Batgirl : Année 3


Batgirl head

Batgirl est devenue en quelques mois l’une des stars de DC Comics, grâce à un véritable ravalement de façade survenu à partir du 35ème numéro, sous la clairvoyance de Cameron Stewart et Brenden Fletcher, un changement de look et de caractérisation qui a déjà fait couler beaucoup d’encre sur de nombreux points, mais qui s’avère être avec le recul plutôt bénéfique pour ce personnage qui est loin d’avoir toujours été bien traité tout au long de son histoire.

Avec ce troisième annual, l’esprit et l’aura de cette nouvelle Batgirl que l’on retrouve depuis le mois de novembre dernier est toujours bel et bien présent, par le biais d’une intrigue qui va passer par les mains expertes de plusieurs artistes qui vont se relayer avec plus ou moins de bonheur pour la rétine.
Dans l’ordre d’apparence, Bengal, David Lafuente, Ming Doyle et Mingjue Helen Chen dont les styles très différents enrichissent considérablement la narration, nous offrant leur vision graphique personnelle toujours au service de la jeune héroïne.
Le second atout indéniable de ce numéro spécial réside dans le fait que Babs se permet une petite escapade hors des frontières de Burnside pour mener son enquête, ce qui va la conduire à rencontrer ou retrouver des personnages appartenant tous à la Bat-familly : Helena Bertinelli et Dick Grayson, Spoiler, Batwoman, ainsi que Maps et Olive, les petites héroïnes de Gotham Academy, l’autre série co-écrite par Brenden Fletcher.

Batgirl faces

Alors commençons par le commencement, c’est à dire par la première partie illustrée par Bengal que l’on a beaucoup de plaisir à retrouver depuis son génial Batgirl : Endgame, tout simplement parce son plaisir à lui de dessiner Batgirl saute littéralement aux yeux.
Dans cette partie très bien rythmée et bien sûr bourrée d’action, on est évidemment tenu en haleine par l’hypothétique retrouvaille entre Babs et Dick qu’elle croit mort depuis les événements survenus dans Forever Evil. Celui-ci travaillant désormais pour l’agence d’espionnage Spyral (celle-là même où œuvrait la première Batwoman), est persuadé que même déguisé, Babs sera capable de le confondre grâce à son sens de l’observation et sa propre gestuelle….

Batgirl butt

Dès ce premier récit, la fan de Batgirl que je suis est déjà conquise.

Nous retrouvons ensuite Barbara Gordon sur les toits de Gotham, à la poursuite d’une des membres de l’organisation terroriste orchestrée par Gladius, et qui va se retrouver nez à nez (ou plutôt nez à poing) avec notre Stephanie Brown internationale, que l’on aime ici, beaucoup, beaucoup, beaucoup.
La jeune Spoiler a besoin d’une petite mise à l’épreuve sur le terrain selon les dires d’une certaine Catwoman qui l’a récemment prise sous son aile, c’est l’occasion idéale pour recevoir les enseignements de Batgirl, à moins que l’impétueuse Spoiler ne décide encore une fois de n’en faire qu’à sa tête, comme à la belle époque pré-New 52.
Les chemins de David Lafuente et Stephanie Brown se sont précédemment croisés dans Batman Eternal, et ici encore, on sent un plaisir évident de la part de l’artiste de retrouver cette héroïne, même ne serait-ce que quelques pages aussi fun soient elles (mention spéciale pour la mamie qui lit le comics Mad Max Fury Road).

Batgirl Spoiler

Un gros changement de ton intervient ensuite avec Ming Doyle et les retrouvailles entre Batgirl et Batwoman, ici on ne plaisante plus, les couleurs utilisées par Ivan Plascencia nous propulsent direct dans une ambiance beaucoup plus sombre et réaliste, et pourtant, il n’y a pas de raison pour que Batwoman ne se retrouve pas de temps en temps dans quelque chose de plus « détendu » (du moment qu’on ne la renvoie pas dans l’espace…).
Sans aller dans le fangirlisme décérébré concernant Batwoman, la partie de Ming Doyle est celle qui m’a le moins plu, et la déception est d’autant plus grande quand il s’agit de son personnage fétiche, et que j’avais beaucoup apprécié ce que Doyle avait fait graphiquement sur Mara.

Batgirl Batwoman

Cette petite baisse de niveau est très vite oubliée avec la dernière partie de ce récit où la Batgirl de Burnside va pousser son investigation jusque dans la bibliothèque de la Gotham Academy, un endroit plein de mystères qui n’a aucun secret pour Maps et Olive.
Ce segment de Mingjue Helen Chen, transfuge des Disney Animation Studios, est d’une perfection absolue et mérite à lui seul l’achat de ce numéro… une bonne dizaine de fois, ou bien plus sainement de se jeter sur la série mensuelle dont le premier album sort chez Urban Comics le 11 septembre.

Batgirl GA

Ce troisième annual de Batgirl est donc de très très bonne facture, et a la particularité et l’intelligence de réunir dans un seul album bon nombre de personnages féminins qui ont la lourde charge de protéger Gotham City en l’absence du Caped Crusader.
La présence d’un Dick Grayson tout en muscles mais pourtant bien penaud face à l’angoisse de se faire quizzer sa couverture par son ancienne petite amie est également bien sentie.
Ce titre est donc tout autant destiné aux fans de Batgirl que toutes les héroïnes qui l’accompagnent ici. C’est également une belle fenêtre sur ce que DC cherche à faire actuellement avec ses personnages féminins (même avec Batwoman, puisque la version des années 40 des deux Marguerite est une vraie réussite, mais je vous en parlerai un peu plus tard), inspiré sans doute par ce que fait la concurrence, en espérant bien sûr qu’ils continuent dans ce sens.

2 Commentaires

Classé dans Comic of the day

Les aventures d’Electra Woman and Dyna Girl


digital_EWDG_ContentImage_desktop-370x590

Mine de rien et contre toute attente, les super héroïnes ont toujours eu une place de prédilection dans le cœur des téléspectateurs d’hier et d’aujourd’hui, de Batgirl en 1967 à Wonder Woman avec un premier pilote resté confidentiel cette même année, puis en 1974 pour rester dans la postérité deux années plus tard, sans oublier cette chère Isis en 1975,  les quelques personnages féminins visibles dans la série animée Super Friends à partir de 1973 où l’on pouvait retrouver Hawkgirl, Rima, Wendy Harris, et bien sûr Jayna, sans oublier celle sur Spider-Woman en 1979
Les années 90 ont également eu leur lot de représentation plus ou moins positive, grâce notamment aux franchises X-Men et Justice League, jusqu’à ce que l’on retrouve depuis peu un nouvel intérêt pour ces héroïnes issues des comics, de l’Agent Carter à Jessica Jones en passant par Supergirl, la quintessence même du super héroïsme au féminin depuis Buffy contre les vampires (wow wow wow… Ma chérie, il faut que tu te calmes un peu, je sais que tu es super excitée mais n’exagère pas non plus…).

Mais si il existe une série TV dont pratiquement personne n’a entendu parler chez nous (et c’est bien pour cela que je vous en parle d’ailleurs, parce que c’est hyper important !), et mettant en scène deux super héroïnes, c’est bien Electra Woman and Dyna Girl, un programme qui débuta le 11 septembre 1976 (autant la date est nulle à iech, autant l’année est toujours aussi magnifique) le temps de 16 épisodes de 12 minutes dans le cadre du Krofft Supershow diffusé sur la chaîne ABC.
Véritable Dynamic Duo au féminin, Electra Woman et sa jeune acolyte Dyna Girl (incarnées par Deidre Hall et Judy Strangis) luttent contre le crime lorsqu’elles ne sont pas reporters pour un magazine, grâce à une panoplie de gadgets tous plus improbables les uns que les autres, tout en évoluant dans un univers où le kitsch atteint son paroxysme (les décors et costumes sont une ode au bon goût) à l’instar de son aînée des 60’s,  la série Batman dont elle « emprunte » d’ailleurs de nombreuses idées (de la musique aux gadgets et autres véhicules).
Au volant de l’ElectraCar, et équipées de leur Electra-Scan, Electra-Vison ou Electra-Beam, EW et DG ne ménagent pas leurs efforts à courir derrière les malfrats dans des couloirs labyrinthiques, le tout commenté par la voix d’un narrateur qui rajoute une tension quasi insupportable à une intrigue déjà très complexe. 

25 ans plus tard, la WB Television Network fait tourner le pilote d’une nouvelle série qui se veut être une parodie de la précédente (qui était elle-même une parodie de Batman… vous suivez ?) avec une Electra Woman (Markie Post) revenue de tout, complètement désabusée et alcoolique vivant dans une caravane, son mari lui ayant même préféré les atouts de Dyna Girl (le salaud). L’épisode pourtant assez drôle n’est pas retenu, condamnant nos deux héroïnes colorées à repartir dans les limbes de l’oubli.

Mais à une époque où les super héros ont plus que jamais la côte autant sur le grand que le petit écran, un concept aussi original ne pouvait éternellement être mis de côté, c’est ainsi que Legendary à récemment décidé de mettre en chantier une websérie mettant une nouvelle fois Lori et Judy (leur prénom dans le civil) à l’honneur.
Les EW et DG de ce reboot sont cette fois-ci incarnées par les Youtubeuses Grace Helbig et Hannah Hart dans un programme où selon ses comédiennes les Gilmore Girls rencontrent Marvel
Cette fois-ci, Electra Woman et Dyna Girl se déplacent de Akron, Ohio à Los Angeles avec l’objectif de se faire une réputation dans le monde de la lutte contre le crime. Le seul problème ? La concurrence avec des dizaines d’autres super héros et leurs propres intérêts.

Réalisée par Chris Marrs Piliero, la série actuellement en tournage n’a pas encore de date de sortie annoncée, on y jettera en tout cas un coup d’œil quand elle sera disponible, en espérant retrouver un peu le charme de la première série.

Poster un commentaire

Classé dans TV show of the day

C’est un oiseau ? C’est un avion ? Non, c’est un vagin !


11717346_10153512110212244_1104005437260940445_o

Comme l’on pouvait s’y attendre en marge de la San Diego Comic Con, Grant Morrison s’est exprimé sur son très attendu Wonder Woman : Earth One dont il partage la paternité avec Yanick Paquette (qui sera dans la capitale en octobre à l’occasion du prochain Paris Manga), ainsi que sur la « prestation » de Gal Gadot que l’on voit (très peu) durant le trailer de Batman V Superman.
Le scénariste avait déjà fait référence à ce qu’il comptait faire de l’univers de Wonder Woman sur cette oeuvre dans son aspect visuel dans son ensemble, développant un esthétisme basé sur une culture développée par des femmes depuis des millénaires, se rapprochant en cela de la vision fantasmée de William Moulton Marston.
Interrogé par Nerdist.com il y a une quinzaine de jours, le nouveau rédacteur en chef du magazine Heavy Metal nous en dit un peu plus sur sa vision des choses concernant ce roman graphique prévu pour le 12 avril 2016 (oui oui, la date a été repoussée…) :

Il est maintenant terminé et il va bientôt sortir. Je me suis assis et j’ai pensé, « je ne veux pas de cette femme guerrière ». Je peux comprendre pourquoi ils font cela, je le conçois très bien, mais ce n’est pas ce que William Marston voulait, ce n’est pas ce qu’il voulait du tout ! Son concept original pour Wonder Woman était une réponse aux comics de l’époque qui pour lui étaient remplis d’images d’une masculinité à vous glacer le sang, et lorsque vous voyez les derniers visuels de Gal Gadot dans le costume, où l’on retrouve épée et bouclier alors qu’on la voit grogner face à la caméra… La Diana de Marston était un médecin, une guérisseuse, une scientifique. Je suis donc retourné à ses racines et je les ai réinventées.

A quoi ressemblerait une société constituée de femmes immortelles qui auraient vécu ensemble pendant 7000 années ? Elles n’auraient pas passé leur temps à trancher la tête des hommes; Elles auraient eu leur art, leur architecture, leur philosophie et leur poésie, et cela n’aurait rien eu à voir avec la culture des hommes. Yanick Paquette a donc fait ce travail étonnant de conception, où l’on ne retrouve aucun objet phallique. Les seuls objets phalliques sont ces tours grecques qui sont presque comme un écho obsédant issu de la culture dont elles sont originaires.

L’avion invisible de Wonder Woman a désormais la forme d’un vagin, c’est la chose la plus incroyable. Il s’ouvre à l’arrière avec un petit capuchon en forme de clitoris, tout est entièrement basé sur l’aspect féminin. Tout est basé sur des coquilles et des choses naturelles. Il a créé ce tout nouveau monde conçu pour les Amazones. Et pendant les 48 premières pages, il n’y a pas d’hommes – on voit seulement des femmes se parler entre elles. Et puis à la moitié du livre, nous nous préparions à grand combat, et ensuite je me suis dit, « Non, ça ne va pas. » Ce livre ne parle pas de combats, il ne va pas y en avoir. Donc, nous avons rejeté les règles de l’aventure et de la fiction traditionnelle masculine. C’est le livre le plus passionnant que j’ai fait au cours de ces dernières années, il a changé tout ce que je pense à propos de l’avenir.
[…] Mais dans un même temps, la culture des Amazones est assez gelée, ce qui explique pourquoi Diana veut aller voir ce qui se passe ailleurs. Mais voilà comment je vois les choses. Je pense que cela va être très controversé.

Parallèlement, Yanick Paquette continue de nous teaser quelques visuels via son compte Facebook, superbement colorisés par Nathan Fairbairn.

11411797_10153540590562244_6547780731366949124_o 11709679_10153515048017244_6499596830506434842_o

1 commentaire

Classé dans Comic of the day

Jem and the Holograms #5 : la preview


Rien ne va plus pour Jem et ses copines. Alors que Kimber refuse de laisser filer Stormer quitte à recevoir les foudres de Pizzazz et ses female furies, c’est Aja qui va être la première victime directe du sabotage perpétré par Clash comme nous le montre cette preview.
Dans ce prochain numéro, on voit également pour la première fois la transformation de Jem en Jerrica, et nous avons également droit à une très belle couverture variante signée Stéphanie Hans.
Que cela soit autant sur le fond que sur la forme,  Jem and the Holograms continue à être un vrai bijou.
Jem-05-pr-1-75936 Jem-05-pr-2-36371 Jem-05-pr-3-d0375 Jem-05-pr-4-e9846 Jem-05-pr-5-c9ddd Jem-05-pr-6-3ac32 Jem-05-pr-7-8be45

Poster un commentaire

Classé dans Comic of the day

DC Comics: Bombshells #1 : la preview


Avant de pouvoir découvrir comment Batwoman va botter des Q dans Batman : Bad Blood début 2016, une nouvelle série extrêmement attendue où apparaît notre héroïne favorite dans le rôle titre aux côtés de Wonder Woman et Supergirl est sur le point de faire son entrée fracassante, il s’agit de DC Comics: Bombshells, écrite par Marguerite Bennett et dessinée par l’extraordinaire Marguerite Sauvage.
A l’instar d’Injustice : Gods Among Us et Sensation Comics Featuring Wonder Woman, Bombshells est un comics numérique qui sera ensuite publié en version papier.
L’histoire se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale, et fait ouvertement référence au statut et à l’importance des femmes vivant et participant entre autre à l’effort de guerre à cette époque, contexte que l’on retrouve de manière très efficace dans la série Marvel’s Agent Carter, tout en se servant de l’histoire des super héros DC créés et évoluant pendant cette période.
Avec une dynamique pareille, le carton est inévitable.

DC_Comics_Bombshells_1 DCBOMBS_01_300-003 DCBOMBS_01_300-004 DCBOMBS_01_300-005DCBOMBS_01_300-006 DCBOMBS_01_300-007

3 Commentaires

Classé dans Comic of the day

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #9


10756581_817892861567148_1773211293_o

La Foire aux Monstres

0

Le monstre humain (Freaks en anglais) est un mot qui n’a pas la même signification d’une personne à l’autre. Insulte pour certains, terme choquant et marquant utilisé par d’autres pour marquer leur différence, le mot lui-même divise, dérange. Depuis la nuit des temps, les monstres humains attirent, révulsent, mais rien ne peut empêcher la fascination qu’ils exercent sur l’être humain « normal », cette attirance, ce voyeurisme pour la différence, la difformité ou le handicap.
Vous l’aurez compris, ce mois-ci je ne vais pas parler de monstres imaginaires, d’extraterrestres ou de morts vivants, mais de ces gens différents, qui au début du siècle faisaient les choux gras des cirques et autres foires, ces êtres que l’on surnomme « les monstres », les freaks.

Tout d’abord, un freak c’est quoi  ? Il s’agit en général de personnes atteintes de diverses maladies aux symptômes visibles : Nanisme, microcéphalie, acromégalie, hirsutisme (les fameuses femmes à barbe), jumeaux siamois, hermaphrodisme, toutes différences physiques clairement visibles en somme. L’image que l’on en a est généralement celle véhiculée par la culture populaire, de l’être difforme, vociférant, exhibé en cage devant un public horrifié. Il faut savoir que cette image est partiellement tronquée. Pour ce qui est de la difformité, c’est un fait que durant le dix-neuvième et le début du vingtième siècle, les freaks étaient des attractions très répandues dans les cirques, mais l’exhibition n’était pas un passage obligé : La plupart de ces artistes étaient utilisés dans des spectacles de magie ou de clowns, voir faisaient eux même leur propre numéro.

Le sensationnel et l’effrayant était malgré tout particulièrement vendeur et la plupart de ces artistes étaient prêts à jouer le jeu pour gagner leur vie en se faisant passer pour le « Chaînon manquant », ou « L’homme bête » venu d’une contrée exotique.
Très populaire durant le dix-neuvième siècle et le début du vingtième, ils finiront par progressivement disparaître suite aux découvertes médicales expliquant les difformités ainsi que l’apparition de lois régulant plus sévèrement ce genre d’exhibition.

Aujourd’hui les freakshows existent toujours mais plutôt que de mettre l’accent sur les difformités physiques, ils mettent en avant des artistes aux talents « bizarres » tel que du body art, des fakirs, contorsionnistes ou magiciens performants des tours plus axés sur le bizarre et le glauque que le divertissement tout public.
Faire un historique des freaks ou bien présenter les plus célèbres d’entre eux serait particulièrement laborieux, surtout que l’endroit ne s’y prête pas forcément, néanmoins lorsque l’on aborde le sujet, il y a un film sur lequel ont ne peut pas faire l’impasse  : Freaks, La Monstrueuse Parade.

Freaks 1

Freaks (sous titré en France La Monstrueuse Parade) est un film en noir et blanc de Tod Browning, sorti en 1932.
A l’époque le cinéma muet est sur le déclin et le parlant s’impose massivement à Hollywood, Tod Browning est un réalisateur américain célèbre pour ses multiples collaborations avec la star du muet d’épouvante Lon Chaney. Un matin, le comédien Harry Earles (qui interprétera plus tard le rôle du candide Hans dans Freaks), qui avait collaboré avec Browning et Chaney sur le film Le Club des Trois, l’histoire de trois gangsters, lui présente un livre intitulé Spurs, une histoire sordide de vengeance au sein d’un cirque incluant des artistes freaks. Ayant déjà eu un passif dans un cirque et le monde du spectacle, il a même déjà réalisé un film se passant dans un cirque, le magnifique L’Inconnu avec son acteur fétiche Lon Chaney, Browning est charmé par l’idée de l’adapter en film et il va tenter durant de long mois de convaincre la Metro Goldwyn Mayer de produire le film avec bien sûr Lon Chaney dans un des rôles titres. Avec le temps, Freaks devient une obsession pour Browning, il refusera même de tourner une version du Bossu de Notre Dame au profit de Freaks. Mais le décès de Lon Chaney en 1930, va mettre une nouvelle difficulté sur le chemin de Browning, néanmoins, le producteur Irving Thalberg fini par accepter de produire le film et le tournage débute en 1931 et durera 36 jours.
En ce qui concerne le casting, le rôle titre sera tenu par Wallace Ford, dans le rôle du clown Phroso. Ford est à l’époque un jeune acteur n’ayant que quatre films à son actif. Le rôle féminin quant à lui sera confié à Leila Hyams, actrice chevronnée ayant déjà tourné dans plus d’une trentaine de films, elle jouera le rôle de Venus, une dompteuse. L’autre grand rôle féminin est tenu par Olga Baclanova qui malgré son jeune âge (30 ans) est une actrice considérée comme étant en fin de carrière. Pour ce qui est des rôles des Freaks, Browning va recevoir des centaines de candidatures de tous les États-Unis, si le rôle du nain Hans est logiquement tenu par Harry Earles (c’est d’ailleurs la propre sœur de Harry, Daisy, qui jouera le rôle de sa fiancé dans le film), Browning va choisir méticuleusement chaque personnage, même lorsque celui-ci n’a que quelques scènes durant le film : Ainsi quelques célébrités du monde du cirque vont rejoindre le casting, comme les sœurs jumelles siamoises Daisy et Violet Hilton, le nain Angelo Rossetto, l’homme tronc Prince Randian, l’homme squelette Pete Robinson ou encore le demi-homme Johnny Eck.

freaks 2Le casting au grand complet, Tod Browning est au centre en haut, l’homme moustachu avec une cravate

L’histoire raconte la vie d’un petit cirque en Allemagne et plus particulièrement celle de Hans, un nain illusionniste, qui malgré ses récentes fiançailles avec une autre naine du cirque, la jolie Frieda,  est fou amoureux de Cléopâtre, une trapéziste hautaine.
En parallèle, on suit l’amourette naissante entre le clown Phroso et la dompteuse Venus après que celle-ci ai rompu avec l’hercule du cirque. A peine séparé de Venus, Hercule va tomber dans les bras de Cléopâtre et tout les deux vont s’amuser de l’affection que Hans porte à cette dernière. Mais très vite les deux amants vont échafauder un plan machiavélique pour se débarrasser du naïf Hans après avoir appris que ce dernier vient d’hériter d’une grosse fortune.
Les histoires de Hans, Frieda, Cléopâtre, Phroso et Venus vont alors s’entremêler, jusqu’à un dénouement dramatique…

freaks 3Harry et Daist Earles, interprétant Hans et Frieda

Réalisé sobrement, sans voyeurisme, Freaks est un film qui divise à sa sortie (et même encore aujourd’hui) : Fable sensible sur la différence pour certains, film voyeur pour d’autre, celui-ci est très mal reçu à sa sortie et est un véritable échec commercial. De plus, il commence à se tailler une réputation de film « dérangeant » et la Metro Goldwyn Mayer, plutôt que de l’assumer, préfère stopper son exploitation à peine un an après sa sortie.
Le film sombrera dans l’oubli pendant quasiment trente ans et refera surface à la fin des années soixante lorsque la pop culture dite « freaks » issue de la jeunesse post-Viet Nam commencera à avoir vent du film au travers de projections dans des cinéma-clubs.
Aujourd’hui, Freaks la Monstrueuse Parade est considéré comme un classique du cinéma, ode à la différence, déclaration d’amour aux gens dits différents, le film est le porte-étendard de tout un mouvement prônant la différence comme une normalité. Une renommée que Tod Browning ne connaîtra jamais, le réalisateur décède le 6 octobre 1962.


Bande-annonce non-officielle de Freaks, La Monstrueuse Parade, réalisée par un internaute (1)

Freaks est en soit un film unique qui a durablement marqué l’histoire du cinéma, il était donc logique que de nombreux artistes de tous bords et de tous médias lui rendent hommage et parmi, ceux-là, on trouve bien sûr les comics  !

Même si l’analogie avec la fameuse école pour mutants du Professeur Xavier est logique, je ne vais pas encore parler des X-Men, d’autres le font mieux que moi et surtout beaucoup plus souvent. Non, comme à mon habitude, je vais plutôt vous parler d’une bande dessinée très peu connue, pourtant signée par deux grands noms et même publiée en France il y a quelques années, cette bande dessinée parle de monstres freaks, se passe en Allemagne et est une sombre histoire de vengeance : Cette bande dessinée s’appelle La Foire aux Monstres, Freak Show en version originale : Le titre est juste un point commun  ? Pensez-vous, plus référencé que cette bande dessinée, c’est assez rare.

7

La Foire aux Monstres est donc un graphic novel publié originellement en 1982 en plusieurs parties dans le magazine Heavy Metal. Cette histoire est signée par deux stars des comics à savoir le scénariste Bruce Jones et le dessinateur Bernie Wrightson. Cette histoire sera assez rapidement publiée en France (1984) par Albin Michel en partenariat avec L’Écho des Savanes dans leur collection Spécial USA.

Je ne vais pas de nouveau m’étendre sur la carrière de cet artiste particulièrement prolifique qu’est Bernie Wrightson, pour cela je vous renvoie au petit paragraphe de présentation que j’avais fait de lui durant mon Jeudi de l’Angoisse (Des Comics) consacré à Batman/Aliens.

1Pour ce qui est de Bruce Jones, il a un peu eu une carrière similaire à celle de Bernie Wrightson  : Il commence sa carrière dans les années 70 en écrivant de nombreux comics d’horreur pour Warren Publishing, notamment dans les magazines Creepy et Eerie. Il délaissera l’horreur pour aller écrire chez Marvel, principalement les séries Ka-Zar et Conan Le Barbare, mais aussi des histoires de science-fiction pour la ligne de magazines Marvel.
En 1979, il rencontre April Campbell (qui deviendra plus tard sa femme) et forme la compagnie Bruce Jones Associates. A eux deux, ils vont éditer, publier et écrire la majeure partie des comics de l’éditeur Pacific Comics, notamment les titres Twisted Tales, Alien World et Pathway To Fantasy.
Suite à la faillite de Pacific Comics, la plupart des titres sont repris par Eclipse Comics.
Par la suite, il écrira des romans policiers mais reviendra sporadiquement à la bande dessinée, notamment en écrivant le graphic novel RIP In Time de Richard Corben ou le comics-strip Flash Gordon de 1990 à 1992, dessiné par Ralph Reese.
En 2001, il est contacté par Axel Alonso pour reprendre l’écriture de la série The Incredible Hulk, il accepte et écrira cette série durant trois ans. Il signe ensuite un contrat d’exclusivité de deux ans avec DC Comics et écrira les titres Nightwing, OMAC, Man-Bat, Vigilante et surtout une sublime mini-série Vertigo consacrée à Deadman.

2Revenons à notre Foire aux Monstres.
L’histoire commence par le discours d’un bonimenteur (comme Freaks tiens justement) qui va conter une histoire en relation avec l’aberration qu’il s’apprête à dévoiler à un public médusé (toujours comme dans Freaks…). L’histoire commence en Allemagne (comme… Dans Freaks, rassurez-vous, les points communs s’arrêtent là pour le moment) et raconte l’histoire de Valker, un homme qui voyage dans la campagne et y recueille tous les laissez pour compte, comme Deja, la femme grenouille ou Robin, l’effrayant garçon oiseau. Même si Valker se sert de ses protégés pour effrayer la populace lors d’un freak show, il les traite bien, leur donnant un foyer, affection et éducation. Un soir Valker recueille Lila, une jeune femme traumatisé par le suicide de son mari. D’abord effrayée, Lila va se prendre d’affection pour Valker et sa troupe et voyager avec eux. Valker et Lila tombent amoureux et Lila fini par être enceinte.
L’accouchement se passe mal et pour tromper son inquiétude, Valker se remet à boire. Lorsque Deja vient lui présenter son enfant, Valker sombre dans une rage aveugle en découvrant un bébé difforme. Convaincu de la tromperie de Lila, Valker va alors commettre l’irréparable…

3

Autant être franc d’emblée, La Foire aux Monstres est un immense hommage à Freaks que se soit dans son entrée en matière très semblable, voir certaines scènes quasiment identiques au film : Ainsi lorsque Valker est montré en train de vivre avec ses protégés, la scène ramène immédiatement à l’ouverture du film lorsque la directrice du cirque Madame Tetralini (jouée par la française Rose Dione dont c’est d’ailleurs le seul rôle parlant) pique-nique avec les freaks. Il en est de même pour la scène finale, à l’environnement identique, ainsi que son épilogue là encore quasiment similaire.
Néanmoins, même si certaines scènes ou détails rappellent immédiatement le film de Browning, ce ne sont que des clins d’œils et Bruce Jones et Bernie Wrightson ont choisis d’aborder leur histoire sur un ton clairement horrifique là où le film de Browning jouait plus sur l’empathie.
Les freaks de Jones et Wrightson sont d’affreuses créatures difformes et complètement invraisemblables et le ton de l’histoire y est clairement axé vers l’horrible. La seconde grosse différence est tout le cheminement de Valker, qui va passer une bonne partie de l’histoire à chercher la rédemption, jusqu’à être atrocement rattrapé par son passé.

4Pour ce qui est du scénario, Bruce Jones écrit son histoire à la manière des EC Comics à savoir une histoire dont le plus important est la chute, chute malgré tout assez prévisible lorsque l’on a suffisamment lu d’histoires de ce genre. Néanmoins, le personnage de Valker reste très intéressant, passant par de multiples facettes tout au long du récit.
Il n’en reste pas moins que l’histoire se lit passionnément, et de ce fait assez rapidement.

Graphiquement, Bernie Wrightson excelle et son talent pour les histoires horrifiques n’est plus à prouver  : La Foire aux Monstres et encore un des nombreux exemples de la maîtrise parfaite qu’a l’artiste de ce style, à la fois sombre, expressif et détaillé, Wrightson est pour moi l’artiste de référence de ce genre et son style est naturellement adapté à cette histoire, à la fois ténébreuse et gothique.
Wrightson est un génie de l’horreur, tout simplement.

Pour finir, La Foire aux Monstres et un grand comic d’horreur, méconnu et qui mérite amplement une lecture que vous soyez passionné ou non du genre. C’est de l’horreur de la vieille école en comic, avec tout ce que ça implique de qualités  : Une lecture bien agréable, référencée, visuellement époustouflante et écrite de façon intelligente.
De plus, malgré sa publication française ante-diluvienne (31 ans !) on le trouve encore assez facilement sur le marché de l’occasion à des prix raisonnables, sur internet ou chez les bouquinistes. Pour les puristes de la version originale, elle est régulièrement réédité. (2)

Bon et bien maintenant il ne vous reste plus qu’à vous faire une soirée film et comic en regardant ce chef-d’œuvre qu’est Freaks et finir par la lecture de ce livre.
En plus, sans le savoir, vous venez de lire un article écrit par un freak, comme quoi.

La Foire aux Monstres de Bernie Wrightson et Bruce Jones publié en 1984 chez Albin Michel dans leur collection Special USA.
Freaks, La Monstrueuse Parade de Tod Browning sorti en 1932, disponible en double DVD collector (contenant en bonus le film muet L’Inconnu avec Lon Chaney) chez Warner Home Vidéo depuis le 1 juin 2005.


1  : J’ai choisi de mettre cette bande-annonce plutôt que l’officielle car celle-ci montre juste les premières minutes du film.
2  : Je précise quand même que la version américaine est en noir et blanc, ce qui n’est pas le cas de la version française qui elle est en couleurs.

Poster un commentaire

Classé dans Comic of the day

En attendant Batwoman


Batman Bad Blood

L’une des plus belles annonces de la San Diego Comic Con fut (avec celle de la suite des aventures de Korra chez Dark Horse) la présence de Batwoman dans le prochain film d’animation se déroulant dans l’univers du Caped Crusader intitulé Batman : Bad Blood qui doit sortir au début de l’année prochaine. Non mais, Batwoman dans un film quoi ! (à la lecture de cette news, j’aurais bien eu à l’époque besoin d’un volontaire pour passer la serpillière autour de moi).

Avec un titre pareil, tous les espoirs étaient permis, comme une adaptation plus ou moins fidèle du premier arc de Greg Rucka et J.H. Willimans III, ou encore en développant le sort qui lui est réservé dans la série 52. Evidemment je me suis encore une fois emballée un peu trop vite, dans Batman : Bad Blood on parle effectivement des liens du sang, mais plus logiquement ceux de la Bat-Family.
Dans l’extrait qui suit où l’on en apprend un peu plus sur ce projet (et où l’on voit pour la première fois Batwoman en mouvement, dans un film, je vais pleurer), on découvre en effet une histoire faisant référence à différents travaux de Grant Morrison sur Batman, tels que Batman: R.I.P.,  Batman & Robin ainsi que Batman Inc.

D’après ce que l’on voit pour le moment, notre déesse de rouge et de noir (doublée par l’actrice Yvonne Strahovski) a l’air d’être bien traitée et semble avoir un rendu aussi fidèle que sur le papier (la première chose que j’ai vérifié ce sont ses bottes, et Dieu merci, il n’y a pas eu de faute de goût à ce niveau, ce qui est toujours bon signe). A tel point qu’on peut se permettre désormais de rêver d’un film lui étant intégralement dédié (et il y aurait de quoi faire !).

En bonus, un premier teaser en mode dessins préliminaires, comptez sur moi pour vous montrer prochainement d’autres belles choses sur celle qui nous manque tant depuis quelques mois…

Poster un commentaire

Classé dans Movie of the day