Hasard ou Destinée : la review de Julien Lordinator


Rapide Review  : Hasard ou Destinée

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Becky Cloonan, je l’ai connu grâce à son run remarqué et remarquable sur la mini-série Conan, La Reine de la Côte Noire, une relecture des aventures du barbare Cimmérien avec la pirate Belith. J’avais ensuite pu profiter du trait à la fois élégant et acéré de l’artiste américaine dans les pages de Northlanders, une autre série mettant en scène des univers médiévaux et violents. Autant dire que vu mon attirance pour ce genre d’univers, Becky Cloonan est vite devenue pour moi une artiste que j’allais surveiller de près, guettant chacun de ses travaux avec impatience en espérant que ça soit de nouveau une histoire incluant des armures et des épées, ce qui fut le cas avec ce Hasard ou Destinée, sorti en juin chez un petit éditeur dans notre beau pays, alors bonne ou mauvaise surprise ? Comme souvent avec cette dessinatrice, je ne fus pas déçue de cette nouvelle incursion moyenâgeuse  !

In This Heart of Mine
It’s You I find
Take My hand
I’ll Take You To The Promised Land
You’re The One

Within Temptation – The Dance, extrait de l’EP The Dance (1998) (1)

Hasard ou Destinée, c’est en fait une compilation de trois histoires courtes écrites et scénarisées par Becky Cloonan, toutes dans un univers médiéval teinté d’un peu de surnaturel, ces histoires sont toutes les trois différentes et indépendantes.

Dans la première histoire on suit la traque d’un chasseur parti tuer un loup (dont ont se rend vite compte qu’il s’agit en fait d’un loup-garou) le temps d’une nuit, dans une sombre forêt.
Dans la seconde, intitulée Le Marais, c’est le destin d’un jeune écuyer, forcé par son maître à traverser un marais hanté afin de remettre une lettre à un château voisin qui nous est décrit. Mais il semble bien vite que cette mission ait un tout autre but… Soulignons au passage que cette histoire a reçu l’Eisner Award de la meilleure histoire en un numéro en 2012.
Enfin dans la dernière histoire, Déméter, on suit le destin d’un jeune couple vivant au bord de la mer. Le couple s’est formé alors que le garçon fut découvert sur la plage à demi-mort par la jeune femme : Mais était-ce vraiment un hasard ? N’y avait il pas de plus sombres desseins en jeu dans cette rencontre providentielle  ?

La première chose que l’on constate à la lecture de Hasard ou Destinée, c’est la profondeur des histoires : Oniriques, mélancoliques, mystérieuses, cruelles et ou touchantes, Becky Cloonan prend soin de ne pas trop en révéler, laissant ainsi le soin au lecteur de se faire sa propre interprétation de ce qu’il vient de lire.Est-ce vraiment une histoire surnaturelle que l’on vient de lire ou le fantasme d’un des personnages ? Est-ce que tout cela n’était peut-être en fait qu’une métaphore pour une histoire plus terre à terre ? Ou peut-être s’agissait-il d’une simple histoire de monstre ou de fantôme ? Comme je le dis plus haut, libre au lecteur d’en faire sa propre interprétation. Certains ne creuseront pas, se contentant de lire de simples histoires médiévales-fantastiques, d’autre scruteront chaque détail de chaque planche afin d’en déceler une signification cachée. Hasard ou Destinée, c’est le genre de livre dont l’interprétation changera d’un lecteur à l’autre.

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Visuellement, qu’est ce que l’on pourrait ajouter sur le talent maintenant connu et reconnu de Becky Cloonan ? Pas grand chose, juste que dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, elle nous livre des planches en noir et blanc d’une beauté ahurissante, son trait à mi-chemin entre comics et manga agrémenté de racines franco-belge est un véritable enchantement à chaque planche. Les environnements sont détaillés, les personnages expressifs et l’aspect onirique qui se dégage de l’ensemble est tout a fait bluffant. Becky Cloonan ne déroge pas à sa réputation et son talent inspire le respect, chapeau bas à l’artiste qui confirme, si il en est encore besoin, qu’elle est un des talents les plus impressionnants à l’heure actuelle à œuvrer dans le monde des comics.

Un dernier point à souligner obligatoirement, l’édition française absolument somptueuse des éditions Lounak, qui ont fait un travail admirable en nous livrant un véritable objet avec cet ouvrage : Le livre en lui même se présente avec une jaquette reprenant une des illustrations de la première histoire, mais sous cette jaquette, on a droit à une couverture imitation tissu, agrémentée devant et derrière d’une illustration dorée, donnant au livre un véritable aspect de livre ancien. Cerise sur le gâteau, le livre se fini par une belle collection de croquis. Un travail absolument sensationnel de la part de ce petit éditeur qui force le respect.

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Hasard ou Destinée c’est donc un livre hors norme : Écrit intelligemment, visuellement irréprochable et servi dans une édition de toute beauté, c’est une véritable œuvre qui tranche singulièrement avec la production mainstream et mérite une attention toute particulière. Le genre de chose que l’on aimerait voir arriver sous nos latitudes beaucoup souvent.

Hasard ou Destinée de Becky Cloonan disponible depuis le 9 juin 2016 en France aux éditions Lounak

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Azarath Metrion Zinthos !


Comme une certaine tendance le confirme, il se profile des trucs très sympa du côté des Big Two dans un futur plus ou moins proche, en l’occurrence parvenir (du moins je l’espère) à reprendre des vieux standards et les remettre au goût du jour à destination d’un public plus jeune.
Le concept est loin d’être révolutionnaire, mais en l’état il permet de mettre pas mal de lecteurs éventuellement d’accord sur l’évolution/renouveau d’un personnage au large potentiel passé à la moulinette par les affres de ces dernières années de torture éditoriale.

Ici vous l’aurez compris, on parle de Raven, figure emblématique des New Teen Ttans de Marv Wolfman et George Perez, personnage à la fois gothique et magique, que l’on admire pour la complexité de son âme et la limpidité de ses réactions empathiques.
Raven a été adaptée au fil des médias avec plus ou moins de bonheur, mais elle reste, il est certain, un personnage extrêmement populaire vis à vis des lecteurs de DC Comics, autant apprécié peut-être que ce bon vieux Robin, c’est dire.

Annoncée il y a plus d’un an, une mini-série de 6 numéros allait lui être désormais consacrée, son scénariste n’étant ni plus ni moins que son papa historique (non pas Trigon, l’autre papa, Mr Wolfman), il ne nous restait à l’époque qu’à prendre notre mal en patience, jusqu’à « jouir » en 2016 d’un film d’animation dont elle était l’enjeu principal (Justice League vs. Teen Titans, la scène « Teen Titans en Avant ! » en mode Sailor Moon vaut à elle seule son pesant de cacahuètes).
La mini-série Raven était alors sensée faire partie à l’époque d’une vague de titre « Old School » incluant Swamp Thing et Metal Men par Len Wein, Firestorm par Gerry Conway, Katana: Cult of the Kobra, par Mike W. Barr, ainsi que le désormais publié  Poison Ivy: Cycle of Life and Death par Amy Chu, bref, un retour aux sources à peine dissimulé par Dan Didio et ses sbires.

L’event Rebirth ayant fait à raison ses preuves en terme de ventes, il était temps que Rachel reprenne enfin son envol, les événements de cette mini-série se déroulant entre Teen Titans #24 et Teen Titans: Rebirth #1, d’ou la présence de l’affreux costume issu de la version précédente dans cette preview…
Le premier opus de cette mini-série sort demain, et on y croit, enfin moi j’y crois, ce n’est pas comme si l’on avait pas délibérément baptisé le frère jumeau de notre chat Cecil, resté dans la rue et livré à lui même, Trigon

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American Horror Story 06×1 : la critique de Julien Lordinator


American Horror Story Saison 6, My Roanoke Nightmare : Premier épisode, premières impressions

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Je suis un grand fan d’American Horror Story (AHS), cette série étant d’ailleurs l’une des deux seules séries que je suis (avec The Walking Dead) car ce n’est pas un secret, je n’aime pas les séries, surtout car je n’ai pas la patience de les suivre, mais AHS, j’adore : C’est de l’horreur, c’est bien écrit, bien interprété, bien réalisé et j’attends chaque nouvelle saison avec impatience… Au format physique.
Car oui, je ne télécharge pas et je préfère attendre patiemment la sortie blu-ray ou DVD d’un film ou d’une série que j’attends avec impatience pour pouvoir en profiter dans les meilleures conditions. Mais là, pour ce premier épisode de ma série favorite, je n’ai pas pu résister, pourquoi ? Tout simplement parce que depuis hier, j’en entends que du mal de ce premier épisode de AHS
Ma curiosité a finalement eu raison de ma patience et par un moyen autre que le téléchargement (cherchez pas…) j’ai réussi à me procurer ce premier épisode. Bilan ? Et bien, ce n’est pas très glorieux et pour une fois, je suis assez raccord avec les critiques…

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Déjà de quoi ça parle ? D’une maison hantée à la campagne et de citadins qui viennent y habiter. Jusque là, ça va, c’est le début de la plupart des films d’horreur sur ce thème depuis des lustres, ce n’est peut être pas très original mais c’est le genre d’histoire qui a fait ses preuves. Sauf que si sur le fond, ça tient la route, sur la forme, c’est une autre paire de manches…
Je ne sais pas ce qui a pris aux créateurs de la série mais ils ont décidé de nous présenter cette nouvelle saison, tout du moins le premier épisode, sous la forme d’une fausse émission de télé sur le paranormal (les amateurs de l’émission « Phénoméne Paranomal » sur la chaîne Numéro 23 de la TNT seront en terrain connu) avec tous les lieux communs de ce genre d’émission : Témoignages des gens ayant été témoins des phénomènes, reconstitutions etc. C’est un parti pris audacieux sauf que… Ça ne fonctionne pas.
Ce qui fait la force de ce genre d’émission, c’est que de base, c’est tiré de faits réels (enfin supposés réels) et que les gens qui regardent ce genre d’émission y croient (1) et que se sont des formats courts (15/20 minutes par sujet) hors là, déjà on y croit pas puisque d’une part c’est une série fictive et d’autre part, c’est trop long. Trop long parce qu’entendre de faux témoignages pendant 40 minutes, ça devient vite ennuyant et c’est ce que je reproche principalement à ce premier épisode, c’est long, mais long…
Ça a beau être bien filmé, ça a beau être bien interprété (on retrouve les acteurs habituels de la série, Sarah Paulson en tête, toujours aussi excellente d’ailleurs), c’est long, les coupes de faux témoignages en étant la principale cause.

Après, j’avoue, si vous êtes friand de ce genre d’émission télé et que le paranormal vous impressionne, vous serez probablement satisfait de l’orientation de cet épisode, si ce n’est pas le cas, ça va faire comme pour moi, vous allez un peu vous ennuyer…

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Autre chose qui m’a dérangé, c’est les références : Jusque là dans AHS, les références étaient subtiles et plutôt bien amenées (par exemple les références aux films Freaks, la Monstrueuse Parade ou Elephant Man dans la saison 4) mais dans cet épisode, c’est trop flagrant. La forêt vivante ? Déjà vu dans Evil Dead. Les breloques dans les arbres ? Déjà vu dans Blair Witch (bon sang, c’est les mêmes en plus !). Les jumelles fantômes ? Déjà vu dans Shining… La cassette vidéo flippante ? Ring, ça vous dit quelque chose ? Des villageois qui attaquent la nuit, torches à la main ? Hum, le jeu vidéo Resident Evil 4 ? (le cadrage de la scène est même quasiment identique !) et au passage, je fais l’impasse sur les multiples références à l’univers de Stephen King.
Un manque de créativité de la part des créateurs de la série ? J’espère que non, la créativité et l’originalité étant les choses qui m’ont séduit dans les quatre précédentes saisons, mais là, j’avoue que ça fait un peu best of des idées des autres.

Bilan : Très honnêtement je suis déçu. Même si l’épisode est agréable à regarder, il n’est clairement pas au niveau des saisons précédentes : L’orientation choisie par les créateurs n’est pas franchement ce qu’il y a de mieux et on ressent un cruel manque de créativité… Après, ce n’est que le premier épisode, difficile de se faire un avis avec juste le premier épisode mais bon, comme toute la série est déjà en boite, j’ai une grosse appréhension, qui se confirmera ou s’infirmera avec le second épisode. Wait & see comme disent nos amis anglophones…

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1 : Ce qui n’est pas mon cas, car je précise que  je ne crois absolument pas aux phénomènes paranormaux, pour moi c’est juste bon pour le cinéma et la littérature.

 

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LCF 2016 : J-10


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Dans exactement 10 jours au Tri Postal de Lille se tiendra la nouvelle édition du Lille Comics Festival, un événement auquel j’ai eu le plaisir de me rendre à deux reprises (en 2010 et en 2011, ça me parait si loin !), et où j’ai pu passer des moments inoubliables grâce à son équipe de bénévoles ultra dynamique et sa sélection d’auteurs de très haut vol.
Cette année encore je ne pourrai malheureusement pas m’y rendre, mais ma moitié Julien Lordinator sera de la partie et je compte sur lui pour nous faire un débrief de ce qu’il aura pu vivre sur place. En tout cas si vous vous y rendez aussi, n’hésitez surtout pas à venir lui faire un petit coucou, il ne mord pas, quoique…

Cette année, le LCF propose donc encore une fois un beau panel d’invités triés sur le volet : Glenn Fabry, Agustin Padilla, Leigh Gallagher, Stéphane Perger, Barry Kitson, Simon Coleby, Pieter de Poortere, Niko Henrichon, Rafa Sandoval, Jordi Tarragona, David Baldeon, Mike Dowling, Dylan Teague, Ian Culbard, Ian Edginton, Peter Doherty, Mauricet, Miran Kim, Julien Hugonnard-Bert, Stéphane Créty, Antoine Dodé, Ryan Brown, Nick Pitarra, Ian Bertram, D’Israeli, Stephen B Scott ainsi que John Bolton qui remplace au pied levé Simon Bisley qui a du annuler sa venue.

Des conférences sont également prévues, de quoi apprendre de belles choses auprès d’artistes de renom  :
Samedi
14h30-15h30 – La censure dans les comics
15h30-16h30 – Preacher : des planches au petit écran avec Glenn Fabry (conférence animée par DC Planet)
Dimanche
10h-11h – Vertigo : un imprint en péril ? avec Mike Dowling (conférence animée par DC Planet)
14h30-15h30 – Podcast en live des GG Comics. Sujet du débat : Les comics, c’était mieux avant ?
15h30-16h30 – Indé vs Mainstream avec Simon Coleby, Leigh Gallagher, Ian Edginton, Ian Culbard et Mauricet

Sans oublier les exposants, les expositions, et les animations qui font du LCF un événement incontournable pour tout fan de comics qui se respecte.
N’hésitez pas à vous rendre sur le site du festival où les conditions pour les dédicaces sont notamment expliquées en détail.

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Karen Green, l’archiviste des comics


Il y a quelques mois de cela, j’ai eu la chance de pouvoir poser quelques questions à Karen Green, via le média Japan FM, à l’occasion de sa venue au Monaco Anime Game International Conferences (autrement dit MAGIC pour les intimes, et dont un invité de marque et papa d’une bête à cornes rouges très célèbre est prévu pour l’année prochaine…).
Mon poto Ash Rush m’a donc invité à participer à cette interview, et je dois dire que le résultat est, je trouve, des plus sympathiques et permet humblement de poser une pierre de plus dans l’édifice de la visibilité des femmes (de l’ombre pour la plupart) dans les comics.

Car Karen Green ce n’est quand même pas n’importe qui, et elle sait surtout de quoi elle parle.
Elle est en effet depuis 2002 documentaliste d’Histoire Ancienne et Médiévale à l’université de Columbia. Fan de comics dès sa plus tendre enfance, elle met en rayon les romans graphiques issus de la Butler Library à partir de 2005, tout en commençant à répertorier des archives d’auteurs de comics en 2011.
Elle est également l’auteure d’une colonne mensuelle intitulée Comics Adventures in Academia pour le site ComiXology entre 2007 et 2012, et organise plusieurs débats et événements, notamment le Comic New York Symposium en 2012 et l’exposition Comics at Columbia : Past, Present, Future en 2014.
Elle produit également le célébrissime documentaire She Makes Comics et parle du fait d’utiliser les comics dans les universités et dans l’enseignement à travers les Etats-Unis.
Comme si cela ne suffisait pas, elle est également jury pour les Will Eisner Comics Industry Awards en 2011 et pour le Prix Pulitzer en 2015.
Elle est actuellement vice-présidente du conseil d’administration du musée new-yorkais, Society of Illustrators.

Je remercie chaleureusement Ash Rush et l’équipe de Japan FM pour cette très belle opportunité.

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Classé dans Goddess of the day

Terry and the Mechanics


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Parmi les centaines de milliards de détails qui m’ont convaincu depuis près de 20 ans que Terry Moore est une légende vivante de la bande dessinée, je peux risquer de vous en citer au moins une sans aucun problème aujourd’hui.
Depuis Strangers in Paradise, son auteur n’a par exemple jamais cessé de se renouveler, d’explorer genres et formats différents, du drame à la comédie, de la science fiction à l’horreur, de la couleur au noir et blanc, du mainstream à l’indépendant, du scénario au dessin, et même parfois tout cela en une seule oeuvre, tout en restant fidèle à un style et une ligne conductrice exemplaire quand il s’agit de représenter toutes ces femmes, ces héroïnes qu’il aime tant.

Terry Moore est un pionnier du genre (allez, c’est bon, je suis partie) à une époque où tout semblait s’opposer à sa vision des femmes dans la BD américaine en plein cœur des 90’s, sans omettre le fait qu’il n’était toutefois pas tout seul dans cette optique (Jeff Smith et Paul Smith étant pour moi ses alter ego de l’époque). Il a su ainsi marquer toute une génération et surtout fidéliser tout un lectorat qui désormais le suit les yeux fermés.

Après SIP, Echo, et Rachel Rising (sans oublier ses nombreuses participations chez des éditeurs et des titres plus mainstream), Terry nous emmène encore sur une autre planète puisque dans Motor Girl dont le premier numéro sortira en novembre prochain, sa nouvelle héroïne (très ressemblante au personnage de Jet, récurrent dans dans sa bibliographie, notamment dans SIP et Rachel Rising) fait équipe avec un gorille visiblement très taciturne (c’est marrant, il m’a tout de suite fait penser à quelqu’un qui officie régulièrement le dernier jeudi du mois…) pour réparer toutes sortes de véhicules en plein milieu du désert jusqu’au moment où un ovni ait aussi besoin de ses services et amène autant de clientèle « from outer space » que des agents gouvernementaux responsables de la fameuse Zone 51.

Cette nouvelle série (dont la preview sera disponible très bientôt) se veut donc humoristique, mais les amateurs du lascar savent qu’avec lui, on ne peut jurer de rien….
Terry Moore a eu l’occasion de parler entre autre de son nouveau projet au dernier San Diego Comic Con dans une excellente vidéo sur Periscope dont je vous laisse le lien ici.

https://www.periscope.tv/TerryMooreArt/1ZkJzponjyXKv

Et sachez surtout qu’il sera présent lors du prochain Comic Con Paris qui aura lieu du 21 au 23 octobre prochain, chose annoncée depuis des mois déjà, et vous pensez bien que je serai sur place pour profiter d’une 4ème rencontre avec lui…

En attendant voici quelques captures d’écran de la cession de colorisation sur la couverture du second numéro de Motor Girl par Steve Hamaker (qui avait déjà très bien su donner des couleurs aux aventures du petit Fone Bone et toute sa clique), qu’il a eu la générosité de partager sur Twitch il y a quelques jours.

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Les Jeudis de l’Angoisse (des comics) # 22


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Les Abandonnés

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Depuis le phénomène Walking Dead, le nombre de comics ou même de bandes dessinées en général (Mangas et franco-belge n’ayant pas échappé non plus au phénomène) ayant pour thème les invasions de zombies s’est multiplié, avec des résultats qualitativement parlant plutôt disparates et très honnêtement, difficile de s’y retrouver dans cette jungle de titres ayant « Dead » dans le titre.
Et si justement l’une des bandes dessinées les plus intéressantes dans cette jungle de corps putréfiés ne comportait pas le terme « Dead-quelque-chose » dans son titre  ? Et si, ironie du sort, cette bande dessinée avait été traduite en France dans l’indifférence la plus générale ? Et si de plus, elle était signée par un des auteurs les plus estimés sur ce blog et par votre serviteur ? Et si j’allais en parler maintenant ? Toutes ces questions vous allez en avoir les réponses sous peu, mais petite morsure de rappel sur ce que sont les zombies.

Le zombie moderne, à savoir un cadavre ressuscité qui revient dans un état de non-vie pour dévorer la chair des vivants fut créé par George Romero en 1968 dans son mythique film La Nuit des Morts Vivants. Je ne reviendrai pas sur Big George, l’ayant déjà fait lors du Jeudi consacré à Creepshow, je vous renvoie donc à ma prose et ça vous fera en plus l’occasion de lire cet excellent chapitre des Jeudis, excellent parce qu’il est bien tout simplement et parce que c’est moi qui l’ai écrit et que de toute façon, tout les Jeudis de l’Angoisse (des Comics) sont intéressants, sinon ma boss ne les publierait plus depuis longtemps.
Mais revenons aux zombies après ce petit intermède d’auto-congratulation, quoique le rapport entre Katchoo et un zombie n’est pas si éloigné que ça, une histoire d’appétit insatiable dans un autre domaine tout ça tout ça, enfin bref.

Donc c’est avec son film que George Romero établi ce que seront les zombies dans l’imaginaire collectif pour les décennies à venir et cette caractérisation est d’ailleurs encore d’actualité aujourd’hui : Ce sont donc des êtres humains qui une fois réanimés par un moyen X ou Y (souvent un virus) sont lents et stupides, insensibles à la douleur et ne réagissant qu’à un seul instinct basique qui est de se nourrir de la chair des vivants. Ces êtres étant décédés, ils continuent de se putréfier et on les représente souvent ayant des corps décharnés ou atrocement mutilés. Les zombies sont souvent représentés en horde de plusieurs individus, leur nombre palliant leur relative faiblesse physique.

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Il est amusant de constater que l’intérêt des amateurs de culture bis pour les zombies ne s’est jamais démenti depuis leur création, d’abord au cinéma, puis lorsque celui-ci laissera de coté les morts vivants pour d’autres thèmes (le slasher dans les années 80 avec Halloween, Vendredi 13 et compagnie puis les college movies dans les années 90 et ces Scream et autres The Faculty), ce sera le jeu vidéo qui s’en appropriera les codes avec bien sûr la saga Resident Evil mais aussi d’autres jeux comme House of the Dead ou Nightmare Creatures.
Paradoxalement, c’est au travers du jeu vidéo que les zombies referont leur apparition au début des années 2000 sur les écrans de cinéma avec l’adaptation du jeu vidéo Resident Evil réalisé par Paul Anderson et sorti en 2002. Malgré sa qualité plus que discutable, le succès du film redonnera de l’intérêt au public et surtout aux producteurs pour les films de zombies. La même année sort également le film anglais 28 Jours Plus Tard de Danny Boyle mais ce film est un cas particulier sur lequel je reviendrai très certainement prochainement, une excellente mini série de comics en ayant été tirée.

L’engouement général pour le style reviendra à son apogée avec le succès international du remake du Dawn of the Dead de George Romero signé Zack Snyder et maladroitement re-titré en France L’Armée des Morts. Biberonné aux jeux vidéos, Snyder va alors insuffler au style zombie de l’énergie salvatrice avec des zombies qui courent, aux attitudes agressives et des scènes d’action survoltées. Non exempt de défauts, L’Armée des Morts est malgré tout un divertissement horrifique de grande qualité qui va obtenir logiquement un grand succès et va remettre sur le devant de la scène les films de zombies.
Niveau comics, c’est en octobre 2003 que sort le premier numéro du comic The Walking Dead : la bande dessinée a surtout un succès d’estime dans un premier temps mais à force de bouche à oreilles  et de critiques élogieuses, elle fini par obtenir une renommée chez les amateurs de comics et de culture horrifique. Sa popularité explosera en 2010 avec l’apparition de la série télévisée, faisant de ce comic et son adaptation un véritable phénomène. Je ne m’étalerai pas plus sur Walking Dead, je pense que quasiment tout a déjà été dit, que se soit sur le comic ou la série télévisée.

Dans le monde des comics, tout le monde veut sa part du lion et quasiment tous les éditeurs vont s’engouffrer dans la brèche, Marvel y compris qui n’hésitera pas à zombifier ses héros dans sa mini série Marvel Zombies, confiée à nul autre que Robert Kirkman, le papa de Walking Dead (1).
D’autres éditeurs vont donc publier des histoire de zombies : IDW en 2004 avec l’excellent Remains de Steve Niles et Kieron Dwyer (2) et même le timide et confidentiel éditeur Tokyopop s’y mettra avec The Abandoned, petite perle du genre injustement méconnue, injustice que je vais réparer de suite.

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The Abandoned (Les Abandonnés en français) c’est donc un comic écrit et dessiné par Sophie Campbell en 2006, créatrice également de l’excellentissime série Wet Moon dont j’ai déjà parlé sur ce blog.
Je ne vais pas vous présenter de nouveau Sophie Campbell, je l’avais déjà fait dans l’article sur Wet Moon et je vais juste me contenter de mettre à jour ce que j’avais écrit.
La première chose qu’il faut noter c’est le changement de nom de l’auteure : En effet, Ross est devenu Sophie, l’auteure ayant fait son coming out en tant que transgenre en 2015.
Professionnellement parlant, Sophie Campbell a depuis publié Glory (publié en France et que j’ai chroniqué ici), elle a longtemps œuvré sur la série Tortues Ninja et travaille actuellement sur la série Jem & The Holograms, séries toutes deux encore inédites en France.

Sophie Campbell est sans conteste un de mes auteurs favoris, me reconnaissant beaucoup dans ses personnages, l’auteure ayant pour habitude de souvent dépeindre des personnages un peu borderline, souvent aux physiques différents (surpoids ou ayant des handicaps), issue de minorités ou de mouvements alternatifs comme le gothisme ou le punk.
Tout ces thèmes se retrouvent dans sa création la plus personnelle, à savoir Wet Moon mais aussi dans Les Abandonnés, ce one-shot partageant d’ailleurs beaucoup de points communs avec Wet Moon.

They said that your scream was heard through the storm.
It was a desperate noise that shocked the sky.

And they told me about all the holes in your skin.
The needles that’ve been piercing through you.
It was a pattern of wounds, in a city that’s dead.
The blood has to be shed…. and wasted.

Deathstars – Death is Wasted on the Dead (Extrait de l’album The Greatest Hits on Earth, 2011) (3)

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The Abandoned c’est donc l’histoire de Rylie, l’employée d’une maison de retraite d’une petite ville en Louisiane qui après le passage d’un ouragan dévastateur, va constater que la plupart des victimes se sont transformé en zombies.
Rylie est lesbienne, a beaucoup d’amis et logiquement, face à cette apocalypse (on a quand même eu coup sur coup deux catastrophes d’affilées, à savoir un ouragan et une peste zombie) son premier réflexe sera donc de s’inquiéter pour celle qu’elle aime ainsi que pour ses amis et va donc chercher à les retrouver au plus vite. Mais dans un environnement dévasté et sans loi, les petites haines et rancœurs vont se retrouver exacerbées et Rylie va vite se rendre compte que hormis les zombies, les créatures les plus dangereuses ne sont pas forcément les morts-vivants.

Comme je l’ai dit plus haut, Les Abandonnés a beaucoup de points communs avec Wet Moon  : Déjà au niveau des personnages, ont retrouve avec plaisir le même genre de personnages « paria » chers à l’auteure : Gothiques, homosexuels, punks et/ou aux physiques atypiques, la bande dessinée est un florilège de personnages divers et variés. Loin d’être un prétexte de faire quelque chose de différent du mainstream (et comme pour Wet Moon), ces choix esthétiques servent le récit en rendant les personnages plus proches de la réalité et du même coup plus attachants et ce malgré le trait volontairement exagéré de Sophie Campbell, sorte de mélange improbable entre Richard Corben et Barbara Canepa.
D’ailleurs visuellement, Les Abandonnés est très représentatif des débuts de Sophie Campbell, notamment au niveau du découpage des planches et, à l’instar de Terry Moore, d’une utilisation judicieuse des silences et des expressions faciales des personnages qui à elles seules suffisent souvent à faire passer le message de l’auteure sans utiliser de dialogues.
Campbell réussi à créer une véritable ambiance soit oppressante, soit plus intimiste selon les situations, on reste par contre dans une histoire de zombies avec tout les passages obligés de ce genre de récit, les scènes gore bien entendu mais aussi les traditionnelles bagarres entre survivants.

Pour ce qui est de l’histoire, même si cela reste une histoire de zombies, Campbell prend le pari de rester proche de ses personnages en insistant sur les drames personnels, cette invasion de zombies étant au final plus une occasion qu’ont les protagonistes de montrer leur véritable personnalité. Pour cela, Sophie Campbell nous rend très proche des personnages, en nous les montrant d’abord dans des scènes de vie quotidienne anodines puis lors de l’invasion de zombies, plutôt que de montrer des scènes gores de destruction de zombies (ces scènes étant quand même présentes, mais dans une moindre mesure que dans d’autres comics du même type), l’auteure nous les présente entre eux, discutant, se rapprochant ou se déchirant au fur et à mesure du récit, les zombies étant au final presque secondaires. Un postulat risqué mais parfaitement maîtrisé, rendant son récit plus intime et donc plus émotionnellement puissant, et je dis ça en parlant d’un comic avec des zombies au cas ou vous l’auriez oublié.

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Même au niveau de la colorisation, Campbell a fait dans l’originalité avec un récit entièrement en nuances de gris, à l’exception de tout les éléments en rouge : Encore un choix risqué mais qui au final donne un cachet unique à cette bande dessinée, décidément hors des sentiers battus.
Le plus incroyable, c’est que cet ovni dans le genre des comics de zombies a été publié en France, chez Milady Graphics dans une très belle édition au format manga, de plus avec une excellente traduction et ce… Dans l’indifférence générale.

Les Abandonnés, c’est un comic hors norme qui malgré son pitch de départ marque sa différence avec ces personnages hétéroclites et sa sensibilité à fleur de peau. J’ai connu Sophie Campbell grâce à cette bande dessinée et ce fut l’une de mes grandes découvertes de lecteur de comics : J’y ai découvert une artiste à l’image de ses personnages, différente, sensible et incroyablement talentueuse et je pense très sincèrement que ce comic est un bon point de départ pour découvrir le travail de cette artiste, injustement méconnu, surtout chez nous.

Après Les Abandonnés, je vous conseille d’embrayer sur Glory et surtout Wet Moon, vous me direz merci  !

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Les Abandonnés de Sophie Campbell, publié en France en janvier 2010 chez Milady Graphics.

PS  : Visiblement Sophie Campbell a quitté le petit éditeur Tokyopop avant de pouvoir donner une véritable fin à ce comic (même si je trouve que la fin du livre est déjà très bien), une fin a été publiée par l’auteure sur un tumblr dédié à cette adresse  : http://cantlookbackcomic.tumblr.com/page/30
Attention néanmoins, c’est réservé à un public averti.

1 : Néanmoins, il faut préciser que la paternité des héros Marvel en version zombie revient à Mark Millar qui dans les numéros 21 à  23 de la série Ultimate Fantastic Four les utilisera pour la première fois, Kirkman ne faisant qu’étendre l’idée de Millar dans son Marvel Zombies.

2: D’ailleurs peu le savent mais Remains a été adapté en film en 2011.

3 :

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