La voie de Korra


Korrasami

Il serait vraiment dommage de finir cette année avec la si triste annonce de la « perte » de Batwoman, idolâtrée ici comme vous le savez et à juste raison. L’arrêt de sa série m’a foutu un sacré coup au moral, mais en cette période de Noël, il doit bel et bien exister un esprit vengeur qui sorti de nulle part (ou presque) devrait s’opposer et lutter vaillamment face aux mauvaises nouvelles de ce genre… n’est-ce pas ?
Cet esprit, ou plutôt cet Esprit, je l’ai trouvé tout au bout du quatrième livre de La Légende de Korra, une série  animée diffusée sur la chaîne Nikelodeon dont je vous ai parlé il y a pas mal de temps déjà, et dont j’avais savouré la première saison avec délectation et émerveillement à la vue (et à l’écoute aussi) de tant de richesses visuelles, culturelles, ethniques, et technologiques en un seul programme pour enfants. Et là je ne parle même pas de son personnage principal et de ses acolytes d’aventure. Cette série créée par Michael Dante DiMartino et Bryan Konietzko est un véritable voyage sensoriel en plus d’être une oeuvre épique mettant en scène une héroïne comme il nous a rarement (jamais en occurrence) été donné de voir dans un tel programme…

Alors puisque cette fabuleuse série vient tout juste de se terminer, il est peut-être temps de lui rendre hommage ici, à la vue de tout ce qu’elle a apporté à bien des niveaux et notamment un qui me tient particulièrement à cœur, mais ça j’y reviendrais.

Ainsi, Legend of Korra a été lancée en avril 2012 et fait suite à la série à succès (à juste raison elle aussi),  Avatar : The Last Airbender, déjà imaginée par les deux créateurs cités plus haut. Il y a donc une vraie continuité entre les deux séries, tant sur les protagonistes qui y évoluent (certains sont toujours en vie et d’autre non, Korra se déroulant 70 ans après Avatar) que sur le message et l’aspect universel, philosophique et spirituel des deux œuvres.

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La « licence » Avatar se déroule dans un univers imaginaire et mystique très influencé par la culture asiatique… dans son sens le plus large, les héros de la série vont en effet côtoyer diverses cultures et civilisations, liées aux quatre éléments (l’Air, la Terre, le Feu et l’Eau… mais en fait un peu plus !) les deux séries faisant conjointement référence à nos propres ethnies vivant sur cette partie du continent, la Chine, le Japon, la Mongolie, la Corée, l’Inde, ou encore le Tibet pour ne citer qu’eux.
Dans l’histoire qui nous intéresse, Korra est la dernière Avatar en date et possédant à la base la maîtrise de l’Eau, doit se former aux autres éléments. Lorsque la première saison commence elle est sur le point d’obtenir le dernier : l’Air. Tenzin dernier maître de l’Air et fils d’Aang, héros principal de la précédente série, va devoir devenir le mentor et la figure tutélaire de cette adolescente au caractère taillé dans la glace, tout en gardant son rôle de père attentionné, autoritaire et totalement dépassé face à ses enfants à la fois turbulents et en quête de savoir.

Tout au long de la série, les interactions et les rapports entre Korra et Tenzin, l’élève et le maître, d’abord dans leur confrontation et leur dualité, puis leur respect et leur amour, nous enseignent et nous confortent en tant qu’adulte à quel point il est dur et difficile de guider son padawan, son Sidekick (avec un grand S) ou son enfant dans l’apprentissage de la vie et de ses grands combats…
Car l’un des grands thèmes que Korra développe, c’est celui de la famille. Je ne parle pas de la famille version Gorgone Boutin, je parle de la Vraie Famille, celle des gens, peut importe leurs origines et leur statuts, ceux qui se sentent unis entre eux et qui ont un but commun : celui de sauver le monde. Bon d’accord dans notre vie de tout les jours c’est pas vraiment gagné, mais ce n’est d’ailleurs pas pour cela que l’imaginaire existe  ?

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Mais Legend of Korra c’est avant tout l’histoire d’un parcours totalement épique, celle d’une quête bien trop grande d’une jeune femme qui se croit en être capable parce qu’elle en est destinée, et de ses compagnons tout aussi intéressants et attachants les uns des autres, Tenzin qui a le lourd fardeau de lui montrer la voie, le téméraire Mako et son frère Bolin, irrésistible de drôlerie,  Asami dont le rôle ne fera que croître dans le cœur de nos héros (ainsi que dans le notre) au fil des épisodes…. sans oublier Lin Beifong, l’incroyable chef de la police de Republic City, dont le côté badass a pu émoustiller plus d’un(e) téléspectateur(trice).

Enfin, la grande particularité et l’un des atouts majeurs de cette série sont comme je le disais plus haut la présence de nombreuses références culturelles, historiques, ou philosophiques auxquelles nous pouvons nous rattacher, même si l’univers dans lequel les protagonistes évoluent est totalement imaginaire. Un exemple concret : une partie de l’histoire se déroule dans une ville appelée Republic City, qui fait irrémédiablement penser au Shanghai des années 20, cité cosmopolite, à la fois moderne et mystérieuse sujette à tous les fantasmes. Un détail absolument jouissif est la présence de nombreux morceaux de jazz, où un bon Dixieland se verra agrémenté de la présence d’instruments traditionnels chinois dans le score de la série composé par Jeremy Zuckerman, un pur régal pour les oreilles et une invitation au voyage.

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La série mêle également et de façon très intelligente traditions et rites ancestraux avec la présence des technologies récentes telles que la radio, le téléphone, le cinéma, ou encore l’aviation. Nos héros vivent dans un monde en plein changement et bouleversement, dont l’essor rapide n’est pas sans conséquence en terme de conflits géo-politiques. Il est rare de pouvoir rencontrer ce genre de sujets (ainsi que ceux du fascisme ou de la manipulation de masse par les médias) dans un programme pour enfants.

Et comme si cela n’était pas suffisant, en plus de toutes ces thématiques abordées en une seule série, ses créateurs ont également pris le parti de faire évoluer le parcours sentimental de leur héroïne principale de la plus surprenante et délicieuse des manières, allant jusqu’à clôturer l’ultime épisode sur l’image de Korra et Asami, main dans la main se destinant à vivre ensemble un avenir radieux (dans tous les sens du terme). Ici encore, une telle prise de position de cet acabit est totalement inédite pour un dessin animé de ce genre, et cette évolution est sans doute liée au fait que les deux dernières saisons soient finalement diffusées directement sur le web.

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En effet, les saisons 1 et 2 ont été focalisées sur le triangle amoureux Korra/Mako/Asami qui a atteint rapidement ses limites en terme de profondeur et d’intérêt, au bénéfice d’un rapport d’amitié sincère, naturel et grandissant entre les deux héroïnes. Un terme fut bien évidemment trouvé par les fans de la série : Korrasami, et les espoirs les plus fous (compte tenu du premier public visé) allaient se manifester sur les Tumblr de tout poils.
Au fil de chaque épisode, sans crier gare, et sans être explicitement montré, (démontrant ainsi la plus grande finesse de la part de ses créateurs) la relation Korra/Asami est effectivement devenue un Korrasami de la façon la plus honnête et authentique possible, et c’est ce qui est le plus beau je crois dans la formation et la présence de ce nouveau couple. On peut évidemment regretter l’absence d’un baiser mais la scène finale est là pour nous en rappeler une autre, celle de la première série Avatar qui se terminait à peu près de la même manière.

Accusés d’avoir été influencés par les sirènes du fan service notamment sur Twitter, Bryan Konietzko et Michael Dante DiMartino ont répondu récemment et conjointement sur leurs blogs respectifs, expliquant pourquoi cette direction était la plus logique, et la plus en adéquation avec l’essence même de cette série, en voici les propos que Mathilde Tamae-Bouhon a eu la grande gentillesse de traduire pour le TLGB (et que je remercie bien sûr) :

C’est dit : « Korrasami » forment un couple.

Vous pouvez le célébrer, le soutenir, l’accepter ou tourner la page, à votre guise, mais le fait demeure, irréfutable. C’est la version officielle. La presse a merveilleusement accueilli le finale de la série lors de sa diffusion en fin de semaine dernière, et presque tous les articles que j’ai parcourus mettaient en avant la bonne lecture : Korra et Asami se sont éprises l’une de l’autre. Étaient-elles amies ? Oui, et elles le demeurent, mais elles ont également développé des sentiments amoureux.

Korrasami constituait-il notre but final, planifié depuis le début de la série ? Non, mais il en allait de même pour tout le reste, hormis le développement spirituel de Korra. Lorsque nous avons conçu le personnage d’Asami, Mike et moi, il s’agissait tout d’abord d’une espionne fourbe. Mais nous nous sommes tellement attachés à elle que nous avons retravaillé le scénario afin de la maintenir dans l’ignorance concernant les activités félonnes de son père. Varrick et Zhu Li ne devaient pas finir en couple non plus, pourtant c’est dans cette direction que nous avons mené l’histoire, ou que l’histoire nous a menés. Il en va ainsi de l’écriture, la grande majorité du temps : on donne vie à des personnages, qui en retour vous dictent leurs désirs.

Je peux me vanter d’avoir été le tout premier à militer pour Korrasami. (J’ai gagné !) Alors que nous écrivions le Livre premier, avant même que le public ne fasse la connaissance de Korra et d’Asami, je remettais régulièrement l’idée sur le tapis. Au départ, nous n’y prêtions pas beaucoup de sérieux, non que nous considérions les relations entre personnes de même sexe comme un gag, mais tout simplement parce que jamais nous n’aurions cru pouvoir, aujourd’hui (ou du moins en 2010), représenter ce type d’union dans un programme d’animation à destination d’une chaîne pour enfants sans devoir en subir des conséquences négatives.

Makorra n’était que l’aboutissement du Livre premier. Une fois le Livre deux lancé, nous avions conscience de devoir séparer les deux jeunes gens, sans aucune intention de les remettre ensemble. Désolé, les amis. J’aime bien Mako, moi aussi, et je ne doute pas qu’il tirera son épingle du jeu côté romance. Il a mûri et appris à se connaître à travers ses relations avec Asami et Korra, et ce pour le meilleur, aussi bien pour lui que pour la personne qui partagera sa vie, quelle qu’elle soit.

Une fois Mako et Korra séparés, nous nous sommes concentrés sur le développement de la relation entre Korra et Asami. À l’origine, il s’agissait principalement d’une profonde amitié. Pour être honnête, nous voulions mettre de côté tout l’aspect romance dans les deux dernières saisons. À ce moment-là, personnellement, je ne voulais pas imposer à Korra de finir la série en couple. C’est bien évidemment ce que nous avions fait dans Avatar, mais déjà, à l’époque, je trouvais l’issue un peu forcée. Je lève toujours les yeux au ciel avec un grognement d’impatience devant les films d’action où cela semble presque obligatoire… C’est probablement à cette période que je suis tombé sur cette citation de Hayao Miyazaki :

« J’en viens à me méfier de cette règle tacite selon laquelle, parce qu’un garçon et une fille apparaissent dans le même film, doit s’ensuivre une romance. J’ai plutôt envie de mettre en avant une relation d’un type légèrement différent, où les deux personnages s’inspirent mutuellement – si j’y parviens, alors, peut-être me serai-je rapproché d’une expression d’amour authentique. »

Je ne saurais être davantage en accord avec lui, surtout si l’on considère que la majorité des personnages féminins présents dans les médias sont à peine plus qu’un trophée remporté par le héros masculin en récompense de sa bravoure. C’est pourquoi Mako et Korra sortent du moule et en viennent à se respecter, s’admirer et s’inspirer mutuellement. C’est une conclusion dont je suis fier.

Pourtant, il me semble devoir contrebalancer le sentiment de Miyazaki : ce n’est pas parce que deux personnages de même sexe apparaissent dans la même histoire qu’il faut exclure la possibilité d’une romance entre eux. Certes, tout le monde n’est pas queer – mais le contrepoint de cette affirmation est que tout le monde n’est pas hétéro non plus. À mesure que progressait la relation entre Korra et Asami, l’idée d’une romance a germé, de façon organique, dans nos esprits. Nous étions cependant toujours guidés par cette notion, cette autre « règle tacite », selon laquelle on ne nous laisserait pas montrer cette relation dans un tel programme. Nous avons donc résolu d’y faire allusion tout au long de la deuxième moitié de la série, afin de planter l’idée que leur parcours pourrait aboutir à une romance.

Mais alors que nous approchions de la toute fin de notre série, j’ai eu une révélation : Comment être sûr que nous ne pouvions montrer ouvertement cette relation ? Personne ne nous l’avait jamais dit de façon explicite. Ce n’était encore qu’une de ces idées préconçues, ancrées dans un paradigme marginalisant les personnes non hétérosexuelles ; un paradigme contre lequel nous devons nous élever si nous voulons le voir évoluer. Je ne voulais pas, dans vingt ans, me remémorer cette expérience et me dire : « Bon sang, on aurait pu se battre davantage ! » Après mûre réflexion, nous avons décidé, Mike et moi, qu’il était important de dissiper toute ambiguïté quant à la nature de cette relation.

Nous avons soumis l’idée à la chaîne, et même s’ils s’y sont montrés ouverts, il y avait des limites à ce que nous pouvions nous permettre, comme l’ont justement déduit la plupart des articles que j’ai pu lire. Dans la version originale du script, rédigée il y a plus d’un an, Korra et Asami se tenaient la main alors qu’elles pénétraient dans le portail spirituel. Nous n’avons cessé de retravailler la scène dans les story-boards ; plus tard, en tournant les prises de vues supplémentaires, j’ai mis en scène une version révisée dans laquelle elles se tournaient l’une vers l’autre et joignaient les mains avec déférence – écho direct à la pose nuptiale adoptée par Varrick et Zhu Li quelques minutes plus tôt. Nous avons demandé à Jeremy Zuckerman de rendre la musique tendre et romantique, ce dont il s’est acquitté dans une partition d’une beauté sublime. Je trouve le résultat de ces deux minutes finales avec Korra et Asami absolument magnifique, et là encore, c’est une conclusion dont je suis très fier. J’adore comme leur relation a pris son temps pour s’épanouir, avec tendresse et attention. Si elle vous semble sortie de nulle part, je pense qu’un second visionnage des deux dernières saisons vous prouvera que, peut-être, vous ne la regardiez qu’à travers le prisme de l’hétéronormativité.

S’agit-il d’une victoire triomphante pour la représentation queer ? Pas tout à fait, je pense, mais j’espère qu’il s’agit là d’une impulsion non négligeable dans la bonne direction. Il est encourageant de voir comme les média et la majorité des fans ont embrassé notre choix. Hélas, et ce n’est pas une surprise, nombre de personnes ont également déversé leur fiel et leurs bêtises homophobes. De mon expérience, ce type de mentalité découle le plus souvent d’un manque de contact avec des personnes aux vies et aux problématiques différentes, ainsi que d’une incapacité à l’empathie – thème-clef, d’ailleurs, du Livre quatre. (Quoi qu’on ait pu vous raconter, les bisexuels existent !) J’ai moi-même entretenu au long de ma vie toutes sortes de concepts ridicules, implantés dans mon esprit de façons diverses, parfois même issus de mon ignorance et de ma personnalité, qui n’est pas exempte de défauts. Pourtant, le simple fait de fréquenter des personnes d’horizons divers, d’écouter le récit de leurs expériences, de recourir à un tant soit peu d’empathie pour tenter de me mettre à leur place m’a permis d’abandonner nombre d’a priori offensants. Il me reste beaucoup de chemin à parcourir, de leçons à apprendre. Ce processus laborieux, cette leçon d’humilité ne sont rien à côté de ce qu’a pu connaître toute personne un jour marginalisée. Essayer de comprendre le cheminement de son prochain : l’aspiration de toute une vie, et elle en vaut la peine.

Puis est venue cette réaction inévitable : « Mike et Bryan se sont pliés aux désirs des fans. » À quoi je réponds : lesquels ? Les partisans d’une romance Makorra sont nombreux ; si nous étions revenus sur notre décision pour remettre ces deux personnages ensemble, cela veut-il dire que nous aurions obéi à ces fans-là ? Quelle qu’ait été la direction choisie, une faction aurait explosé de joie tandis que l’autre se lamentait, défaite. Faites-moi confiance : je n’ai pas oublié le conflit Kataang contre Zutara. L’une des deux directions allait pourtant se révéler à nous comme étant la bonne ; or c’est toujours pour nous, en premier lieu, que nous avons écrit Avatar et Korra, Mike et moi. Quelle chance nous avons eue, que tant de personnes à travers le monde se soient attachées, elles aussi, à ces deux séries. Tahno et son trombone, en revanche… ça, c’était pour faire plaisir aux fans !

Mais la décision qui nous occupe aujourd’hui n’a pas été prise uniquement pour nous. Nous l’avons fait pour tous nos amis, parents et collègues queer. Il est grand temps que nos média (y compris ceux à destination des enfants) cessent de traiter les personnes non hétérosexuelles comme inexistantes, ou dignes de railleries. S’il y a une chose que je regrette sincèrement, c’est qu’il nous ait fallu si longtemps avant de représenter une telle relation dans un de nos récits.

Pour finir, je voudrais citer des propos incroyablement touchants, que nous a envoyés un ancien membre de l’équipe de Korra, à Mike et à moi. Il s’agit d’une personne profondément croyante, qui consacre énormément de son temps et de son énergie, non seulement à sa foi, mais également à aider les jeunes. Ses convictions ont beau être radicalement différentes des miennes, je trouve réconfortant, encourageant de voir que, concernant ce sujet, nous nous rejoignons sur une note positive et progressive :

« J’ai lu suffisamment de retours pour me rendre compte de l’impact que cela a pu avoir sur le public. Un article particulièrement bien écrit, publié dans Vanity Fair, a parlé d’une conclusion subversive (dans le meilleur sens du terme, bien sûr)… Pour ma part, je parlerais d’une “guérison”. Je pense que votre finale aura apaisé nombre de personnes se sentant mises à l’écart, sur la touche, ou ayant l’impression que leur amour et leur parcours paraissent moins authentiques, moins précieux que d’autres… qu’ils seraient moins valables, d’une certaine manière. Je connais pas mal de gens dans cette position, qui ont porté ce fardeau toute leur vie, et avec ce simple épisode, vous les avez à la fois soulagées et adoubées. Pour moi, c’est un apaisement. »

Amitiés,

Bryan

 

Korrasami confirmé

Maintenant que le dernier instant partagé par Korra et Asami a fait son chemin, le moment me semble bien choisi pour exprimer mon sentiment à son sujet. J’ai préféré ne rien dire dans un premier temps, afin que le public puisse découvrir le finale de lui-même.

Les thèmes principaux de l’univers d’Avatar ont toujours tourné autour de l’égalité, la justice, l’acceptation, la tolérance, et l’équilibre entre différentes conceptions du monde. De façon subtile (et parfois peut-être pas si subtile), Avatar et La Légende de Korra traitent de sujets aussi durs que le génocide, la maltraitance sur enfant, le décès d’êtres chers, et le stress post-traumatique. Lorsque Joanna Robinson a parlé dans Vanity Fair d’une série subversive, je l’ai pris comme un compliment. Il m’arrivait d’être moi-même surpris de la liberté avec laquelle nous pouvions explorer des thématiques aussi sombres sur une chaîne pour enfants. Même s’il n’a jamais été question de faire une série « à message », nous nous sommes toujours efforcés, Bryan et moi, de traiter les sujets les plus difficiles avec tout le respect et la gravité qu’ils méritent.

Au fil des ans, nombre de fans nous ont rapporté, en personne ou en ligne, combien Avatar et Korra avaient pu influencer positivement leur vie ou les aider à vaincre des écueils dans leur existence. Je suis toujours profondément ému lorsqu’ils partagent avec nous leurs expériences personnelles, et vous me voyez comblé si mon goût pour les histoires a pu les aider ne serait-ce qu’un peu. Même si la vocation première d’Avatar et de Korra est de vous charmer et vous divertir, cet univers et ses personnages entrent également en résonance avec notre humanité la plus profonde, quels que soient notre âge, genre, race, religion, culture, nationalité, ou orientation sexuelle.

Pour la scène finale, notre intention était d’exprimer aussi clairement que possible que oui, Korra et Asami éprouvent des sentiments amoureux l’une pour l’autre. L’instant où elles pénètrent dans le portail spirituel symbolise leur passage du statut d’amies à celui de couple. Nombre de magazines, bloggeurs et fans ont saisi le message, sans ambiguïté aucune. De manière générale, cette scène semble avoir rempli son office sans qu’il soit nécessaire d’y ajouter quelque commentaire de la part de Bryan ou de la mienne. Mais au cas où certaines personnes s’interrogeraient encore sur ces derniers instants, je tenais à faire une déclaration écrite claire en complément de celle, visuelle, de la série. J’ai conscience que tout le monde ne sera pas satisfait de cette conclusion. Rares sont les finales de série, quelle qu’elle soit, à pouvoir satisfaire les fans, aussi ai-je été agréablement surpris par tous les articles et billets positifs que j’ai pu lire au sujet du finale de Korra.

J’ai déjà lu des témoignages aussi incroyables que réconfortants sur l’importance de ce moment pour la communauté LGBT. Là encore, ces extraordinaires déclarations de soutien à la série me touchent profondément. Pour citer Tenzin, « la vie est un périple sacrément mouvementé ». Et si, en présentant Korra et Asami comme un couple, nous avons pu contribuer à rendre ce périple ne serait-ce qu’un tout petit peu plus harmonieux pour certains, alors je suis fier de tenir mon rôle, aussi modeste soit-il. Merci de m’avoir lu.

(Michael Dante DiMartino)

 

La Légende de Korra est pour toute ces raisons une oeuvre magistrale qui impose dorénavant de nouveaux codes sur la représentation des personnages LGBT dans un programme jeunesse.
Michael Dante DiMartino et Bryan Konietzko ont fait bien plus que de nous offrir une série d’exception, ils ont montré l’exemple à suivre, ils ont ouvert une porte, ils ont ouvert la voie, ce que l’on peut sans doute appeler désormais, la voie de Korra.

Pour plus d’informations sur le sujet, voici une liste de sites ayant parlé de ce final fantastique :

9 Commentaires

Classé dans TV show of the day

9 réponses à “La voie de Korra

  1. ms

    La série abordent des thèmes classiques sous un angle différent mais échoue presque à chaque fois à donner une conclusion satisfaisante aux sujets développés. Et comme je l’ai déjà dit pour la review WW 36 et 37, on retrouve dans LOK le cliché du personnage féminin fort mais instable (impulsive, violente et dépressive)… donc faible. Je note que contrairement à Aang (l’avatar précédent) qui imposera à raison sa vision de la fin de la guerre, Korra aura besoin d’un homme (son pire ennemi) pour retrouver sa voie.

    • Justement le personnage évolue beaucoup au fil des saisons, incapable de faire appel au côté spirituel de l’Avatar, elle va y parvenir après bien des apprentissages. Je ne parlerai pas de dépression mais plutôt de choc post traumatique, et là aussi elle arrive à faire face à ses peurs en faisant confiance justement à son pire ennemi et la source de ses peurs (qui a beaucoup plus d’humanité que d’autres méchants rencontrés dans la série). Je vois cela justement comme un acte de sagesse. Et le fait qu’elle ait « besoin d’un homme » ne me choque pas, cela aurait pu être une femme le résultat aurait été le même…

      • ms

        Je me suis mal exprimé, je voulais dire un Homme (humain). Korra a donc besoin d’un autre humain (mentor) pour comprendre d’où provient sa peur et la guider alors que Aang était déjà sur la bonne voie et c’est un dieu-tortue (un dieu, pas un humain) qui est venu lui apporter la solution à son dilemme.
        C’est trop souvent comme ça, le héros masculin a déjà une ligne de conduite dont il ne déviera pas vraiment alors que l’héroïne passe toujours par différentes phases de renoncements et de remises en question.

      • Pour moi Korra est tout l’inverse d’Aang mais son genre n’a rien à voir avec sa personnalité.
        Et pour ce qui est du fait qu’une héroïne doive toujours passer part différentes étapes de doutes et de résignation, c’est à mon sens un peu le statut de la femme en général. Je pense qu’il est plus facile pour une femme d’avoir des doutes dans son parcours de vie dans notre société que pour un homme.
        Un personnage qui se trompe et qui ne prend pas la bonne voie, je le trouve plus intéressant que celui qui a un parcours tout tracé.
        Dans WW on est dans la caricature, ici c’est beaucoup plus nuancé.

    • Autre

      C’est vraiment avoir un très mauvais souvenir de la série du dernier maître de l’air que d’affirmer qu’Aang a suivi sa ligne de conduite sans se remettre en question. Aang était beaucoup plus vulnérable que Korra, il est passé par une phase de culpabilité énorme quand il s’est réveillé de sa congélation, il demandait sans cesse conseil à l’ancien Avatar, et dans le dernier épisode il demande conseil aux anciens avatars pour savoir quoi faire, et c’est qu’après ça que la tortue lui inculque le savoir de retirer à l’autre le pouvoir des éléments. Il se faisait tout le temps consoler par Katara.
      Et surtout c’est aussi faire abstraction du personnage le plus badass de l’histoire de la série : Toph, qui contrairement aux autres protagonistes ne doit sa prodigieuse technique de la terre qu’à elle-même, et qu’elle apprend toute seule à maitriser l’acier. Les autres protagonistes, en plus d’être professeur était aussi élève, Zu et son oncle, qui deviendra le mentor du feu à Aang (il ne voulait plus pratiquer le feu car il s’était trop éclaté avec et avait brûlé Katara), Katara qui lui enseigne l’eau est elle-même très novice étant l’unique maître de l’eau de son pays et apprend tout en enseignant, elle aura son mentor qui lui enseignera la maitrise du sang.
      Donc Aang était beaucoup plus vulnérable, en proie au doute (les divers épisodes où la politique se mêle) que Korra ne l’est dans cette série.

  2. J’ai regardé les quatre saisons et j’ai trouvé cela tantôt superbe, tantôt pas terrible. Korra et son niveau de puissance me laisse souvent perplexe. Le personnage passe trop facilement d’un personnage puissant à faible, c’est trop bizarre à mon goût. Je suppose que la cible de cette série est pour les enfant et pré-ado, non ?
    Par contre je n’avais pas capté du tout à la fin que Korra et Asami avaient des sentiments amoureux l’une en vers l’autre. Si c’est juste par ce qu’elle se tienne la main, en Asie il est légion, que deux meilleurs amies se promènent mains dans la maison sans qu’elles aient des sentiments réciproque, ce qui n’est pas e cas en occident.

    Sinon pour le reste c’est nickel, surtout au niveau des animations.

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