Bitch Planet : la review de Julien Lordinator


Rapide Review  : Bitch Planet Tome 1, Extraordinary Machine

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Les films de femmes en prison furent pendant longtemps une incroyable machine à fantasme pour des millions de spectateurs (masculins) à travers le monde. Ces films, emblèmes de la sexploitation, connurent leurs heures de gloire dans les années 70 et certains films sont depuis des films cultes : The Big Doll House (1971), la saga des Ilsa La Louve, le fameux Des Femmes Pour le Bloc 9 de Jess Franco (1977) et j’en oublie sûrement beaucoup.
Ces films étaient présentés souvent comme des films érotiques assez hardcore et très souvent aux relents sadomasochistes et misogynes. Personnellement je n’ai jamais été très fan de ce style, malgré mon amour indéfectible pour le cinéma bis, enfin bref…

Aussi quand Kelly Sue DeConnick sort une BD aux premiers abords inspirée de ce style cinématographique, connaissant la scénariste, on est en droit de lever un sourcil dubitatif… Et pourtant, c’est mal la connaître !

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Le talent d’un bon scénariste, c’est de pouvoir parler intelligemment et rendre intéressant n’importe quel sujet et donc quand DeConnick décide d’écrire une bande dessinée sur une prison pour femmes volontairement titrée « trash » comme Bitch Planet (littéralement « La Planète des Salopes » quand même…) on peut certes s’interroger sur le fait de voir le nom de cette scénariste réputée comme profondément féministe sur un tel projet. Mais comme je le dis plus haut c’est mal la connaître, et la scénariste a plusieurs cordes à son arc.2Bitch Planet commence donc avec l’arrivée sur la fameuse planète de chair fraîche, à savoir une fournée de nouvelles prisonnières. Dès les premières pages le ton est donné : La planète existe surtout pour mâter les rebelles d’une société patriarcale carrément machiste dans laquelle les femmes doivent être soumises et stéréotypées pour exister aux yeux des hommes (l’utilisation du vers solitaire est même médicalement conseillé afin de garder la ligne !).
Cette société ne tolère aucun écart de la part de ces représentes féminines, qu’elles soient d’ordre physique ou idéologique. Ces « écarts » sont punis par un séjour sur la Bitch Planet et on y trouve du coût un peu de tout : Sportives rebelles, érudites, lesbiennes et obèses côtoient criminelles endurcies, meurtrières et femmes infidèles. La nudité est très présente, mais plutôt que de jouer sur la corde du voyeurisme, elle est justifiée par le caractère sans fioriture du récit : Les physiques sont hors normes, présentés dans des poses réalistes et asexuées, nos héroïnes n’ont donc au final rien à nous cacher, les rendant d’autant plus attachantes.
Dès leur arrivée, un petit groupe de femmes mené par la sportive Kamau Kogo se forme et la directrice voit dans ce groupe de fortes têtes une occasion inespérée de monter une équipe de Megaton, un sport ultra-violent et jusque là réservé aux hommes. Mais visiblement, que se soit l’équipe ou la directrice, les deux entités semblent avoir des idées bien précises de l’utilité de participer à cette compétition.

Le premier match a lieu face aux gardiens de la Bitch Planet et tout ne se passe pas comme prévu…

4Très inspiré par des codes graphiques et visuels volontairement typé années 70, Bitch Planet est une lecture qui sort résolument des sentiers battus d’une part par son ton rebelle et engagé quasiment caricatural mais salvateur : Les hommes y sont sans exception des êtres méprisables, pervers et manipulateurs alors que les femmes sont dépeintes comme de véritables victimes d’une société et doivent se soumettre pour avoir un semblant d’importance somme toute assez relatif. Du coup, on prend fait et cause pour ce groupe de femmes opprimées, à la fois rebelles, touchantes et au final plus humaines que les personnages « libres ». Un chapitre entier est d’ailleurs consacré à Pénélope, une gigantesque obèse (un sujet que je connais bien…) très portée par le coup de boule et la mandale (sorte de Bud Spencer au féminin) dont le destin à la fois tragique et pathétique se révèle en fait être une véritable leçon de courage.

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On ressort de la lecture de Bitch Planet galvanisé et énervé, galvanisé par les leçons de courage que nous donne Kelly Sue DeConnick avec ses personnages, et énervé par l’oppression dont sont victimes ces femmes au final proches de nous par leur caractère bien trempé, éveillant un coté rebelle plus ou moins dissimulé dans notre subconscient.

Visuellement là encore le côté années 70 est revendiqué avec des couleurs claires et aplaties, une colorisation pigmentée et des ombres très présentes, Valentine DeLandro fournissant un travail certes classique mais efficace, très brut et au final assez représentatif de l’esprit de la bande dessinée. Seule le chapitre consacré à Pénélope est dessiné par un autre artiste, à savoir, Robert Wilson IV dont le trait tout en rondeur rend bien honneur à l’héroïne.
Chaque chapitre est entrecoupé par une page de publicité rétro vendant des produits tous plus fantasques et aberrants les uns que les autres (le fameux vers solitaire…) qui font gentiment rire jaune.

5Bitch Planet c’est en fait une caricature de notre société moderne, exagérée dans ces moindres détails qui, malgré son ton brut de décoffrage et son second degré assumé, est en fait résolument actuelle et nous met face aux propres déviances misogynes de notre société en les exacerbant : Une leçon de mentalité au travers d’un récit de science fiction grand guignolesque ? Tel est le talent de Kelly Sue DeConnick avec Bitch Planet, une lecture plus que recommandable par les temps qui courent et c’est un mec qui vous le dit  !

Bitch Planet book One : Extraordinary Machine, disponible en VO depuis le 20 octobre 2015 chez Image Comics.

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