Dans l’espace, personne ne vous entend crier


Il y a des personnages qui savent marquer les esprits. Je ne peux pas dire si chaque époque a eu une héroïne marquante, il serait peut être intéressant  de voir les choses de cette manière, mais ce qui est certain c’est que l’héroïne qui nous intéresse aujourd’hui a laissé son empreinte sur toute une génération, non seulement auprès des lecteurs Marvel, mais surtout auprès des amateurs de femmes fortes et au caractère bien trempé. Et cela est sans doute du à un parcours des plus atypiques et pourtant bien représentatif du sort des héroïnes de comics.

Bien évidemment, lorsque que l’on parle de Ms. Marvel, on ne peut pas faire l’impasse sur celui qui est à l’origine de sa condition de super héroïne, j’ai nommé Captain Marvel. Les deux personnages vont d’ailleurs être introduits quasiment en même temps à un numéro d’intervalle, Ms. Marvel apparaissant pour la première fois en 1968 dans Marvel Super-Heroes #13, Carol Danvers n’est à ce moment là qu’un personnage secondaire absolument sans pouvoir mais qui occupe la fonction de chef de la sécurité d’une base militaire qui semblerait être celle de Cap Canaveral, et pour l’époque on peut dire que c’est déjà plutôt pas mal.

Et en plus d’être belle et d’occuper un poste à forte responsabilité, Danvers a décidément tout pour plaire puisque son intuition la pousse à se méfier du Dr Walter Lawson (l’alias de Captain Marvel) comme si celui-ci cachait un mystérieux secret… Lorsque Captain Marvel obtient sa propre série, Carol le suit en tant personnage de soutien, la tension entre elle et Lawson ne fait que s’accroître, mais toujours apaisé par les interventions héroïques de son alter ego alien.
Le destin de Carol Danvers va se jouer dans Captain Marvel #18 en 1969alors qu’elle est témoin de la confrontation entre le héros et sa nemesis :  le colonel Yon-Rogg. Prise en otage, elle se retrouve être au contact d’une arme appelée le psyche-magnitron, et son ADN est alors irradié par cette technologie extraterrestre. Étonnement, Carol va disparaître de la circulation pendant plusieurs années pour revenir dans Captain Marvel #34 en 1974. Aucune allusion n’est faite sur les séquelles que l’héroïne aurait pu subir, et son rôle dans la suite de la série va s’avérer être anecdotique.
Il faudra attendre janvier 1977 pour que Gerry Conway et John Buscema réintroduisent Carol Danvers dans un statut différent et totalement dans l’air du temps, celui de la femme indépendante et libérée. Nous découvrons ainsi une nouvelle Carol, rédactrice en chef du magazine Woman et qui fait ouvertement référence à Gloria Steinem, journaliste féministe et fondatrice du journal Ms. créé 5 ans auparavant. De ses rapports antagonistes avec J. Jonah Jameson à ses exploits d’héroïne, Carol Danvers devient rapidement une icône pop de la cause féminine dont les influences sont sciemment issues du mouvement féministe en plein effervescence à cette époque.
Malgré ce bel effort, de nombreux détails permettent de douter de la véritable indépendance de notre belle héroïne : son costume est calqué sur celui de Captain Marvel, son sixième sens fait penser à celui de Spider-Man  et ses pouvoirs la rendent amnésique au point qu’elle ignore totalement de sa double identité. C’est ballot.
Gerry Conway ne restera que deux numéros, il est remplacé par Chris Claremont déjà célèbre pour son travail formidable sur les X-Men, et sa capacité à écrire des personnages féminins charismatiques. Dès le #3, il permet à Carol de faire la connexion entre ses deux identités et en quelques numéros le personnage gagne en densité, elle devient une guerrière en pleine possession de son héritage Kree (la race alien d’où proviennent ses pouvoirs). Plus tard il mettra en avant les rapports conflictuels qu’elle entretient avec son père, puis mettra un terme à sa carrière de journaliste en faisant ressortir la difficulté de conjuguer travail et super héroïsme.

Le personnage va petit à petit gagner en popularité, jouant les guest dans d’autres séries comme Spider-Man, The Defenders, The Avengers, Marvel Team-up… Claremont continue sa propre construction de Ms. Marvel en l’émancipant de son mentor jusqu’à lui faire changer de costume. Celui-ci est redessiné par James Cockrum et apparaît dans le #20 en 1978.
Malheureusement la série s’arrête au #23 et c’est à peu près à ce moment là que ses ennuis vont commencer.

Après l’annulation de la série, Ms. Marvel va rejoindre les Vengeurs sous la plume de David Michelinie (et oui, encore lui décidément) et le temps de quatre numéros (d’Avengers #197 à 200), l’héroïne va subir un pur cauchemar rétrograde et malsain, excusez du peu, Carol découvre soudainement qu’elle est enceinte de trois mois, et à l’issue cette grossesse pour le moins accélérée naîtra un garçon nommé Marcus, qui grandira tout aussi rapidement. Le fait de tomber enceinte sans savoir comment n’est pas en soit un problème, c’est plutôt vieux comme le monde. Mais pour résumer ce grand WTF on apprend au final que Ms. Marvel s’est fait kidnapper, droguer, violer et met au monde la réincarnation de son agresseur. Et si cela ne suffisait pas, et bien elle fini par partir avec lui.

Qu’a-t’il bien pu se passer dans la tête de Michelinie pour écrire un truc pareil (on dit qu’à l’époque il aurait eu une dent contre Claremont), et Jim Shooter alors rédacteur en chef, pour l’accepter ? Le premier s’explique en ces termes : « Ce qui s’est passé sur Avengers #200 est totalement différent de ce que nous avions prévu à la base en élaborant l’intrigue. Le bébé n’était pas Marcus, et la raison de sa grossesse était complètement différente que celle qui a été publiée. Juste avant que le scénario soit rendu au dessinateur, un autre titre Marvel fut publié décrivant exactement ce que nous avions prévu dans Avengers #200″… « Je ne dis pas qu’un autre scénariste a intentionnellement volé notre idée, mais Avengers #200 était un évènement dont l’intrigue originale était connue de tous dans les bureaux de Marvel . Vous avez sans doute remarqué que quatre noms sont crédités pour ce #200 (Shooter, Michelinie, George Pérez et Bob Layton), c’est parce que nous avions un travail incroyable à rendre en un temps record. Nous nous sommes réunis et avons repensé une conclusion absolument différente mais qui pourrait s’adapter aux autres histoires déjà dessinées, écrites et publiées. Ce n’est vraiment pas ce que nous nous voulions faire au départ. C’était imparfait et sujet à controverse, mais c’était ce que nous pouvions faire de mieux dans un temps si limité. » 

Cette conclusion est loin de satisfaire tout le monde, et si un auteur est particulièrement affecté du sort de Carol Danvers, c’est bien Chris Claremont, lui qui avait réussi  à donner ses lettres de noblesses au personnage. L’année suivante il réhabilite une nouvelle fois l’honneur de Ms. Marvel dans Avengers Anual #10 (en 1981), où l’héroïne se retrouve cette fois-ci sans aucun pouvoir et à moitié amnésique (Rogue est passée par là), et a réussi à s’échapper de l’emprise de Marcus. Convalescente, elle en profite alors pour régler ses comptes avec ses soit disant amis les Vengeurs qui l’avaient laissé partir quasiment sans broncher. Et vlan, Thor, c’est toi qui prend pour tout le monde.

C’est ainsi que Carol va préférer rejoindre l’autre super équipe de la Maison des Idées, les X-Men, en devenant une consultante en mécanique et assistante pour Charles Xavier. C’est à cette époque qu’elle se rapproche de Wolverine, et l’on apprend qu’ils se connaissent même depuis un bon moment. Accompagnant les X-Men dans l’espace, Carol va se faire enlever  par une race  d’insectes aliens nommés Brood (en fait, c’est l’histoire de toute sa vie) qui conduisent tout un tas d’expériences sur elle. Sa structure moléculaire en est modifiée, ce qui lui permet d’acquérir de nouveaux pouvoirs et de devenir Binaire à partir de Uncanny X-Men #164 en 1982. Celle-ci va rester auprès des X-Men encore pour quelques numéros, jusqu’à ce que Rogue rentre au bercail, Carol ne pouvant cohabiter avec celle qui lui a privé d’une partie de sa vie. On ne la verra que sporadiquement pendant les dix années qui vont suivre.
Elle revient ensuite lorsque la série Avengers est remaniée en 1998 par  Kurt Busiek et George Pérez, et rejoint l’équipe sous le nom de Warbird. Mais elle doit désormais gérer une menace tout aussi dramatique que de se faire kidnapper et séquestrer à des aliens : faire face à ses problèmes d’alcoolisme. Devenant incontrôlable elle fini par se faire virer des Vengeurs (qui sont décidément toujours aussi sympa avec elle). Aidée par Tony Stark qui en connait un rayon dans ce domaine, Carol finira par rejoindre l’équipe.

Il faudra ensuite attendre 2005 pour revoir Ms. Marvel en grande forme, sous la plume de Brian Michael Bendis et son House of M. On y voit le personnage jouissant du statut de plus grand héros que l’Amérique ait connu, et ma foi après tout ce qu’elle a enduré, elle le mérite. Malheureusement il s’agit d’une réalité altérée par Wanda Maximoff, La Sorcière Rouge.
L’année suivante elle revient pour la seconde fois dans sa propre série avec aux commandes Brian Reed et Frank ChoReed a la même réputation que Claremont en ce qui concerne l’écriture de bons personnages féminins et la série durera 50 numéros. Après des décennies de déboires et de mauvais traitements, Carol Danvers  gagne enfin respect et tranquillité… jusqu’en 2010. De nombreux fans ont été déçu par l’arrêt de la série et il n’aura pas fallu si longtemps pour que Marvel fasse machine arrière alors que toutes ses séries ayant comme personnage principal une femme soient annulées les unes après les autres.

Il va désormais falloir attendre le mois de juillet prochain pour assister au retour de Carol Danvers, et il semblerait que cette fois-ci elle ait pris du grade. Revenant effectivement sous les traits de Captain Marvel (et non Ms. Marvel), espérons que son personnage trouvera sa propre indépendance sous cette appellation.

1 commentaire

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Une réponse à “Dans l’espace, personne ne vous entend crier

  1. moonworld82

    Ah Carol Danvers! Mon héroïne préférée au parcours si riche et atypique! Sa détermination et sa force de caractère sont une vraie source d’inspiration pour moi!
    J’espère vraiment que sa nouvelle série Captain Marvel est partie pour durer un bon bout de temps sous la plume de la géniale Kelly Sue Deconnick🙂

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