Only the beginning


Jem and the Holograms Head

Je vais vous parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre. Celui dont la génération d’aujourd’hui ne cesse de découvrir les séries et les films à grand coup de remakes, adaptations, suites, clins d’œil à gogo dans les différents médias qui leur sont alloués. Ce vent de nostalgie qui souffle depuis plusieurs années sur notre environnement culturel a d’ailleurs beau être perçu (à juste titre) comme un manque flagrant d’imagination de la part des scénaristes/producteurs de tout poils, il n’en reste pas moins une passerelle évidente et enrichissante entre les enfants de la NES et ceux des réseaux sociaux.

Quand j’étais (beaucoup plus) jeune, non seulement j’étais blonde, mais je passais surtout pas mal de temps devant la télévision à regarder des dessins animés. Cela ne m’empêchait pas pour autant d’aller jouer dehors et essayer de devenir Supergirl, car à cette époque, il y avait un temps pour tout.
Je fais donc partie de cette fameuse génération 80, adepte des émissions jeunesse Vitamine, Récré A2 et autre Club Dorothée, sans oublier Croque-vacances dans le désordre, vous voyez je n’ai pas oublié mes classiques.
Comme tout garçon manqué qui se respecte, j’avais bien évidemment mes préférences, et je considérais que les programmes pour garçons étaient sans conteste beaucoup plus intéressants que ceux destinés aux filles… allez savoir pourquoi. Je ne vais pas énumérer ici les séries en question car cela prendrait un billet entier, et ce n’est pas le propos.
Il serait par contre malhonnête de ma part de ne pas citer quelles séries pour filles ont grandement marqué mon enfance, et vous l’aurez compris Jem et les Hologrammes (tout comme Lady OscarSigné Cat’s Eyes, ou encore She-Ra) en fait partie.

Ce que j’aimais surtout dans Jem et les Hologrammes, c’était la musique. Rien que le générique de début me mettait en joie, et chaque épisode avait la particularité de contenir des morceaux originaux, qui ne duraient pas plus de 2 minutes et qui résumaient à merveille la trame en cours. Je n’ai jamais pu oublier aucun de ces morceaux. Et je me souviens encore de la voix particulière de Jem, chantée par Britta Phillips, qui résonne à mes oreilles telle une petite madeleine de Proust.
Mais Jem c’était aussi et surtout une belle histoire d’amitié où l’on pouvait facilement se reconnaître dans chacune de ses héroïnes, grâce à la caractérisation maîtrisée par la créatrice de la série,  Christy Marx, dont on ne peut que regretter l’absence pour l’actuel projet d’adaptation de la franchise sur grand écran.
Enfin, Jem et les Hologrammes était un programme qui, tout en étant issu d’un concept des plus commerciaux (la vente des figurines Hasbro à l’effigie des personnages) renfermait bon nombre de messages positifs basés sur la solidarité et la diversité (je ne me souviens pas à l’époque avoir vu d’autres héroïnes asiatiques ou afro-américaines telles qu’Aja et Shana).

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Compte tenu de la vague actuelle des adaptations de franchises à succès provenant des années 80 (et dont l’éditeur IDW est passé maître en la matière), il n’était qu’une question de temps pour que les aventures de Jerrica et ses sœurs soient transposées sous la forme d’un comic-book. L’idée était donc de savoir sous quelle augure cette interprétation allait-elle se faire, dans le respect de l’oeuvre de Christy Marx ou à des fins purement mercantiles.
Le choix de l’équipe créative lors des premières annonces avait déjà de quoi nous rassurer, Kelly Thompson et Sophie Campbell étant parfaitement capables, de par leurs sensibilités personnelles, de raviver cette flamme âgée de plus de 30 ans, tout en la modernisant pour le lectorat d’aujourd’hui. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette difficile alchimie s’est effectivement produite dans ce premier numéro de Jem and the Holograms.

En quelques pages, Kelly Thompson est arrivée à trouver le ton juste pour nous représenter ses héroïnes, ou plutôt nous les faire découvrir sous un jour nouveau, de telle sorte que les vieux de la vieille n’y voient que du feu sans être pris pour des imbéciles, tout en séduisant les nouveaux et futurs adeptes de la franchise.
Sophie Campbell quant à elle, nous offre ni plus ni moins qu’un chara design grandiose, où fringues stylées mais sans fioritures rivalisent de fashionista avec des coiffures hallucinantes, le tout transcendé par la colorisation de M. Victoria Robado.

Ce qui frappe également est l’importance donné à la synergie (sans mauvais jeu de mot) entre les personnages dès le début de l’histoire, de la dualité entre Kimber et Jerrica qui ont dû passer par des moments très difficiles, aux attentes du reste du groupe, solidaire malgré les dissensions. On retrouve ici pleinement l’esprit de Christy Marx, à n’en point douter.

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A la lecture de ce premier numéro, il est clair et évident que Kelly Thompson et Sophie Campbell étaient faites pour travailler sur ce titre.
Tout en étant extrêmement fun, une indescriptible sensation de gravité se dégage de l’ensemble, laissant le lecteur exigeant comblé parce qu’il vient de voir et de lire. Et pour couronner le tout, Jerrica nous chante même un morceau de moins de 2 minutes résumant parfaitement la situation dans laquelle elle se trouve. Ai-je besoin de rajouter que j’ai adoré ce premier numéro ?

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Sweet Romance


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Le Romance Comics est un genre qui a connu ses heures de gloire à partir de 1947 avec la parution de la série Young Romance de Joe Simon et Jack Kirby publié par Prize Comics, et dont le succès incitera d’autres éditeurs à se lancer rapidement dans la publication d’innombrables titres à l’eau de rose.
Des séries intitulées Sweethearts, Girls’ Romances, My Love, My Life True Stories in Pictures, où de nombreux artistes exerceront leurs talents tels que Frank Frazetta, John Romita, Sr, Alex Toth, Wally Wood, Marie Severin, développeront des intrigues basées quasiment toujours sur les mêmes critères : triangle amoureux, chagrin d’amour, coup de foudre et premier rendez-vous.
Ces comics sentimentaux vont perdurer jusqu’au milieu des années 70, ne résistant pas à la libéralisation des mœurs.

On pourrait penser que ce style de publication est depuis tombé en désuétude, mais ce n’est pas tout à fait le cas si l’on considère que la romance n’a jamais vraiment quitté les pages de nos séries favorites, qu’elle en soit la trame de fond (Strangers in Paradise en est l’exemple le plus parfait) ou une excuse marketing (le Young Romance des New 52).
C’est sans doute sur ce constat que l’éditrice Janelle Asselin a décidé de remettre les romance comics au goût du jour, en cherchant à adapter ce genre bien particulier au lectorat des années 2015. Le titre Fresh Romance est donc sur le point de voir le jour, via la plateforme de financement Kickstarter, il s’agit du premier projet publié par un nouvel éditeur : Rosy Press créé par Asselin et qui se spécialise donc dans le romance comics numérique.

L’intérêt principal de cette anthologie est donc de se destiner à une nouvelle génération de lecteurs (et de lectrices), mais également et surtout de proposer de nouveaux concepts qu’ils soient actuels ou plus classiques. Le premier numéro traitera par exemple d’une histoire d’amour queer dans un lycée, un autre récit faisant lui directement référence à la littérature de Jane Austen, nous sommes donc bien loin des bluettes des années 50 régies par le comic code.
Et aux financeurs de répondre présents puisqu’en deux jours la quasi totalité des fonds nécessaires ont été atteints. Parmi les artistes et scénaristes lancés dans l’aventure on peut citer Kate Leth, Arielle Jovellanos, Amanda Scurti, Sarah Vaughn, Sarah Winifred Searle, Sarah Kuhn, Sally Jane Thompson, Savanna Ganucheau sans oublier Kevin Wada qui signe la couverture du premier numéro.

Le 21ème siècle aura donc droit lui aussi à son lot de romance comics, aussi surprenant que cela puisse paraître.

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Jem And The Holograms #1 : la preview


Le moment est pratiquement venu de pouvoir enfin savourer le premier numéro de Jem And The Holograms de Kelly Thompson et Sophie Campbell, il me tarde vraiment vraiment VRAIMENT de le lire et de vous en faire une review (oui oui, je suis très excitée) !

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Life on Mars


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9782205063585_003La vie n’est pas des plus faciles lorsqu’on la vit sur Mars. C’est en tout cas le sentiment de Patricia qui, du haut de ses sept ans et demi (un âge qu’il faut doubler pour nous pauvres terriens, les années martiennes étant deux fois plus longues que sur notre planète bleue), travaille en récoltant la précieuse H2O qu’elle extrait au volant d’une batteuse dans des champs de terre ocre à perte de vue.
Élevée par son oncle et sa tante après la disparition de ses parents, Trish s’efforce de les aider dans un contexte politique et social des plus tendus, où les colons sont asservis par un dictateur nommé Arex.
Douée pour la mécanique, Trish n’a qu’un seul rêve, celui de devenir championne de Hoverderby, un sport de contact très populaire sur Mars exporté par les premiers pionniers, et variante du roller derby terrien, les patins à roulettes ayant été remplacés par des hover patins.
Apprenant qu’une sélection pour faire partie de l’équipe locale est sur le point de se dérouler, Trish force son destin et décide de sécher les cours pour tenter sa chance, même si elle n’en a pas l’âge légal. Mise à mal par la leader de l’équipe, notre héroïne arrive pourtant à gagner sa place comme mécano, signant un contrat qui va pourtant la réduire au statut d’esclave. Et si la rencontre avec une créature indigène allait tout changer ?

tumblr_nkp2l8Lsxr1rxuse1o2_1280On ne peut s’empêcher de penser à Star Wars quand on commence à lire Trish Trash : Rollergirl sur Mars, mais la comparaison s’arrête dès les premiers pages. Jessica Abel nous offre un univers qui, tout en suivant les codes des classiques de la science fiction, apparaît rapidement comme très solide et construit. Du statut dramatique des colons conditionnés à l’état d’esclaves, à celui plus enviable de super star d’un sport ultra populaire, l’auteure nous fait sentir que le parcours de son héroïne va déclencher un début de révolution.
L’utilisation des technologies terriennes adaptées à la vie martienne font mouche, et donne un côté très réaliste au récit accentuant une immersion déjà très rapide grâce aux quelques annotations rajoutées par l’auteure.
Les passionné(e)s de roller derby apprécieront également le rendu des scènes de match, où la vélocité des joueuses et l’enchaînement des jam sont traités avec véracité. On peut regretter au final que ces scènes ne soient pas plus nombreuses. Quoiqu’il en soit, les quelques pages consacrées au hoverderby en fin d’album qui nous racontent l’histoire de ce sport (et de son ancêtre pratiqué sur terre) sont justes parfaites et accentuent vraiment le sentiment que notre futur ne sera finalement peut-être pas si différent que dans  Trish Trash…

Actuellement résidente à la Maison des auteurs d’Angoulême, Jessica Abel séjourne en France depuis plusieurs années et maîtrise parfaitement bien la langue de Molière, ce dont j’ai pu m’apercevoir lorsque je l’ai rencontré le week-end dernier en dédicace à la Librairie Terres de Légendes.
Trish Trash : Rollergirl sur Mars est une oeuvre qui a été publiée exclusivement pour la France, chez Dargaud, en attendant une version outre atlantique, prévue après la parution du troisième tome chez nous.

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GLAAD are the Queens


La 26ème cérémonie des GLAAD Awards qui s’est déroulée ce week-end (enfin, une partie, la seconde aura lieu le 9 mai) a rendu son verdict concernant la série (Outstanding Comic Book selon le terme exact) qui mettait le mieux en valeurs des personnages LGBT.
Sans grande surprise, c’est Rat Queens qui obtient la récompense cette année, le titre créé par Kurtis J. Wiebe et publié chez Image renferme en effet en ses pages plusieurs personnages qui synthétisent la diversité que l’on peut retrouver chez les personnes LGBT, si l’on ajoute à cela un humour corrosif et une irrévérence qui fait toujours plaisir à lire, Rat Queens mérite grandement son prix.
Je suis quand même un poil déçue pour Lumberjanes, mais ce n’est que partie remise, c’est à dire l’année prochaine.

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A noter que du côté des jeux vidéo c’est Dragon Age: Inquisition qui s’est vu décerner un prix spécial, un palmarès très fantasy que les amateurs apprécieront d’autant plus.

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Angoulême 2015 : la conférence LGBT BD


Chaque année lors du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, Jean-Paul Jennequin organise une conférence-débat autour de la BD LGBT, invitant les artistes dignes représentants de cette thématique, qu’ils soient français ou étrangers, comme ce fut déjà le cas en 2014, ainsi que lors des précédentes tables rondes.
Le sujet abordé en 2015, et intitulé La BD LGBT a t-elle de l’humour ? s’orientait dans une première partie sur l’histoire de ces œuvres qui tentent de faire passer leur message, parfois grave sur un ton qui l’est beaucoup moins. La seconde, était consacrée aux trois intervenants invités : Cab (Cab’s Corner, Les chroniques mauves), Nawak (La France rose et bleu) et Galou (La petite Blan), trois auteurs engagés qui  prouvent dans leurs travaux que la cause LGBT est loin d’être une triste affaire.

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Les jeudis de l’angoisse (des comics) #5


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Grey  : La Vérité est Ailleurs… (Dans les comics en fait)

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Ce qu’il y a de bien avec les extra-terrestres dans les comics, c’est qu’ils sont partout : Après tout, le premier et le plus grand des super-héros n’en est-il pas un ?
Quoi qu’il en soit, le fait que les extra-terrestres soient si exposés dans les comics mainstream en font d’emblée des personnages qui ne sont pas vraiment bien placés pour apparaître dans un comic d’horreur et coller les miquettes…

Si on remonte un peu plus loin dans le temps, des extra-terrestres dans les comics d’horreur on en trouve pas mal dans les publications type EC Comics, principalement d’immenses gus libidineux en scaphandre qui coursent des bimbos blondes aux vêtements déchirés pour les emmener sur leur planète en vue de vagues plans de reproduction (les années cinquante, quelle époque merveilleuse quand même  !).
Là, on va parler d’un type bien précis d’extra-terrestres, ceux-là même qui ont fait et font très certainement encore le bonheur des fans de conspiration gouvernementale dans la série Aux Frontières du Réel (X-Files en version française, la trilogie du samedi, M6, les années quatre-vingt-dix tout ça) à savoir les gris et cela dans un comics qui s’appelle… Grey ! (< Gris en français).

Pour ceux qui ne les connaissent pas ou bien ne s’intéressent tout simplement pas au surnaturel / paranormal, je vais tenter de vous présenter ceux qu’on appelle vulgairement « Les petits gris ».
Une sorte de prototype des petits gris apparaît pour la première fois dans le fameux roman de H.G. Wells, Les Premiers Hommes sur la Lune, dans ce roman, les habitants de la lune sont décrits comme des petits êtres à la peau grise, avec un grand front, des yeux noirs plus grands que la moyenne, un dard et une démarche étrange, visuellement on a donc là une sorte de base de ce qu’ils seront plus tard dans la culture populaire, mais le comportement des Sélénites (leur nom dans le roman de Wells) sont aux antipodes de l’aspect mystérieux dont on va les affubler plusieurs années plus tard. De plus on peut préciser qu’avant les Sélénites, Wells avait déjà affublé d’autres êtres d’une apparence similaire : Dans un article qu’il écrit en 1894, L’Homme dans un Million d’Années, Wells envisageait déjà notre évolution physique future comme similaire de l’apparence des petits gris et dans son roman La Machine à Voyager dans le Temps, les Morlocks sont eux aussi petits, gris et avec des grands yeux noirs, mais poilus. Wells fait également référence à des êtres similaires dans La Guerre des Mondes en les présentant comme des rivaux des martiens.

Ces êtres feront leur entrée dans le panthéon des créatures prisées par les fanas de paranormal en 1965 lorsque le journal américain Boston Traveler publiera un article dans lequel un couple nommé Betty et Barney Hill affirme avoir été enlevé par des extra-terrestres ayant cette apparence, même si à ce moment précis le terme « petits gris » n’est pas encore utilisé, la description faite de leurs ravisseurs par les Hill correspond en tout point à la description des « petits gris ». De plus, Betty Hill avec l’aide d’une institutrice, va cartographier le lieu d’origine de ses ravisseurs comme étant un système d’étoiles appelé Zeta Reticuli, les petits gris ayant depuis parfois le surnom de Zeta réticuliens (1).

La consécration aura lieu en 1977 lorsque Steven Spielberg choisira de donner cette apparence à ses extra-terrestres dans son film Rencontre du Troisième Type.
Mais c’est dans les années 1980 qu’ils obtiendront leur statut de créature de référence de l’ufologie quand on les associera au fameux crash de soucoupe volante de Roswell.
Dans la culture geek, ils seront très prisés et popularisés par le scénariste et créateur de la série X-Files, Chris Carter, si bien qu’il en fera les Némésis attitrés de son héros, l’agent spécial du F.B.I. Fox Mulder.

Souvent rattachés à des histoires d’enlèvements à but scientifique, supposément de mèche avec le gouvernement américain, réputés insaisissables et aux motivations obscures, les petits gris sont une part importante de la culture populaire, ayant même détrôné les « petits hommes verts » d’antan comme représentation iconique des extra-terrestres. (2)

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 Maintenant que les présentations sont faites, entrons dans le vif du sujet, la mini série Grey, publiée en 2011 chez le petit éditeur Loaded Barrel.
Tout commence lorsque des événements étranges se produisent dans la petite ville de campagne américaine de Bullard Valley : du bétail est retrouvé mort à demi dépecé et plus inquiétant, des habitants disparaissent dans des conditions mystérieuses.

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Bullard Valley est l’archétype de la petite ville de campagne américaine avec ses champs de maïs à perte de vue, ses habitants pittoresques et ses jeunes qui s’emmerdent… C’est dans cet endroit dans lequel le temps semble s’être figé sur un tableau de Norman Rockwell que s’est installé Mack, un ancien flic de Brooklyn, souhaitant se mettre au vert pour offrir à sa famille une vie plus tranquille, loin de l’agitation de New York. Nommé Shérif du patelin, Mack partage ses journées à régler les querelles entre voisins et réprimander les jeunes qui font trop de bruit la nuit. Mais depuis quelque temps, des choses bizarres se passent à Bullard, des vaches sont retrouvées mortes dépecées et de mystérieux cercles apparaissent dans les champs. Pour les locaux, l’origine de ces nuisances ne font aucuns doutes, il s’agit des jeunes du coin qui tuent l’ennui en organisant des soirées à boire et fumer de l’herbe.
2C’est d’ailleurs lors d’une de ces soirées qu’un jeune disparaît dans un champ de maïs sous les yeux de sa petite amie, visiblement happé par un rayon lumineux.
Extra-terrestres ! Le mot arrive rapidement aux lèvres des habitants, le tout renforcé par une vidéo prise par les jeunes sur laquelle on voit effectivement la victime s’élever dans un rayon lumineux… Mais pour le maire il faut tasser l’affaire, la fête de la moisson approche et il ne faut pas que cette affaire de kidnapping extra-terrestre s’ébruite. Mais c’est lors de cette fête qu’un autre jeune trouve la mort, le torse transpercé par une arme inconnue. De plus, la fameuse vidéo du kidnapping arrive sur internet et la ville est bientôt envahie par des fanas d’OVNI, au grand dam du shérif.
La ville envahie par des timbrés, les habitants qui n’osent pas participer à la fête de peur de se faire tuer par un extra-terrestre, le shérif Mack se retrouve débordé, d’autant plus que les événements bizarres et les enlèvements continuent et que son état de santé personnel semble se dégrader…

Largement inspiré par le pitch des Dents de la Mer (le personnage du shérif, la menace sous-jacente, le maire qui refuse d’y croire, etc.), l’histoire de Grey réussi tout de même a marquer sa différence en distillant une ambiance sombre, mystérieuse et franchement inquiétante. Les indices sur les motivations du, ou des « Gris », sont dispensés au compte-goutte et de façon contradictoire, à un moment un événement laisse penser qu’il n’est pas dangereux et quelques pages plus tard un cadavre est retrouvé… Cet enchaînement laisse le lecteur dans l’expectative tout au long du récit et c’est là l’une des forces de Grey, celle de brouiller continuellement les pistes afin de remettre en cause les événements et leur signification : Le ou les « Gris » sont-ils bien ou mal intentionné  ? Pourquoi fait-il/font-ils ça ? Durant toute la lecture, il plane une atmosphère réellement énigmatique et très accrocheuse faisant que l’on suit les péripéties du shérif avec intérêt en étant tout aussi interrogatif que lui.

Le mystère reste entier jusqu’au dénouement, aussi surprenant qu’inattendu, qui personnellement, m’a laissé comme deux ronds de flan, mais bon, vous connaissez la chanson, pour le connaître, il va falloir lire la bande dessinée, sinon tout ce que je viens d’écrire ne servirait pas à grand-chose…

3Pour ce qui est de l’aspect visuel, là encore le bouquin est surprenant puisqu’il ne s’agit pas à proprement parlé d’une bande dessinée, mais plus d’un roman-photo : Point de vignettes dessinées ici, juste des photos prisent par le photographe Alex Goz et retravaillées en numérique par Jared Barrel. Là où ça pourrait être un handicap, ce choix artistique se révèle être un véritable coup de génie, donnant au livre un aspect réaliste particulièrement immersif : on a l’impression de vraiment suivre des personnages «réels» et cela donne une impression très cinématographique à l’ensemble, les attitudes et expressions des personnages, quoique parfois un peu surjouées, les rendent du coup plus crédibles. Ce réalisme a du coup un effet double, d’une part ça rend la bande dessinée plus réaliste et du même coup beaucoup plus effrayante.

Cet aspect est d’ailleurs parfaitement revendiqué dans la bande-annonce  :

Un petit mot sur les créateurs de cette bande dessinée, les frères Jared et Jordan Barrel, créateurs des studios Loaded Barrel.
Le studio n’est d’ailleurs pas spécialement centré dans ce genre de comics, mélangeant prises de vues réelles et images retravaillées par informatique, on trouve notamment comme autres titres du même type chez eux Brielle and the Horror, une série fantastique, mettant en scène une adolescente possédée par de multiples démons ainsi que God of The Machines, une série de sciences-fiction. En dehors de ça, les deux frères touchent un peu à tout, ils réalisent des court-métrages et des clips vidéos pour des petits groupes, etc. En gros on peut dire que c’est juste deux mecs qui s’éclatent à faire un peu ce qui leur plaît, et remarquez, si c’est pour faire des choses du calibre de ce Grey, ils peuvent continuer à vider leur barillet !

Le site du studio  : http://dev.loadedbarrelstudios.com/

4Grey est une bande dessinée atypique, à mi-chemin entre horreur et surnaturel, comics et roman-photo, c’est une véritable curiosité qui mérite toute attention de la part des amateurs de comics d’horreur, d’amateur de paranormal ou tout simplement de lecteurs curieux et/ou avides de lire quelque chose de vraiment différent, si vous entrez dans une ou plusieurs de ces catégories, laissez-vous tenter, ça en vaut clairement le coup, foi d’amateur de « trucs » dessinés un peu bisseux : car oui avec Grey on peut le dire : la culture bis existe aussi dans les comics !

 

Grey est à l’image de son sujet, un véritable OVNI sur la planète comics qui mérite amplement que l’on s’y attarde, donc foncez chez votre revendeur habituel et laissez-vous happer par cette histoire qui n’a qu’une seule nuance de gris et franchement, c’est largement suffisant !

Grey de Jared Barrel, Jordan Barrel et Alex Goz, publié en France le 23 avril 2012 chez l’éditeur French Eyes

(1) C’est aussi dans ce système que Ridley Scott placera la planète sur laquelle se trouve le vaisseau spatial écrasé du film Alien, l’espace est petit décidément…

(2) Alors oui, comme vous pouvez le constater avec ce petit historique, j’ai été passionné de paranormal quand j’étais plus jeune, j’ai eu ma période X-Files et tout ça mais aujourd’hui, je n’en ai strictement plus rien à faire (en restant poli) et je trouve même les passionnés de ce genre de chose totalement stupides. Mais bon c’est comme beaucoup de choses qui m’intéressait avant, j’ai des restes…

Note de l’auteur : J’ai vraiment eu du mal à trouver des illustrations pour cet article, en effet Grey est un comic de tout ce qu’il y a de plus indépendant et les seules illustrations disponibles que j’ai trouvé sont celles de la preview distribuée par l’éditeur… Heureusement, la bande-annonce visible plus haut est un peu plus parlante et donne une meilleure idée du contenu du livre. Ça m’apprendra à vouloir faire découvrir des trucs méconnus tiens  ! La prochaine fois je fais dans l’original : Je parle de Walking Dead  !


Nan, je déconne.

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