On dirait le Sud


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Aujourd’hui (ou plutôt hier) se tenait à L’Isle-Jourdain (une très sympathique bourgade gersoise située à 30 minutes en voiture de Toulouse) la seconde édition du Festival BD A D’OC dont l’invité d’honneur était l’incontournable Barry Kitson (qui a eu la gentillesse de réaliser une affiche très originale où Batman et Superman font une trêve pour venir survoler les rues de la cité de Gascogne).
L’auteur d’Empire n’était pas le seul artiste comics invité sur le salon, les super héros étant effectivement mis à l’honneur cette année, se joignaient ainsi à lui Paul Renaud, Trevor Hairsine, Doug Braithwaite, Kevin Hopgood, de quoi satisfaire grandement les amateurs venus partager un vrai moment de convivialité malgré l’embargo culturel imposé idéologiquement par L’Euro 2016.

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Les librairies Gourvy Comics et Gibert Joseph Toulouse étaient comme il se doit au rendez-vous dans une ambiance très décontractée, le salon situé au Musée Campanaire et animé par une équipe de bénévoles du tonnerre nous offrait également de très belles expositions ainsi qu’un concours de dessin destiné aux enfants (dont Barry a eu la lourde tache de déterminer les gagnants par tranche d’âge), sans parler bien sûr des auteurs franco belge de renom également invités.

En tant que festivalière, c’est toujours un très grand plaisir de revoir des habitués de salons, qu’ils aient lieu en province où sur Paris. J’ai eu la grande joie de repartir avec deux dessins de Barry Kitson et Doug Braithwaite, ce fut pour moi un vrai moment de détente en cette période bien sombre, et je tiens à saluer la patience et la passion inaltérable d’Antoine, 10 ans, et avec qui j’ai passé mine de rien beaucoup de temps (et partagé quelques M&M’s) à discuter super héros (et héroïnes, forcément) en faisant la queue à ses côtés pendant plusieurs heures. Ce gosse m’a littéralement émerveillée à la fois par sa candeur et sa détermination et me redonne au final un tangible espoir sur la nature humaine…

 

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Tomorrow Never Dies


Les enfants je suis fatiguée.
Je suis vraiment, vraiment très fatiguée. Je ne sais pas si, prenant du kilométrage un peu plus chaque année, je me rends compte -impuissante- que le monde dans lequel je vis m’est totalement inadapté (et non l’inverse, car je ne suis pas folle vous savez), ou si nous sommes tout simplement les témoins de la régression de notre société comme c’est malheureusement le cas régulièrement tout au long de notre histoire.

Je suis loin d’être une intellectuelle, philosophe, et encore moins anthropologue. Je prends juste les événements comme ils me viennent le plus souvent, c’est à dire en mode uppercut ou crochet du droit, et je reste sonnée à chaque fois un long moment suite aux drames dont je reste le témoin très indirect, de Charlie au Bataclan et désormais Orlando, car à chaque fois, mine de rien, c’est une partie de moi qui a été cognée.

A chaque fois je lis, j’écoute, et je regarde les témoignages touchés par ces atrocités. Mais je suis tout autant réceptive à la réaction de la « masse populaire » (je mets des guillemets car je sais que je n’emploie absolument pas le bon terme et je m’en excuse), en commençant par des personnes relativement proches à savoir les membres de ma famille et autres collègues de travail. La plupart d’entre eux sont hétéros, blancs, non immigrés, propriétaires d’une villa avec piscine (où aspirent à en avoir une, comme si c’était une finalité en soi), et je sais très bien que pour eux je ressemble à une sorte d’animal exotique qui correspondrait en une seule personne à pas mal de clichés propres à ce fameux concept qu’est la diversité, mais ils arrivent toutefois à m’apprécier pour ce que je suis c’est à dire une nana qui fait preuve d’un cynisme hors du commun, allez savoir pourquoi…

Tout ça pour vous dire que depuis le week-end dernier je me suis beaucoup renfermée sur moi-même. Mes collègues trouvent que j’ai changé, ils ne comprennent pas ce qu’il m’arrive. Ils sont à des années lumière de concevoir qu’une partie de moi s’en est allée dans ce massacre.
A l’époque où j’avais moins de kilométrage, je passais mes samedis soirs dans une boite gay aux alentours de Montpellier et je peux vous dire que je me délectais de chaque seconde passée avec mes copines, mes sœurs de soirée à danser comme une huître sur So Many Men So Little Time de Miquel Brown, j’étais pleinement consciente de mon bonheur et de mon épanouissement, c’était ma récompense après des années de souffrance et d’interrogations, ma libération, ma joie de vivre.
Cette boite était mon sanctuaire, elle avait ses codes immuables (comme par exemple la fameuse danse du tapis), ses morceaux inévitables (et surtout inévités sous peine de scandale en mode Drama Queen) et les accroches du DJ en mode Priscilla, folle du désert.
Je me souviens que nous les lesbiennes, nous étions particulièrement solidaires entre nous. Par exemple combien de fois nous les vieilles rombières (je me mets dans le lot car à l’époque je traînais avec des filles de 10 à 15 ans plus âgées que moi qui m’ont appris en quelque sorte la vie LGBT), nous étions aux aguets face à des enfoirés en quête du trophée ultime à savoir violer une lesbienne alcoolisée dans la pénombre du parking et que nous avons été amenées à « sauver », prétextant le fameux « Hey Ducon touche pas à ma meuf ! »  …

Mon cœur saigne d’autant plus aujourd’hui avec cette pensée que parmi toutes ces belles et magnifiques personnes fauchées par l’innommable, beaucoup d’entre elles étaient tout à fait comme moi il y a 20 ans : peut être en quête d’identité, mais non moins déjà fières de ce qu’elles sont et surtout, débordantes de vie.
Chaque année lorsque je fais la Gay Pride, je me délecte de regarder tous ces jeunes gens s’éclater comme des fous en défilant fièrement, oubliant je suppose le temps d’une après-midi le fardeau du quotidien lorsque l’on est homosexuel.
Vous ne pouvez pas imaginer la joie que j’éprouve de voir ces personnes que je ne connais même pas heureuses le temps de quelques heures. La Gay Pride a toujours été pour moi un moyen de recharger mes batteries pour l’année à venir. Sauf que cette fois-ci, elles se sont redéchargées beaucoup plus vite que prévues.

Avec le temps il va falloir que je me fasse une raison, la radicalisation des pensées s’allie de plus en plus avec celle des actes. A moi de voir comment je peux gérer personnellement cette situation.
Il y a quelques années je m’insurgeais contre la première vague d’homophobie notable suite au projet de loi concernant le mariage pour tous. C’était génial car bon nombre d’entre vous avait participé à mon petit projet.
Demain (enfin tout à l’heure plutôt) je vais participer à un débat sur les super héros LGBT dans le cadre du mini salon LGBT à l’Espace Diversités Laïcité de Toulouse, 38 Rue d’Aubuisson. EVIDEMMENT j’aurai grand plaisir à parler de ma muse, celle qui me donne sans cesse inspiration et courage, parce que le combat continue, encore et toujours.

Justement je vous laisse avec elle, et ce fan art magnifique signé Telênia Albuquerque qui me montre tout simplement que je suis loin d’être la seule dans mon cas, et qu’heureusement il y a bien des héroïnes qui vous aident à aller de l’avant (et merci M. de m’avoir montré ceci).

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What Would Wonder Woman Do ?


Wonder Woman - Rebirth Head

Nous l’avons tous bien compris, la nouvelle politique éditoriale de DC Comics intitulée Rebirth et censée revenir aux fondamentaux vis à vis de son lectorat de longue date tout autant que ses personnages emblématiques, est une réponse sans équivoque suite au ratage économique (parfois artistique et même idéologique) au sens large que constituent les New 52, et malheureusement plus récemment avec DC You (oui je sais, je suis pas très sympa, l’idéal aurait été que DC You arrive d’emblée à la place des N52 en 2011 et que quelques réajustements se fassent petit à petit, mais d’ailleurs n’existerait-il pas une Terre où l’on pourrait voir ça ?).

Nous avons effectivement pu nous rendre compte ces 6 dernières années à travers ce blog, que bon nombre d’héroïnes DC se sont retrouvées plus ou moins malmenées dans leurs diverses représentations, et ce dès le départ avec Catwoman et Starfire (hypersexualisées à outrance) en passant par Raven, Cassie Sandsmark, Donna Troy, Batgirl (toutes out of character), certaines d’entre elles ont su heureusement retrouver un second souffle grâce à des équipes créatives plus inspirées que leurs prédécesseurs, alors que d’autres déjà iconiques (Harley Quinn, Power Girl, Poison Ivy) auront eu l’opportunité de regagner en popularité, ce qui est une très bonne chose, sans oublier qu’il aura fallu attendre pratiquement la fin de cet énorme trafic éditorial pour revoir des personnages hyper populaires (Stephanie Brown, Cassandra Cain) refaire surface.
Mais comme je l’ai dit précédemment, je ne suis pas forcément super sympa car si les New 52 ont quand même su nous offrir un personnage charismatique inespéré, c’est il faut bien le reconnaître, Harper Row.

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Mais qu’en est-il de la Reine Mère de toutes les super héroïnes ? Quel fut le sort de Wonder Woman depuis ce fameux mois de novembre 2011 où le prometteur Wonder Woman #1 version Brian Azzarello et Cliff Chiang fut publié ?
Le scénariste de 100 Bullets, dans la plus grande lignée de son style, nous a livré une héroïne digne de ses précédentes aspirations à travers une mythologie qui lui est totalement personnelle -et tout autant dark que badass- mais où les Dieux de l’Olympe essentiellement masculins n’ont cessé d’écraser notre héroïne de leur aura, alors que les Amazones ont été elles-même réduites à être considérées comme des Mantes religieuses esclavagistes et fondamentalistes, concepts dans lesquels vont s’engouffrer le couple de dessinateur/scénariste Finch  en manque d’inspiration, et dont votre blogueuse préférée ne s’en sera toujours pas remise jusqu’à en arrêter son abonnement.

Mais à l’annonce de ce Rebirth l’espoir a osé renaître, non seulement par le biais d’une nouvelle perspective façonnée (dans la glaise ?) par un scénariste qui non seulement n’a cessé d’œuvrer pour l’épanouissement et la mise en valeur des personnages féminins dont il a eu la responsabilité quelque soient leur medium (romans, comics) et le genre dont elles sont issues (du polar à la SF en passant par les super héros), mais qui a surtout toujours affectionné particulièrement notre sémillante Amazone depuis son plus jeune âge.

Entre Greg Rucka et Wonder Woman il s’agit bel et bien d’une histoire d’amour entre un scénariste et sa muse depuis Wonder Woman: The Hiketeia puis à partir de Wonder Woman #195 et ce sur 31 numéros, à tel point qu’il préféra claquer la porte de l’éditeur lorsque celui-ci lui refusa un projet intitulé à l’époque Wonder Woman Year One au bénéfice d’un certain trublion chauve britannique…
Mais alors que Grant Morrison était sur le point de livrer sa version (forcément sujette à polémiques) de l’Amazone, Rucka quant à lui nous offrait deux numéros consacrés à Renee Montoya / The question, Batwoman et Huntress lors de l’event Convergence il y a de cela à peine un an. Le magnifique Convergence : The Question se voulait en effet être un signe d’ouverture, galvanisant les fans de ces héroïnes, et préméditant qu’un retour aux sources pouvait être bel et bien possible…

Et pourtant, le grand retour de Greg Rucka sur Wonder Woman a toutefois fait l’effet d’une bombe, je n’ai moi-même pas pu m’empêcher de réagir via les réseaux sociaux pour exprimer ma grande satisfaction. L’homme qui était parvenu à transformer Batwoman en une icône LGBT était bien l’un des seuls écrivains à pouvoir sauver Diana de Themyscira de l’effroyable pétrin dans lequel on l’avait fourré dans sa série régulière (et dérivées), pour ma part je m’étais rabattue sur Sensation Comics, Bombshells, The Legend of Wonder Woman et Wonder Woman ’77.

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En grand conteur d’histoires qu’il est, le co-créateur de Lazarus ne pouvait pas via ce numéro purgatoire enchaîner directement sur une nouvelle intrigue comme si de rien n’était. Il fallait, peut-être pas forcément faire table rase du passé mais du moins mettre certaines cartes sur table pour pouvoir aller de l’avant bien plus sereinement.
Ce numéro Renaissance se veut donc comme un moment d’introspection de la part de notre héroïne, comme si elle prenait enfin le temps dans se rendre compte qu’il y avait quelque chose de pourri dans le royaume de Themyscira.
De nos jours, à l’ère des internets, on appelle ça un bon gros troll des familles, et il est sacrément le bienvenu.
Dans une première partie illustrée par Matthew Clark (dont le style à la Greg Land est VRAIMENT très loin de m’accommoder, surtout sur un numéro aussi important que celui-ci), Wonder Woman se veut toujours présente pour défendre le sort de la femme oppressée par le système phallocrate qui règne sur notre monde. Mais lorsque qu’elle rentre chez elle, elle en est à se demander « Qui suis-je, où vais-je, dans quel état j’erre ? ».

Greg Rucka n’y va pas par 4 chemins, il broie au sens propre comme au sens figuré le statut problématique et sans issue de notre messagère de paix en tant que God of War instauré par Azzarello. Toutes ces dernières années vécues par Wonder Woman n’étaient que pur mensonge et même elle, en tant que gardienne de la vérité, ne l’a pas vu venir.
Bien sûr, le scénariste va une nouvelle fois évoquer ses origines et son passé plus ou moins proche pour ne pas dérouter un nouveau lecteur qui passerait par là et trouverait déjà que son histoire est un bordel sans nom. Mais ce numéro est surtout marqué par la prise de conscience de notre héroïne sur son propre statut : non, Wondie ne léchera plus de glaces de sitôt les enfants.

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Mais ce numéro reste malheureusement assez frustrant compte tenu du peu de nombre de pages dessinées par Liam Sharp (6 au total), celles-ci ayant d’ailleurs été visibles depuis un certain nombre de semaines en preview et sous toutes les coutures (crayonnées, encrées, puis colorisées par Laura Martin). Mais la présence de deux dessinateurs au style si différent permet justement de d’accentuer cette transition entre la « fausse » et la « vraie » Wonder Woman, ce numéro se voulant surtout et au même titre que DC Universe Rebirth être un épisode intermédiaire et de remise à niveau avant que les choses commencent sérieusement. En gros, il fallait bien en passer par là avant de passer aux choses sérieuses et Greg Rucka s’en est naturellement sorti avec brio.

La suite étant prévue pour dans une dizaine de jours maintenant, où le présent et le passé vont s’alterner toutes les 2 semaines entre les illustrations de Liam Sharp (avec Wonder Woman #1 : The lies) et Nicola Scott (avec Wonder Woman #2 : Year One, et le peu que j’ai pu voir de ce qu’elle a fait sur le titre est littéralement à tomber)le vrai retour de Wonder Woman pourra alors commencer vraiment, enfin, oui c’est promis.

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En attendant Batwoman


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Si il y a bien une rubrique que je me délecte de faire sur ce blog, c’est sans équivoque celle-ci, car elle est souvent signe de bien belles choses pour notre Madone de Gotham dont le parcours depuis 2006 aura su faire manifester chez moi (à partir de 2010) divers états parmi les plus inavouables…

La preuve en est, c’est la 40ème fois ici, que j’attends Batwoman. Elle apparaît cette fois-ci dans cette renumérotation de Detective Comics (#934), disponible dès mercredi et qui signe ainsi son vrai come-back (je veux dire par là un come-back digne de ce nom, au premier plan, et non pas via des cameos et autres présences remarquées dans quelques séries annexes) depuis le massacre odieux orchestré par Marc Andreyko sur sa série éponyme.

Alors forcément même si Kate Kane n’a pas (encore) droit à sa série régulière avec Rebirth, elle n’en n’est pas moins présente, aux côtés d’un certain Batman (« je sais pas c’est qui » comme dirait le Sidekick quand il ne connait pas un perso), ainsi que ClayfaceTim Drake, Stephanie Brown et Cassandra Cain.

Ecrit par  James Tynion IV et dessiné par Eddy Barrows, deux valeurs sûres de l’éditeur qui ont toujours su respecter les délais, Detective Comics #934 et ses numéros suivants promettent de belles choses concernant notre héroïne fétiche, du moins tout autant que nos jeunes, téméraires et toxiques Cass et Steph.
Cette série fait partie de mes incontournables concernant ce fameux Rebirth, le peu que j’ai lu pour le moment parmi les autres titres me rassure en tout cas beaucoup dans l’ensemble.

Bref, il n’y a pas un moment où je ne peux m’empêcher de me réjouir de son retour, elle est une icône qui ne peut dorénavant que transcender les périodes, les époques, les reboots-relaunch-rebirth-reset et je ne sais quoi d’autre. Enfin, c’est Batwoman quoi…

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Comptez en tout cas sur moi pour donner mon humble avis sur ce numéro…

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Big Gun


Wynonna Earp Head

Pour ceux qui sont comme moi très sensibles au sujet, nous avons constaté (et j’ai déjà eu l’occasion d’en parler à plusieurs reprises) que les héroïnes de comics osent s’offrir depuis quelques années une nouvelle jeunesse grâce à la télévision – à défaut véritablement de s’épanouir au cinéma – et ce grâce à des programmes qui leurs sont plus ou moins fidèles.
Jessica Jones, Supergirl, Agent Carter… autant de séries qui font en effet du bien car elles apportent dans l’ensemble une vision à la fois classique et novatrice sur le statut de ces héroïnes et permettent ainsi de glaner, qui sait, un nouveau lectorat.
Mais si il y en a bien une que l’on a pas vu venir, c’est Wynonna Earp, prévue à l’heure où je vous parle sur 13 épisodes (nous en sommes au 9ème) et diffusée sur la chaîne SyFy.

Alors je vois bien certains d’entre vous me demander : « Non mais c’est quoi encore que ce truc ?!!!! » Il s’avère que Wynonna Earp, n’est ni plus ni moins qu’une série issue des années 90, une époque largement sujette à polémiques et débats de nos jours, à juste titre (la conférence de Paul Renaud et Jean-Marc Lainé sur le Marvel des 90’s peut d’ailleurs vous éclairer sur le sujet), alors que d’un autre côté Julien Lordinator et moi sommes bel et bien reconnaissants de l’héritage de ces héroïnes compte tenue de l’époque dans laquelle elles sont apparues, la plupart d’entre elles ayant su évoluer naturellement sans dénigrer totalement leur pedigree.

Prenons par exemple Witchblade, et par extension Darkchylde et (donc) Wynonna Earp, (sans oublier bien sûr Lady Death), la première de ces trois demoiselles ayant vu le jour en 1995, les deux autres une année plus tard. Et si le féminisme en matière de comics ne pourrait-il pas AUSSI se véhiculer via la série la plus Bad Girls qui soit ? C’est la question que je me pose, je n’en ai pas la réponse mais je pense résolument que la piste est loin d’être idiote, faut il encore avoir la sagesse de remettre les choses dans leur contexte.

Wynonna Earp rentre donc totalement dans le moule des trois titres pré-cités à savoir : de la belle pépé et du fantastique.
Créé par Beau Smith et publiée par Image Comics en 1996, la série narre les aventures de la descendante du célèbre Wyatt Earp, protagoniste légendaire et icône du Far West. En tant qu’agent officiant pour une unité spéciale appartenant aux US Marshals et appelée Black Badge Division, elle se bat contre de nombreuses menaces surnaturelles menées par Bobo Del Rey et ses acolytes vampires, zombies et autres savants fous….
Sans grande surprise, les 5 premiers numéros édités par Image à l’époque s’inscrivent donc naturellement dans la mouvance des Bad Girls avec toutefois une nuance de taille : la présence de Joyce Chin en tant qu’artiste sur les 3 premiers opus. Pat Lee prendra ensuite la relève, en parfait plagiaire de Rob Liefeld sur des planches plus atroces les unes que les autres :

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IDW Publishing reprendra ensuite le flambeau entre 2003 et 2004 (toujours sous la tutelle de Beau Smith) avec une première mini-série de 3 numéros intitulée Wynonna Earp: Home on the Strange avec Carlos Ferreira aux dessins, puis en 2011 sur un autre run de 4 numéros intitulé Wynonna Earp: The Yeti Wars, sans oublier sa présence dans l’album IDW’s Tales of Terror, un recueil paru en 2004 et réunissant des histoires originales et horrifiques provenant des grandes figures de l’éditeur telles que Steve Niles et Ben Templesmith pour ne citer qu’elles. 

Le contraste entre la version Image et IDW de Wynonna Earp est des plus saisissants : fini la bimbo peroxydée aux jambes interminables, notre héroïne (toujours blonde) s’est largement rhabillée et ne s’emploie plus à se mettre en scène dans des positions anatomiquement improbables issues d’une autre époque.

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Sans être la série du siècle, celle-ci se laisse facilement apprécier par les amateurs du genre mêlant humour, action, et fantastique, d’autres blondes ayant justement très bien réussi dans ces domaines précis.

J’invite d’ailleurs Julien Lordinator à vous en parler de façon plus précise et détaillée comme il en a l’aisance, l’intégrale des publications Image et IDW étant rassemblée dans un seul volume de 300 pages intitulé Wynonna Earp: Strange Inheritance.

Les années et les modes défilant à la vitesse d’un cheval au galop, on pensait légitimement ne plus avoir à faire à une héroïne de son acabit, mais c’était sans compter sur la surprenante idée de la chaîne SyFy de miser sur une telle adaptation.
Développée par Emily Andras (à qui l’on doit Lost Girl, l’un de mes plaisirs coupables en matière de séries) qui fait également office de productrice exécutive et showrunner, la série TV  Wynonna Earp déboule ni vu ni connu en avril 2016.

Après plusieurs années d’exil de sa ville natale, Wynonna Earp retourne à Purgatory le jour de ses 27 ans et accepte son rôle d’héritière maudite de Wyatt Earp. Elle devra protéger la ville des Revenants, les criminels que son arrière-grand-père a tués avec son Colt 45. Elle est aidée dans sa mission par sa sœur, Waverly, par l’agent Dolls et son ami immortel Doc Holliday.

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Mis à part son pitch de base où l’on retrouve l’héritage de Wynonna et son appartenance à une unité spéciale en lutte contre démons, vampires et autres goules, la série puise ses influences sur une production bien connue de la chaîne CW : Supernatural.
Les producteurs ont en effet choisi de rajouter une sœur à Wynonna avec le personnage de Waverly, une très belle idée qui appuie encore un peu plus la thématique de la sororité dans les grands medium de l’entertainment.
Si l’on rajoute à cela un ton totalement décalé où le second degré devient évident dès les premières scènes, avec (si l’on passe à côté de ce postulat) des absurdités au niveau du scénario à s’en arracher les cheveux, et des acteurs qui surjouent à outrance, le programme en devient complètement jouissif parce que barré au possible.

J’éprouve un énorme plaisir à regarder cette série, notamment grâce à la prestation (complètement à contre emploi au niveau du personnage) de Melanie Scrofano ainsi que de Dominique Provost-Chalkey, sans oublier Katherine Barrell dans le rôle de l’officier Haught (Hot Damn !). Du coup on est bel et bien à des années-lumière de l’oeuvre originale issue des 90’s, la série lorgnant beaucoup plus dans une identité queer au même titre que Lost Girl.

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Qualifier simplement Wynonna Earp de western fantastique serait extrêmement réducteur, je vous invite à tenter de regarder quelques épisodes, personnellement l’annonce d’une seconde saison me ferait extrêmement plaisir.

Et parallèlement à la série TV, IDW a eu la judicieuse et mercantile idée de proposer une nouvelle mini- série liée au show disponible sur SyFy, on y retrouve en effet Wynonna en version brunette, l’agent Xavier Dolls et Doc Holliday. Le ton général est très plaisant à lire et hyper référencé en terme de culture fantastico-horrifique.
Ma foi, qui aurait cru qu’un ersatz de Witchblade puisse un jour atteindre une telle classe ? Pas moi en tout cas, c’est certain.

« If Buffy meets Justified meets Frozen … »

Emily Andras

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Les Jeudis de l’Angoisse (des comics) # 19


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Nancy In Hell

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Les voyages en Enfer, c’est depuis longtemps un genre d’histoire commune à tous les médias : En commençant par la littérature et le fameux voyage de Dante Aligihieri pour retrouver sa douce Béatrice prisonnière de Lucifer lui-même dans La Divine Comédie, même Alphonse Daudet y fait allusion dans sa nouvelle Le Curé de Cucugnan.
Dans le jeu vidéo on va aussi souvent en Enfer, notamment avec la série des Doom et son héros surarmé partant régler son compte à des hordes de démons à grands coups de fusil à pompe.
Le comics et sa cohorte de héros plus ou moins infernaux, le Spawn de Todd McFarlane en tête, ne font pas exception et le supposé lieu de résidence du Diable et de ses minions n’est en fait pas si inaccessible que ça tant de nombreux visiteurs l’ont déjà foulé et en sont revenus plus ou moins indemnes…
Néanmoins, l’Enfer, c’est vaste et après tout, en théorie, ça n’existe pas, donc libre à chacun ayant un minimum d’imagination de le concevoir comme il le souhaite et c’est une vision bien particulière que nous propose El Torres et Juan Jose Ryp dans Nancy in Hell, version rock and roll et trash du voyage en Enfer.

Encore une fois, cette rubrique va être pour moi l’occasion de parler d’un artiste que j’apprécie beaucoup, à savoir Juan Jose Ryp.

Juan Jose Ryp

Juan Jose Ryp, de son vrai nom Juan José Rodriguez Prieto, est donc un artiste autodidacte espagnol et est notamment un des artistes emblématiques du studio Avatar Press.
Son style est très influencé par des artistes européens et américains et est à mi-chemin entre ces deux styles. On retrouve chez Ryp des traits communs à Manara, Moebius et Geoff Darrow.
Il a travaillé sur beaucoup de séries horrifiques : Pour Avatar Press, il dessine notamment trois adaptations des écrits d’Alan Moore dans les anthologies Alan Moore’s Magic Words et Alan Moore’s Yuggoth Cultures and Other Growths et dessine également la mini série Another Suburban Romance, tout ça entre 2002 et 2003.
Les fans de comics le connaîtront surtout en 2006 et le fameux Frank Miller’s Robocop dans lequel il met en image le scénario original de Frank Miller tel qu’il l’avait écrit pour le film Robocop 2.
Il dessinera ensuite une mini-série consacrée au croque mitaine du cinéma d’horreur Freddy Krueger, puis réalisera son plus gros travail en collaborant avec Warren Ellis sur les séries Wolfskin, No Hero et Black Summer, toutes publiées en France chez Milady Graphics.

En ce qui concerne le mainstream, il illustrera Vengeance of The Moon Knight, un one shot pour la version Max du Punisher (Happy Ending) et la mini-série Wolverine : The Best There Is pour Marvel. Il a aussi illustré l’intégrale de la mini-série Clone, adaptée en film en 2009 avec Bruce Willis.
Autant être franc d’emblée, si je connais et admire énormément l’artiste espagnol, ce n’est pour aucune des séries que j’ai cité plus haut… Comme beaucoup d’artistes espagnols, Ryp a débuté dans… (roulement de tambour) la bande dessinée érotique et c’est par ce biais que j’ai eu l’occasion de découvrir son talent. Il débute ainsi en 1999 dans la péninsule ibérique chez Wet Comix et dessine une trilogie lesbienne : Jeux de Filles, Gladys & Monique et Ignominia, toutes trois publiées en France chez Tabou Éditions et très honnêtement, je vous les conseille, c’est très beau et franchement très émoustillant (1).

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Enfin bref, revenons à l’Enfer et à notre héroïne du mois.

For the lives that I fake, I’m going to hell!
For the vows that I break, I’m going to hell!
For the ways that I hurt, while I’m hiking up my skirt.
I am sitting on a throne while they’re buried in the dirt.
For the man that I hate, I’m going to hell!
Gettin’ heavy with the devil, you can hear the wedding bells.

The Pretty Reckless – Going To Hell (2014) (2)

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Nancy in Hell, et bien c’est l’histoire d’une fille qui s’appelle Nancy et qui va en Enfer… Pas mal comme pitch de départ…
Heureusement, c’est un peu plus compliqué que ça quand même : Alors qu’elle allait à un weekend entre amis, Nancy, jeune cheerleader blonde et sexy, est torturée et tuée ainsi que tous ses amis par un maniaque. Arrivée en Enfer (car c’est bien connu, toutes les cheerleaders vont en Enfer), elle va découvrir un monde peuplé de chasseurs de prime, de démons sanguinaires et de succubes avides de luxure. Alors que pour moi se serait un paradis, armée d’une tronçonneuse, Nancy n’a alors qu’une seule idée : S’enfuir et retourner parmi les vivants afin de se venger de celui qui l’a fait passer de vie à trépas. Et pour sortir des Enfers, quoi de plus direct que de demander de l’aide au maître des lieux, à savoir Lucifer lui-même ? Lucifer qui est d’ailleurs très surprenant et aux antipodes de l’image qu’ont se fait de lui habituellement… La belle Nancy et le prince des ténèbres vont alors engager un road-trip à travers les Enfers et ça va saigner, mais du genre par hectolitres  !

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Nancy In Hell, c’est donc un comic publié aux États-Unis par Image en 2011 et en France par Graph Zeppelin en 2015.

Aux dessins on a donc l’excellent Juan Jose Ryp et au scénario El Torres, dont j’ai déjà parlé dans mon précédent Jeudi consacré à Aokighara, La Foret des Suicidés.

9Nancy in Hell est avant-tout une bande dessinée décomplexée, gore et sexy : Point ici de réflexion poussée sur le pourquoi de cette virée en Enfer et sa symbolique, Nancy y est et veux en sortir, rien de plus et si pour cela il faut taillader du démon à la tronçonneuse et copiner avec Lucifer, soit.
Ce comic, c’est donc un furieux défouloir qui s’amuse à distiller le gore et les plans sexy dans un joyeux foutoir décérébré. Les références y sont nombreuses, notamment au cinéma gore (Braindead et Evil Dead en tête) et à la culture «  infernale  » (Lovecraft, Barker etc.).

Visuellement, on a du pur Juan Jose Ryp, à savoir des planches hyper détaillées, fourmillant de détails et visuellement très impressionnantes… Tout du moins pour les deux premiers épisodes car les deux derniers épisodes des quatre qui composent cette mini-série sont dessinées par Antonio Vasquez en collaboration avec le studio Malaka. Si au début, Vasquez tente d’imiter du mieux qu’il peux le style de Ryp, on sent au fur et à mesure des deux épisodes une lassitude de sa part, si bien que sur la fin, il dessine quasiment l’épisode entier dans son propre style, sans se soucier d’une quelconque ressemblance ou homogénéité avec son homologue l’ayant précédé… Les deux derniers épisodes restent parfaitement lisibles, rassurez-vous, mais passé de Ryp à un dessinateur moins aguerri et tout de même assez visible et pourra même paraître gênant pour les aficionados de l’artiste espagnol.

Néanmoins, visuellement, c’est du bon boulot dans l’ensemble.

5

Dans l’ensemble, Nancy in Hell est plutôt un bon moment de lecture : C’est trash, sexy, rock and roll et ça se lit d’une traite avec un un plaisir presque coupable et très franchement parfois, ça fait du bien de lire ce genre de bouquin.

Quand j’ai commencé à écrire cette rubrique, je vous parlais des comics d’horreur et qu’il y en avait deux genres différents : Ceux  intelligents et bien construits avec des scénarios élaborés et les autres, avec du gore qui tache et qui vont directement dans le vif du sujet : Nancy in Hell est de ceux-ci et prouve que faire du gros gore peu parfois donné des résultats fun et plaisant à lire. Si vous voulez un comic qui va vous vider la tête le temps d’une lecture, passez un peu de temps avec Nancy, vous ne le regretterez pas  !
Une suite est également en cours de publication aux États-Unis et un kickstarter à été créé afin d’en faire une série tv (3), la belle Nancy n’a donc pas fini de faire parler d’elle !

Nancy In Hell de El Torres, Juan Jose Ryp et Antonio Vasquez, disponible aux États-Unis depuis le 1 février 2011 et en France chez Grap Zeppelin depuis le 9 février 2015

1 : Notamment une histoire parodique ou une simili-Batgirl tombe entre les griffes d’une Joker aux aspirations bien peu recommandables;-)

2 :

3 : https://www.kickstarter.com/projects/250601189/nancy-in-hell

 

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Faith #1 : la preview


Dans ma vie de blogueuse, je peux vous dire très honnêtement que je me considère comme extrêmement chanceuse de pouvoir côtoyer de très près des artistes réellement sensibles concernant ce douloureux problème qu’est le féminisme dans les comics.
Vous lecteurs habitués de ce blog, vous savez bien que lorsque je parle de féminisme dans ce milieu, il s’agit surtout de mettre en avant tout ce qui se rattache à la cause des femmes par le biais de leurs travaux, les plus intimistes et discrets soient-ils, mais également d’œuvres et de personnages qui laisseront sans doute une trace, où marqueront un tournant par leurs prises de position, leurs élans sans équivoque en direction d’une visibilité sur la différence, et cela en marge de toute récupération mercantile, car mine de rien de nos jours on sent bien que la thématique fait vendre, où du moins est dans l’air du temps (et soit-dit en passant ici depuis 2010, et sans aucun apport financier, Dieu merci).

J’ai eu la chance de rencontrer et de parler récemment avec Pere Pérez et Marguerite Sauvage, et je vous assure que j’ai vu peu d’artistes aussi impliqués, sincères et enthousiastes vis à vis d’un tel personnage et surtout d’un tel propos, celui étant de promouvoir une héroïne dont personne n’aurait mis un seul cents il y a une dizaine d’années, et qui est pourtant sur le point de devenir la nouvelle Kamala Khan où la nouvelle Batwoman, en d’autres termes, une nouvelle coqueluche et porte drapeau que les médias-mais surtout-les lecteurs vont s’arracher.

C’est en tout cela que Faith mérite toute la publicité qu’on lui fait outre atlantique, c’est une bombe atomique qui devrait légitimement atterrir dans les bras de Bliss Comics, et comptez sur moi pour en faire toute la promotion possible.

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