Carmine et moi


J’ai souvent pensé à ce que je pourrais écrire quand cette légende vivante des comics ne serait plus des nôtres. Pas pour faire une rubrique nécrologique gratuite dénuée d’intérêt, mais parce que j’ai une histoire avec Carmine Infantino.
Le fait qu’il soit, ou plutôt qu’il fut sans doute l’un des derniers grands artistes vivants à avoir contribué à ce que le Silver Age de DC Comics soit aussi merveilleux en terme de personnages (Flash-Barry Allen, Black Canary, Batgirl), qu’il soit à la tête de cet éditeur pendant 5 ans juste avant le règne de Jenette Kahn, ce n’est pas de ça dont j’ai envie de vous parler. J’ai plutôt envie de vous parler de pizza et du 11 septembre.

194_11814035497_1846_nC’était il y a environ 11 ans, lorsqu’à l’époque j’étais capable de faire le tour du monde en Fiat Panda sans escale et que mes pérégrinations de comics addict m’amenèrent à participer pour la seconde fois au Festival d’Aviles. Cette 6ème édition nous offrait des invités exceptionnels : P. Craig Russell, Paul Jenkins, Sean Phillips, Carlos Pacheco, et cerise sur le gâteau  l’ancien éditeur en chef de DC Comics à la carrière monstrueuse.
Mais cette année là le contexte fut bien particulier, ensemble nous avons vécu la tragédie du 11 septembre. Tous les artistes américains ayant participé au festival là avaient quitté les Etats Unis pour l’Espagne quelques heures avant que les avions ne viennent pulvériser les tours du WTC.

Ayant fait le voyage avec mon vieil ami Jean-Marc Lainé (nous étions à Barcelone le jour de l’attaque, mais ça c’est une autre histoire…) j’ai pu facilement approcher Carmine Infantino lors d’un repas au restaurant où les préoccupations de tous étaient bien évidemment centrés sur cet événement effroyable. En voyant cet homme aux allures de François Mitterrand, et à l’accent italien très prononcé, en bout de table avec son air grave et dont je pouvais voir les yeux rouges de colère (je me souviens qu’il cogna même son poing sur la table, et déclarant solennellement : « ils vont nous le payer »), j’en oubliais de manger ce que j’avais dans mon assiette. A plusieurs reprises il me demanda pourquoi je ne mangeais rien et si j’étais malade, et qu’il fallait que je fasse un effort avec ma pizza. J’avais l’impression d’être dans Le Parrain.
Mais avec un tel contexte, sachant qu’il était celui qui m’avait fait tomber dans le chaudron des comics (avec The Flash #308, dont je ne remercierai jamais assez Michel de me l’avoir offert en vo et en vf récemment) et l’atmosphère si particulière qui régnait à ce repas, avaler ma pizza était le cadet de mes soucis. Le jour même, une conférence exceptionnelle lui avait été consacrée et j’avais vraiment eu l’impression à ce moment là de vivre un moment historique dans ma petite vie.

Son décès m’attriste donc particulièrement, car en plus d’être un artiste révolutionnaire, c’était un homme touchant et bienveillant. Il a plus de valeur à mes yeux que Stan Lee ou Jack Kirby car il fut le temps d’une soirée un grand-père imaginaire. RIP Monsieur Infantino.

carmine-infantino

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2 Commentaires

Classé dans Artist of the day

2 réponses à “Carmine et moi

  1. bien triste nouvelle…. il m’a fait découvrir aussi les comics de chez DC et j’appréciais son style

  2. CYRIL

    Un joli hommage au meilleur dessinateur de Flash.
    RIP

    C.

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