Glory : la review de Julien Lordinator


Glory, retour en grâce

 

Si il y a bien des personnages sur lesquels je n’aurais pas misé un kopeck sur leur retour, c’est bien les créations de Rob Liefeld, et pourtant il y croit et si il y a bien une qualité que l’on peut attribuer à Rob Liefeld, c’est bien celui d’être un acharné et de continuer vaille que vaille à aller au bout de ses idées.
Une de ses idées récentes fut de relancer la plupart de ses créations avec un postulat de départ assez couillu, celui de donner la possibilité à des artistes de faire ce qu’ils veulent avec, en se basant juste sur le pitch de base du personnage.
Visiblement, certains de ces reboots sont des réussites, notamment Prophet par Brandon Graham (Prochainement en France chez Urban) et qu’en est-il donc de Glory  ? Et bien la réponse est surprenante  !

 Il y a de cela quelques années, l’ami Rob avait créé son propre label au sein d’Image Comics, Extreme Studios, pour ensuite créer son propre label, Awesome.
Liefeld avait surfé à l’époque sur un peu toutes les modes des comics, le super-héros avec Supreme, la bad girl avec Avengelyne et même le comic d’horreur/gothique avec The Coven…. Sans grand succès autre que celui d’estime de quelques fans, succès surtout dû au passage du grand Alan Moore sur quelques titres, notamment Supreme et la géniale mini-série Judgement Day.

Parmi ses créations, il y avait Glory.

Glory, entre gloire et déboires.

Glory, c’était un peu une sorte d’ersatz de Wonder Woman, autant dans l’histoire que dans l’apparence : Fille née de l’union entre une amazone et un seigneur démon, elle fut élevée par les amazones qui firent d’elle une guerrière, Glory devait malgré tout contrôler l’héritage de son père, une fâcheuse tendance à s’énerver et a se laisser submerger par son coté démoniaque, faisant d’elle à l’occasion une brute sanguinaire. Un jour elle décide de se rendre dans le monde des hommes et débarque quelques années avant la seconde guerre mondiale, guerre à laquelle elle participera activement aux cotés des alliés souvent en compagnie du super-héros Supreme, elle fit même partie d’un petit groupe de super-héros, les «Allies» (Alliés en Français) aux cotés de SuperPatriot et Die-Hard, deux autres créations de Rob Liefeld.

Par la suite, elle sera également membre de la deuxième et troisième formation de la Brigade, un groupe de super-héros constitué des créations de Rob Liefeld.
Comme ont peut le constater, le background scénaristique du personnage est très largement inspiré de celui de Wonder Woman et il suffit de remplacer certains noms par d’autres (Supreme = Superman, Brigade = JLA) pour se rendre compte que l’on est pas loin du plagiat… Rajoutées à cela certaines couvertures sur lesquels Glory reprend les poses de son illustre modèle et la boucle est bouclée. Cette ressemblance un peu trop évidente portera probablement préjudice au personnage qui ne trouvera jamais véritablement son public, comme la plupart des créations de Rob Liefeld diront les mauvaises langues.

Glory période Rob Liefeld  : Un petit air de Wonder Woman  ?

Alan Moore tentera bien de réinventer le personnage avec une mythologie plus étoffée mais l’histoire tournera court et le grand Alan ne signera que trois numéros, publiés de façon complètement anarchiques (Un numéro zéro chez Awesome, réimprimé en 2001 chez Avatar Press avec deux suites).

Silence radio en ce qui concerne Glory les années suivantes, jusqu’en 2011, année durant laquelle il est annoncé que le scénariste Joe Keatinge écrira une nouvelle série en ongoing consacrée au personnage, série qui reprendra la numérotation originale, au numéro 23, faisant fi des trois épisodes écrits par Alan Moore.

Joe Keatinge  : L’homme à tout faire

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Joe Keatinge n’est pas vraiment un personnage très connu dans le monde des comics  : Arrivé depuis peu dans le milieu, en 2004, en tant que coloriste, le bonhomme jongle durant quelques années avec les casquettes, passant donc de coloriste, éditeur (Sur l’excellente anthologie Popgun), puis scénariste/dessinateur/lettreur bouche-trou chez Marvel et Image. Un parcours hétéroclite, il n’est donc pas étonnant de le retrouver au poste de scénariste sur un projet surgit un peu de nul part…

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A ses côtés, c’est le génial Ross Campbell (Dont j’ai déjà largement parlé et loué les talents dans mon petit article sur le comic Wet Moon, article publié ici-même sur ce blog) qui signera la partie graphique.

Donc en résumé on a un scénariste quasi-inconnu et un dessinateur certes très doué mais peu reconnu pour son travail sur du super-héros… Rob Liefeld aime prendre des risques, dans le cas précis, ces risque seront-ils payants  ?

Glory par Joe Keatinge et Ross Campbell  : La claque inattendue

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Je ne connaissais quasiment pas l’univers et les personnages créés par Rob Liefeld, j’ai juste lu (Et beaucoup aimé) la mini-série Judgement Day et je me souviens avoir jeté l’éponge avec Youngblood après seulement quelques numéros…
J’attaquais donc la lecture de cette nouvelle, et donc inédite pour moi, version de Glory en étant totalement neutre et dans le fond, ce n’était pas plus mal.
Autant être franc, si j’ai acheté cette nouvelle version de Glory, c’est uniquement pour Ross Campbell, artiste dont je suis un admirateur inconditionnel et je ne m’attendais très honnêtement pas à lire quelque chose d’aussi bon ! Car oui, Glory par Keatinge et Campbell, c’est bien, c’est même très bien  !

La première chose qui frappe dès les premières pages, ce sont les dessins de Ross Campbell  : Fidèle à lui-même, l’artiste nous représente des personnages au physique atypique, loin des canons habituels du genre. Les amazones sont donc de véritables montagnes de muscles scarifiées par les batailles, hurlant et tranchant sur les champs de bataille comme de véritable guerrière dans des geysers de sang  ! Car oui, Glory c’est très gore, Ross Campbell n’épargnant aucun détail à notre rétine, entre les os qui explosent sous les coups, les têtes tranchées et les viscères répandues sur le sol, le coté guerrier de la série est totalement assumé et sans concession  : Si la violence extrême vous choque, passez votre chemin… Ou pas  ! Parce que cette nouvelle itération de Glory a beau être violente, cette violence ne doit pas vous décourager de la lire, car cette série recèle un trésor autre que ces dessins, son scénario.

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Glory, elle fait pas dans la dentelle  !

 Je serais tenté d’attribuer à Joe Keatinge la palme du coup de maître inattendu tant son scénario réussi la prouesse d’être bien écrit en alternant moments d’action débridé et personnages et passages sincèrement touchants.
Le pitch principal de l’histoire est somme toute assez classique  : Une guerrière dotée d’un destin et  d’un héritage maudit qu’elle refuse d’assumer, et tente de changer en compagnie de ses amis. Je ne vais pas en parler plus au risque de déflorer l’histoire, mais ça à l’air certes classique, mais c’est rudement bien écrit, bourré d’action, plein de retournements de situation et de coups de théâtre, et ça se lit de façon limpide et plaisante  : Que demander de plus à un comic  ? Des subtilités dans la psychologie des personnages peut être  ? Ça tombe bien, car c’est l’une des qualités surprenantes de ce livre.

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Riley visitant l’armurerie de Glory

Glory à beau être une guerrière implacable, elle n’en reste pas moins l’un des personnages féminins les plus attachants dont j’ai pu lire les aventures ces dernières années. Tiraillée entre son éducation guerrière, son coté primal issue de son père et surtout son empathie manifeste pour les humains et l’indéfectible amour (Dans tout les sens du terme, la bisexualité de Glory étant évidente dès les premières pages) qu’elle porte à ses compagnons, cette montagne de muscles au grand cœur est d’une humanité et d’une sincérité surprenante.
Outre Glory, la série est constellée de seconds rôles tous plus attachants les uns que les autres  : Tout d’abord Riley, l’héroïne de l’histoire, une jeune journaliste américaine hantée par des rêves durant lesquels elle revit divers événements de la vie de Glory. Obnubilée par ces rêves, Riley enquête et cherche à tout prix à rencontrer Glory pour enfin comprendre pourquoi elle revit chaque nuit la vie de la super-héroïne. Il y a aussi les compagnons d’arme de Glory, amitiés qu’elle s’est faite durant ses années d’aventures. Ces personnages ajoutent un certain côté dramatique à l’immortalité de Glory, condamnée à regarder vieillir et mourir ceux qu’elle aime alors qu’elle ne prend pas une seule ride. Hormis eux, il y aussi tout une galerie de monstres et créatures tous plus bizarres et eux aussi attachants : Henry, monstre naïf au grand cœur accroc à la nourriture humaine ou encore Nanaja, la petite sœur de Glory, vulgaire et agressive mais elle aussi au final terriblement attachante.

Glory est donc en fait une sorte de soleil autour duquel gravite une grande variété de personnages tous très différents mais unis par l’amitié qu’ils portent à la guerrière.
Même si l’histoire est basée essentiellement sur Riley et son rôle dans le futur de Glory, la plupart des personnages sont tous écrits de façon très sensible, ils ont tous leur histoire et sont rendus attachants par de subtils détails, ce qui révèle donc un soin tout particulier de la part de Joe Keating dans l’écriture et la caractérisation de ses personnages. Car la force de cette BD n’est pas Glory en elle-même, mais surtout son influence et son rayonnement sur ses proches, une véritable super-héroïne en somme  !

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(De gauche à droite) Son père,  sa mère, Henry, Riley, Glory et Gloria

Cette subtilité est aussi renforcée par le trait de Ross Campbell, tout en rondeur, avec cette façon si personnelle qu’il a de représenter les émotions : Encore une fois, Glory confirme son talent et je ne le répéterais jamais assez, Ross Campbell est un grand artiste à surveiller de très près  !

Petit détail chauvin : L’action se passe en France, plus précisément au Mont Saint-Michel, patrie des fameuses galettes et donc maintenant des guerrières mythologiques ! Pour une fois qu’une BD américaine se passe ailleurs qu’à New York, ça a le mérite d’être souligné.

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 Donc en résumé, en partant d’un comic des années 90 au pitch peu inspiré, Joe Keatinge, renforcé par le style de dessin frais et original de Ross Campbell, a réussi à transformer l’essai au travers d’une écriture subtile, d’une caractérisation réussie de ses personnages et de scènes d’action débridées faisant de cette nouvelle version de Glory une réussite aussi surprenante que bienvenue : Un véritable coup de maître, sans conteste et selon moi l’un des must-read du moment.

J’ai comme une envie de galettes sablées moi du coup…

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Juste pour le plaisir des yeux, une couverture de Ross Campbell représentant Nanaja, la sœur de Glory  !


Glory, de Joe Keating et Ross Campbell disponible chez Delcourt depuis le 2 avril 2014.

 

2 Commentaires

Classé dans Comic of the day

2 réponses à “Glory : la review de Julien Lordinator

  1. Pingback: Les Drôles de Dames de Delcourt | The Lesbian Geek

  2. Tibo

    Ma foi, ça m’a l’air rudement bien🙂 Et l’existence d’une VF est un plus non négligeable. Merci pour cette chouette critique ^^

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