Tomorrow Never Dies


Les enfants je suis fatiguée.
Je suis vraiment, vraiment très fatiguée. Je ne sais pas si, prenant du kilométrage un peu plus chaque année, je me rends compte -impuissante- que le monde dans lequel je vis m’est totalement inadapté (et non l’inverse, car je ne suis pas folle vous savez), ou si nous sommes tout simplement les témoins de la régression de notre société comme c’est malheureusement le cas régulièrement tout au long de notre histoire.

Je suis loin d’être une intellectuelle, philosophe, et encore moins anthropologue. Je prends juste les événements comme ils me viennent le plus souvent, c’est à dire en mode uppercut ou crochet du droit, et je reste sonnée à chaque fois un long moment suite aux drames dont je reste le témoin très indirect, de Charlie au Bataclan et désormais Orlando, car à chaque fois, mine de rien, c’est une partie de moi qui a été cognée.

A chaque fois je lis, j’écoute, et je regarde les témoignages touchés par ces atrocités. Mais je suis tout autant réceptive à la réaction de la « masse populaire » (je mets des guillemets car je sais que je n’emploie absolument pas le bon terme et je m’en excuse), en commençant par des personnes relativement proches à savoir les membres de ma famille et autres collègues de travail. La plupart d’entre eux sont hétéros, blancs, non immigrés, propriétaires d’une villa avec piscine (où aspirent à en avoir une, comme si c’était une finalité en soi), et je sais très bien que pour eux je ressemble à une sorte d’animal exotique qui correspondrait en une seule personne à pas mal de clichés propres à ce fameux concept qu’est la diversité, mais ils arrivent toutefois à m’apprécier pour ce que je suis c’est à dire une nana qui fait preuve d’un cynisme hors du commun, allez savoir pourquoi…

Tout ça pour vous dire que depuis le week-end dernier je me suis beaucoup renfermée sur moi-même. Mes collègues trouvent que j’ai changé, ils ne comprennent pas ce qu’il m’arrive. Ils sont à des années lumière de concevoir qu’une partie de moi s’en est allée dans ce massacre.
A l’époque où j’avais moins de kilométrage, je passais mes samedis soirs dans une boite gay aux alentours de Montpellier et je peux vous dire que je me délectais de chaque seconde passée avec mes copines, mes sœurs de soirée à danser comme une huître sur So Many Men So Little Time de Miquel Brown, j’étais pleinement consciente de mon bonheur et de mon épanouissement, c’était ma récompense après des années de souffrance et d’interrogations, ma libération, ma joie de vivre.
Cette boite était mon sanctuaire, elle avait ses codes immuables (comme par exemple la fameuse danse du tapis), ses morceaux inévitables (et surtout inévités sous peine de scandale en mode Drama Queen) et les accroches du DJ en mode Priscilla, folle du désert.
Je me souviens que nous les lesbiennes, nous étions particulièrement solidaires entre nous. Par exemple combien de fois nous les vieilles rombières (je me mets dans le lot car à l’époque je traînais avec des filles de 10 à 15 ans plus âgées que moi qui m’ont appris en quelque sorte la vie LGBT), nous étions aux aguets face à des enfoirés en quête du trophée ultime à savoir violer une lesbienne alcoolisée dans la pénombre du parking et que nous avons été amenées à « sauver », prétextant le fameux « Hey Ducon touche pas à ma meuf ! »  …

Mon cœur saigne d’autant plus aujourd’hui avec cette pensée que parmi toutes ces belles et magnifiques personnes fauchées par l’innommable, beaucoup d’entre elles étaient tout à fait comme moi il y a 20 ans : peut être en quête d’identité, mais non moins déjà fières de ce qu’elles sont et surtout, débordantes de vie.
Chaque année lorsque je fais la Gay Pride, je me délecte de regarder tous ces jeunes gens s’éclater comme des fous en défilant fièrement, oubliant je suppose le temps d’une après-midi le fardeau du quotidien lorsque l’on est homosexuel.
Vous ne pouvez pas imaginer la joie que j’éprouve de voir ces personnes que je ne connais même pas heureuses le temps de quelques heures. La Gay Pride a toujours été pour moi un moyen de recharger mes batteries pour l’année à venir. Sauf que cette fois-ci, elles se sont redéchargées beaucoup plus vite que prévues.

Avec le temps il va falloir que je me fasse une raison, la radicalisation des pensées s’allie de plus en plus avec celle des actes. A moi de voir comment je peux gérer personnellement cette situation.
Il y a quelques années je m’insurgeais contre la première vague d’homophobie notable suite au projet de loi concernant le mariage pour tous. C’était génial car bon nombre d’entre vous avait participé à mon petit projet.
Demain (enfin tout à l’heure plutôt) je vais participer à un débat sur les super héros LGBT dans le cadre du mini salon LGBT à l’Espace Diversités Laïcité de Toulouse, 38 Rue d’Aubuisson. EVIDEMMENT j’aurai grand plaisir à parler de ma muse, celle qui me donne sans cesse inspiration et courage, parce que le combat continue, encore et toujours.

Justement je vous laisse avec elle, et ce fan art magnifique signé Telênia Albuquerque qui me montre tout simplement que je suis loin d’être la seule dans mon cas, et qu’heureusement il y a bien des héroïnes qui vous aident à aller de l’avant (et merci M. de m’avoir montré ceci).

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8 Commentaires

Classé dans Gay right of the day

8 réponses à “Tomorrow Never Dies

  1. Bonjour,
    je viens de lire votre article qui m’a beaucoup touchée…
    Je suis votre opposée, celle qui a mis un temps fou à comprendre et qui n’ose en parler à personne, ou presque…
    Merci.

    • Hello,

      S’assumer et faire son coming out est une libération en soit, mais c’est très loin évident pour beaucoup d’entre nous.
      Je vous souhaite beaucoup de courage et j’espère que ce blog vous donne au moins un peu de belles ondes.

  2. Merci Katchoo d’exprimer si bien cette tristesse et de désespoir nés des événements d’Orlando, j’ai moi-même assumé fort tard la personne que je suis réellement. Ton blog m’a fait un bien fou et il continue, alors surtout, poursuis ta mission !

  3. Une de mes collègue m’a fait remarqué que depuis quelques temps j’étais beaucoup plus démonstrative sur les réseaux sociaux. Partager plus souvent les problèmes liés à l’homophobie, aux discriminations et toutes ces informations trop souvent négatives, c’est ma façon de m’impliquer pour faire comprendre à la plupart de mes amis (hétéros, blancs, avec maison mais sans piscine zut) la réalité dans laquelle nous vivons. Je rejoins ton témoignage sur la fatigue que cela engendre et l’humeur qui en découle. Bon courage et si tu as lu ma participation à la revue lgbt n°3, j’espère que cela t’aura montré que d’autres espèrent le meilleur pour l’avenir (même si ça va prendre du temps) ^^

  4. Je lis ton blog, tu le sais, avec assiduité même si la paresse et le temps qui manque m’empêchent de commenter. Ce billet m’a plus particulièrement marqué, car c’est pareil de mon côté. Remuée et révoltée, abattue et déterminée, en deuil et le poing levé, c’est un morceau de nous que l’on a arraché.
    Reçois ma compassion, ma sympathie, et mon sens inaltérable de la lutte.

  5. Belziane

    J’avais envie de réagir, même si c’est souvent pour moi même ^^.
    Je ne peux qu’imaginer ce que c’est que d’être considéré comme différent par des crétins, et comme ce n’est qu’imaginer on est loin de la réalité.

    Mais moi dans ces tueries, ces bombes, ces massacres, c’est des individus qui meurent, pas des gays, pas des musulmans, pas des juifs, pas des occidentaux, des gens. Peut être un michael, un bryan, une Lucy, trois nom avec un passé , un présent et malheureusement plus de Futur…
    Oui cette homme y est allée car ce sont des gays, mais la semaine dernière, deux personnes sont mortes car elles étaient policières, oui , en novembre c’était parce que c’était des français.

    Mon discours est celui d’un individualiste (c’est le terme pour dire que l’individu m’intéressera toujours plus que sa séxualité, sa religion et consort) et moi c’est des morts et des morts par des enfoirés qui croient tout ce que leur dit des interprétation de texte… (et oui certaine réaction après les tueries mérite d’être sanctionner quand on commence à dire que ce qui a été fait c’est bien). Il ne faut pas s’arrêter de vivre, le combat continue, mais ce n’est pas un combat perdu, les moeurs évoluent, oui c’est pas facile.

    Je ne suis pas gay, oui quand je viens sur Lesbiangeek , je viens pour lire des articles sur des textes que j’ai lu comme Faith ou Wonder woman Earth one. J’ai ma vision des choses (comme les amazones qui me sortent par les yeux mais j’ai expliqué pourquoi.)

    Pour finir sur batwoman, perso son côté lesbien mais je m’en tamponne (mais je comprends que certaine personne gay ou pas ont besoin d’avoir des héros/Héroïnes pour s’identifier) moi j’aime le personnage pour ce qu’elle est, ce qu’elle représente, les liens qu’elles tissent (j’ai surtout lu la période 52 avec Montoya).

    Je finirais par une petite phrase que je me dis tout le temps : « Tant que tu es heureux, c’est tout ce qui compte  » (Et que ça ne gêne pas autrui, je veux dire on peut s’aimer, mais pas obliger de bloquer la porte de l’ascenseur ^^)

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