Les jeudis de l’angoisse (des comics) #3


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Batman/Aliens : En Amazonie, personne n’entendra le Dark Knight crier…

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Les crossovers sont souvent l’occasion de faire se rencontrer des personnages parfois d’horizon totalement différents. Loin des exigences et contraintes du cinéma, tous les fantasmes sont possibles, jusqu’aux plus extrêmes et extravagants. Extrême au point de faire se rencontrer le justicier de Gotham City et les extra-terrestres les plus sanguinaires de la science-fiction ? Il faut croire que oui. Mais que les plus réfractaires des puristes calment leurs ardeurs, car un adage dans le monde des comics dit qu’il n’y a pas de mauvaises idées, juste des mauvais scénaristes.
Mais comment tirer le meilleur d’une affiche aussi improbable que  Batman rencontrant les Aliens ? Tout simplement en l’abordant de façon originale et surprenante.

Un titre aussi tapageur et opportuniste que Batman/Aliens a en effet de quoi laisser perplexe mais c’est sans compter les deux auteurs aux commandes : Au scénario on a donc Ron Marz, à l’époque jeune scénariste ayant fait ses marques chez DC Comics (notamment un long run sur le volume 3 de Green Lantern) et aux dessins une véritable légende de l’horreur dessinée, le grand Bernie Wrightson.

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A-t’on vraiment besoin de présenter Bernie Wrightson ? Faire une biographie complète et exhaustive de cet artiste serait un peu long tant la carrière de l’homme est longue et variée, je vais donc m’en tenir à l’essentiel afin de le présenter à ceux qui ne le connaissent pas ou peu. Véritable légende du comic et plus particulièrement du comic d’horreur, Wrightson traîne ces guêtres depuis plus de quarante ans dans le monde des comics. Dessinateur surdoué, il a travaillé pour quasiment tout les éditeurs : DC Comics (Swamp Thing), Marvel (Epic Illustrated), Warren (dans des récits horrifiques publiés dans les revues Creepy et Eerie) ou IDW (Dead, She Said), Wrightson est surtout reconnu pour son style réaliste et détaillé, très inspiré par les comics d’horreur des années cinquante, type EC Comics. Son ouvrage le plus connu est sans conteste son graphic novel consacré à Frankenstein, devenu un véritable classique incontournable du genre. C’est également un collaborateur régulier d’un autre maître de l’horreur des comics, le scénariste Steve Niles.

3Je pense également que tout le monde connaît les extra-terrestres les plus cruels et les plus pervers de l’univers, à savoir les terrifiants Aliens. Apparus dans six films, dont deux crossovers avec des autres monstres mythiques du cinéma, les Predators, ils font partis du panthéon des figures les plus reconnaissables de la science fiction moderne. Ces viles créatures ont été créées par le peintre et artiste suisse Hans Rudi Giger après que Ridley Scott, le réalisateur du premier film Alien, ait vu ses peintures.
Monstres obsédés par leur expansion et utilisant des êtres vivants comme incubateur, les Aliens sont des créatures dénuées de réflexion et de scrupules, agressives, elles vivent dans une structure de ruche gouvernée par une reine, un peu à la manière des fourmis ou des abeilles. La reine pond des œufs dont émergent une petite créature semblable à une grosse araignée. Appelée Face Hugger, cette créature se fixe au visage de ces victimes, pond une larve dans leurs corps puis meurt. La larve va alors se développer dans le corps de la malheureuse victime et une fois arrivée à maturation, en sortir de lui crevant la cage thoracique. Le Chestburster va alors se cacher pour muter et devenir un Alien adulte. Les Aliens sont reconnaissables par leur crane allongé vers l’arrière, leur absence d’yeux et une partie de leur squelette se trouvant à l’extérieur de leur corps. Leur sang est un acide hautement corrosif et ils possèdent pour se battre une longue queue se finissant par une pointe acérée et dans leur bouche une mâchoire rétractile. Ce sont des créatures rapides, douées pour se dissimuler dans les endroits sombres et particulièrement tenaces et agressives.

Quand à Batman, je pense que si vous êtes sur ce blog, vous connaissez forcément l’histoire du justicier de Gotham City et très franchement, je ne vois pas l’intérêt d’encore la raconter…

4Maintenant que les présentations sont faites, revenons à notre crossover du jour  !
Mixer l’univers glauque et futuriste des Aliens et celui plus contemporain et urbain de Batman n’est donc de base, pas chose aisée et plutôt que de reprendre les éléments cinématographiques de la saga Aliens ou des comics Batman, Marz va s’en affranchir et va en premier lieu délocaliser l’action : Comme il serait un peu malvenu d’envoyer Batman dans l’espace (même si cela a déjà était fait, le contexte horrifique des films Aliens ne s’y prête pas vraiment dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui), c’est l’espace qui viendra à Batman  !
L’histoire débute alors que Batman part enquêter sur la disparition d’un géologue de Waynetech en Amazonie, chemin faisant, il croise une bande de mercenaires venus eux aussi aussi enquêter sur un mystérieux crash ayant eux lieu non loin de l’endroit où le géologue a été localisé pour la dernière fois. Arrivé sur les lieux, Batman et ses «compagnons» vont découvrir un gigantesque vaisseau spatial écrasé en pleine jungle à proximité de ruines maya. Après une petite visite de l’épave, Batman et les mercenaires n’y découvrent que les corps sans vie d’êtres humanoïdes ayant tous en commun d’avoir péris suite à une perforation de la poitrine… La nuit tombe et des bruits étranges parviennent de la jungle et un des mercenaires disparaît, enlevé par un ennemi invisible. Batman et ses alliés partent à sa recherche et suite à une attaque de créatures particulièrement agressives, se retrouvent piégés dans les ruines maya, à la merci des créatures étant sans aucun doute ceux ayant décimé l’équipage du vaisseau écrasé, mais le véritable ennemi n’est peut être pas celui que l’on croit…

5L’idée de Ron marz de délocaliser l’action dans la jungle amazonienne et plus précisément des ruines maya permet ainsi de rendre plus crédible la rencontre de Batman avec les Aliens et également de laisser les créatures dans leur domaine de prédilection, à savoir le huis clos. Ainsi, tout en gardant un aspect original, Marz respecte quand même les codes de la saga cinématographique. Un peu à la manière du second film (Aliens, Le Retour de James Cameron, 1986), ont revient au système des survivants piégés dans un lieu inhospitalier, Batman et les mercenaires vont donc devoir survivre aux monstres extra-terrestre et trouver un moyen de sortir des dédales labyrinthique du temple maya. L’histoire sera donc une succession de rixes entre nos héros et les créatures jusqu’à un final aussi spectaculaire que surprenant.

6L’histoire est menée de main de maître par Ron Marz, le rythme y est soutenu, l’ambiance sombre et glauque et les quelques trouvailles originales du scénariste font mouche à chaque fois et il n’est pas rare que l’on tourne les pages en retenant son souffle ! Certaines scènes sont même d’une puissance évocatrice assez intense, comme le cauchemar de Batman revivant la mort de ces parents en version extra-terrestre. L’apothéose étant soulignée par une magnifique double page lors du dernier acte, opposant Batman à un adversaire surprenant, faisant exploser le talent de Bernie Wrightson et que je vous laisse le soin de découvrir.

Visuellement, le trait fin et détaillé de Bernie Wrightson fait des merveilles, chaque planche fourmille de détails et l’ensemble de la bande dessinée est un véritable régal pour les yeux. Wrightson prouve une nouvelle fois qu’il est particulièrement à l’aise lorsqu’il dessine des monstres et des environnements sombres (1) : Le choix de ce grand monsieur de la bande dessinée américaine était donc logique et bienvenu pour illustrer cette histoire. De plus, dans les attitudes, les postures et le souci du détail dans la représentation des Aliens, on ressent de la part de Bernie Wrightson une véritable admiration pour la création de HR Giger, les Aliens étant d’ailleurs représentés comme celui vu dans le premier film, les puristes apprécieront.

8Avant de conclure, je tiens à préciser que Batman/Aliens possède une préquelle, une histoire courte nommé Alien : Incubation publiée dans les magazines Dark Horse Presents #101 et 102 et signée par la même équipe créative (2), cette histoire raconte le calvaire des occupants du vaisseau avant le crash, le tout narré par le malheureux géologue de Waynetech.

Avec un scénario original et prenant, renforcé par des dessins de toute beauté, Batman/Aliens est un huis clos claustrophobique qui tout en marquant sa différence réussit malgré tout à respecter les deux univers qu’il exploite : Un véritable tour de force réussi haut la main par le tandem Marz/Wrightson qui ont su donner une véritable consistance à une idée totalement fantasque : Oui, la rencontre entre Batman et les Aliens est une réussite et prouve qu’avec des gens talentueux aux commandes, tout est possible  !

Une seconde rencontre entre Batman et les Aliens verra le jour en 2003 par Ian Edington au scénario et Staz Johnson aux dessins, malheureusement beaucoup moins inspirée…

Batman / Aliens disponible en France chez Soleil US depuis le 22 septembre 2010 (Initialement publié par Semic en kiosque,deux numéros, en 1998)

(1) Impossible d’ailleurs en voyant les décors de Batman/Aliens de ne pas penser à ceux du premier film Alien Vs Predator (Paul WS Anderson, 2004), la filiation étant absolument évidente.
(2) Cette histoire est également disponible en VO dans le cinquième omnibus Alien et en VF en back up dans l’album Alien : Paradis Express paru chez Soleil US en 2012.

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