Paye ton comic, con.


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Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réputation de la Comic Con Paris était déjà toute faite, avant même d’avoir vendu son premier ticket, suite au plan de communication plus qu’agressif de la part des organisateurs en se positionnant sur les dates convoitées par la Paris Comics Expo (manifestation chère à nos cœurs, en tant que véritables – sans arrogance aucune – amateurs de comics), et tambourinant à qui voulait bien l’entendre, que nous aurions droit à un « show » digne des plus grands salons américains.

Comme beaucoup j’ai réagi négativement face à ce concours de b… à peine dissimulé, de plus connaissant très bien la passion qui anime l’équipe de la PCE, j’étais d’autant plus désolée pour eux, puis ravie et enthousiasmée par leur fracassant retour prévu pour le mois d’Avril accompagné d’annonces spectaculaires et dignes, pour le coup, d’une vraie convention américaine du moins en ce qui concerne le choix et le nombre de ses artistes invités pour l’occasion.

Invitée par ComiXology pour modérer un panel traitant des super-héroïnes et dont on comptait parmi ses intervenantes Kelly Sue DeConnick et Amanda Conner, je me suis donc rendue à cette fameuse Comic Con Paris pour constater, entre autre, de ce qu’il en était vraiment. Ce qui est sûr, c’est que je ne me suis pas crue dans une convention américaine (du moins ce que je m’imagine être une convention aux US) , ce qui n’est absolument pas un problème en soit car j’ai pu ainsi avoir l’opportunité d’aborder et de discuter avec des artistes qui ne m’auraient pas été possible de côtoyer si cela avait été le cas.

Malgré la présence et les efforts des éditeurs Panini, Delcourt et Glénat (Urban Comics le grand absent était tout de même sur place en off), ainsi que la mise en place de quelques conférences fort intéressantes et véritablement axées sur les comics (la présence de Jean-Marc Lainé sur celle dédiée à Frank Miller en est la preuve mais soyons clair, elle n’a pas été commanditée par la CCP), cette première édition était toutefois bien en dessous de ce qu’elle avait annoncé, et surtout de ce qu’elle aurait techniquement pu faire. Par exemple, pourquoi avoir scindé l’Artist Alley en plusieurs endroits sinon pour occuper les espaces vides. De même, pourquoi programmer des conférences de 45 min (déjà qu’une heure c’est insuffisant pour parler d’un thème aussi important que celui qui m’a été demandé de faire) sinon pour remplir au maximum les créneaux horaires disponibles.

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La façon de communiquer de la part de Reed Expo (via Way to Blue) sur cet événement est aussi sérieusement à revoir. Quand on voit pas exemple que sur le site de la CCP tout comme sur le programme d’ailleurs, tout les noms de mes intervenantes étaient estropiés d’une lettre (sauf celui de Kelly Sue, sans doute sauvée par le copier/coller), et qu’en réponse à ma demande d’accréditation pour Julien, on me répond : « nous espérons vous voir l’année prochaine », prouvant qu’au final la personne en charge des demandes d’accréditation ne devait pas savoir que j’allais intervenir sur le salon (c’est normal, mon nom était mal écrit !), ça prête quand même un peu à sourire.
Heureusement, d’après ce que j’ai pu voir, les auteurs avaient l’air ravis d’être là et ont été vraiment bien pris en charge. C’est une bonne chose, car un auteur mécontent c’est un auteur qui ne reviendra certainement pas, ni dans cet événement, ni dans aucun autre en France.

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Et je ne parlerai pas des stands totalement inutiles (tels que NYX Professional Makeup WTF) qui auraient pu être remplacés par un bon petit comic-shop proposant de la VO…

Bon maintenant parlons des choses positives, c’est à dire des rencontres et des expériences que j’ai pu vivre aux côtés d’amis, de nouvelles connaissances, et bien sûr d’artistes de très grand talent.
Pour commencer j’ai eu la chance énorme de pouvoir attraper un ticket pour avoir droit à une signature de Monsieur Frank Miller. Je ne comptais absolument pas dessus, j’avais néanmoins embarqué dans mon légendaire sac à dos mon exemplaire de AARGH au cas où, pour ne rien regretter. Arrivée à sa hauteur j’ai pu me rendre compte à quel point (bien que pouvant se déplacer tout seul, contrairement à sa dernière venue dans la capitale) il était diminué par la maladie. A le voir ainsi, il est impossible de s’imaginer qu’il n’a que 58 ans tant il parait avoir 20 ans de plus. Bien encadré par un service d’ordre des plus efficaces, j’ai pu m’entretenir avec lui le temps de sa signature, il m’a semblé surpris de voir arriver cet ouvrage sur la table, lui qui jusqu’à maintenant enchaînait les Year One et autre TDKR. J’ai pu ainsi lui expliquer brièvement à quel point cet ouvrage était important pour moi, ce qui lui a vraisemblablement fait très plaisir, au point de m’annoter un « courage » juste à côté de sa signature. L’attitude de Frank Miller à mon égard fut à ce moment précis d’une grande tendresse, et je n’oublierai jamais son regard rempli à la fois d’humanité et de douceur, à des années lumières du cynisme et de la noirceur véhiculées dans la plupart de ses œuvres.

Frank Miller

Autre moment inoubliable, celui de pouvoir témoigner de la gentillesse et de la générosité du couple Amanda Conner et Jimmy Palmiotti, très accessibles et chaleureux, il suffisait de faire la queue le temps d’une petite demi heure pour pouvoir s’entretenir avec eux et leur enthousiasme était des plus communicatifs (voir Julien fondre littéralement devant Amanda, désolée mais ça n’a pas de prix). Celle qui a réussi à redonner ses lettres de noblesses à Power Girl n’était pas venue les mains vides, de très jolis prints à lui faire signer étaient en effet disponibles au tarif de 20 €, du coup je n’ai pas hésité à me prendre la superbe couverture du premier numéro de Starfire.

L’autre couple vedette, Kelly Sue DeConnick et Matt Fraction (en dédicace sur les stands ComiXology et Glénat) n’étaient pas en reste et se sont prêtés aux séances photos avec leurs nombreux fans, mais la palme du succès revient à Elsa Charretier et Pierrick Colinet dont le tome 2 de The Infinite Loop était disponible en exclusivité et s’est d’ailleurs arraché comme des petits pains. Pouvoir discuter avec tous ces artistes était vraiment très agréable, et l’on sentait qu’ils prenaient du plaisir à être parmi nous.
C’est l’avantage d’un salon qui au final n’a pas grand chose à voir avec un festival de comics mais plus de culture Geek dans son terme le plus large et le plus galvaudé, l’accès aux auteurs est d’autant plus facile que le visiteur lambda ne sait même pas de qui il s’agit. Fort heureusement, on retrouve quand même toujours à peu près les mêmes têtes de passionnés au détour d’une dédicace, et cela fait partie des moments conviviaux que l’on retrouve dans chaque salon, quelque soit sa réputation.

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J’ai également eu le plaisir de revoir Guile Sharp, Geoffo, Stéphane Roux, Little Ginkgo, Julien Hugonnard Bert, TeeNa Stone et j’en oublie surement, ce que je n’oublie pas par contre, c’est d’avoir enfin pu rencontrer Bill Tucci, l’un de mes dessinateurs préférés dans les années 90, car l’un des seuls ayant été capable de dessiner une femme à l’époque sans la rendre vulgaire, et Dieu sait que c’était loin d’être évident… Il faisait parti de la première vague des auteurs de comics a avoir été annoncés au tout début du plan de communication foireux de la part de la CCP, et personnellement à l’époque j’ai été très contente d’apprendre sa présence sur le salon. Je rappelle quand même que Bill Tucci a participé au fameux Cyblade/Shi: The Battle for Independents #1 qui marque la toute première apparition d’une certaine Sara Pezzini. Et comme vous pouvez le voir sur cette affiche consacrée à notre déesse de Gotham, il n’a absolument pas perdu de son talent, c’est vraiment dommage qu’on ne le voit pas plus dans les publications actuelles, comparé à d’autres artistes il a tout à fait sa place dans ce qui se fait de nos jours.

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Passons maintenant si vous le voulez bien à ce fameux panel sur les super héroïnes. Le titre exact était : L’âge d’or des super héroïnes avec en vedette comme je l’ai dit plus haut deux invitées de marque et emblématiques parmi ce qui se fait de mieux actuellement dans le domaine : Kelly Sue DeConnick et Amanda Conner, mais également la journaliste Pia Jacqmart ainsi que Marie-Paule Noel qui travaille aux côtés de Thierry Mornet chez Delcourt Comics.
Le défi : en une heure (reléguée à 45 min d’après le programme publié, déjà que c’était bien chaud…), discuter des héroïnes d’hier et d’aujourd’hui via la note d’intention suivante :

Maintenant plus que jamais, les héroïnes se retrouvent en plein centre du monde des comics et des bande-dessinées. Ce panel a pour but d’explorer les représentations des protagonistes féminines dans les comics et les BD, en comparant les héroïnes d’hier à celles d’aujourd’hui. Comment est-ce qu’elles ont évolué ? À quoi est-ce que la super-héroïne ou anti-héroïne moderne ressemble esthétiquement et psychologiquement ? Quelles sont les difficultés auxquelles les auteurs doivent faire face en développant ces personnages? Quelles sont les attentes des fans ? Un groupe dynamique d’auteurs, d’éditrice et de journaliste discutera cet âge d’or des super-héroïnes.

Pour mon plus grand bonheur, la salle à l’effectif de 300 places fut complète en l’espace de 5 minutes, laissant malheureusement de côté de nombreux spectateurs intéressés par le sujet. Le public était chauffé à blanc, complètement conquis par l’aura et la prestance de Kelly Sue et Amanda, elles menaient le show, tout simplement.
Je regrette personnellement ne pas avoir pu imposer ma propre interprète, cela nous aurait fait gagner quelques minutes, de quoi ajouter une question supplémentaire de ma part, ou du point de vue du public, car deux questions de leur côté, cela reste bien trop peu pour moi.
Mais le plus important c’est que le public sur place s’y soit retrouvé, la standing ovation à la fin du panel me conforte dans ce sens, et ce grâce à la prestance de nos invitées hors du commun.

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Comme bon nombre de mes collègues, je ne saurais donc donner un avis pleinement positif concernant cette convention en tant que manifestation Comics. Il s’agit ici plus d’un événement dédié à la culture populaire, et il n’y a pas de mal à ça, sauf qu’il faudrait mieux l’annoncer de suite. Le côté outrageant est que rien que pour « ça », la PCE ait du se retirer… pour renaître de façon bien plus réussie l’année prochaine, c’est du moins ce que nous attendons tous.

14 Commentaires

Classé dans Mood of the day

14 réponses à “Paye ton comic, con.

  1. Mouais… merci du compte-rendu. Cela me confirme que Reed Expo ne fait plus des salons du livres ou des salons BD/Comics, mais uniquement des rendez-vous de comm’.😦

  2. atta

    Merci pour la conférence sur les super héroines, kelly sue et Amanda étaient juste incroyables! C’était la meilleure conférence sur toute celles auxquelles j’ai été sur les trois jours.
    Mais vraiment trop court et c’est bien dommage, ca aurait mérité au moins deux fois plus!!

  3. Bonjour,

    Il ne manque pas une négation dans cette phrase (vers le début du post) ; <>

    Sinon, tu es quand même l’une des rares personnes qui revient de la PCC avec un avis qui n’est pas complètement négatif ! Est-ce du au fait que tu l’as vécu de l’intérieur ?

  4. Phrase qui a disparue du précédent message :
    ….. (du moins ce que je m’imagine être une convention aux US) , ce qui est absolument un problème en soit car j’ai pu ainsi avoir l’opportunité d’aborder ….

  5. bruce Lit

    Très Chouette compte rendu. Incroyable instant avec Miller ! respect !

  6. Je n’ai malheureusement pas eu le temps de participer à des conférences ou autres mais c’est vrai que la convention était petite et j’imagine du coup qu’on ait rapidement fait le tour en quelques heures en tant que visiteur. D’ailleurs le choix de la Villette comme lieu était assez étrange au départ!
    Du côté exposant, c’était assez sympathique, les gens étaient agréables, il y avait une bonne ambiance et c’est sûrement quelque chose que je referai l’année prochaine si l’organisation choisit un lieu plus grand et propose plus d’animations pour les visiteurs. Je ne regrette qu’une chose: la présence d’un stand qui ne faisait que de la contrefaçon abusée, clairement pas à l’image d’une convention aussi connue que Comic Con et qui a pourtant officié toute la durée du salon sans être inquiété le moins du monde… c’est le business!

  7. maudgribbsie

    Très bon compte-rendu !
    Depuis la province, je me demandais justement quels étaient les évents sur lesquels ça vaudrait le coup que je monte à Paris.

  8. Hello!
    My name is Cristian and I am a comic book inker. I went to the Paris ComicCon only on Staruday while I was traveling throughout Europe (I live in Chile). So. I went with my portfolio and I only had time to see Jimmy and Amanda but I couldn’t take a pic with them since I was really in a hurry (My wife waited me at Gare du nord to catch a train to Brussels). So, my question is if I can repost your pictures of them along with the couple of the general floor I took in a rush. I’d obviously be crediting you, if you agree.

    Thanks! and I read the post as well as I could and I liked the blog!

    Bests

    CDC

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