Somewhere over the Rainbow : Fiche Perso #20


Coagula_001Nom : Godwin
Prénom : Kate
Surnom : Coagula
Première apparition : Doom Patrol vol. 2, #70 (Septembre 1993)
Gay Power : Nous l’avons vu à plusieurs reprises à travers les fiches précédentes, certains personnages LGBT ont été traités avec beaucoup d’irrespect accumulant les stéréotypes et les tropes en tout genre. Heureusement, certains sortent du lot car écrits par des auteurs personnellement concernés par leur sujet, c’est le cas ici avec cette héroïne transsexuelle, l’une des premières dans l’histoire des comics. 

Avant de parler de cette héroïne, intéressons-nous en premier lieu à sa créatrice, la scénariste et écrivain de science fiction Rachel Pollack, elle même transsexuelle qui a écrit les numéros 64 à 87 du comic book Doom Patrol publié chez Vertigo, une série devenue culte grâce à Grant Morrison à partir de 1989.

La légende raconte que Pollack ait été affectée à l’écriture de la série après avoir écrit des lettres persistantes à l’éditeur. Bien que les lettres soient de notoriété publique, on ne sait pas si elles étaient réellement la cause de son emploi. Durant son run Pollack a traité de sujets rarement abordés dans les comics comme les menstruations, l’identité sexuelle et la transsexualité. Il s’est terminée deux ans plus tard, avec l’annulation pure et simple de la série.
Si Rachel a nommé son personnage Kate Godwin, c’est en hommage à deux figures de la communauté transgenre : l’écrivain et actrice Kate Bornstein, ainsi que la transsexuelle activiste Kate Godwin. Son but est clairement de vouloir montrer une image positive de son héroïne et du fait qu’elle soit transsexuelle.

On ne peut pas dire que la Doom Patrol soit une une équipe de super-héros classique : elle est en effet constituée d’exclus et de marginaux, tous ayant le statut de super-héros grâce à leurs pouvoirs méta-humains (n’oublions pas que la Doom Patrol, ce sont les X-Men de DC). Publié par DC Comics à partir de 1963, The Doom Patrol est passée par diverses incarnations à travers les décennies, atteignant le succès critique et commercial grâce à la venue du scénariste Grant Morrison.

La première fois que l’on fait connaissance avec Kate Godwin (dont le prénom de naissance est Clark), elle cherche de quoi se costumer pour la fête d’anniversaire de son amie Jean. Leur conversation révèle que Kate est une programmatrice de logiciels qui a récemment perdu son travail, et qu’elle fut un temps prostituée. En s’octroyant une pause entre deux emplettes, elles entrent dans leur bar préféré, et à la demande de Jean, Kate montre ses pouvoirs qui lui permettent de coaguler et dissoudre n’importe quelle substance, solidifiant une bière à la pression et en liquéfiant des bouteilles.
Autour d’un verre, Kate révèle à Jean ce qu’elle croit être l’incident qui lui a permi d’obtenir ses aptitudes. Des années auparavant lorsqu’elle travaillait comme prostituée, elle rencontra un client étrangement vêtu. Il s’agissait de Rebis (qui s’avère être la fusion entre Larry Trainor, Eleanor Poole, et le Negative Man) dont le corps entier est emprisonné par des bandages spéciaux. Au début, Kate est fascinée par la dualité du corps de Rebis possédant à la fois des organes sexuels féminins et masculins. Son enchantement se poursuit jusqu’à ce que Rebis libère son être négatif pendant qu’ils ont une relation sexuelle. Kate attribue cette rencontre avec l’origine de ses pouvoirs même si ils n’apparurent que beaucoup plus tard. Elle raconte ensuite qu’elle a essayé de faire partie de la Justice League, mais qu’elle fut rejetée pour des raisons personnelles, sans doute son orientation sexuelle (I suspect they liked my powers, but couldn’t handle me).
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Alors que les deux amies continuent à discuter dans le bar, un villain nommé Codpiece sème la zizanie. Parmi les spectateurs témoins de la scène se trouvent Marion et George de la Doom Patrol. Leur apparence est semblable à celle de Rebis, leurs corps étant aussi couverts de bandages. Ils tentent de contenir Codpiece mais c’est peine perdue. Heureusement, Kate remarque l’action et décide d’agir. Elle coagule et dissout rapidement l’arme (un canon phallique !) de Codpiece,ce qui lui apporte l’attention de George et Marion. Ils l’invitent à se rendre au siège de la Doom Patrol. Kate intriguée en partie par leur ressemblance avec Rebis accepte.

Dans le numéro suivant, Kate et Niles Caulder, démarrent assez mal leur relation, en effet c’est sans ménagement que le leader de la Doom Patrol teste les pouvoirs de Kate et ses vêtements partent en lambeau. Niles rétorque que c’est un accident et qu’il n’avait aucune envie de voir les seins de Kate, mais personne ne le croit. Kate révèle également qu’elle a un autre pouvoir, celui qui lui permet d’accéder à différentes réalités au moyen d’ordinateurs. Elle rencontre ensuite Cliff / Robotman, et une amitié va prendre forme entre les deux personnages alors qu’elle l’aide à y voir un peu plus clair dans sa crise existentielle.
Caulder révèle à demi mot à Cliff que Kate est transsexuelle quand il songe à haute voix comment classer leur relation.
coagula12Dans Doom Patrol #75, Kate qui est donc capable de repérer des réalités alternatives découvre un monde peuplé de gens asservis. Cette réalité joue un rôle central dans le story arc intitulé The Tiresias War,  qui fait allusion dans la mythologie au devin grec aveugle du même nom qui a été transformé par Héra en femme pendant sept ans. Cliff apprend la transformation physique de Kate de la bouche de Marion, après avoir fait remarquer qu’elle devrait vivre une vie normale – c’est à dire mariée avec des enfants – au lieu d’être impliquée dans la Doom Patrol et ses bizarreries.
coagula13Cliff est alors bouleversé et confronte Kate dans le numéro suivant, ce qui la pousse à lui demander si le fait d’avoir eu un pénis par le passé faisait d’elle un homme, et si le fait qu’il n’en ait pas faisait de lui un robot.

Le corps métallique de Cliff est détruit à la fin de l’épisode, et dans une scène dans le numéro suivant, lui et Kate ont une conversation sur l’identité, sexuelle ou autre, le fait de passer pour une personne normale, et le choix d’être différent.

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Dans cet arc Pollack confronte ainsi la mythologie grecque avec son récit autour de la Tour de Babel, faisant évoluer l’histoire dans une méditation sur la flexibilité par rapport à la rigidité, à la fois dans le monde antique et moderne. Un groupe de personnes appelées les Constructeurs tentent de recréer la Tour de Babel, ce qui a toutes sortes de conséquences pour la Terre. La Doom Patrol est obligée de tendre la main à la Teiresiae, des gens qui ont depuis longtemps créé le monde lui-même en tant qu’agents de la « propre connaissance du monde, et des rivières de la conscience. »
Mais pour les atteindre, la Doom Patrol a besoin d’envoyer un émissaire -« Un homme et une femme doivent aller de pair. Fusionné en un seul. Un nouveau Tirésias. « Kate et Cliff sont choisis, et doivent fusionner leur conscience et leur corps dans leur pèlerinage à la Teiresiae. Ils finissent par consommer la tension sexuelle qui avait été construite entre eux depuis un certain temps. Cliff, frustré, rappelle à Kate qu’il ne possède pas l’équipement nécessaire pour pleinement se joindre à elle, et Kate de lui rétorquer que l’orgasme est plus cérébral que physique.
Dans la conclusion de cet arc, il y a un retour de flamme psychique où l’on voit une partie de l’incompréhension et de l’intimidation violente que Kate a enduré en tant que Clark avant sa chirurgie de réattribution sexuelle.

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L’ensemble du scénario écrit par Pollack se concentre sur l’idée de fluidité et de changement, et Coagula en est sa figure de proue, bien au delà des raisons de son identité de genre. Son identité sexuelle est aussi fluide qu’elle est lesbienne tout en ayant une relation avec un robot mâle. En tant que super héroïne, elle marche sur le fil entre l’humain et le surhumain, et en tant que membre de la Doom Patrol, elle ne fait pas forcément partie des gentils. Evidemment, sa capacité à changer les solides des liquides symbolise tout cela. Elle permet de montrer parfaitement à quel point il est important de reconnaître l’existence de la fluidité, mais aussi l’immense puissance qui peut en être dérivé.

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L’arrivée de Coagula au sein de la Doom Patrol a permis à de nombreux lecteurs LGBT de se sentir enfin compris, comme en témoignent un certain nombre de  messages transmis dans le courrier des lecteurs de la série. Rachel Pollack fait partie de ces auteurs qui ont favorisé la compréhension et l’acceptation de personnages tels que Kate Godwin, grâce au fait qu’elle ne faisait que transmettre ce qu’elle devait ressentir au plus profond d’elle même.

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1 commentaire

Classé dans Somewhere over the Rainbow

Une réponse à “Somewhere over the Rainbow : Fiche Perso #20

  1. Merci pour cet article très intéressant. Je ne connaissais pas cette période de la Doom Patrol, ayant été rebuté par la lecture du premier épisode écrit par Rachel Pollack. Je vais me mettre à la recherche d’anciens numéros !

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