série Witchblade, Sara reçoit l’aide… D’un vieil homme tenant une boutique d’objets occultes.

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A ce niveau, ce n’est plus que des points de détails en commun, les deux séries étant vraiment trop proches pour que ce ne soit que du hasard, Wraithborn étant quasiment une déclinaison adolescente de Witchblade.
A l’époque, Joe Benitez vient tout juste de quitter le studio Top Cow et ça ne m’étonnerait pas qu’il ait pensé cette histoire comme une partie intégrante de cet univers ou été encore très influencé par son travail au sein de cet éditeur, enfin bref. De plus, la fin ouverte ne laisse aucune ambiguïté sur la volonté des auteurs d’en faire une série régulière, ce qui ne fut visiblement pas le cas.

Visuellement, on a comme pour Lady Mechanika du Joe Benitez pur jus : Même si il a été assisté pour les décors (par Martin Montiel, dont j’avais déjà parlé dans mon article sur The Unforgiving, ici), c’est visuellement très impressionnant. Le niveau de détails des planches est hallucinant, les personnages sont visuellement très beaux et l’esthétique si caractéristique des monstres et créatures de Benitez fait une nouvelle fois mouche. Wraithborn est donc comme pour la plupart des travaux de Joe Benitez quasiment irréprochable d’un point de vue graphique et confirme le talent du dessinateur, si il le fallait encore le souligner…

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Pour ce qui est de cette édition française, Glénat Comics nous propose l’intégralité de la mini-série, soit les six épisodes dans un hardcover et la qualité de l’ouvrage est comme nous l’a habitué cet éditeur, sans faille et exemplaire.

Ai-je été convaincu par Wraithborn ? Vous avez dû comprendre que non, mais je pense que c’est une question de point de vue et d’expérience de lecteur, je vais revenir là-dessus un peu plus bas. D’un côté, malgré son aspect visuel, ses points communs et similitudes avec les productions Top Cow sont beaucoup trop évidentes et ceux qui comme moi sont rompus à ce genre de récits seront gênés par ces points communs, beaucoup trop présents et évidents. D’un autre côté, si vous ne connaissez pas les productions Top Cow, je pense que Wraithborn peut être aisément appréciable : C’est très beau (Benitez oblige) et l’histoire va à cent à l’heure et se laisse suivre facilement.
Tout est question d’expérience de lecture pour apprécier Wraithborn, à savoir dans quelle catégorie de lecteurs vous rentrez.

Wraithborn tome 1  : Renaissance, de Marcia Chen et Joe Benitez, disponible depuis février 2017 chez Glénat Comics

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Hommage à Bernie Wrightson (par Julien Lordinator)


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Difficile de trouver un titre efficace et original lorsqu’une de vos idoles quitte ce monde… J’ai choisi quelque chose de sobre et de direct et ma foi assez classique.
Classique, si il y a bien un mot qui dans les faits caractérise à merveille le travail de Bernie Wrightson, c’est classique, dans le sens le plus noble du terme.

Bernie Wrightson est décédé ce dimanche. Lui qui même sur son lit d’hôpital continuait de signer ses prints, a su durant sa carrière magnifier l’horreur au travers de ses dessins. Je ne vais pas faire une longue nécrologie de l’artiste, beaucoup l’ont déjà fait et le feront sûrement encore après moi, personnellement, Wrightson m’a beaucoup influencé et faisait partie de mes artistes favoris, c’est donc plutôt de mon admiration pour lui et de quelle façon lui et son travail m’ont profondément marqué dont je vais parler.

Mon premier contact avec l’artiste se fit au travers du crossover Batman / Aliens (dont j’ai déjà parlé plus longuement ici) : Nous sommes en 1998, je ne lis des comics que depuis quelques années et déjà c’est une claque. Un trait fin et détaillé, des splash pages énormes et magnifiques (ce plan sublime du vaisseau écrasé en pleine jungle amazonienne ou cette abomination xénomorphe de fin de récit !) et je suis loin de me douter que ce premier contact avec l’art de Bernie Wrightson allait être déterminant pour moi et le futur de ma passion pour les comics, plus particulièrement d’horreur.

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Bien des années après, j’arpente les brocantes à la recherche de comics old-school en version française (ce que je fais toujours d’ailleurs) et c’est une seconde claque visuelle en découvrant au détour d’un de mes chinages un numéro de La Créature du Marais chez Aredit sobrement intitulé La Créature du Marais : La Dernière des Sorcières. Véritable révélation artistique, à l’époque je dessine déjà un peu mais je viens de trouver un de mes maîtres, Wrightson va devenir mon inspiration et sans vouloir copier son style, lorsque je dessine, je veux faire ce genre de chose !

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Dés lors je vais tenter de me procurer un maximum du travail de l’artiste et ma quête va inévitablement croiser celle de son Frankenstein. Détail amusant, à l’époque je n’ai jamais lu ce roman et ma première lecture se fera donc au travers de la version illustrée par Bernie Wrightson et avec le recul, je n’aurais pas pu rêver meilleur premier contact avec ce classique : Plus que de l’illustrer, Wrightson le magnifie, le complète, et lui donne une véritable identité visuelle. J’ai passé des heures à admirer chaque page, relevant chaque détail et admirant la complexité de ses illustrations. Plus qu’une influence, ce livre fut pour moi un moteur et une motivation à me dépasser, à mon niveau de gribouilleur amateur du dimanche bien sûr.

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Il y a des artistes qui marquent la vie des passionnés, pour moi, Bernie Wrightson fait partie de ceux là : C’est un modèle que j’ai perdu ce week-end, une motivation, et le meilleur hommage que je peux lui rendre est de continuer à essayer de me dépasser, encore une fois, à mon niveau.
Depuis ce week-end, si les monstres pouvaient pleurer, ils pleureraient sans aucun doute la disparition de celui qui a su les rendre beaux, qui a su leur rendre hommage en les magnifiant au travers de ses dessins et ses illustrations, ce portraitiste du macabre, cet artiste au talent monstrueux leur manquera, tout comme il manquera à ceux qui comme moi, admirait son art.
Le Docteur Frankenstein cria « Il est vivant ! » à la naissance de son monstre, et dans nos cœurs, vivant, Bernie Wrightson le sera toujours.

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[NDLK]

Magnifier l’horreur. C’est exactement l’expression que j’aurais employé pour donner un sens à l’oeuvre de Bernie Wrightson.
Même si le genre dans lequel il évoluait n’était pas nécessairement aux goûts de tous, régnaient dans toute son oeuvre bel et bien la Technique et l’Art à proprement parler qu’aucun être humain dans ce bas monde ne pourrait contester.
Bernie était non seulement un maître, pour moi l’un des quatre piliers de ce fameux Studio, mais avant tout cet artiste qui naviguait sans cesse sur ce fil si fragile qui lie l’horrifique à la poésie.
Sa disparition est pour moi synonyme d’une perte sans pareille. Sans l’avoir jamais connu je savais qu’il était un homme bienveillant, cela se voyait tout simplement dans ses œuvres, car tout ses monstres avaient bien cela en commun : ils étaient bien plus humains que la plupart d’entre nous.

Je peux ici vous faire part d’une anecdote que nous partagerons à tout jamais entre Julien, Bernie, et moi. Si il fallait nommer un Empereur au sommet de la pyramide de nos affects communs celui-ci se nommerait sans équivoque Bernie Wrightson.
Il y a quelques années Julien a traversé quasiment tout le pays pour venir me rendre visite dans mes contrées sudistes. Malgré nos nombreux différents, sur de bien belles choses nous restons unanime, et le genre horrifique fait partie de nos valeurs communes.
Un jour où nous prospections quelques trouvailles dans un vide grenier en plein cœur de la ville rose, Julien tomba nez à nez sur l’édition de Frankenstein parue chez Albin Michel. Le livre était en très bon état, pour un prix très avantageux, ni une ni deux j’en suis depuis ce jour l’heureuse propriétaire et ce grâce à l’œil aiguisé de notre Julien National. Je suis depuis ce jour tombée sur d’autres exemplaires mais pas aussi bien conservés que celui que je possède actuellement, et je ne remercierai jamais assez mon ami de me l’avoir mis sous les yeux.

Bernie Wrightson nous manque déjà énormément, et nous les freaks orphelins il ne nous reste plus désormais qu’à replonger dans son univers peuplé de goules, créatures du marais et autres zombies décharnés, des êtres souvent empreints d’une certaine mélancolie poétique, c’est bien l’état dans lequel nous sommes depuis dimanche dernier.

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I left my heart in Coryana


Batwoman Head

Il est donc enfin là, ce premier numéro de Batwoman Rebirth (à ne pas confondre avec Batwoman : Rebirth #1 sorti le mois dernier et faisant surtout office de #0, un consensus de bon niveau entre les adeptes de longue date et les nouveaux convertis via la série Detective Comics), un opus qui se veut être un nouveau départ pour notre héroïne culte, mais qui comprend tout de même assez de fan service pour caresser dans le sens du poil les quelques vieux lecteurs que nous sommes ici.

Malgré (ou à cause) de ma dévotion sans borne pour cette héroïne (je vous invite à lire les 165 autres billets déjà écrits à son sujet), il n’est pas chose aisé de ne pas voir d’un œil suspect cette nouvelle série consacrée à Batwoman. Certes, on retrouve Marguerite Bennett,  James Tynion IV et Steve Epting, des d’artistes qui ont fait leurs preuves et qui ont une réelle légitimité ici, quant aux vœux pieux de DC, ils sont également les bienvenus…

Mais la plaie reste encore tellement ouverte qu’il faudra je crois plus d’un premier numéro, aussi réussi soit-il (c’est effectivement le cas), pour faire oublier un passé  parfois douloureux concernant notre Déesse de Gotham.

Ironie du sort, les nouvelles aventures de Batwoman ont elles aussi une connexion avec une période de sa vie parmi les plus sombres, intitulée The lost year et correspondant à sa mise en abîme (dans tous les sens du terme, d’ailleurs dans ce numéro on remarquera un splendide graphisme de la part de Steve Epting sur ces quelques flash-back) liée à son renvoi de West Point pour cause d’homosexualité.
Mais les premières pages de ce numéro sont bel et bien encrées dans le présent, d’un exotisme digne des meilleurs films de James Bond. Car outre le fait que la scène d’ouverture se déroule en plein cœur du Grand Bazar d’Istanbul (l’exotisme est donc au rendez-vous, et croyez-moi dans mes souvenirs ce site majestueux est d’une splendeur autant visuelle qu’olfactive et auditive), Kate Kane a également droit aux dernières ressources technologiques dignes des films où officient Miss Moneypenny et Q, tous deux incarnés ici en la seule personne de Julia Pennyworth.
Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il existe une certaine défiance entre les deux femmes qui vont devoir sans doute s’apprivoiser au fil des épisodes, nous sommes bien loin de la relation fusionnelle entre Bruce et Alfred.

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Alors ça, c’est pour la nouveauté (ou du moins il n’y a pas eu un seul moment où j’ai regretté de la retrouver dans l’espace) : la nouvelle série Batwoman est un savant mélange d’aventure et d’espionnage où son héroïne continue mine de rien de s’émanciper de sa figure tutélaire.
Mais qu’en est-il du respect de sa mythologie et par la même occasion de celui de ses premiers fidèles ?
Tout comme dans le précédent numéro (rappelez-vous l’allusion à Alice au Pays des Merveilles), ici encore nous avons droit à des clins d’œil sympathiques mais qui je l’espère ne deviendront pas redondant. Car à force tout cela va devenir à mon sens un petit peu lourd…
Je veux parler entre autre de la phrase He’s gonna get my boot in his face, référence à peine voilée de la couverture du Batwoman #o version New 52, ainsi que le yacht servant de base opératoire dans cette nouvelle aventure et prénommé Séquoia, arbre mythique pour la dynastie des Kane qui n’aura pas survécu à l’assaut de l’Hydre…
Malgré tout ce fan service, l’une des questions qui me taraudaient l’esprit était de savoir si nous allions retrouver Bette Kane dans ces nouvelles aventures en plus d’un autre personnage diablement emblématique teasé dans l’opus précédent. Et bien il suffit de lire ce numéro pour en avoir la réponse ^^

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Je ne vais donc absolument pas me plaindre, Batwoman est bel et bien de retour et rien ne peut me rendre plus heureuse actuellement en terme de parution mensuelle.
Mais soyons direct, les Anciens ne pourront que ressentir un manque. Pour les connaisseurs, l’erreur fondamentale serait de vouloir comparer cette nouvelle série avec les précédents travaux de Rucka, Williams III et Blakman. Actuellement, réjouissons-nous d’abord que les nouveaux artistes crédités se sentent aussi impliqués, mais restons vigilants, car il est des personnages qui ne sauraient sombrer dans la demi-mesure.
Mais ce n’est nullement le cas ici, pour le moment.

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Grave : la critique de Julien Lordinator


Grave : C’est pas si grave…

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Annoncé comme le nouveau choc cinématographico-horrifique français, Grave est le film qui a fait sensation dans les festivals de France (et même dans le monde) et a même raflé le prix du jury lors de l’édition 2017 du Festival de Gerardmer en janvier dernier.
Grave, c’est aussi un film polémique, ayant déclenché des malaises lors de ses projections à l’étranger.
Le film est visible depuis mercredi dernier dans les salles françaises et vu sa réputation sulfureuse, dire que j’étais impatient de le voir est un euphémisme, ma passion pour le cinéma d’horreur n’étant plus un secret pour grand monde.
Alors est-ce que Grave est un film aussi grave que sa réputation le laissait entendre ?
En tant que vieux routard de la culture horrifique, je peux, je pense, aisément répondre à la question et force est de reconnaître qu’une réputation est souvent surfaite…

Grave raconte l’histoire de Justine, une jeune femme qui vient tout juste d’intégrer l’école vétérinaire dans laquelle ses parents ont eu leur diplôme et dans laquelle sa sœur est en train de finir ses études. Mais dans la famille de Justine, on est aussi végétarien (et donc vétérinaires) de parent à enfant et c’est durant une séance de bizutage un peu mouvementée que Justine va pour la première fois goûter à de la viande crûe.
Véritable révélation pour la jeune femme, ces nouvelles sensations vont faire surgir en elle des pulsions probablement refoulées et révéler un aspect plus bestial de sa personnalité. De jeune femme timide et renfermée, Justine va devenir une véritable bête affamée de chair fraîche, dans tout les sens du terme.

Alors soyons clair, en ce qui me concerne, Grave est loin, très loin même, d’être à la hauteur de sa réputation. Le film n’est certes pas dénué de qualités et je vais commencer d’ailleurs par celles-ci avant de m’étendre un peu plus sur ses défauts.

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La principale qualité de Grave c’est avant tout son interprétation, en particulier et surtout concernant Garance Marillier  : La jeune femme livre une prestation admirable, de jeune femme timide et renfermée, sa métamorphose progressive est visible dans ses gestes et sa façon d’être. Une véritable prouesse pour la jeune actrice qui est sans conteste l’atout phare du film.
Pour ce qui est des seconds rôles, Ella Rumpf interprète Alexia, la sœur rebelle de Justine et si Garance Marillier est très impliquée, Ella Rumpf quant à elle interprète un personnage classique et sans grande envergure. La faute probablement à une écriture un peu légère d’un personnage au final trop classique pour être vraiment convaincant.
Reste enfin Rabah Nait Oufella qui interprète Adrien, l’ami gay-victime de service. Comme pour le personnage d’Alexia, malgré l’interprétation du jeune acteur, la faiblesse d’écriture ne rend pas justice à son jeu et le personnage reste malheureusement trop classique pour vraiment convaincre.

L’autre atout du film c’est son atmosphère, poisseuse, humide et étouffante : Il émane du film une véritable ambiance malsaine presque palpable qui met régulièrement et selon les situations particulièrement mal à l’aise.
Du niveau de la réalisation, on est dans un film de style body-horror et les effets de style inhérents à ce genre de films sont présents avec des gros plans sur les actrices et les corps martyrisés ainsi que son lot de plans crasseux et gore.
La réalisation est plutôt léchée (sans mauvais jeu de mot) et visuellement le film est plutôt une réussite, osant certains partis pris assez osés dans ce genre de film. Néanmoins, rien de nouveau à l’horizon et malgré ces quelques originalités, le film ne détonne pas vraiment de ce coté là et reste dans les poncifs du genre, souffrant là encore d’un aspect un peu trop « classique ».

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Passons maintenant à ses défauts et là, il y a du boulot…
Comme je le dis plus haut, la faiblesse d’écriture du scénario est un des principaux problèmes du film : Les personnages sont vraiment trop classiquement écrits et manquent cruellement de relief pour vraiment convaincre.
La faiblesse d’écriture s’en ressent aussi au niveau de l’histoire : Le scénario paraît décousu et certaines scènes s’enchaînent de façon illogiques et même parfois incompréhensibles (surtout dans sa seconde partie).
Pour ma part, il s’agit très certainement d’une volonté de faire un film volontairement un peu onirique (= Cauchemardesque) dans la psyché de son personnage principal, mais force est de reconnaître que cet aspect fonctionne parfois mais tombe réellement à plat la plupart du temps.Par ailleurs le film est une succession d’occasions manquées.
Je veux dire par là qu’il ose des choses sans jamais vraiment aller jusqu’au bout : Ainsi certaines idées du film de prime abord intéressantes restent en suspens et ne sont pas exploitées à fond. La réticence de l’héroïne face à la cruauté envers les animaux aurait mérité un développement plus long et aurait véritablement pu être un thème intéressant du film. Ici on sent la volonté d’aborder le sujet mais sans vraiment trop s’y impliquer, ainsi certaines séquences du film, notamment les cours de l’école vétérinaire, auraient mérité des scènes plus explicites afin de vraiment marquer les esprits et montrer l’évolution du personnage.

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L’autre défaut du film vient d’ailleurs de là : Même si Grave profite d’une ambiance malsaine à souhait, celui-ci n’ose pas choquer comme il devrait et le manque cruel de scènes chocs se fait ressentir au fur et à mesure que le film avance : L’amateur de gore et de secousses visuelles émotionnelles restera probablement sur sa faim comme se fut mon cas.

Alors certes, le film est ponctué de scènes bien cradingues mais ce manque de gore marque un autre défaut du film, son manque de rythme. Le film est profondément déséquilibré : On passe souvent d’une très longue scène d’exposition à une scène d’horreur expédiée en quelques minutes ne laissant ainsi pas le temps au spectateur d’être secoué. Ainsi le film enchaîne les scènes de façon parfois un peu brutale, revenant ainsi à son défaut de déroulement parfois un peu chaotique dont je parle plus haut.

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Un autre principal défaut du film est le même que celui que je reproche aux films de genre français, plus particulièrement les films d’horreur : Soit ils en font trop, beaucoup trop, comme c’est le cas pour Martyrs (Pascal Laugier, 2008) ou A l’Intérieur (Julien Maury et Alexandre Bustillo, 2007) par exemple, au risque de ne plus être crédibles, soient il n’en font pas assez, comme c’est le cas pour Grave
C’est rare que je reproche ça, mais le film manque cruellement de scènes gore et choc et vu sa réputation, c’est plutôt paradoxal. On s’attend à vraiment être secoué et au final, on attend avec impatience des scènes choquantes qui une fois arrivées ne sont pas vraiment à la hauteur. Comme quoi parfois il faut se méfier de la réputation d’un film, souvent galvaudée pour des yeux habitués.

Pour prendre un exemple concret, Haute Tension (Alexandre Aja, 2003) avec sa tension maintenue et soutenue tout le long du film est pour moi l’exemple parfait que l’on peut faire des films français d’horreur bien fichus, à condition de trouver un bon équilibre entre la narration et les scènes d’horreur.

Pour finir, un petit mot sur la musique, qui là encore pose un problème : Parfois réussie, notamment durant les (rares ?) scènes chocs, la plupart du temps, la musique est limite contemplative et devient même parfois un peu soporifique, ne desservant pas vraiment l’ambiance déjà assez lente du film.

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En conclusion, est-ce que j’ai été convaincu par Grave ? Vous aurez aisément compris que non. Précédé d’une réputation sulfureuse, le film m’a vraiment déçu et je m’attendais à quelque chose de vraiment choquant, ce qui n’est manifestement pas le cas : Écriture faiblarde, le film accumule les occasions manquées et les lacunes pour vraiment atteindre son but et être à la hauteur de sa réputation.

Après la question que certains doivent se poser est « Est-ce que son expérience des films d’horreur l’a rendu blasé et c’est peut-être pour ça que le film ne l’a pas secoué plus que ça  ? » Je répondrai que non, il m’arrive encore régulièrement de sortir complètement tourne-boulé d’un film (ça m’est encore arrivé récemment avec The Woman de Lucky McKee, entre autre), donc non, je ne suis pas devenu un monstre d’insensibilité et le fait que le film ne m’ait pas convaincu ne vient probablement pas de là.
Libre à vous de vous faire votre propre avis en voyant le film, mais pour moi, Grave, il ne m’a grave pas convaincu (j’assume ce jeu de mot pourri).

Grave, de Julia Ducournau avec Garance Marillier, Ella Rumpf et  Rabah Nait Oufella sorti en salle de 15 mars 2017

 

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Batwoman #1 : la preview


Cette journée ne peut être que magique : Il fait beau, je suis de repos, et Batwoman va mater du monstre en plein Grand Bazar d’Istambul, un endroit magnifique que j’ai eu la chance de visiter il y a des années de cela.
Istambul est l’une des plus belles villes du monde, et je suis toujours ravie de la voir être représentée dans un comic-book, comme ce fut le cas le temps d’une case dans le Supergirl de Mahmud Asrar.

Voir Batwoman rependre ses aventures d’une aussi belle manière me fait grandement plaisir et il me tarde de lire la suite, ce qui ne saurait tarder puisque ce numéro #1 sort aujourd’hui.

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L’épée de Vérité


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Attendu de pied ferme pendant de longues heures à grand coup de tisane menthe verveine toute la journée et une partie de la nuit dernière, c’est à 3h du matin que s’est enfin dévoilé le second trailer de Wonder Woman, un film aux enjeux bien plus vastes que ce qu’on veut bien lui concéder, un film qui pourrait changer beaucoup de choses concernant la représentation des super héroïnes sur grand écran.
Encore une fois il y a de très belles choses tout au long de ces 2 min. 30, d’autres que je qualifierai de très intéressantes, et d’autres qui me laissent encore un petit peu perplexes. Prenons le temps donc de décortiquer un petit peu tout ça, jusqu’à vous partager deux ou trois théories car comme on le sait, certaines bandes annonces ont parfois tendance à nous aiguiller vers des pistes pour mieux nous piéger et nous surprendre avec le résultat final.

Alors que le précédent trailer présentait aux spectateurs l’univers de Wonder Woman, sa destiné, ainsi que sa nouvelle place au sein d’une civilisation fondée sur le patriarcat, cette nouvelle bande annonce donne une place importante à son histoire, son île et la société dont elle provient, basée elle sur le matriarcat.
Themyscira est une île bénie des Dieux. Elle est montrée ici comme un paradis terrestre (il fallait bien qu’elle porte son nom) à la végétation luxuriante où les édifices ont été battis en s’adaptant à un relief vertigineux et immaculé, et où l’eau coule en abondance à travers de multiples cascades.

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Dans le film, et contrairement à ce que l’on peut voir régulièrement dans les comics où Themyscira est représentée avec une architecture classique greco-romaine, la cité où vivent les amazones est largement inspirée par les habitats troglodytes de la ville de Matera, située au sud de l’Italie (et dont une partie du film a été tourné), habitats fondés au XIIème siècle par des moines byzantins.

Matera-gravina-di-materaThemys… non,  Matera, sud de l’Italie

Érigée sur le principe de l’agencement des fondations en terrasse, la cité des amazones laisse entrevoir des trésors d’architecture et de sculpture comme la fresque murale représentée ci-dessous, ce qui me permet de penser que cette civilisation n’est pas uniquement constituée de guerrières en furie comme le porte à croire les deux bandes annonces.

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Outre les influences byzantines, les yeux de lynx férus d’histoire de l’art auront reconnu la cour intérieure du Castel Del Monte lui aussi situé dans le sud de l’Italie, à 80 km au nord de Matera, et qui date lui du XIIIème siècle.

WONDER WOMAN Themyscira 55635062596_30ab604a2b_bLa cour centrale du Castel Del Monte

La grande tour de forme octogonale, érigée telle une cheminée au cœur de la cité semble correspondre à ce lieu précis, là où sont conservés les présents des Dieux, dont la fameuse épée Godkiller. Elle n’est pas s’en rappeler la tour conique du Grand Zimbabwe construite au XIVème siècle.

Mais revenons au contenu de cette bande annonce. Comme ont pu témoigner les quelques privilégiées qui ont eu la chance de voir 15 min du film, une partie va s’attarder sur la jeunesse de Diana, explorant son enfance et son adolescence à travers son apprentissage aux côtés de la guerrière Antiope. Il m’est impossible ici de ne pas penser à Legend of Wonder Woman, qui explorait aussi cet aspect avec le personnage de Philippus.
Le film va t-il prendre la même direction que Man of Steel dans sa narration ? Cela me parait assez probable, espérons si c’est le cas que la fin soit de plus haute volée.

Ici l’accent est particulièrement porté sur la présence de l’épée Godkiller, dressée telle Excalibur, et que seules les plus féroces Amazones peuvent manier, Hippolyta statuant que Diana n’en fait pas partie.
Mais comment notre héroïne, enfant protégée par sa mère bienveillante va-t’elle devenir en une apprentie combattante à l’entrainement des plus intenses ? Cela reste un mystère. Mais ce qui est pour le moins gênant dans cet extrait, c’est qu’il suggère que Diana développe une sorte d’obsession envers l’épée, ce qui la pousse à devenir l’élève d’Antiope.

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Autre détail intéressant vis à vis de cette épée, le design n’est pas le même que dans BVS (elle n’a pas non plus le même bouclier soit-dit en passant) s’agit-il donc de la même arme ? J’ai de gros doutes. De plus au terme de cette bande annonce, l’épée a disparu des mains de Wonder Woman, comme si elle le lui avait été enlevée, ou bien qu’elle s’en était volontairement défaite, privilégiant son accessoire légendaire, le lasso de vérité cher à Marston.
Il faut dire que la symbolique phallique assez évidente de cette épée ne correspond pas vraiment avec le message véhiculé par le personnage. A ce stade de mes spéculations personnelles qui n’engagent que moi, il m’est d’avis que Diana va être amenée à refuser d’utiliser Godkiller pour battre Ares. Et que d’autres armes, plus idéologiques vont l’y aider.

Quoi qu’il en soit, les capacités super héroïques de Diana de Themyscira ne se limitent pas à la maîtrise d’une épée, d’un bouclier ou d’un lasso. Souvenez-dans ce film magistral qu’est BVS, la toute première entrée en scène de Wonder Woman face à Doomsday s’opérait via le champ de force engendré par ses bracelets pour sauver Batman du barbecue.
Dans ce trailer, il semble que Diana découvre ce champ de force pour la première fois, et que par la même occasion elle se rende compte qu’elle n’est pas une amazone comme les autres.

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Au même instant, la voix off d’Hippolyta suggère que Diana ignore tout de ses véritables origines, on lorgne donc dangereusement vers le run d’Azzarello dans lequel elle s’avère être la fille de Zeus, mais dont elle est pleinement consciente dans le premier trailer. Pourquoi parler d’un secret dans un second trailer intitulé « origine » si il est déjà statué dans le premier qu’elle est la fille d’un Dieu ?

Outre la scène avec Chris Pine torse poil dont on a rien à foutre ici, et la prise en main d’Excalibur, la suite directe de cette seconde bande annonce est un montage de scènes déjà montrées dans sa version du mois de juillet 2016, jusqu’à l’arrivée de Diana et Trevor dans ce bon vieux Londres.

Cette scène est importante car outre l’introduction de filtres dégueulasses voulant certainement montrer la monochromie du monde moderne qui a sombré dans la guerre et l’industrialisation de masse, on voit ici « clairement » qu’il faudra du temps à ce que Diana s’acclimate au monde des hommes.

On s’offre ensuite un joli tribute au Superman de Richard Donner (une scène en partie déjà vue dans le premier trailer), une belle notre d’intention qui n’est pas pour me déplaire.

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Faites ensuite attention à cette image précise : ces soldats ont l’air de porter un masque bien particulier, le même porté par le soldat défenestré par Wondie sur l’image que j’ai mis en première illustration de ce post.
Si j’en crois la logique de ce qui est montré dans ces deux bandes annonces, Doctor Poison aurait trouvé la formule d’un gaz bien plus mortel que le fameux gaz moutarde utilisé pendant la Première Guerre Mondiale, car capable de dissoudre les masques à gaz utilisés par les poilus. Les Allemands sont eux équipés d’un masque pouvant filtrer ce nouveau gaz ultra toxique, afin de pouvoir gagner la guerre.
Mon autre théorie concernant Doctor Poison, c’est que celle-ci a été exposée au gaz moutarde par l’armée française, et que par esprit de vengeance, elle a décidé de s’allier avec les forces Allemandes afin de créer cette super toxine.

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Les enfants on est bien d’accord que tout cela reste du spéculoos, mais mon petit doigt me dit que…

Nous avons ensuite pas mal de redites vis à vis du premier trailer, mis à part encore une fois à ce qui semble être un hommage à peine dissimulé à Superman avec cette allusion de la couverture culte d’Action Comics #1.

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Puis cette phrase lourde de sens : « Je suis Diana de Themyscira, fille d’Hippolyte, au nom de tout ce qui est bon, votre colère qui accable le monde, s’achève ici. » Accompagnée par cette iconographie christique résolument Snyderesque mis à part qu’elle n’a pas les bras en croix et que les éclairs l’entoure. Quel dieu de la mythologie grecque balance des éclairs à son bon plaisir du haut de l’Olympe ? Oh, wait… Non mais le filtre bleu industriel a disparu ! Cela voudrait-il dire que… ??!

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Et si après tout on se donnait rendez-vous pour la sortie du film ? Qu’on mette les choses à plat ?

Et en bonus, l’excellent theme instrumental contenu dans la bande annonce, ça vous changera de l’électrique « Is she with you ».

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