Le Message d’Aphrodite


Wonder Woman - Earth One

Hercules has taught me life is a privilege

Ouvrage attendu de (très) longue date par votre blogueuse de choc, le Wonder Woman: Earth One de Grant Morrison et Yanick Paquette, sorti depuis peu, n’aura aucun mal à instaurer une sorte de nouvelle Guerre Civile auprès de ses différents lecteurs, qu’ils soient des inconditionnels de la Wonder Woman du Golden Age et du message que véhiculait William Moulton Marston à cette époque, du lectorat féministe ulcéré par la représentation parfois un peu trop coquine des Amazones par notre adorable dessinateur Québécois, et des amateurs de la bibliographie d’un scénariste hors norme qui a osé ici s’attaquer à une telle icône avec tout le talent qu’on lui connait pour la valoriser, mais aussi toute la critique et la contradiction qui émane d’un peuple vivant dans une telle autarcie, tout cela malgré son relatif court récit (144 pages, il en aurait mérité à mon avis bien une dizaine de plus).
Je suis moi même très partagée vis à vis de toutes ces conjonctures, mais je vais m’efforcer de vous les amener avec tout le recul possible tant ce premier volume (sur 3) restera je pense comme un indispensable, autrement dit comme on lance parfois plus haut, en avant Guingamp.

Wonder Woman: Earth One était donc cette espèce d’arlésienne que l’on attendait plus, entre changement de titre, de scénariste (Greg Rucka était à l’origine sur le projet), et de report de date de publication, DC Comics a su nous faire patienter de nombreuses années (5 au total) avant de nous livrer sa nouvelle version de l’héroïne en date, sans être ultime et définitive, mais réunissant près de 75 ans d’éléments propres à sa mythologie.

Mais avant de décortiquer soigneusement cet ouvrage, il est important je pense de revenir encore une fois sur le contexte particulier de la création de ce personnage tant il est vaste, et tant j’ai toujours autant de mal à lire certains avis de personnes totalement à côté de la plaque sur le sujet. Wonder Woman est l’un des personnages les plus intéressants qui puisse exister dans ce médium, et en bonne Amazone elle ne s’offrira jamais à vous sans que fassiez le vrai effort de vous soumettre à sa longue histoire.

En 1932, soit 9 ans avant les premières aventures de Diana de Themyscira, William Moulton Marston publie une nouvelle intitulée Venus with UsA Tale Of The Caesar chez Sears Publishing Company, imaginant les expériences sentimentales et sexuelles de Jules César, dont le titre en latin Venus nobiscum est intimement lié à son intérêt pour le bondage et comme l’explique très bien son résumé : « était le cri de guerre et la devise de Jules César, maintenant toute sa vie que les femmes contrôlaient le monde, que les hommes vivaient, combattaient et régnaient, que les nations prospéraient; changeaient et disparaissaient sous l’impulsion des femmes. Ainsi chaque étape de sa carrière, dans son jugement, a été influencée par une femme  » .
Ainsi d’après l’inventeur du polygraphe, Jules César n’était pas venu en Egypte vaincre Pompée et devenir le seul dirigeant de Rome autrement que pour sauver sa petite fille Gaia, et son amante esclave Ursula, tout en ayant la chance de rencontrer dans son périple Cléopatre
Venus with Us décrit également des scènes de bondage entre les différents protagonistes, dans lesquelles le héros se soumettra sans complexe aux décisions des femmes sujettes à ses faveurs, dont Florentia, son tout premier amour : « Elle lui fit se vanter d’être son esclave, pleurant, suppliant, implorant. Elle lui fit sienne si entièrement que même elle ne pourrait jamais lui accorder la liberté. Elle l’enveloppa dans des obligations d’elle-même, dont la douceur était incassable. »

Pour Marston, le bondage exercé par les femmes sur les hommes n’était pas une pratique mais bel et bien un art de vivre, une philosophie qu’il nommait lui-même loving authority, un terme que ne va pas manquer de reprendre Grant Morrison dans les pages de Wonder Woman: Earth One pour décrire le matriarcat instauré sur Paradise Island pendant des millénaires.

Venus

De Venus à Diana il n’y avait donc qu’un pas, l’autorité et la présence de la déesse Aphrodite étant effectivement perceptible dans les moindres recoins d’Earth One, et ce, dès la couverture avec sa référence à peine déguisée de la fresque de Botticelli.

Hippolyta ne devra également son salut des mains viriles d’Hercules (ce qui est bien avec Morrison, c’est que dans ce récit, les hommes prennent aussi chers que les femmes) que par son intervention divine, la légendaire ceinture de la reine des Amazones semble être aussi constituée des plumes du cygne/animal fétiche de la déesse, Yanick Paquette contribuant en parfait zoologiste qu’il est, à rappeler dès qu’il le peut l’iconographie des plumes autant sur les vêtements des amazones que dans l’architecture de Themyscira, de même que pour la forme du coquillage reprise tout le long de l’ouvrage, sans parler du fameux avion invisible en forme de vagin, Venus étant (il est temps de le rappeler) la déesse de l’amour et de la sexualité.
Qui plus est selon la mythologie, Venus serait née d’une goutte de sang d’Ouranos après que celui-ci se soit fait émasculer par son fils Cronos (diantre, ce sont des choses qui arrivent). Elle naît ainsi à la suite de la chute dans la mer des organes génitaux de son père. Tout un symbole.

Dans ce Wonder Woman: Earth One, il faut également saluer l’impressionnant travail de Paquette pour nous donner une Ile du Paradis à la fois monumentale et démesurée, où chaque édifice semble faire partie de son environnement naturel, comme si Déméter elle-même les avait fait jaillir de la roche. Le site exceptionnel des calanques de Cassis où les pins d’Alep poussent à flanc de falaises est l’endroit où l’artiste a puisé son inspiration pour nous donner sa version de Themyscira. Entre rochers vertigineux et végétation luxuriante, les temples et arènes à la gloire de la féminité dont l’architecture autant classique et épurée qu’organique et complexe, nous donnent toute la mesure du temps que l’artiste aura mis (deux ans) à illustrer cet album.

Themyscira

calanques

En décidant de traiter un personnage aussi emblématique que celui de Wonder Woman (de par sa teneur culturelle et sociologique comme étant l’un des plus grands symboles du féminisme de l’ère moderne), Grant Morrison devait sans doute s’attendre à des réactions plus ou moins enthousiastes, mais qui finalement ne sont pas s’en rappeler celles qui avaient été entendues par William Moulton Marston en 1941 lorsqu’elle apparu dans les pages d’All Star Comics #8.

Wonder Woman a depuis toujours fait l’objet de fantasmes de la part de ses lecteurs masculins, tout en véhiculant des préceptes féministes pour ses lectrices, ne retenir qu’une facette de son identité est une erreur et Grant Morrison a quant à lui bien décidé de n’omettre aucune de ces deux perspectives. Il est d’ailleurs intéressant de constater à quel point le scénariste britannique s’amuse à suivre les traces du psychologue, dans sa démarche à la fois utopique, anachronique, fantasmée/érotisée d’une société totalement régit par des femmes, ou le lesbianisme, le bondage et le protectionnisme par le matriarcat en sont les piliers.

Morrison arrive également à faire passer le message de Marston qui montrait Wonder Woman comme une réponse aux comics des années 40 qui prônaient une masculinité toute guerrière, ici Diana ne cherche qu’à vouloir soigner et guérir, et elle s’oppose aux soldats sans se battre. A vrai dire, les premières pages de  Wonder Woman: Earth One ne sont ni plus ni moins qu’un remake moderne de Wonder Woman #1, même si Morrison a pris certaines libertés, on retrouve tout à fait la caractérisation propre au Golden Age des Amazones et de leur univers.
En parlant de libertés prises il y en a une qui est de taille en la personne de Steve Trevor, dont Diana ne va pas tomber amoureuse mais qui va plus lui servir d’excuse pour quitter l’Ile du Paradis. En modifiant l’ethnie du pilote naufragé, Grant Morrison enrichit grandement ce personnage rappelant que ses ancêtres étaient eux aussi des esclaves et ramenant ainsi la condition des Amazones beaucoup plus compréhensible pour le lecteur.

Wonder Woman - Etta
La présence d’Etta Candy, ou plutôt Beth Candy et de ses Holidays Girls, est également une très belle affaire, et il est d’ailleurs assez drôle de pouvoir comparer cette version d’Etta avec celle de The Legend of Wonder Woman de Renae De Liz. Toutes les deux sont sublimes et me font penser que l’on ne voit que trop rarement ce genre de personnages dans un comic-book, même si les choses commencent peu à peu à changer notamment avec l’arrivée de Faith chez Valiant. Choisir Beth Ditto (véritable ouragan, icône queer et féministe moderne) comme référence pour Etta Candy légitimise à lui seul le caractère féministe de l’oeuvre de Morrison et Paquette, malgré les défauts que pourront trouver certains lecteurs ou lectrices, à juste titre d’ailleurs.

Grant Morrison a été élevé dans un environnement féminin auprès de sa mère et de sa sœur qui se retrouvaient souvent en conflit l’une envers l’autre. Wonder Woman: Earth One en plus d’avoir le mérite de donner les clés au lecteur lambda sur une héroïne dont on a encore du mal à cerner les vraies origines au bout de 75 ans, traite également d’une histoire de famille et du rapport de force qu’une mère peut avoir avec sa propre fille. Il est clair que les deux auteurs ont mis beaucoup d’eux-même dans cette oeuvre, et je peux comprendre leur frustration au regard des critiques.

Mais la faiblesse de Wonder Woman: Earth One réside encore une fois sur le traitement des Amazones, comme cela a été dernièrement le cas avec Brian Azzarello et Meredith Finch, on se retrouve ici à devoir faire face à une bande de lesbiennes sectaires, hautaines, élitistes et rejetant la diversité physique des femmes de la Terre des hommes, des fondamentalistes du beau sexe qui se confortent dans leur idéologie via des images violentes et révoltantes du monde extérieur. C’est du moins le cas d’Hippolyta, qui aurait pu, au bout de 3000 ans, changer un peu son fusil d’épaule vis à vis des hommes, mais préfère continuer à se comporter telle une Ben Laden du féminisme (la présence des Twin Towers dans le miroir n’est sans doute pas fortuite), les attentats en moins, quoique, il n’est pas dit qu’elle aurait pu se servir de Diana à des fins plus dramatiques (« Mother ! I’ve been training my entire life for… what ? You named me for the divine mistress of the hunt ! »).
Il est dommage de devoir encore une fois buter sur un tel raccourci comme quoi des femmes vivant en autarcie ne peuvent vivre que dans la haine des hommes et l’intolérance primaire face à ce qu’elles appellent le « masculinisme ».
Du coup comment un peuple détenant une culture et une technologie aussi avancée peut-il continuer d’évoluer ? Alors oui, je sais que le principe de Themyscira est d’être une île totalement isolée et protégée de la violence des hommes mais de là à cacher la (ou plutôt les) vérité(s) dans le but de contrôler ses ouailles est une erreur. Ou plutôt véhiculer cette idée en est une. Elle ne fait qu’affaiblir encore une fois la valeur des Amazones dans le DCU, et il se trouve que Wonder Woman en est une. Et même si Wonder Woman: Earth One n’est au final qu’un Elseworld, les préceptes sont lâchés, et les lecteurs sont encore bien loin de pouvoir faire la différence contrairement aux versions Earth One de Batman et Superman.

Voilà, j’ai été plutôt sage vu que j’ai laissé mon coup de gueule pour la fin, et j’ai oublié de vous parler de plein de choses comme les ajouts bien sentis de la mythologie grecque comme les Parques et la gorgone Medusa, mais du coup il n’y aurait finalement plus de surprises.
Ce premier volume de Wonder Woman: Earth One est donc comme je l’ai dit plus haut un livre qui arrive à faire le pont entre les idées (les idéaux ?) de William Moulton Marston appartenant à la fameuse époque du Golden Age pour notre héroïne, et sa version plus moderne, malheureusement parfois stéréotypée aussi, mais qui finalement contribue pleinement à résumer un peu ces 75 ans d’histoire pour le lecteur novice.
En quelques 144 pages et des années de travail, l’attente en valait la peine, c’est sûr.

Wonder Woman - Earth One Paquette

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Les Jeudis de l’Angoisse (des comics) # 18


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Oink, Le Boucher du Paradis

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Les comics et la bande dessinée sont des moyens d’expression qui permettent parfois de parler de certains thèmes de manière plutôt originale. Peut-on parler et critiquer ces institutions que sont l’école et la religion avec l’histoire d’un cochon travaillant dans un abattoir ?
Ça peut paraître de prime abord compliqué mais c’est pourtant ce que tente de faire John Mueller avec Oink, Le Boucher du Paradis, histoire surréaliste, sombre, violente, triste et pourtant tellement juste, sur le calvaire subit par Oink, le boucher du paradis.

«  I want to watch it come down
now doesn’t that make you feel better?
the pigs have won tonight
now they can all sleep soundly
and everything is all right  »

Nine Inch Nails – March of the Pigs (The Downward Spiral, 1994)

Si vous êtes fans de comic, le nom de John Mueller ne doit très certainement pas vous dire grand chose et pour cause : Oink et son seul comic, l’artiste œuvrant depuis exclusivement dans le domaine du jeu vidéo. Il a travaillé en tant qu’illustrateur, directeur artistique ou développeur sur des grosses licences vidéo-ludiques comme Quake, Unreal Tournament, Darksiders, Forgotten Realms ou Gears of War. Pas grand chose à ajouter de plus sur cet artiste, si vous êtes joueur de jeux vidéo, vous avez sans aucun doute jouer à un ou plusieurs des jeux énumérés plus haut, étant joueur moi-même, je peux dire que ce sont pour la majorité des jeux de grande qualité, majoritairement très violents cela dit…
Peintre de formation classique, John Mueller décrit Oink comme le projet le plus ambitieux et le plus personnel de sa carrière. Selon l’artiste, toute cette histoire n’est qu’une immense allégorie de sa propre vie et plus particulièrement de son enfance et de son passage à l’école.

D’abord publié à 5000 exemplaires chez le petit éditeur Kitchen Sink Comix en 1996 (le premier numéro sort en décembre 1995), Oink, Heaven’s Butcher fut remanié et remasterisé par l’auteur lui-même en vue d’une réédition chez Dark Horse l’année dernière et Delirium en France.
Bon, tout ça c’est bien gentil, mais ce boucher du paradis, c’est bien ou c’est pas bien ? Pour le savoir, parlons du goret en question.

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L’histoire commence dans l’abattoir porcin 658 et nous présente Oink, colossal et naïf boucher à tête de cochon, son quotidien et l’environnement étouffant et cruel dans lequel il vit. Forcé de tuer et traiter ses semblables moins évolués, Oink va dès son enfance être conditionné à n’être qu’un rouage d’une machinerie horrible et bien huilée dirigée par un groupe d’hommes pseudo religieux dont la croyance est une sorte de mélange entre fanatisme et totalitarisme.

Mais plus le temps passe et plus Oink s’interroge… Va-t’il encore supporter longtemps de n’être qu’un simple pion dans cet engrenage malsain ou va-t’il devenir le grain de sable qui va faire dérailler cette machinerie ? La mort de Robinet, mentor et ami de Oink, crucifié pour avoir osé se rebeller va être le déclic qu’attendait Oink. Dans une folie vengeresse et violente, il va détruire l’abattoir où il était exploité, s’enfuir et commencer une quête identitaire.
L’esprit libéré, Oink va alors se mettre en chemin pour découvrir son histoire, les origines de ce monde cruel et l’existence d’un éventuel «  Paradis  »…

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Ce qui ressort de la première lecture de Oink, c’est que c’est une lecture particulièrement puissante, l’allégorie avec le monde scolaire est cinglante, stigmatisant cet univers d’une manière cruelle et désespérée. Difficile en effet de ne pas très vite faire le rapprochement entre le monde scolaire et cette imagerie barbare d’abattoir dans lequel les esprits sont conditionnés à suivre une voix toute tracée et bien malheureux sera celui qui tentera de s’en écarter, vite remis dans le droit chemin de manière expéditive, pas moyen non plus de réfléchir par soi-même au risque de se retrouver brisé et puni.

4Cette vision grossie, exagérée est également évidente dans le style visuel, tout y est sombre, ordonné et sale. Les hommes qui gèrent cette anti-chambre de l’enfer sont soit des figures religieuses extrémistes, soit des soldats sans visage au look néo-nazi. Que dire des employés « normaux » (non porcins), des sortes de psychopathes décérébrés galvanisés par un sentiment de puissance illusoire. L’abattoir de Oink ressemble également « étrangement » à une sorte de mix entre une école et une église, la pancarte devant l’entrée ne laissant d’ailleurs aucune ambiguïté sur cet état de fait.

Chaque personnage croisé par notre héros zoomorphe est également un symbole et le lecteur lambda devrait sans peine y reconnaître une figure marquante de sa propre vie.

5Visuellement, Oink est une véritable claque, aussi puissante que son discours sous-jacent. Les peintures de John Mueller sont certes sombres mais d’une puissance phénoménale. Sorte de mélange hallucinant entre la technique d’Alex Ross et le style débridé de Simon Bisley, Oink est juste une œuvre graphiquement sublime, dont certaines images à la fois pathétiques, cruelles et touchantes restent en tête longtemps après la lecture.
Aussi bien dans son histoire, d’une profondeur et d ‘une intelligence rare, que dans son aspect graphique, Oink est une réussite incontestable. Chose assez rare, d’autant plus qu’il fut initialement publié à une époque où les comics étaient loin d’allier ces deux qualités.

Je pensais très honnêtement avoir vu dans cette bande dessinée des choses qui ne devaient pas y être, n’ayant pas lu l’avant propos de John Mueller (chose que je fais souvent après la lecture pour ne pas me laisser influencer par un avis extérieur lors du premier contact avec une œuvre), je me suis rendu compte après la lecture de cet avant-propos que bien au contraire, j’y avais vu exactement ce que l’auteur voulait y montrer, donnant ainsi à cette histoire porcine une implication personnelle de ma part la rendant encore plus forte. Il y a des histoires qui vous parlent, de part leurs thématiques ou les sujets qui y sont abordés et, personnellement, Oink fut une de celles-ci, mon passage scolaire ayant été une période de ma vie particulièrement compliquée, je ne pouvais que me reconnaître dans ce pauvre porc, incompris et rebelle.
Oink fait partie de ces lectures qui auront marqué ma vie de lecteur de comics et j’espère vous avoir motivé à en tenter la lecture.

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Le fait qu’une œuvre comme celle-ci soit publiée en France était en beaucoup de points inespérée, et je remercie grandement les éditions Delirium de l’avoir amené jusque chez nous.
Dans un ordre plus général, je vous conseille de jeter un œil à ce que propose cet éditeur…

Oink, le Boucher Du Paradis, disponible en France aux éditions Delirium depuis le 12 mai 2015.

 

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Permis de virer


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Fin 2012 je me réjouissais du passage de témoin entre Karen Berger et Shelly Bond à la tête de Vertigo, le label indépendant et véritable institution pour les lecteurs de DC Comics (mais pas que), comme étant la transmission d’un héritage que j’avais personnellement interprété comme un signe malgré la paupérisation des effectifs féminins de la firme en terme de responsables éditoriaux ou de postes à haut rang.
Alors qu’à une toute autre époque, la formidable Jenette Kahn faisait tout son possible pour faire embaucher des femmes chez DC, l’éditeur avait bien du mal à surfer sur la vague de la diversité dans les comics (outre sa Batgirl de Burnside), contrairement à ses concurrents Marvel, Image ou IDW, qui n’ont cessé de communiquer depuis des années sur la « féminisation » de leurs équipes créatives et éditoriales.

Le départ de Karen Berger reste un mystère (il est pour moi lié au fameux rebaunch des New 52, qui se sera avéré être totalement inutile, et qui aura surtout fait beaucoup plus de mal que de bien à l’éditeur), mais celui de Shelly Bond (dont le renvoi pur et simple a été annoncé cette semaine) me semble être une drôle d’aberration compte tenu du travail accompli depuis toutes ces années.
Shelly Bond (tout comme Karen Berger) a purement et simplement contribué à faire l’Histoire de Vertigo. Le problème est que Vertigo ne vend plus, mais j’ai beaucoup de mal à croire que la responsabilité en incombe totalement à l’intéressée, elle qui fut la responsable éditoriale de titres tels que Fables, 100 Bullets, DMZ ou encore Scalped, tous encensés par la critique et/ou récompensés par les prix les plus éminents.
Les vrais responsables de la déchéance de Vertigo, ce n’est pas Berger ou Bond, mais bel et bien Jim Lee et surtout Dan Didio qui n’ont pas su mettre les fonds ou les moyens nécessaires pour faire face à l’originalité des séries et l’émulation des titres apportées par la concurrence.

Si l’on rajoute à cela la polémique concernant le maintien de l’éditeur Eddie Berganza, hautement soupçonné d’harcèlement sexuel (enfin soupçonné n’est plus vraiment le terme adéquant, vu que l’histoire dure depuis des années, et que tout le monde se lâche désormais sur les internets, pour ma part j’étais bien au courant mais sur ce blog, on est pas Closer non plus, cela ne m’a pas empêché de partager des liens sur les réseaux sociaux, à l’époque, parce que merde quoi !), plus l’investissement de Bond sur la prochaine série d’imprints intitulée Young Animal, incluant 4 titres scénarisés par Gerard Way, inspirés par le run de Grant Morrison sur Doom Patrol et invitant de nombreuses auteures féminines (Cecil Castellucci, Marley Zarcone, Jody Houser, Becky Cloonan), on en est à penser que le foutage de trombine ne se trouve pas très très loin.

Tout cela porte à penser que Vertigo est en train de donner son dernier souffle, Karen Berger ayant depuis peu été embauchée par Image Comics pour éditer Surgeon X de Sara Kenney et John Watkiss, une continuité des plus logiques et des plus méritées compte tenu du contexte actuel, du coup je suis très confiante sur la capacité à rebondir de notre chère Shelly…

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Plus Grand, plus Beau, plus Fort


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Il est des conventions qui nous tiennent particulièrement à cœur parce que l’on sait qu’elles reviennent de loin.
Dans un contexte des plus concurrentiels inhérent aux multiples manifestations parisiennes liées à la « Pop Culture », la Paris Comics Expo après plus d’une année d’absence a su nous prouver ce week-end qu’elle était restée la reine dans sa catégorie.
Située dans un cadre qui semble être à la fois hors du temps et de l’effervescence de la capitale, où un paon majestueux (que j’ai décidé d’appeler Jojo, parce que comme vous le savez, j’aime bien donner des surnoms à la noix à n’importe qui) s’amuse à venir narguer les visiteurs faisant la queue, s’autoproclamant ainsi grand gagnant du concours de cosplay, la PCE version 2016, tel le phœnix renaissant de ses cendres a décidé de nous offrir un programme de qualité destiné aux amateurs de comics.

Des auteurs prestigieux parmi lesquels de véritables légendes comme Arthur Adams, Claire Wendling, ou Bruce Timm, des conférences éclectiques, une Artist Alley foisonnante de créativité, de nombreux espaces consacrés à ces livres que nous aimons tant (où furent présents les principales maisons d’édition du secteur, mais également beaucoup, beaucoup de libraires !), sans oublier les stands de produits dérivés, expositions, espaces dédiés aux jeux de rôle et animations/concerts (dont une scène pour le fameux concours de cosplay, notre ami Jojo aura t-il réussi à passer au travers du service de sécurité pour voler la vedette aux dizaines de Deadpool et Harley Quinn en goguette ?)

Un contenu idéal donc pour une telle manifestation, personnellement je n’ai pu assister qu’à deux conférences, mais j’ai grandement apprécié que celles-ci se situent dans une vraie salle dédiée à cet effet.
La première fut consacrée à Paul Dini, auteur exceptionnel de Batman: The Animated SeriesTiny Toon Adventures, Star Wars: The Clone Wars, Freakazoid!… Celui-ci est bien sûr revenu sur sa carrière dans l’animation et l’industrie des comics, mais également sur le personnage d’Harley Quinn dont la popularité n’est pas prête de s’éteindre avec la sortie prochaine du film Suicide Squad, dont il se dit confiant quant au rendu de l’héroïne au cinéma, même si il reste réservé sur sa relation avec le Joker qui lui parait (au regard de la bande annonce) être subie contrairement au choix délibéré d’être sa compagne dans l’environnement des comics.

L’autre conférence à laquelle j’ai pu assister concernait le nouvel éditeur Bliss Comics présentée par Florent Degletagne, qui nous a fait découvrir l’univers Valiant aux quelques novices présents dans la salle (dont je fais partie), ainsi que les parutions prévues pour cette année, suivie de l’annonce de la sortie de la mini-série Faith courant 2017, et pourquoi pas la série régulière qui est sur le point de démarrer en VO. Etait présent l’artiste Paolo Rivera, dessinateur de The Valiant répondant aux questions variées du public venu assister en nombre à ce panel.

L’attrait principal de cette édition portait bien entendu sur la sélection « All Star » d’invités hors du commun, jamais autant d’artistes de cette carrure n’avaient en effet été présents sur un seul événement en France, de quoi avoir tête qui tourne pour les chasseurs de dédicaces (arrivés la veille dès 23h30 pour Bruce Timm) ou simples collectionneurs de signature.
Malgré la longueur assez conséquente de certaines files d’attente (et en toute logique du temps passé pour obtenir le précieux Graal), rares sont ceux qui n’auront pas eu l’occasion de rencontrer et de parler à leurs idoles, dans l’ensemble très accessibles, en parfait accord avec l’ambiance générale du salon.  Pour ma part j’ai réussi à faire signer toutes les œuvres que j’avais pris dans mon sac à dos (j’avais eu la chance de m’avancer un peu dans cette tache grâce au TGS Comics qui avait comme invités certains artistes de la PCE…), et quelques mots échangés avec les créateurs de la série animée Batman resteront un excellent souvenir.

Mais cette nouvelle édition de la PCE a également eu pour moi son lot de surprises, avec la présence d’Ed Brisson, scénariste de la formidable série Cluster, éditée en Français chez Akileos ainsi que Miceal Beausang-O’Griafa qui accompagnait Juan Guarnido pour la sortie de The Freaky Project, le fameux artbook du film d’animation consacré au groupe de heavy metal Freak Kitchen. Autant de rencontres sympathiques qui se rajoutent à celles de mes amis blogueurs, scénaristes et dessinateurs (j’éviterai soigneusement de citer tout le monde, par peur d’en oublier, et aussi parce que le name dropping c’est pas mon truc).
Mais j’aimerai surtout remercier toutes les personnes qui sont venus me voir spontanément au détour d’une allée, d’une file d’attente, d’une conférence ou d’une pause au bar en me disant « C’est toi Katchoo ? Ce que tu fais c’est trop cool ! » (je schématise un peu). Je suis vraiment touchée par vos messages de sympathie et je vous remercie beaucoup de l’attention que vous portez à ce blog, cela m’encourage énormément.

Pour conclure j’ai pris la décision de faire l’impasse sur ma réaction devant quelques cosplayeuses (certains en ont été les témoins amusés…) mais il s’avère que certains déguisement étaient très réussis.
Je félicite en tout cas les organisateurs de la Paris Comics Expo pour ce retour en force qui met la barre très haut à ses concurrent directs, tout en étant un exemple à suivre en terme d’organisation et d’ambiance chaleureuse. Si le spleen m’envahit quelque peu depuis que je suis revenue de Paris, ils en sont en tout cas un petit peu responsables.

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Jolie Couv’


Célébrant cette année le 75ème anniversaire de Wonder Woman, DC Comics a la bonne idée de nous proposer de nombreuses publications à son encontre, je vous parlerai très prochainement d’Earth One de Yanick Paquette (que j’ai eu le plaisir de croiser vendredi dernier et devinez de quoi nous avons discuté ???) et Grant Morrison, ainsi que de l’anthologie éditée par Urban Comics.
Mais les sympathisants de notre fière amazone pourront également compter sur une autre anthologie en VO cette fois, intitulée Wonder Woman : A Celebration of 75 Years, tout comme une belle collection en quatre volumes réunissant les meilleures histoires de l’ère moderne du personnage écrites par George Perez (Gods and Mortals), Greg Rucka (Down to Earth), Gail Simone (The Circle), et Brian Azzarello (Blood).
Mais revenons sur un roman graphique annoncé il y a un peu plus d’un an et initialement intitulé Wonder Woman : A Very Selfish Princess rebaptisé Wonder Woman : The True Amazon (un titre quand même un peu plus valorisant) entièrement écrit et peint tout le long des 128 pages que contient l’oeuvre par Jill Thompson (qui est loin d’être une néophyte concernant Diana). Il s’agira encore une fois de revisiter les origines de notre héroïne mais cette fois-ci en mettant l’accent sur les erreurs de jeunesse d’une enfant choyée qui gagnera en maturité suite à des événements dramatiques.
Prévu à l’origine pour le 8 septembre, la sortie de ce livre a été repoussée de 20 jours.11218964_965137466867040_2977095614589421799_n

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Porcelaine Tome 2 : la review de Julien Lordinator


Rapide review  : Porcelaine Tome 2, Femme

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Nous avions laissé notre chère héroïne de Porcelaine dans une bien triste situation, seule et visiblement abandonnée, héritière du secret de son père adoptif. Dix ans plus tard, qu’est-il advenu de notre gamine des rues devenue depuis une femme ? Réponse dans le tome deux de Porcelaine dont je vais vous parler de suite  !

porcelaine-02-femme_1Dix ans ont passé depuis les événements de Gamine et nous retrouvons donc notre héroïne solitaire aux prises avec des militaires, très intéressés par ces créatures de porcelaine pour mener le combat sur un front qu’on ne prend intelligemment pas la peine de nommer dans le récit. Malgré cette ambiance un peu lourde et mélancolique, l’amour n’est pas très loin et notre héroïne va se laisser charmer par un gentil soldat et ce malgré la supérieure dudit soldat, une femme forte et cruelle obsédée par la guerre. Mais les choses sont rarement ce qu’elles semblent être, entre mensonges, trahisons et cruauté, la réalité va très vite rattraper notre ancienne gamine des rues et lui montrer que le monde des adultes et par extension le monde extérieur, c’est pas vraiment la joie…

Deuxième tome donc de Porcelaine avec toujours la même équipe créative aux commandes à savoir Benjamin Read au scénario et Chris Wildgoose aux dessins.

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Niveau dessins, pas de changement notable puisque Chris Wildgoose reste fidèle à lui même et au travail qu’il avait fourni sur le premier tome, à savoir une esthétique remarquable, mélange entre gothique, époque victorienne et steampunk léger.
Un brassage de style très réussi qui au final forme un ensemble crédible et ma foi très spectaculaire sur certaines planches. Idem pour les personnages, simples sans être caricaturaux, dans un style à mi chemin entre Tim Burton et le comics classique. Au final, on est pas vraiment dépaysé par rapport au premier tome et… C’est un peu tant mieux car c’est vraiment très beau et très plaisant à lire.

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Niveau scénario, on passe d’une ambiance un peu plus sombre (mais enfantine et féerique) à une ambiance un peu plus pesante et mature. C’est d’ailleurs une des plus grosses différences avec le tome précédent : Même si l’ambiance reste résolument gothique et victorienne, le coté un peu hors du temps et féerique du premier tome laisse la place à une atmosphère un peu plus réaliste, voir très dure à certains moments.
Néanmoins, l’auteur a quand même voulu garder cet aspect hors du temps en restant volontairement vague sur une époque ou période précise, donnant ainsi au récit un style un peu intemporel. Niveau mentalité et personnalité de l’héroïne, le point fort du premier tome, même si son caractère s’est affermi et affirmé, son côté rebelle et grande gueule est toujours présent, cet aspect étant en grande partie la raison de l’affection que le lecteur éprouvait pour elle dans le premier tome, le scénariste a eu l’intelligence de le garder tout en la faisant évoluer : On a donc une héroïne sûre d’elle, forte en gueule, plus mature et posée mais toujours avec ce petit grain de fraîcheur et de spontanéité qui faisait son charme dans Gamine.

Donc notre héroïne évolue, sans perdre son charme et c’est réussi, point.

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Porcelaine tome deux est donc en résumé une véritable évolution, que ce soit le caractère de notre héroïne et l’ambiance générale du récit, on sent une véritable intention de l’auteur de faire évoluer son personnage et son univers, ladite évolution étant manifeste lors d’une scène finale dantesque et cruelle, confirmée par un épilogue noir et pessimiste. J’attends donc avec impatience le troisième tome pour voir où les auteurs vont amener nos personnages et j’espère secrètement que se sera vers de meilleures auspices parce que mine de rien, je m’y suis attaché à cette gamine devenue femme… Et bientôt mère.

Porcelaine Tome 2, Femme disponible depuis le 24 février 2016 chez Delcourt dans la collection Contrebande.

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Le plus beau de tous les badges


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J’en avais rêvé, et les GLAAD Awards l’ont fait, la série Lumberjanes vient de remporter un prix dans la catégorie Outstanding Comic, une consécration pour l’oeuvre truculente et positive de Noelle Stevenson, Shannon Watters, Kat Leyh, Carolyn Nowak et Brooke Allen déjà récompensée d’un Eisner Award, ce qui n’est pas rien.

Comme je l’ai déjà dit, il était primordial que Lumberjanes se démarque de ses concurrents Angela: Queen of Hel, Harley Quinn, Midnighter, et The Wicked + Divine (sans que ceux-ci ne soient pour autant sous évalués) car son message de tolérance vise directement son cœur de cible, le jeune lectorat.

Là où certains parents n’ont pas l’idée, le courage où le cœur de transmettre ce principe basique d’acceptation de soi ou des autres vis à vis de la différence, Lumberjanes est un véritable outil pédagogique dans cette direction, à tel point qu’il devrait être étudié en classe (dès la 6ème) tant son message (et surtout la manière dont il est transmis) serait tout à fait capable de faire bouger les mentalités.

Je sais d’expérience que le mur à franchir auprès des jeunes dans ce domaine bien précis est quasiment insurmontable. Lumberjanes arrive à point nommé pour faire bouger les choses, que ce prix en soit la preuve, et qu’Urban Comics sache bénéficier de cette récompense pour en diffuser les principes.

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