Comic’Gone 2015 : Interview de Sabine Rich


L’édition 2015 de la Comic’Gone m’a permis de rencontrer une artiste dont je suivais le parcours depuis un petit moment déjà, grâce à ses diverses couvertures chez Zenescope et Aspen Comics, ainsi que ses magnifiques illustrations d’héroïnes via son DeviantArt.
Sabine Rich 
est une habituée des plus grosses conventions de comics aux Etats-Unis et au Canada, tels que C2E2, la SDCC, ou FanExpo, ce qui permet à ses nombreux fans outre atlantique de lui demander des commissions toutes plus fabuleuses les unes que les autres.

Travaillant principalement à l’aquarelle, cette artiste franco-britannique totalement autodidacte a oeuvré comme dessinatrice et coloriste dans divers domaines tels que les livres pour enfants et les jeux vidéos. Ses couvertures pour Aspen, Zenescope et BlueRainbow l’ont faite connaitre du grand public, et ce que je peux dire c’est que sa gentillesse et sa bonne humeur n’ont d’égal que son talent.

Voici donc une interview exclusive, où Sabine revient sur son parcours, ses influences et ses goût artistiques, et finit tout simplement par nous donner les quelques ingrédients qui aboutissent à une parfaite héroïne de comics.

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L’autre Apocalypse


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Restons si vous le voulez bien encore un peu dans le registre d’un monde post-apocalyptique vu par les Australiens, cette fois-grâce à un comic-book que m’a fait découvrir Jean-Paul Jennequin qui a récemment eu la chance de fouler le sol ocre de nos amis les kangourous.
Maralinga est une oeuvre dessinée par Douglas Holgate sous la plume de Jen Breach, qui se déroule dans un futur alternatif engendré par les essais nucléaires britanniques programmés dans la région de Woomera, au sud du continent (pour la vraie petite histoire, ce site était au début des années 50 la base de lancement la plus occupée au monde, après Cap Canaveral, en Floride).

En 1956, les essais nucléaires britanniques dans la région de Woomera, à Maralinga, vont forcer des populations entières à fuir le centre du continent Australien totalement irradié en direction des villes de la côte est. Les États-Unis, à la fois crispés et paranoïaques concernant cette activité nucléaire comparable à la guerre froide, dépoussièrent son «Plan rouge» top secret datant de la Première Guerre mondiale et cherchent à paralyser un pays déjà dévasté, bombardant ainsi les grandes villes tout en mettant en quarantaine l’Australie grâce à une présence navale énorme. La guerre est courte et la dévastation totale.
300 ans plus tard, la flore et la faune irradiées de tout un  continent ont évolué en une vision de cauchemar, et les gens vivent dans de petites communautés isolées sous une menace constante. Une jeune fille, la dernière représentante de sa génération provenant d’un village condamné à mourir provenant du sud de Melbourne, se lance dans un dernier effort désespéré afin de sauver son peuple.
Dans un monde où les monstres sont bien réels et la morale moins importante que la survie, notre héroïne brave tous les dangers et bien plus encore pour trouver une sécurité providentielle située dans une mer intérieure mythique.

Les deux créateurs ont déjà travaillé ensemble dès 2009 sur un autre graphic novel intitulé Clem Hetherington and the Ironwood Race qui est d’ailleurs toujours d’actualité. Ceux-ci voulaient explorer avec Maralinga quelque chose de plus « fun » avec une histoire se déroulant dans le Melbourne de 2256 figé par une technologie vieille de 300 ans.
Le résultat est effroyablement beau, le style de Douglas Holgate à mi chemin entre Becky Cloonan et Mike Maihack touchera j’en suis sure bon nombre d’entre vous. Le premier volume de Maralinga est disponible ici.

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Ghost Rider in the sky


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Quand j’étais plus jeune (…), il y a une série animée dont je ne ratais aucune aventure et qui est sans doute passée un peu inaperçue à cause de son nombre restreint d’épisodes (13 au total). Il s’agit de La légende de Calamity Jane, une production franco/américaine diffusée en 1998 sur Canal+, qui racontait pour mon plus grand bonheur l’équipée sauvage d’une héroïne hors du commun, totalement badass et d’un charisme affolant.
Le fait est que dans ma petite vie de cinéphile, il a des genres que j’ai toujours préféré à d’autres, j’ai en effet été bercée par les peplum, films de pirates et autres western durant ma jeunesse, et la frustration (vous pouvez l’imaginer) a d’ailleurs toujours été d’autant plus grande pour moi que la plupart des films dont ils sont issus sont par principe quasiment dénués de personnages féminins de premier plan.
Et pourtant, en y regardant d’un peu plus près les femmes fortes sont bel et bien présentes dans l’ouest, Joan Crawford dans Johnny GuitarMarlene Dietrich dans Spoilers, ou plus récemment Madeleine Stowe et Drew Barrymore dans Bad Girls ou encore Sharon Stone dans Mort ou vif… Tenez, si le sujet vous intéresse, voici une liste assez complète de toutes ces héroïnes de l’ouest américain dépeintes dans le 7ème art.

Pretty Deadly Vol 1 TPB (Unlettered) by Emma Rios

Alors évidemment, lorsque j’ai appris que la scénariste Kelly Sue DeConnick et la dessinatrice Emma Rios se retrouvaient (elles avaient déjà travaillé ensemble sur la mini-série Osborn chez Marvel) pour un creator owned publié chez Image (et désormais chez nous grâce à Glénat Comics) avec une histoire de western au féminin, j’étais conquise sans même avoir lu un seul numéro. Que voulez-vous, c’est comme ça.
Mais finalement, Pretty Deadly n’a pas grand chose à voir avec ce qu’on appelle un westen classique, car tout en y empruntant ses codes (surtout au début de l’histoire) il nous entraîne bien au delà, par le biais d’un conte fantastique et mythologique relativement complexe car interprété par trois visions différentes. En effet, DeConnick ne nous ménage absolument pas dans la façon de raconter son récit où se croisent divers personnages tous liés inexorablement avec la Mort en personne.

Oyez le chant de Ginny Face de Mort : “Toi qui exiges réparation, invoque son nom, entonne sa chanson, Sonne le glas qu’elle entendra depuis les enfers. Ginny chevauche le vent pour toi, mon enfant… Le vent souffle pour la Mort !”

Ginny est la fille de la Mort, au visage marqué des stigmates de son père. Elle chevauche son destrier de fumée à travers un Ouest sauvage et sans concessions où magie et poudre ne font pas forcément bon ménage.  Dans la cruauté d’une Amérique qui se cherche et se construit dans le sang et la violence, Ginny traque les pêcheurs, les coupables. Mais au terme de sa quête de vengeance, saura-t-elle aller jusqu’au bout pour affronter son propre destin ?

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Cette façon d’aborder cette trame permet justement de pouvoir ressentir une certaine empathie avec tous les personnages quels qu’ils soient , même les plus secondaires, à tel point que l’héroïne Ginny Face de Mort, pourtant charismatique en diable, arrive à se faire voler la vedette à plusieurs reprises par sa nemesis Big Alice ou la jeune Sissy. L’univers de Pretty Deadly est donc destiné à un lectorat à la fois exigeant et avide de (bonnes) surprises.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Emma Rios excelle sur ce titre. Son style, ici d’un onirisme fou (et déjà entraperçu sur Amadis de Gaula) explose littéralement, sublimé par les couleurs de Jordie Bellaire qui ajoute grâce à sa palette de tons pourpres et orangers une aridité à la fois dramatique et surréaliste.
Aux frontières du manga et de la BD Franco-belge, le trait de la dessinatrice espagnole est une véritable expérience graphique qu’il ne faut rater sous aucun prétexte.

La principale déception de ce premier volume réside toutefois dans la façon d’expédier certaines trames de la part de la scénariste, il est en effet assez rageant de nous voir être présenté autant de personnages avec un passé que l’on imagine très riche, mais dont le destin est expédié dans les deux derniers numéros de ce TPB. On peut espérer que leurs histoires respectives seront développées dans de futurs numéros, car on ressent vraiment que trop de choses ont été dites, ou du coup pas suffisamment.

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Jem and the Holograms #4 : la preview


Les choses sont assez mal parties pour Kimber et Stormer : Les Misfists voient en effet d’un très mauvais œil ce début de romance et imposent un ultimatum à la pianiste et cerveau artistique du groupe. Pendant ce temps, Clash, leur fan n°1 prépare un mauvais coup afin de saboter la première prestation live de Jem and the Holograms qui donne un concert pour une oeuvre caritative…
L’équipe créative est toujours au rendez-vous (il risque cependant d’avoir des changements à partir du #7), je vous conseille d’ailleurs à ce sujet de lire la très intéressante interview de Sophie Campbell sur le site de The Advocate.



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Comic’Gone 2015 : Interview de Sara Pichelli


J’ai donc eu le privilège la semaine dernière de pouvoir m’entretenir avec quatre artistes fabuleuses, qui par l’ampleur de leur travail dans leurs disciplines respectives, et la portée de leurs actions au sein de l’industrie, représentent parfaitement cette génération de femmes qui évolue actuellement dans l’univers des comics.
Commençons par (il me semble) la plus connue d’entre elles, dont certains d’entre nous sont capables de braver une file d’attente de plusieurs heures pour obtenir un sketch.
Sara Pichelli est une artiste des plus généreuses et spontanées qui malgré la fatigue d’une première journée bien remplie s’est prêtée au jeu de répondre à mes petites questions avec beaucoup d’humour et de franc-parler, évoquant sa fulgurante réussite, son implication dans le collectif Truckers, et son statut d’artiste féminine.

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Les jeudis de l’angoisse (des comics) #8


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Aokigahara, La Forêt des Suicidés

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L’horreur japonaise est un style bien particulier, qu’en tant qu’occidental on peut avoir du mal à appréhender, surtout à cause du fait que la plupart de ces histoires sont largement ancrées dans la culture japonaise et prennent leurs racines dans des mythes et légendes populaires typiquement japonaises.
Mais depuis quelques années et l’explosion de la passion pour la culture japonaise, notamment et surtout au travers des mangas, ce genre d’horreur a su trouver une place de choix dans le paysage culturel horrifique mondial. Des mangas horrifiques japonais, il y en a des kilos, voir des tonnes, et la place me manquerait sûrement ici pour en parler, de plus, il se peut que le style manga en rebute certains de ceux qui lisent actuellement ces mots, donc pour en parler, il m’a fallu trouver autre chose…

Vous l’avez compris, ce mois-ci on va parler horreur japonaise… Dans un comic ! Un comic américain qui parle d’histoire d’horreur japonaise ? Et bien ça existe et ça a même été traduit en français, mais avant toute chose, plantons le décor !

C’est surtout au travers du cinéma que la J-Horror c’est vraiment fait connaître et pour ça il y eu un film charnière, qui déclencha cet engouement : Ring de Hideo Nakata, sorti en 1998.
Ce film est la base de ce qu’est le film d’épouvante japonais, à savoir une histoire de fantôme traditionnelle japonaise mais transposée dans la société actuelle avec ses peurs et moyens technologiques contemporains.
Le film raconte l’histoire de Reiko Asakawa, une journaliste qui enquête sur une légende urbaine qui se propage parmi les adolescents après que sa nièce fut retrouvée morte de peur. Cette légende raconte que si l’on visionne une certaine cassette vidéo dite « Maudite », le téléphone sonne après le visionnage et une voix vous annonce qu’il vous reste une semaine à vivre. Seul moyen de conjurer la malédiction, faire regarder la vidéo à une autre personne, qui fera de même avec une autre et ainsi de suite.
Le film est l’adaptation du roman de Kōji Suzuki publié en 1991 (1). C’est après avoir lu le livre et vu son adaptation en téléfilm (datant de 1995) que Hideo Nakata et Hiroshi Takahashi décident d’en écrire un scénario pour le cinéma. Ils changent quelques détails, notamment en faisant d ‘une femme l’héroïne du film, et en écourtant l’intrigue. Le tournage durera cinq semaines et à sa sortie, « Ringu » contraction japonaise du terme anglais « Ring », qui symbolise la sonnerie d’un téléphone, deviendra le film d’horreur le plus rentable de l’histoire du cinéma japonais.


Bande annonce japonaise de Ring

Son succès fut d’abord localisé au Japon mais très vite, le film va faire le tour des festivals de cinéma de genre à travers le monde et remporter quelques prix, notamment Le Corbeau d’Or au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles en 1999, et va se forger une solide réputation auprès des amateurs du genre. Le film finira par être distribué hors du Japon et va vite devenir un classique de l’horreur, influençant grandement le genre horrifique.
Ring imposa de nouveaux codes à l’horreur, notamment en donnant une prédominance à l’intrigue, similaire à une véritable enquête en dispersant les révélations au fur et à mesure du film, lançant même parfois de fausses pistes. L’accent est également mis sur l’ambiance, en général sombre, malsaine et pesante. L’intérêt de ce genre de film fut également de relocaliser l’horreur, un peu à la manière de ce qu’avait fait Roman Polanski avec Le Locataire à son époque, en replaçant l’horreur dans le quotidien : Fini les sous-bois ou les maisons abandonnées, l’horreur peut maintenant aussi être ancrée dans le quotidien des grandes villes, dans des appartements ou surtout des objets modernes de tous les jours comme la télévision. Cette invasion du quotidien par le surnaturel et par extension des mythes anciens, est la base de ce type de film, la société japonaise (et même occidentale) étant de plus en plus dépendante des nouvelles technologies et « oubliant » son passé, celui-ci envahi le quotidien moderne de façon effrayante et surnaturelle.

Les films d’horreur occidentaux reposent essentiellement sur le gore depuis les années 80/90, l’influence de Ring va rapidement se faire ressentir et le film d’épouvante revenir à la mode (2) : Ring c’est donc un film charnière et essentiel pour le cinéma d’horreur et même les médias horrifiques en général, il a imposé un nouveau style visuel et scénaristique qui encore aujourd’hui fait ces preuves.
D’autres films d’épouvante japonais sortiront les années suivantes  : Ju-On (The Grudge), Honogurai mizu no soko kara (Dark Water), Kaïro (Pulse), Chakushin Ari (One Missed Call), Noroi (The Curse) ou Uzumaki (Vortex).
La plupart feront l’objet de remakes américains, de qualité plus ou moins variables…

Maintenant que l’on en sait un peu plus sur l’origine de ce genre, intéressons-nous au livre d’aujourd’hui, Aokigahara, La Forêt des Suicidés.

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Publié originellement aux États-Unis par l’éditeur IDW en 2011 sous le titre The Suicide Forest puis traduite en 2013 sous le titre Aokigahara, La Forêt des Suicidés en France chez Atlantic BD, est écrit par El Torres (Nancy in Hell) et illustré par Gabriel Hernandez (plusieurs comics de super-héros, notamment chez Marvel).
6L’histoire raconte le calvaire d’Alan, un jeune américain qui après avoir rompu avec sa petite amie japonaise, Masami, doit faire face à la disparition de celle-ci et à plusieurs meurtres dans son entourage, meurtres aussi mystérieux qu’effrayants, le tueur ne laissant aucune trace apparente de son identité.
De plus, Alan est également persécuté par des apparitions spectrales régulières de Masami, le suppliant de le rejoindre à Aokigahara.
En parallèle de l’histoire d’Alan, on suit également le parcours de Ryoko, une jeune femme garde-forestier dans la fameuse forêt, apprentie moine shinto et exorciste à ces heures, traumatisée par la disparition de son père dans la fameuse forêt.
Ces deux êtres esseulés et traumatisés sont donc inévitablement amenées à se rencontrer et cette rencontre se fera au détour d’Aokigahara, La Forêt des Suicidés.

Mais au fait, qu’a-t-elle de si spéciale cette forêt pour que l’auteur ai choisi d’y localiser le principal de son intrigue ? C’est très simple, Aokigahara, a tout simplement la réputation d’être la forêt la plus hantée au monde…

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Bon j’avoue, ça a pas l’air très engageant vu comme ça…

Située au nord est du mont Fuji et surnommée Jukai (Mer d’Arbres), Aokigahara couvre 3500 hectares et est l’endroit de prédilection au Japon pour qui souhaite mettre fin à ses jours. Depuis les années 1950, les suicides, généralement par pendaison, y sont réguliers, au point que les gardes-forestiers et de nombreux volontaires, pour la plupart des habitants des villages environnants, font régulièrement des rondes dans cette forêt afin de lutter contre cette vague de suicides. Des pancartes ont aussi été plantées tout autour de la forêt, demandant aux candidats au suicide de penser à leur famille et de contacter des associations d’aide.

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Vous voilà prévenus !

De plus et pour ne rien arranger, Aokigahara est également une forêt très dense, comporte de nombreuses petites cavernes gelées et il est très facile de s’y égarer.
Le pic de suicides se situe en général au mois de mars, fin de l’année fiscale au Japon.
Mais pourquoi ce lieu est-il choisi plus que les autres pour mettre fin à ces jours ? A la base, la forêt a déjà un passif dans la mythologie japonaise et réputée pour abriter des Onis (Démons japonais). C’est en partie à cause de ce passif que l’auteur du roman Nami no Tou (publié en 1960), Seichō Matsumoto, décide d’y faire se suicider le couple héros de son livre. Certainement influencé par ce livre, Wataru Tsurumi, écrit le très populaire et très controversé Guide du Suicide dans lequel il décrit Aokigahara comme le parfait endroit pour mettre fin à ces jours.

Avec sa funeste réputation, cette forêt est devenue un lieu privilégié pour les amateurs de surnaturel et de paranormal qui s’y rendent régulièrement, de plus, des plaisantins s’amusent régulièrement à y poser des objets ou sculptures bizarres pour effrayer les randonneurs et la plupart des candidats au suicide qui finissent par faire machine arrière y abandonne les « outils » qu’ils avaient prévu pour mettre fin à leurs jours : Il n’est pas rare d’y retrouver des effets personnels, des couteaux, des rasoirs, des cordes ou des médicaments. Rajoutez à cela beaucoup de fausses photos circulant sur internet représentant des cadavres ou des restes humains disséminés par-ci par-là dans la forêt et vous comprendrez aisément que ce lieu attise la curiosité.

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Le genre de chose que l’ont peut voir en se baladant dans cette forêt…Mais pourquoi il n’y a qu’un pied ?

Mais revenons à notre comic du mois.
Déjà je trouve qu’en soit ce comic est assez osé : Le fait que deux auteurs occidentaux ai décidé de situer une histoire au Japon et particulièrement risqué, surtout à cause de l’énorme quantité de bandes dessinées japonaises publiées et traduites hors de l’archipel nipponne. Trop de Japon tue le Japon, enfin c’est ce que je pense, et s’attaquer encore une fois à la culture japonaise était-il vraiment nécessaire ? Dans l’idée non, dans les faits oui, puisque le scénariste à suffisamment bûché son scénario pour éviter de tomber dans le piège des clichés « geishas-pagodes-yakusas-sushis », trop souvent visibles dans les comics parlant du Japon.
7L’histoire est donc centrée sur Alan et Ryoko ainsi que certaines de leurs connaissances, la similarité de leurs destins et leur inévitable rencontre sont amenées de façon mécanique, comme une évidence, au travers de planches au découpage similaire et jumelles, l’histoire des deux personnages se suivant par alternance d’une page à l’autre, jusqu’à leur rencontre.
Comme je l’ai dit plus haut, El Torres a vraiment bien travaillé son histoire pour éviter de tomber dans les clichés, la culture japonaise y est montrée de façon neutre et les termes japonais de la vie courante utilisés de façon intelligente. Ça change de la façon dont le Japon est montré habituellement dans les comics, les héros s’y rendant souvent pour y affronter des ninjas ou des robots géants…
8Le scénariste espagnol a même d’ailleurs assez bien saisi l’essence de ce genre d’histoire horrifique typiquement japonaise dont je parlais plus haut : Plus qu’une histoire de fantômes, El Torres aborde les sujets de société problématiques au Japon, plus précisément la solitude, en en faisant la pierre angulaire et le fil rouge de son récit : Même si l’analogie solitude des citadins / solitude des morts est un peu grossière, elle n’est reste pas moins pertinente et contemporaine, que se soit au Japon ou ailleurs.
Du très bon travail de documentation de la part de El Torres, qui réussi à placer son récit dans un contexte culturel bien particulier et en le faisant de façon intelligente et neutre.

9Visuellement, Gabriel Hernandez a opté pour un style très sombre, la quasi-totalité du récit se déroulant la nuit, et épuré à l’ancrage hachuré et aux couleurs délavées. Il en ressort une véritable impression d’oppression, renforçant l’effet de solitude qui se dégage inévitablement du récit. On pense aux détours de certaines pages notamment à Ben Templesmith ou Dustin Nguyen, un mix de techniques ma foi réussis est plaisant.
Néanmoins, ce choix visuel n’enlève rien au réalisme cru du récit et ce malgré quelques effets un peu exagérés, notamment au niveau des expressions des visages.
Les choix graphiques faits par Gabriel Hernandez se révèlent donc judicieux et servent à merveille l’atmosphère glauque et sombre du récit, que se soit dans les ruelles de Tokyo ou les recoins de la forêt maudite.

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Un comics américain, se passant au Japon, réalisé par des artistes hispaniques : Aokigahara, La Forêt des Suicidés c’est donc le carrefour de trois cultures, chacune apportant quelque chose pour finalement former une œuvre dérangeante qui bien plus que de parler d’un phénomène japonais, évoque des sujets qui nous concernent tous ou nous concerneront inévitablement un jour ou l’autre comme la solitude, la dépendance de l’autre ou la détresse dû à la perte d’un être cher.
Passé complètement inaperçu lors de sa traduction en français,  Aokigahara, La Forêt des Suicidés est l’une des meilleures bandes dessinées horrifiques que j’ai lus depuis longtemps : Sans prétention, bien écrite, bien illustrée et abordant des thématiques intéressantes, c’est le genre de lecture qui certes est angoissante mais se révèle terriblement prenante et intelligente : De la véritable J-Horror, sans en être vraiment, l’antithèse de l’exception culturelle en somme.

Aokigahara, La Forêt des Suicidés de El Torres et Gabriel Hernandez disponible en France chez Atlantic BD depuis le 17 janvier 2013.

1 : Suzuki a avoué s’être beaucoup inspiré du film Poltergeist de Tobe Hooper et Steven Spielberg (1982) pour écrire Ringu, Poltergeist étant un de ses films préférés.

2 : L’autre film qui confirmera cet engouement pour l’épouvante sera Le Projet Blair Witch, film américain de Daniel Myrick et Eduardo Sànchez, sorti en 1999.

 

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Comic’Gone to the Max


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En cette année des plus moroses concernant la variété des festivals de comics en France (je rappelle rapidement le contexte, la PCE et le LCF sont annulés, et la Comic Con France peine encore à enthousiasmer une communauté légitimement devenue très exigeante grâce à l’excellent travail fourni par des festivals de moindre envergure déjà présents depuis des années), venir à la Comic’Gone de Lyon était en soi un acte militant, comme pour montrer si cela n’était pas encore évident qu’en province se déroulent autant d’événements incontournables, capables de vous marquer à jamais en souvenirs inoubliables, qu’ils soient émouvants, drôles, ou des plus inattendus.

Ayant déjà participé à la première édition et connaissant les organisateurs de la Comic’Gone , je savais que ce cru allait envoyer de la quenelle (on parle bien ici de la spécialité Lyonnaise), grâce notamment à son impeccable organisation, j’en profite d’ailleurs pour saluer tous les bénévoles de l’association BD Ciné Goodies (chose que je n’ai pas dit l’année dernière mais ils font vraiment un travail formidable, toujours disponibles et à l’écoute quand j’avais besoin d’un renseignement, jusqu’à me soigner une migraine !) qui ont vraiment fait leur maximum pour satisfaire autant les festivaliers que les artistes.

Toujours située dans le cadre exceptionnel qu’est la Mairie de Lyon, la Comic’Gone a réitéré sa formule déjà très efficace l’année passée en installant son Artist Alley dans la cour principale, très ensoleillée le samedi, malheureusement beaucoup moins le dimanche. Étaient présents les inévitables Elsa Charetier et Pierrick Colinet qui ne sont pas venus les mains vides car ils présentaient en exclusivité leur second sketchbook, rempli évidemment de très belles illustrations d’Elsa et agrémenté de petits textes rédigés par votre blogueuse préférée…
Guile SharpJulien Hugonnard-Bert, Emanuel Simeoni, Pierre Lainé, Jon Lankry, Little Gingko, Sabine Rich… il y avait clairement du beau monde dans ce salon, autant à l’extérieur où d’autres stands étaient présents (mais j’y reviendrai) qu’en l’enceinte même de la mairie qui comme l’année dernière hébergeait artistes internationaux, libraires, et expositions.

En parlant d’exposition justement, celle des œuvres de Sanjulian montrant ses travaux sur Eerie, Creepy ainsi que Vampirella méritaient largement le détour, on pourra regretter toutefois un manque de textes descriptifs de chaque, ou d’un ensemble d’œuvres, l’artiste est quant à lui extrêmement attachant par sa simplicité, et m’a très facilement rappelé ma rencontre avec un certain Mr Infantino.

Mais la Comic’Gone s’est une nouvelle fois faite remarquer par une sélection exceptionnelle d’auteurs internationaux de très haute volée, j’avais déjà eu la chance d’en rencontrer certains tels que Mahmud AsrarSara Pichelli, David Messina et Pere Perez (qui pour la petite histoire m’a demandé si on ne s’était pas déjà vu quelque part, c’était il y a 14 ans à Aviles, à cette époque il avait 19 ans…), j’en ai découvert beaucoup d’autres tout aussi sympathiques tels que Ramon Bachs, Elena Casagrande, Declan Shalvey, Stephen Mooney, Ciro Tota, Arianna Florean… et je suis tombée amoureuse de Jordie Bellaire, je vous expliquerai très bientôt pourquoi.
Les femmes étant particulièrement bien représentées cette année, j’ai réussi à interviewer Elena, Sabine, Sara et Jordie (aaahhh Jordie…), et il me tarde vraiment de pouvoir vous montrer tout ça !

J’ai également pu assister à deux conférences, avec la rencontre très intéressante entre Mahmud Asrar, Pere Perez et Declan Shalvey, brillamment modérée par Romuald qui fut le maître de maison de ce festival extraordinaire, et celle sur les coloristes dont les intervenantes étaient Jordie Bellaire (ooooohhhh Jordie…), Arianna Florean ainsi que deux artistes françaises : Brigitte Findakly (Le chat du rabin, Lapinot) et Anne-Claire Jouvray (Lincoln, La Région, Le Tour du monde en 80 jours) réunies pour nous faire découvrir ce métier méconnu et considéré de manière bien différente en France, en Italie et aux Etats-Unis.

Cette deuxième édition de la Comic’Gone était donc bien riche en émotions, et j’ai d’ailleurs encore une grosse pensée pour les copains de Comixity qui ont eux aussi fait un travail remarquable sur leur stand, invitant trois excellents artistes et proposant des séances de dédicace aux nombreux fans, tous ravis d’avoir pu les côtoyer d’aussi près.
Ce festival a donc pris le parti de continuer sa formule déjà gagnante l’année passée, avec toujours autant de convivialité et de gentillesse, des atouts indéniables qui font que bon nombre d’entre nous ont fait le déplacement des quatre coins de France, une bien belle carte de visite pour les auteurs à venir.

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