Let me be a Snow Queen


msf_frozen_lg_v08

J’ai lutté pour ne pas écrire ce billet. J’ai lutté parce qu’une fois de plus, je ne voulais pas faire ma midinette sur quelque chose qui m’a plu au point d’en devenir complètement obsessionnelle. J’ai lutté aussi parce qu’entre nous je dois économiser mes yeux le plus possible jusqu’à la fin du mois de janvier, d’où mon relâchement bloguesque de ces derniers jours….
Mais quoi, comme on dit chassez le naturel il revient au galop non ? Alors quitte à se faire taper par son ophtalmo, autant que cela soit pour la bonne cause.
Le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui, c’est Frozen ou bien La Reine des Neiges, le dernier Walt disney. Et oui, comme quoi ici tout est vraiment permis, je vous ai bien parlé d’un porno lesbien primé au festival de Cannes dernièrement non ? Et bien voilà.
Et d’ailleurs puisqu’on y est, allons y gaiement, le moins de ce que l’on puisse dire c’est qu’en terme de caractérisation subtile d’un personnage lesbien nous avons bien un Walt Disney : 1 – Abdellatif Kechiche : 0.

Le fait est que je suis loin d’être une fan des films de Walt Disney. Depuis le tout premier que j’ai pu voir (en l’occurrence Le livre de la Jungle dont la première apparition de Shere Khan m’a quand même considérablement impressionnée) aucun ne m’a vraiment marqué, jusqu’à celui-ci. Et le pire c’est qu’à la base je ne voulais même pas le voir, car je pensais que ce serait une histoire trop girly et nunuche comme je déteste en voir, c’est le sidekick qui m’y a traîné. Encore une fois grâce à son intuition, je pense que je lui en dois une.

Alors voilà, du coup je ne sais même pas par où commencer pour décrire comment ce film a pu autant me toucher à bien des égards, à la sortie de notre première séance, mon sidekick m’a dit : « ce film est un régal pour les yeux et pour les oreilles » et je pense que sincèrement il a presque tout dit. Effectivement, d’un point de vue de l’animation, de la profondeur et de la justesse des décors, de la caractérisation des personnages, d’une palette de couleurs sans fausse note, le côté visuel du film remporte aisément son pari, celui de nous transporter dans cette culture scandinave qui nous est tout de même assez familière, nous français/européens.
Le deuxième effet Kiss Cool concerne la musique, une orchestration qui vous emporte dès les premières notes, avant même que le film n’ai vraiment commencé. Le morceau qui introduit le film, Vuelie, tiré d’un chant traditionnel Norvégien (composé par Frode Fjellheim) m’a littéralement collé sur mon siège. La suite du score n’est pas en reste, composée par l’excellent Christophe Beck, celui qui est responsable des meilleures orchestrations de la série Buffy contre les vampires, notamment le fameux épisode en forme de comédie musicale : Once more, with feeling.
Mais cela n’est rien comparé à la puissance et l’intensité des chansons qui accompagnent ce film, qui se trouve être bel et bien une comédie musicale dans toute sa splendeur aux limites d’un spectacle de Broadway (bon, ok, je ne suis jamais allée voir une comédie musicale à Broadway mais c’est ce que j’ai ressenti). Tous les morceaux sont une pure merveille, où l’on peut trouver dans chacun d’entre eux des qualités différentes même pour les moins importants, mais entre nous, voir Olaf se prendre pour Liza  Minnelli ça reste malgré tout quelque chose.
La chanson la plus emblématique reste bien évidemment Let it go que la divine Idina Menzel interprète (en vo) de la plus puissante des manières (même si j’adore Do you want to build a Snowman ?, pour sa construction impressionnante qui commence par une musicalité très enfantine et entraînante pour finir dans la dramaturgie à vous faire sortir votre paquet de kleenex, alors que le thème est resté le même tout le long de la chanson, ainsi que For the first time in forever  pour sa double approche Anna/Elsa sur un même événement, puis Love is an open door car je n’ai pas pu m’empêcher de me trémousser dessus). 

Et c’est là que nous passons aux choses sérieuses car cette chanson s’avère être le pilier scénaristique d’un film dont l’une des principales trames (en utilisant diverses métaphores, faut pas pousser quand même) concerne le tabou et le non dit de l’homosexualité d’une de ses héroïnes, puis le coming out et la délivrance de celle-ci, statut qu’elle va acquérir grâce à l’amour inconditionnel de sa sœur.
Je m’explique (et je n’invente rien), tout permet en effet de penser à bien des égards que le personnage d’Elsa (la fameuse Reine des Neiges) a été écrit pour faire référence à ce que vit bon nombre de représentants de la communauté gay à travers le monde : elle est née avec une différence, doit la camoufler quitte à rester enfermée dans sa chambre (autrement dit dans le placard) et sa règle de vie se prénomme : Conceal, Don’t Feel (cache tes pouvoirs, n’en parle pas en VF) qui fait irrémédiablement penser à la politique du Don’t Ask, Don’t Tell. A son couronnement, autrement dit le passage adulte, son secret est découvert et considéré comme une abomination ou une menace par une partie de la population.
Les paroles de Let it go (et la somptueuse scène qui l’accompagnent) sont d’autant plus explicites qu’elles pourraient servir de nouvel hymne pour la cause homosexuelle de manière universelle pour les 40 ans à venir. Cette chanson explique qu’elle n’a plus besoin de se cacher de quiconque, qu’elle est enfin libre du regard des autres, et qu’elle se fiche de leurs réactions. Forcément les paroles en français donnent un tout autre contexte…

Le fait qu’Elsa reste célibataire tout le long du film n’est certainement pas innocent non plus, alors que sa sœur se permet d’avoir deux prétendants.

Bien sûr on ne peut pas demander à Disney de se mouiller plus mais compte tenu de la vision résolument plus moderne que le studio entretient vis à vis de ses personnages (féminins surtout) depuis ces dernières années, cette approche est définitivement un putain de beau cadeau de Noël.
C’est pour toutes ces raisons (et bien d’autres encore) que j’ai adoré ce film que je considère comme un chef d’oeuvre même si il n’est pas exempt de défauts, la dynamique Sven/Olaf ne m’a par exemple pas particulièrement percutée mais pour ce qui est d’Olaf je penche plus pour la voix de Danny Boon qui m’est sortie par les yeux. Détail que je ne peux donc pas imputer à la qualité de ce film merveilleux.

Mise à jour :

Pour aller plus loin et pour celles et ceux que cela intéresse, une liste de sites qui parlent d’Elsa en tant que personnage queer :

http://observationdeck.io9.com/i-was-frozen-today-1478757207

7 Commentaires

Classé dans Movie of the day

7 réponses à “Let me be a Snow Queen

  1. J’adore ^^ Il n’y a plus aucun doute (bon, je n’en avais plus déjà😛 ), tu as vraiment adoré ce film ^^ et bien évidemment, tu n ‘es pas la seule😀
    J’espère que tu as regardé Raiponce maintenant (lacune…culture… Pascal et Maximus.. blablabla)

    • Mais depuis je l’ai vu lorsqu’il est passé l’autre jour à la télé ! J’ai bien aimé mais il ne m’a pas procuré le même plaisir incommensurable que celui-ci ! Par contre Pascal et Maximus sont géniaux et beaucoup plus attachants que Sven et Olaf.

      • J’avoue que j’ai un coup de coeur pour le perso de la reine…. j’ai adoré quand elle quitte tout pour créer son palais de glace, et surtout sa transformation ^^ . Dans le cas des bestioles, Sven est bien aussi (du style Maximus, je trouve) mais moins travaillé. Bref, ça fait 2 Disney qui m’ont (personnellement moi je) beaucoup plu ^^ (et bravo pour la lacune comblée)

      • Tiens, regarde cadeau parce que tu es ma copine🙂

  2. Ahhh ! Tu es trop ma copine (comme disent les jeunes), trop bien ^^ merci beaucoup❤

  3. Daft Venom

    Quel film et quelle Reine! Mise à part ton interprétation « Homo » d’Elsa, j’ai l’impression qu’on a un peu vécu le même film.
    Enfin quelqu’un qui parle de la musique d’introduction qui est juste une entrée en matière ultra immersive pour ce film.
    Les autres chansons sont elles aussi ultra prenante, avec en tête Le Renouveau et Libérée, Délivrée (je l’ai vu en VF et en plus je préfère cette VF à la VO, même pour Olaf).
    Et en plus c’est moderne, qu’est ce qu’on peut demander de plus.
    Je dois dire d’ailleurs que je me fait chambrer, moi jeune homme de 23ans, quand je dis que j’ai kiffé ce film vu qu’en général aimer un dessin animé et encore plus une histoire de princesse (qui n’en est pas une d’ailleurs) ça le fait pas trop.

    Bon ensuite pour ce qui est de la nature du personnage Elsa, je n’y avait pas pensé je dois dire (et l’image de femme fatale qu’elle dégage n’a pas aidé sans vouloir faire de cliché) mais je pense que cette théorie est vraiment une interprétation d’une partie du public et pas une volonté du scénariste.
    On fait clairement face à un personnage en quête identitaire à la recherche de son vrai soi, comme il en existe des milliers d’autres.
    Au final elle peut enfin être elle même mais pourquoi: parce qu’elle peut utiliser ses pouvoir, parce qu’elle n’est plus reine, parce qu’elle peut assumer son homosexualité, parce qu’elle voulait s’habiller « sexy »?
    On peut mettre un peut ce qu’on veut derrière cette libération, pas sûr que l’homosexualité soit la raison la plus probante.
    Elle a juste un grand changement dans sa vie qui la rend plus heureuse, qui lui permet de s’épanouir, dans la réalité ça pourrait très bien être un nouveau job, une rencontre ou que sais je encore.
    Bref j’ai l’impression qu’il y a une sur interprétation du personnage, comme on le fait avec certaines oeuvres d’art, c’est pas forcément mal mais est ce bien utile?
    Peut que dans quelque mois on apprendra de par la bouche d’un scénariste ou réalisateur qu’elsa est bien Homo (encore qu Disney pourrait faire Veto), mais en attendant profitons simplement du film tel qu’il est.

    • Je ne sais pas si c’est sur-interprété mais c’est ma vision toute personnelle,et que je ne souhaite bien évidemment pas imposer comme étant la seule et unique interprétation possible, tu as d’ailleurs bien raison de parler de toutes les autres interprétations toutes aussi légitimes, mais la mienne m’a forcément sauté aux yeux par rapport à mon propre vécu et les différents ponts que j’ai pu trouver entre ma propre expérience et celle d’Elsa.
      Je suis allée voir ce film 3 fois déjà (bientôt une quatrième) et c’est loin d’être uniquement à cause de cette interprétation, c’est un tout, Mais c’est essentiellement pour ce personnage tellement complexe et écrit d’une si belle manière que j’y retourne, Elsa est une véritable bénédiction dans le panorama des Princesses chères à Walt Disney, un personnage écrit par une femme et ça se sent jusqu’au bout des ongles, moderne et ambivalent qui va donner du grain à moudre à toute une génération de petites filles, et je les envie un peu.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s