A-FORCE #1: la preview


Cette nouvelle série n’aura beau être disponible que dans pratiquement 3 semaines, elle s’offre déjà une petite preview, avec plein plein plein de variant covers comme il se doit, vous n’avez que l’embarras du choix, j’ai une préférence pour celle de Stéphanie Hans, qui présente un tout nouveau personnage nommé Singularity.
Avec G. Willow Wilson (Ms Marvel), et Marguerite Bennett (Angela: Asgard Assassin) au scénario ainsi que Jorge Molina (X-Men) aux dessins, A-FORCE se déroule pendant les événements de  Secret Wars, alors que l’équipe des Avengers que l’on connaissait jusqu’alors n’est plus. Une nouvelle équipe constituée de membres tout à fait honorables tels que She-Hulk, Dazzler, Medusa, Nico Minoru, et Captain Marvel ont pour mission de protéger l’île d’Arcadia située aux confins de Battleworld…

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Power Girls


Il est désormais chose acquise que le public féminin est devenu en quelques mois une cible privilégiée de la part des deux principales maisons d’édition (bien que cette initiative soit loin d’être nouvelle ou inédite, Marvel s’y étant précédemment attelé dans les années 70,  émancipation de la femme et émergence du mouvement féministe obligent…), surement dû au fait que de nombreuses voix se soient élevées pour demander une plus grande visibilité et représentativité des super héroïnes dans leur ensemble.

Trois exemples me viennent simplement à l’esprit (pour synthétiser, parce que j’en ai vraiment beaucoup d’autres) : tout d’abord le Tumblr DC Woman Kicking Ass qui depuis 5 ans, s’évertue de promouvoir les belles de DC Comics (mais pas seulement) à travers des articles toujours très bien argumentés, des interviews d’auteurs majeurs dans ce domaine, ainsi qu’une prise en compte de l’éditeur concerné qui n’a pas pu faire la sourde oreille très longtemps.
Il y a ensuite un autre Tumblr (car c’est grâce à internet qu’on fait bouger les choses, n’est-ce pas ?) où figurent un bon nombre de petites filles déguisées en super héroïnes, et littéralement transposées comme il se doit en tant que tel par l’artiste Alex Law, car oui, quelle petite fille n’a pas rêvé d’être Super un jour ?
C’est justement ce que soulève la jeune Rowan Trilling-Hansen, âgée de 11 ans, écrivant une lettre des plus sérieuses destinée à la Distinguée Concurrence (qui a décidément des questions à se poser, mais c’est tout simplement parce que son catalogue renferme les plus belles héroïnes au monde… d’où une frustration qui se fait logiquement de plus en plus visible), pointant du doigt le fait que les héroïnes sont sous-représentées dans les divers médias auxquels elle a accès, et qu’il faut que cela s’arrête, maintenant.

Il ne m’est pas du tout difficile de me mettre à la place de cette jeune fille, à tel point que je salue à la fois son courage et le soutien de ses parents, surtout quand on sait qu’Internet est infesté de trolls qui ne demandent que ce genre de prise de position pour se faire remarquer et déverser leur bile (cf l’affaire Janelle Asselin).

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réaction de DC ne s’est pas fait attendre… et celle-ci est loin d’avoir satisfait l’auditoire : la petite Rowan s’est vue en effet « remerciée » par un dessin de Dan Panosian la représentant en super héroïne… En résumé peut-on faire plus maladroit en terme de communication sur le sujet ?
Heureusement, d’autres compagnies telles que Sideshow Collectibles se sont permis de rectifier le tir peu de temps après en lui offrant la fameuse statue de Wonder Woman, ne négligeant pas de communiquer bien évidemment sur le sujet

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Quoiqu’il en soit, cette affaire est un sujet marketing des plus intéressants, à tel point qu’aucune multinationale de l’entertainment ne saurait l’ignorer : le fait est que non seulement les femmes lisent et s’intéressent au comics, mais les petites filles également (sacrebleu !).

Il me semble évident que ces quelques manifestations/anecdotes pré-citées (sans parler de la concurrence forcenée dans ce domaine de la part de Marvel) ont incité DC à passer à la vitesse supérieure, en créant toute une gamme de supports destinés aux jeunes filles âgées de 6 à 12 ans et prévue pour l’automne 2015.
Des personnages tels que Katana, Bumble Bee (on notera qu’elles sont issues de la diversité), et dans une moindre mesure Poison Ivy ou Harley Quinn (car déjà bien plus célèbres) vont se retrouver sur le devant de la scène aux côtés de la trinité des DC Girls, Wonder Woman, Supergirl et Batgirl, dans un packaging des plus intelligemment menés (et dont je serais l’une des premières clientes, autant être honnête) incluant contenus numériques, jouets, vidéos, vêtements, livres… le tout distribué par deux géants du jouet pour petits et grands : Mattel et Lego.
La société danoise avait d’ailleurs commercialisé récemment et pour la première fois une boite de figurines représentant des femmes scientifiques, suite au coup d’éclat de la petite Charlotte, 7 ans, se plaignant elle aussi dans une lettre ouverte à la marque que les femmes étaient sous-représentées dans sa gamme de jouets. Inutile de dire que ce kit est désormais introuvable et devenu objet collector ultime.

Alors oui, les petites filles peuvent être considérées comme des super héroïnes, Rowan et Charlotte en sont tout bonnement la preuve.

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Mais soutenir que les multinationales du jouet ne se sont jusqu’à maintenant jamais vraiment intéressés aux filles en omettant de leur offrir des héroïnes fortes et positives n’est pas la vérité. Dans les années 80, les concurrents Mattel et Hasbro nous avaient offert She-Ra et Jem et les Holograms, héroïnes qui ont tellement marqué les esprits que leurs aventures continuent d’être exploitées de nos jours, il y avait donc moyen à l’époque d’échapper à l’hégémonie de la poupée Barbie, du reste ce fut le cas pour moi.

Cet intérêt de plus en plus visible vis à vis d’une potentielle part de marché où le cœur de cible s’avère être les jeune filles témoigne en tout cas d’une volonté de redresser un peu la barre de la part de DC Comics/Warner, à se demander maintenant comment et pourquoi Diane Nelson ni avait pas pensé plus tôt…
Quoiqu’il en soit, le vrai challenge et le vrai intérêt concernant cette gamme de super héroïnes est qu’il ne se cantonne pas à être acheté par des jeunes filles, la cerise sur le gâteau serait en effet que les garçons de 9/10 ans se sentent eux-aussi touchés par ces différents supports, car il n’y a rien de pire que de vouloir genrer l’univers des enfants et ainsi les formater dans leur perception future de notre société.

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La jupe


Après une première image de Gal Gadot moins catastrophique que je me l’étais imaginée l’année dernière, il aura quand même fallu attendre 10 mois avant de pouvoir admirer une nouvelle fois ce à quoi va ressembler le costume de Wonder Woman dans le film Batman v. Superman : Dawn of Justice.
Un premier teaser prévu pour aujourd’hui ayant fuité il y a quelques jours (et que j’ai trouvé assez décevant dans l’ensemble), mais ne dévoilant rien de notre héroïne (faut pas pousser non plus, et puis on nous promet que Superman va saigner, c’est ça le plus important), c’est aujourd’hui un reportage qui lève le voile sur cette tenue, et oui, il semble bien que le code vestimentaire de notre héroïne soit respecté, contrairement à ce que l’on aurait pu craindre par l’absence totale de bleu dans le premier visuel.

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Comme je l’ai dit précédemment, je suis assez satisfaite de ce costume, et la présence du bleu a tendance à me rassurer encore un peu plus.
Alors maintenant par contre, ce qui serait vraiment chouette, c’est de se remuer un peu le popotin et ne pas nous faire encore attendre 10 mois de plus pour pouvoir se mettre une nouvelle image sous la dent. Merci bien.

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Jouir, c’est choisir


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Image Comics, qui est considéré comme le troisième plus grand éditeur de comics aux Etats-Unis, a toujours basé sa ligne éditoriale sur le concept du creator owned ainsi que sur la liberté d’expression de ses artistes, notion encore plus évidente et plus marquée à partir du début des années 2000.
Là où certains auteurs travaillant pour les big two ont pu se sentir, à un moment donné de leur carrière, freinés dans leur processus de création à cause d’une censure  plus ou moins assumée, ceux là même ont toujours vanté les mérites de la maison au I Majuscule dans ce domaine, que ce soit par le biais d’une campagne publicitaire datant d’il y a déjà quelques années, ou rien de moins que lors de la conférence qui s’est déroulée lors du FIBD d’Angoulême en janvier dernier.

C’est ainsi que chez Image Comics, du sexe, on en voit (et on en lit surtout) le plus naturellement du monde, tout simplement parce que cela fait partie des choses de la vie, et ce qui est d’autant plus intéressant c’est que dans bon nombre de titres publiés chez cet éditeur, l’emploi du sexe devient un outil narratif, une notion importante dans l’intrigue mais que l’on pourrait remplacer par tout autre chose, en résulte une utilisation d’autant plus décomplexée et primaire, alors qu’elle n’en est pas vraiment le cœur du sujet, malgré un titre qui ne laisse pourtant aucune ambiguïté.

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En lisant Sex Criminals, (édité en France par les bons soins de Glénat Comics, qui se charge, grâce aux remaniements de cette écurie, de diversifier un peu ce qui se fait déjà dans notre pays, en publiant des titres tels que Lazarus, et dont les autres publications sont assez enthousiasmantes, du coup, je me mets à rêver de titres VO publiés par leurs bons soins et dont j’ai parlé sur ce blog…), je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec une autre série qui m’avait beaucoup enthousiasmée, Sunstone (également publié chez Image) où le sexe est bien évidemment un acteur fondamental de l’intrigue, mais constitue plus un ciment dans la relation de ses personnages principaux, sans parler du fait que dans les premières pages, leur apprentissage respectif est synonyme de recherche identitaire pour les deux héroïnes (Suzie et Lisa), et mine de rien, c’est une notion des plus importantes, et des plus actuelles.

Sex Criminals évoque dans ses premières pages, ou plutôt fait le constat crispant de ce que la jeunesse peut avoir comme idée reçue (ou pas) sur la sexualité. Le fait de se sentir différent, ne pas trouver les réponses immédiates face à sa propre sexualité et ses multiples interrogations peuvent être ressenties à la fois comme un échec et une frustration, et cela, Matt Fraction a su l’aborder de la meilleure façon possible.
L’héroïne est d’autant plus attachante qu’elle fini par trouver refuge dans l’isolement engendré par son rapport au sexe (elle a le pouvoir d’arrêter le temps à chaque fois qu’elle a un orgasme), lui permettant de prendre le temps de gérer entre autre la mort abrupte de son père et le désarrois de sa mère.

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Lorsque Suzie rencontre Jon pour la première fois,  tout semble justement se dérouler de la façon la plus normale possible, jusqu’au moment où elle se rend compte qu’ils ont bien plus en commun que leur passion pour la littérature.
Pour ce qui est de Jon, la découverte de sa sexualité et de son pouvoir se sont déroulés d’une façon certes moins traumatisante, mais non moins épique, usant, et abusant des vidéo clubs, sites et magazines porno où œuvrait une certaine Jazmine St Cocaine qui lui a laissé un souvenir pour le moins impérissable.
Dans le partage de leurs expériences et leurs souvenirs, on sent bien que ces deux là sont destinés à être inséparables, c’est en tout cas ce que nous fait ressentir Suzie qui en plus de vivre ses péripéties, apparaît tout au long du récit en brisant le 4ème mur, et nous fait partager à la fois son passé que celui de son compagnon. Un stratagème des plus inclusifs qui fonctionne à merveille dans ce genre d’histoire, justement basé sur l’apprentissage de la psychologie des personnages, que sur leurs élucubrations sexuelles.

Autre moment totalement jouissif, un interlude en rapport avec la chanson Fat Bottomed Girl de Queen, que je vous laisse ici, et que vous prendrez plaisir à écouter tout en lisant cet album (de toute façon, Queen c’est la vie, et puis merde)

L’intrigue de ce premier album, jonglant très intelligemment entre le passé, le présent, la découverte de ce tandem très attachant, la toile de fond se déroulant quant à lui lors d’un braquage de banque de la part du couple, et l’appréhension de celui-ci par un trio improbable… ne peut laisser insensible la plupart d’entre nous, tant ses protagonistes incarnent les anti-héros parfaits.
La construction narrative de Matt Fraction et la vison résolument disco de Chip Zdarsky font de ce Sex Criminals une oeuvre jouissive et décomplexée, très proche de ce que la BD européenne érotique a pu nous offrir, avec en plus un vrai scénario…

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Les jeudis de l’angoisse (des comics) #6


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Silent Hill  : Sinner’s Reward

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Comics et jeux vidéo, c’est un peu une relation de “je t’aime moi non plus” depuis que le deuxième a atteint sa côte de popularité et a supplanté le premier dans les loisirs de nos chères têtes blondes. Aujourd’hui, les adaptations ou comics dérivés de jeux vidéo, c’est un peu le supplément anecdotique que le fan de l’œuvre originale va lire d’un œil, et le genre de bouquin auquel le gamer moyen ne prêtera même pas intention. Oui, le jeu vidéo a supplanté les comics, n’en déplaise aux puristes, c’est une réalité, triste certes, mais la réalité.

Néanmoins, ça n’empêche pas les éditeurs de comics de courir après l’obtention de la licence du dernier jeu à la mode pour l’adapter sur papier et avoir aussi sa part du gâteau, souvent d’ailleurs pour nous pondre un pur objet merchandising sans grand intérêt qui soit, adapte ou propose des préquels ou spin-offs à l’œuvre originale. Parfois il y a des sursauts, comme la série Tomb Raider chez l’éditeur Top Cow qui avait préféré s’émanciper du jeu (quelques références y étaient succinctement faites de temps à autre mais sans incidences sur le récit) pour créer sa propre mythologie ou quelques one-shots parus par-ci par là. Et puis parfois, il y a un livre qui sort du lot, tellement bien foutu que l’on n’oublierait presque qu’il est adapté d’un jeu vidéo et Silent Hill : Sinner’s Reward fait partie de ceux-là et devinez quoi ? Je vais vous en parler prestement  !

Tout d’abord, si pour vous Silent Hill ce sont les deux (infâmes) adaptations au cinéma, c’est que vous n’avez probablement jamais joué à un des jeux vidéo de la série (honte sur vous) ou que vous n’aimez tout simplement pas les jeux vidéo, dans les deux cas, la partie qui va suivre va vous éclairer et élargir un peu votre culture (geek) personnelle.

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Donc Silent Hill c’est quoi  ? C’est tout d’abord une série de jeux vidéo dont le premier épisode voit le jour en 1998 sur Playstation, c’est un jeu du style survival horror, genre popularisé deux ans plus tôt avec un autre jeu sorti sur Playstation, Resident Evil (Biohazard au Japon). Le style de jeu survival horror c’est quoi ? Et bien pour faire court, c’est un style de jeu à la troisième personne (ce qui signifie que vous voyez le personnage que vous jouez), que vous faites évoluer dans un univers horrifique, le but est bien évidemment que votre personnage survive jusqu’à la fin du jeu, d’où la dénomination du genre. Là où Resident Evil distillait la peur en jouant sur le sursaut et la tension dû au manque de munitions ou de soins, Silent Hill décide de prendre une direction totalement opposée en tablant sur une ambiance malsaine, glauque et mystérieuse ainsi que sur un scénario alambiqué et plus complexe que celui de son prédécesseur / rival. Contrairement à Resident Evil dont les épisodes sont tous plus ou moins liés dans une chronologie commune, chaque épisode de Silent Hill est indépendant et raconte sa propre histoire, le seul lien étant le lieu où se situe l’action, la ville de Silent Hill.

Bande-annonce du premier jeu de la série Silent Hill

Silent Hill est une petite ville américaine et elle apparaît toujours de la même façon dans les jeux de la série : Déserte, silencieuse et baignée dans une brume opaque (1). Le truc c’est que l’on n’arrive pas à Silent Hill par hasard, la ville « appelle » ses visiteurs. Silent Hill est une sorte de lieu hors du temps qui une fois que l’on y est, nous met face à nos plus terribles secrets. Après, reste à la « victime » en visite à Silent Hill de survivre à la ville et à toutes les épreuves qu’elle va mettre sur son chemin afin de gagner sa rédemption. Dans le cas contraire, on ne sort jamais de Silent Hill (2)Silent Hill c’est un peu une sorte de purgatoire avec une sortie possible en y ayant vécu l’enfer en somme. Ainsi dans les différents jeux, on se retrouve aux commandes d’un des visiteurs de cette ville (sauf dans le troisième jeu où l’héroïne se rend à Silent Hill d’elle-même) et il va falloir l’aider à sortir de cette ville maudite. Ainsi dans chaque jeu, les objectifs varient : Dans le premier jeu on doit aider le héros à retrouver sa fille prisonnière d’une secte, dans le second le héros doit découvrir la vérité sur une lettre envoyée de cette ville par sa femme décédée, etc.

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Silent Hill, ses coins de rues engageants…

Comme succinctement dit plus haut, les Silent Hill marquent leur différence avec les Resident Evil de façon évidente au niveau de leur écriture : Les scénarios y sont recherchés, donnant la priorité à la psychologie des personnages et à l’univers dans lequel ils évoluent, ainsi dans les Silent Hill, rien n’a été choisi au hasard, les monstres, les lieux, les événements du scénario, tout a une signification pour qui se donne la peine de la chercher. Rajoutez à cela des compositions musicales hallucinantes signées en quasi-totalité par le génial compositeur japonais Akira Yamaoka et vous obtiendrez un condensé de ce qui peut se faire de mieux dans le domaine du jeu vidéo horrifique.
Cette logique scénaristique atteindra son paroxysme dans Silent Hill 2, considéré comme l’un des jeux vidéo les plus réussis dans son genre et l’un des mieux écrits de l’histoire de ce média. Personnellement, plus qu’un jeu vidéo, je considère Silent Hill 2 comme une véritable expérience à vivre avec les tripes, au même titre qu’un film ou un roman et croyez-moi, j’ai beau adorer les jeux vidéo, c’est extrêmement rare que je dise ça  !

Bande-annonce de Silent Hill 2

Je pourrais encore parler de Silent Hill pendant des heures, tant ma passion pour cette série de jeux vidéo est énorme et avoir dû la résumer en quelques mots comme je l’ai fait plus haut a été particulièrement compliqué… Mais bon, nous ne sommes pas sur un blog consacré aux jeux vidéo, donc intéressons-nous plutôt à l’univers étendu et aux comics et plus particulièrement un bien précis, Silent Hill : Sinner’s Reward.

Il n’y avait pas de temps pour la raison, ils n’avaient pas le signe d’une menace
Maintenant c’est trop tard, trop tard pour moi
Cette ville me prendra finalement
Trop tard, trop tard pour moi
Cette ville gagnera

Joe Romersa – Hometown (Silent Hill 3 Original Soundtrack) (3)

En ce qui concerne les comics Silent Hill, il y a tout d’abord eu une occasion manquée, celle du dessinateur Neill Googe qui lors de la création de son label ComX avait réussi à obtenir de l’éditeur japonais des jeux Silent Hill, Konami, le droit de réaliser un comic adaptant le premier jeu : Googe réalise alors un travail titanesque et réalise lui-même 70 pages pour un graphic novel en à peine six mois, réalisant seul toutes les étapes à savoir dessins, encrage, colorisation et retouches informatiques… Pour qu’à la dernière minute, la sortie soit annulée par Konami pour des raisons aussi obscures qu’incompréhensibles : Konami avait même disposé dans la boite de chaque exemplaire du jeu un flyer annonçant la sortie du comic… Néanmoins, Neill Googe se dit très satisfait de son travail et ne désespère pas de le voir publié un jour.

Quelques pages réalisées par Neill Googe pour le graphic novel jamais publié Silent Hill, pages provenant du site SilentHillHeaven.com

Il faudra attendre quatre ans pour voir un nouveau comic inspiré de l’univers de Silent Hill et que pour ça, la licence échoue entre les mains de l’éditeur IDW, s’en suivront quatre mini-séries, publiées entre 2004 et 2006, trois au format papier (Dying Inside (4), 3 one-shots, réunis dans le TPB Three Bloody Tales et Dead/Alive) ainsi qu’une autre (Hunger) au format numérique sur l’UMD (5) de The Silent Experience.

Les couvertures des premiers comics Silent Hill publiées par IDW

Ces quatre mini-séries ont toutes deux choses en commun : La première est qu’ils ont tous un parti pris graphique un peu bigarré, voir complètement extravagant et ce dans tout les sens du terme, on va du bizarre bien foutu sur la mini série en cinq numéros Dying Inside avec Ben Templesmith (les deux premiers numéros) puis le peintre Aadi Salman (les trois derniers numéros) à du gros n’importe quoi visuel avec The Grinning Man (un des trois segments de l’anthologie Three Bloody Tales) et Dead/Alive avec un Nick Stakal en roue libre.
L’autre point commun à ces premières tentatives est qu’en terme de scénario, les histoires sont complètement à coté de la plaque et qu’à l’image du film de Christophe Gans, les auteurs connaissent plus ou moins bien les jeux (j’ai quand même de sérieux doutes sur certaines séries, je pense plus que les scénaristes n’ont jamais tenu une manette de jeu et on écrit leurs histoires après un rapide coup d’œil sur Wikipédia) mais ne les ont manifestement pas compris : Non, Silent Hill ce n’est pas un héros dans une ville pleine de monstres qui cherche à en sortir en les matraquant à coups de barre de fer à grand renfort d’effets gore, c’est autre chose… Et pour qu’enfin un scénariste comprenne ça, il faudra attendre 2008 et l’arrivée de Tom Waltz au scénario de la mini-série en quatre épisodes, Sinner’s Reward pour mettre fin à ce cercle infernal de productions dessinées purement marketing. (6)

Premier comic issu de l’univers de Silent Hill scénarisé par Tom Waltz (futur scénariste du jeu Silent Hill Downpour), on peut sans aucun doute possible dire que c’est le meilleur comic dérivé de la fameuse série de jeux vidéo, ce qui, aux vues des précédentes tentatives n’est pas vraiment compliqué…

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On découvre ainsi le destin de Jack, un tueur à gage en fuite et de sa petite amie Jill (et accessoirement fille d’un mafieux en bisbille avec Jack), dont la route mène bien entendu à Silent Hill, mais on n’arrive pas à Silent Hill par hasard et la mystérieuse ville « n’invite » pas ces voyageurs sans raison…

Je ne peux pas en dire trop sur l’intrigue, tant le récit est construit sur une série d’événements tous plus imprévisibles les uns que les autres, entrecoupés de flash-backs qui ne trouvent leur sens que dans un dénouement final absolument inattendu et très en phase avec l’univers tortueux et désespérant de Silent Hill.

8Waltz écrit son récit avec intelligence en jouant avec l’ambiguïté psychologique des personnages et leur passé : Aurait-on là le premier scénariste de comics à bosser sur la licence Silent Hill à vraiment avoir compris l’essence de cet univers ? Il faut croire que oui, tant Tom Waltz fait preuve d’une maîtrise du rythme de la narration inhérente au jeu de la série et en réussissant à le transposer en comics avec brio.

9Cerise sur le gâteau, les références à l’univers des jeux sont nombreuses, appuyés et, ô miracle, totalement justifiées par le récit. Que ce soit l’utilisation des monstres ou des lieux (l’action se situe dans des lieux connus de Silent Hill et les fans n’auront aucun mal à reconnaître les coins de ruelles embrumées de la ville ou bien le sinistre hôpital de Brookhaven), chaque emprunt à l’univers vidéo-ludique ne se fait donc pas gratuitement et même si les fans seront aux anges de tant de respect envers ces emprunts (fan-service quand tu nous tiens), ce respect de la part du scénariste fait vraiment plaisir.

10Du côté esthétique, l’artiste français Stéphane Stamboulis (Abrégé Steph Stamb) signe des planches à l’ambiance délétère, presque suffocante et même lors de scènes extérieures, on ressent cette sensation d’oppression claustrophobique typique de l’univers de Silent Hill. Très claires lors de la plongée à Silent Hill, chaudes lors des flash-backs, il s’en dégage généralement une véritable impression malsaine, très en accord avec l’univers et les codes visuels des jeux vidéos de la série. Les lieux connus cités plus haut sont reproduits avec fidélité et tant de respect au matériel original fait franchement plaisir de la part d’un dessinateur qui visiblement, connaît bien l’univers qu’on l’a chargé de reproduire.

11Tom Waltz remettra le couvert en 2010 avec un second comic Silent Hill, nommé Past Life, illustré par le génial artiste Menton 3. La maîtrise de Waltz avec cet univers lui vaudra même le privilège de co-écrire le scénario d’un des épisodes de la série de jeux vidéo, Silent Hill : Downpour ainsi que Anne’s Story, un autre comic explorant l’histoire d’Anne, un des personnages du jeu. Publié fin 2014, Anne’s Story devrait être disponible en TPB au moment où vous lirez ces lignes. Past Life, Silent Hill : Downpour et Anne’s Story font d’ailleurs parti de la même storyline.

Pour conclure, même si les autres comics Silent Hill étaient clairement accès pur produits marketing, Sinner’s Reward remonte clairement la barre pour un produit à licence. Avec son scénario intelligent et ces dessins somptueux, Silent Hill : Sinner’s Reward est ce genre de comics qui font dire que même avec le poids d’une licence populaire, on peut tout de même arriver à faire de la bande dessinée de qualité, à condition de mettre aux commandes des gens qui connaissent et respectent l’œuvre originale : En résumé, c’est un must have pour tous les fans passionnés par la petite ville brumeuse et son univers. Les autres qui ne connaissent pas ou peu l’univers de Silent Hill y trouveront une sympathique histoire d’horreur, sombre, mêlant drame et surnaturel pas non plus dénuée d’intérêt.

De la bonne lecture horrifique pour tous en somme, qui sort du lot, comme la plupart des comics que je m’évertue à vous conseiller dans cette série de chroniques.

1 : A l’origine, la brume devait juste servir a camoufler les lacunes techniques de la Playstation, en effet la console ne pouvait pas afficher la ville avec une profondeur de champ suffisante, les développeurs ont alors proposé de placer une brume afin de cacher l’affichage successif des décors, finalement, la brume est devenue l’un des symboles indissociables de la série et est présente dans quasiment tous les épisodes.

2 : Certains joueurs ont même émit une théorie selon laquelle les monstres que l’on croise dans le jeu sont en fait des victimes ayant péri dans la ville. Cette théorie servira d’ailleurs de base aux fameux «  fantômes  » du jeu Silent Hill 4 : The Room.

3 :

4 : Publié en France sous le titre Pourri du Ventre aux éditions Carabas en 2005

5 : Les UMD vidéo était des disques vidéos destinés exclusivement à la console portable de Sony la PSP, ils contenaient en général des films. Ils furent un flop retentissant et leur production fut rapidement stoppée…

6 : Il existe aussi trois histoires courtes en manga (Cage of Cradle, Double Under Dusk et White Hunter) réalisées par Masahiro Ito, le designer des créatures des trois premiers jeux Silent Hill. Ces bandes dessinées de quelques pages sont aisément trouvables en scans sur internet, pour qui maîtrise le japonais, ce qui n’est pas mon cas…

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Le fer et le sang


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« Car seul le fer peut nous sauver
Seul le sang peut nous délivrer
des lourdes chaînes du pêché
de la malicieuse exubérance »

Max von Schenkendorf, 1813.

Rares sont les scénaristes qui ont réussi à traiter aussi merveilleusement bien leurs héroïnes que Greg Rucka. Qu’elles appartiennent déjà à un éditeur, ou qu’elles proviennent tout doit de son imagination, les femmes de Rucka ont toutes au moins un point en commun : aucun cliché ne saurait les définir.
La justesse avec laquelle l’auteur de Batwoman Elegy et Gotham Central développe ses personnage féminins dans chacune de ses œuvres est en effet devenue une véritable marque de fabrique, une valeur sûre que l’on est certain de retrouver quelque soit le genre qu’il va emprunter, de Wonder Woman à Stumptown, de Queen & Country à Felon, de The Question à Lady SabreGreg Rucka ne perd pas son temps à affubler ses héroïnes de poncifs inutiles et révélateurs d’une vision réductrice ou simpliste, comme on en voit encore trop souvent dans les comics.

Lazarus-Forever-674x1024Écrivain prolixe, l’une de ses dernières séries en date s’intitule Lazarus, dont le premier tome vient d’être publiée en France par Glénat Comics, l’éditeur diversifiant actuellement son catalogue en proposant du très bon matériel dont nous aurons le plaisir de reparler sur ce blog, les femmes étant particulièrement mises à l’honneur.
Dans cette série originellement publiée chez Image, Rucka retrouve un artiste qu’il connait bien puisqu’ils ont œuvré ensemble sur les 3/4 des numéros de Gotham Central, Michael Lark qui continue d’imposer ici son style à la fois sombre, violent et très réaliste à l’image des polars des 70’s.
Le registre de Lazarus est toutefois bien différent, puisqu’il se situe dans un futur proche et dystopique, où suite à une catastrophe à grande échelle la société s’est réorganisée auprès de plusieurs familles utilisant un système quasi féodal, exploitant des ressources et les distribuant à un nombre restreint, le reste de l’humanité étant considéré comme des déchets.
Élevée par la famille Carlyle, Forever en est à la fois la protectrice, la représentante et l’exécutrice, dotée de facultés régénératrices hors du commun sa loyauté envers les siens n’est pourtant basée que sur des mensonges, son père et ses frères et soeurs se servant d’elle comme d’une véritable machine à tuer.

On a l’impression en lisant ce premier tome que Greg Rucka n’a aucunement envie de brûler les étapes tant le fil narratif se déploie relativement doucement, la succession des chapitres pouvant d’ailleurs être interprétés comme l’évolution l’héroïne dans le développement de sa maturité, (re)naissant au début du livre, on la voit ensuite interagir parmi les membres de sa famille, pour ensuite prendre ses premières décisions et se confronter au sentiment amoureux, jusqu’à aboutir vraisemblablement à une sorte de crise d’adolescence où la figure paternelle risque d’en prendre un sacré coup.
Le tome 1 s’arrête là où d’autres auraient choisi la facilité d’imposer ce twist dès la fin du premier numéro, Rucka lui sait que toute la beauté et la profondeur d’un personnage se construit et se défini sur la longueur, sans omettre de chorégraphier quelques scènes d’action pure dont il a le secret.

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Le scénariste met également l’accent sur les enjeux politiques d’une société basée sur le pouvoir d’une poignée de familles, les Carlyle et les Morray, se sont en quelque sorte les Capulet et les Montaigu du futur, la comparaison va sans doute s’arrêter là mais les rapports complexes et ambigus entre certains membres de la famille de l’héroïne ne pouvaient également m’empêcher de faire le rapprochement avec un certain auteur britannique.

Sans aller plus loin, car ce serait vous gâcher le plaisir de cette lecture, sachez donc qu’avec cette nouvelle série on retrouve tout ce que l’on peut apprécier d’un auteur tel que Greg Rucka. Son héroïne est la digne héritière de Tara Chase et Renee Montoya, et transposée graphiquement avec le réalisme saisissant de Michael Lark, bien qu’il s’agisse malgré tout d’un récit de science fiction. Espérons que cette ambiance particulière soit respectueusement rendue à l’occasion de la future adaptation TV.

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Thank you for the music


Alors que DC Comics vient tout juste de transférer ses derniers effets jusqu’ici situés dans les locaux légendaires du 1700 Broadway de New York, direction la Californie, afin de se rapprocher de la maison mère Warner à Burbank (je me demande d’ailleurs ce qu’il va advenir du fameux wall of heroes, la fresque murale représentant les personnages les plus emblématiques de la Distinguée Concurrence, exécutée et signée par les plus grands, de Kirby à Kubert, en passant par Eisner ou Steranko…), c’est une page qui se tourne dans l’histoire de cet éditeur, les plus beaux chapitres ayant été écrits selon moi lors les 27 ans de règne de la grande Jenette Kahn.

Le hasard a voulu que je trouve ce document rare, une conférence d’une heure en compagnie de cette pionnière de l’édition, filmée en 2013 lors du Chicago Humanities Festival.
Interrogée par Liz Mason, elle retrace les moments les plus importants de sa carrière, ses débuts au moment de la DC Explosion, la British Invasion, la publication de titres novateurs prônant la diversité comme Static Shock, l’émergence de nouveaux supports et format (avec la première maxi-série jamais publiée Camelot 3000) et sa collaboration avec Frank Miller sur Ronin et Batman: Dark Knight, ses efforts pour que les artistes soient mieux rémunérés, l’émergence des librairies spécialisées à laquelle elle a contribué, la création de labels pour ce que l’on appelle les mature readers, le phénomène Sandman
Parlant avec beaucoup d’humour du fait qu’à ses débuts seulement deux femmes travaillaient chez DC, elle rappelle également qu’elle a fait en sorte d’embaucher le plus de femmes et de personnes de couleur au sein du groupe.
Jenette s’exprime aussi sur le déménagement à Burbank, un événement prévu depuis très longtemps mais qui avait toujours été inenvisageable du temps où elle présidait la compagnie, privilégiant toujours le secteur de l’édition face aux sirènes d’Hollywood, et regrettant ainsi les nombreux dommages collatéraux de ce départ de New York comme le grand nombre de salariés obligés à démissionner. Elle termine enfin sur son point de vue concernant le phénomène des films de super héros, interrogée par l’auditoire à ce sujet.

Autant de sujets palpitants (et d’autres encore) traités en une petite heure, ce document est donc assez exceptionnel et mérite d’être vu par le plus grand nombre, car il rend hommage non seulement au travail phénoménal d’une femme hors du commun, mais aussi à une partie de l’histoire de la célèbre maison d’édition qu’elle a dirigé pendant plus de 26 ans..

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