Les libératrices


A l’image de leurs cousines les Ame-Comi, statuettes à succès distribuées par DC Collectibles qui ont inspiré une série de comics numériques au niveau assez inégal en 2012, c’est au tour des fameuses Bombshells de se voir être « adaptées » en bande dessinée, sur le thème des héroïnes DC façon World War II avec toute l’interprétation de l’iconographie sexy des pin-up émanant de cette époque qui en découle.
Le concept pourrait sembler de prime abord un peu facile et opportuniste, mais de nombreuses femmes ayant vécu pendant cette période de grand trouble ont largement prouvé leur force et leur valeur soit en participant activement à l’effort de guerre, ou en se battant en première ligne des affrontements les plus meurtriers, c’est sur cet aspect particulier que Marguerite Bennett et Marguerite Sauvage ont décidé de développer cette série, dont les trois premiers numéros introduisent à la fois ambiances et personnages à la perfection.

Batwoman, Wonder Woman, Supergirl et Stargirl nous sont en effet présentées successivement via trois genres caractéristiques de l’époque, le pulp pour notre héroïne de rouge et de noir, l’épopée guerrière pour notre amazone et le documentaire de propagande pour nos deux filles de l’air. Le rendu est excellent, d’autant plus qu’il fait référence à un contexte historique extrêmement puissant concernant le rôle important que les femmes ont eu pendant la seconde guerre mondiale.

Batwoman head
Nous découvrons ainsi Kate Kane de la plus belle des manières (mais p***** que ça fait du bien !) sauvant un certain jeune garçon accompagné de ses parents à la sortie d’une séance de cinéma dans une allée humide et sombre. Surgissant de nulle part et armée d’une batte de baseball, The Batwoman inspirera sans doute le jeune homme dans quelques années, en attendant c’est elle qui marque des home run auprès des malfrats de Gotham. On la retrouve ensuite sur le terrain de jeu, avec sa cousine Bette que l’on a aussi évidemment beaucoup de plaisir à retrouver.
Si vous avez vu le film Une équipe hors du commun, vous savez sans doute que des équipes féminines de baseball ont été créé (à partir de 1943, avant cela il s’agissait d’équipes de softball) afin de palier l’absence des joueurs masculins quasiment tous partis au front. Le rôle de ces femmes était de divertir autant les ouvriers que le moral des troupes, et participaient ainsi à leur manière à l’effort de guerre, au même titre que les filles de l’United Service Organizations qui se produisaient devant des milliers de soldats américains.
Lorsque Kate ne rempli pas ses devoirs civiques et ne malmène pas voleurs et autre brigands, elle retrouve sa bien aimée Maggie Sawyer, elle même une femme d’action au sein de la police de Gotham. Mais notre héroïne regrette pourtant ses aventures romanesques passées lors de la guerre civile espagnole quelques années plus tôt.
Aspirant à une plus grande destinée afin de servir véritablement son pays, (on notera énormément de similitudes entre cette version de Kate Kane et la version moderne, notamment concernant leur passé militaire) notre déesse rousse est sur le point de voir son vœu exaucé….

Bombshells Kate Maggie

L’attachement de Bennett à vouloir lier son récit avec, comme fil conducteur, l’exposition de ces femmes durant la Seconde Guerre Mondiale se marie parfaitement bien avec le style de Sauvage, où l’on retrouve admirablement  tout la finesse provenant entre autre de l’univers de la mode.

Au large des côtes de la Grèce, un avion dans la tourmente nous indique que la série ne va pas se contenter de se limiter aux frontières de l’Oncle Sam, le second numéro de DC Comics : Bombshells revisite ainsi l’atterrissage forcé de Steve Trevor sur Themyscira, ici vécu autant comme un rêve qu’un cauchemar par le pilote. Telle une horde de valkyries, les amazones se déploient pour défendre leur île des affrontements aériens entre les forces de la Grande Alliance (sauf qu’en 1940 les américains ne sont pas encore rentrés en guerre, alors qu’est-ce qu’il fout là ce bon vieux Steve ???) et celles des nazis… et ne font pas dans le détail à savoir de quel côté se trouve chacun d’entre eux.
Seul survivant, un Trevor halluciné va faire la rencontre de sa vie, une certaine Diana dont il va s’efforcer d’expliquer la gravité du conflit qui s’étend à travers le monde des hommes.

Bombshells WW

Un peu en dessous pour rapport au numéro qui le précède et celui qui va suivre, l’épisode consacré à Wonder Woman nous offre tout de même de belles compositions aériennes où l’on peut voir les amazones exprimer leur courroux contre leurs assaillants.
Il s’agit ici vraiment d’un épisode d’exposition, peut être encore plus que ses deux congénères, les fans de Wonder Woman resterons donc sans doute un peu sur leur faim, hormis de voir une certaine diversité concernant les amazones, beaucoup plus jolies et agréables à regarder que ce qu’on peut voir sur la série régulière. L’illustratrice avait déjà travaillé sur notre héroïne dans Sensation Comics Featuring Wonder Woman #7, et les plus observateurs auront reconnu deux amazones issues des #23 et #24 dessinés par Noelle Stevenson et écrits par James Tynion IV (elles aussi sont de grandes amatrices de glace !).

Autant le dire tout de suite, le troisième numéro est une véritable petite merveille. Se déroulant au cœur de l’empire soviétique et mettant en scène Supergirl et Stargirl, l’épisode fait référence aux légendaires Sorcières de la nuit, ces combattantes du ciel qui ont été parmi les centaines de milliers de femmes russes à se battre au même rang que les hommes.
Il faut savoir en effet que la mobilisation des femmes en URSS a été extrêmement massive que ce soit dans l’effort de guerre ou au combat, dès 1925 elles étaient recensées en vue d’un hypothétique recrutement dans un futur conflit. On dénombre ainsi entre 500.000 et un million de femmes qui ont participé à la guerre dans n’importe quel domaine, jusqu’à être en première ligne, pilotant des tanks, des avions de chasse, ou en tant que tireuses d’élite.
Parmi les trois régiments exclusivement féminins qui ont combattu dans les forces aériennes de l’Armée rouge, le 588ème régiment de bombardement de nuit totalisera à la fin de la guerre 24000 sorties, ses pilotes n’hésitant pas à couper leur moteur en plein vol afin d’approcher silencieusement leur cible, c’est pour cette raison qu’on les appelle les sorcières de la nuit.
Dans ce numéro les soeurs Kara et Kortni (pour Courtney) font parties de cet escadron de légende dont les appareils sont pourtant connus pour être en très mauvais état. Blondes comme les blés et à la chevelure opulente (dans la réalité toutes les aviatrices avaient les cheveux courts, la longueur réglementaire étant de 5 cm, seule une mécanicienne avait réussi à cacher ses cheveux sous un béret jusqu’à ce qu’un général découvre la supercherie, heureusement pour elle, elle fut autorisée à les garder), les deux jeunes femmes ont été élevées selon les principes du régime communiste, mais Kara tente de tempérer les ardeurs de sa jeune sœur très enthousiaste à l’idée de pouvoir voler et défendre sa nation.

Bombshells SP

Il y a de très très belles choses dans ce numéro. De la complicité entre les deux héroïnes, au choix de la part de Bennett de les avoir placé du côté soviétique, (un concept qui n’est pas étranger et qui sera loin de déplaire à Gerald Parel), en passant par l’utilisation de ces fameuses Sorcières ainsi que de l’atmosphère de propagande et de paranoïa propre au régime Stalinien, je me suis vraiment régalée en lisant ce troisième épisode, où Marguerite Sauvage survole toujours cette bien belle série de par son style graphique qui colle vraiment à la peau du récit et de son ambiance vintage et très nuancée.

Ces trois premiers numéros de DC Comics : Bombshells  nous offrent donc une bien belle introduction pour une série des plus attendues mais dont on craignait quand même un peu l’exploitation facile. Il n’en est fort heureusement absolument rien, le duo de Marguerite nous offrent un titre indispensable, au même titre et dans le même registre que Sensation Comics Featuring Wonder Woman.
Disponibles en numérique chaque samedi, les prochains numéros vont continuer à explorer genres et personnages différents tels que Zatanna, Harley Quinn ou encore Mera, si le niveau reste le même la version papier risque de faire un sold-out, c’est tout le mal que je souhaite à cette superbe série.

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