Les Jeudis de l’Angoisse (des comics) # 21


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Painkiller Jane Vs. Terminator

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J’ai plusieurs passions dans la vie, beaucoup trop diraient certains, dont le cinéma et les comics. Alors quand ces deux passions se retrouvent rapprochées lors de certaines occasions, c’est un peu du pain béni pour moi, un moment où les barrières des médias se brisent pour se réunir et ces (rares) occasions ont un nom  : Crossovers  !

J’ai déjà parlé de ces fameux crossovers lors de précédents Jeudis notamment lors de ceux consacrés à Batman / Aliens et Hunting the Heroes.

Ces crossovers c’est aussi l’occasion pour moi de parler de ma passion du cinéma fantastique des années 70/80. Et cette période, niveau cinéma fantastique c’était un peu une période bénie avec la naissance de sagas mythiques qui encore aujourd’hui font vibrer les spectateurs du monde entier  : Star Wars, Mad Max, Ghostbusters, Retour Vers le Futur, Alien, Predator et Terminator, c’est d’ailleurs à cette dernière que l’on va s’intéresser ce mois-ci.

Terminator, c’est une saga emblématique et mythique, mélange de science fiction et d’action, son robot tueur venu du futur étant devenu depuis une des créatures les plus reconnaissables du cinéma.
Comme beaucoup de licences cinématographiques, Terminator a eu droit aux honneurs des comics et quelques crossovers, ce qui tombe plutôt bien puisque c’est de ça dont il est question aujourd’hui.

Painkiller Jane Vs. Terminator c’est donc un crossover opposant la justicière urbaine créée par Jimmy Palmiotti aux robots tueurs venus du futur imaginé par le cinéaste James Cameron.

Avant de parler de Terminator, parlons de l’autre côté de ce crossover, à savoir Painkiller Jane.
Painkiller Jane c’est tout d’abord un personnage que j’aime beaucoup et comme beaucoup de personnages que j’apprécie, en France, elle est quasiment inconnue… Enfin si, elle est connue chez nous grâce à une série télé malgré tout assez confidentielle et qui ne ressemble pas beaucoup au comic original, donc si vous connaissez la série, laissez tomber, elle n’a pas grand chose à voir avec le comic. (1)

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Painkiller Jane c’est donc un personnage créé en 1996 par Jimmy Palmiotti et Joe Quesada sous leur label Event Comics en pleine période de la mode des Bad Girls. Painkiller Jane c’est une justicière urbaine, un peu à la manière du Punisher qui règle les problèmes d’une manière quelque peu disons, expéditive (2).

Jane Vasko était à l’origine une officière de police infiltrée dans un gang de trafiquants de drogue. Seulement, un jour, son petit ami, lui aussi policier est blessé durant son service et Jane, folle d’inquiétude, trahi sa couverture… Ayant découvert le pot aux roses, les trafiquants testent sur elle une nouvelle drogue expérimentale qui la laisse quasiment morte. Heureusement, Jane n’est pas morte mais a sombré dans un profond coma.
A son réveil, elle n’a qu’une idée en tête : Se venger, et va alors se remettre en forme physiquement pour faire la peau aux trafiquants l’ayant droguée. C’est durant son entraînement qu’elle va se rendre compte que la drogue a eu un effet secondaire sur elle : Elle a maintenant la capacité de guérir plus vite de ses blessures, à la manière de Wolverine.
Sa vengeance assouvie, avec l’aide d’un jeune infirmier (qui ne sera pas de trop, Jane revenant souvent de ses missions dans un piteux état), de Maureen, son ancienne équipière dans la police et d’un gang de filles appelée Les 22 Mariés (3), Jane va alors construire sa légende de justicière urbaine new-yorkaise défendant les opprimés.

Les histoires de Painkiller Jane sont souvent très violentes et réalistes, on y parle drogue, prostitution et problèmes sociaux. Les rares incursions du fantastique dans la série se sont faites au travers des nombreux crossovers dont elle a fait l’objet avec notamment Darkchylde, The Darkness, Vampirella ou Hellboy.
Jane est aussi un personnage fort en gueule, très second degré et particulièrement attachant qui malgré sa nature agressive reste le plus souvent très humaine en dépit de ses méthodes violentes.

Passons maintenant à l’autre coin du ring de ce crossover, et c’est un gros morceau puisque je vais vous parler de Terminator.

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Le crossover dont il est question ce mois-ci a été publié conjointement dans les séries Painkiller Jane et Terminator : Infinity mais à sa lecture, particulièrement sombre et violente, on se rend compte que le scénariste Jimmy Palmiotti (et oui, lui-même) s’est plus inspiré de l’ambiance et des codes du premier film pour écrire son récit, je parlerai donc exclusivement ici du premier film, néanmoins je suis sûr qu’une occasion prochaine pour parler du second film ne manquera pas (et dans un sens ça m’arrange, le premier étant mon préféré).
Ces petites précisions établies, passons au vif du sujet.

Terminator, c’est une saga créée par le cinéaste américain James Cameron, à qui l’on doit notamment des blockbusters comme Aliens Le Retour, Abyss, Titanic ou Avatar.

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5Cette saga raconte le duel que se livrent Sarah Connor et son fils John contre des robots tueurs humanoïdes venus du futur. Pourquoi ces robots en veulent à la famille Connor ? Tout simplement car dans le futur, un holocauste nucléaire baptisé Jugement Dernier va avoir lieu, décimant les trois quarts de la population humaine mondiale. L’instigateur de ce drame sera Skynet, une intelligence artificielle qui après être devenue autonome décrétera que l’humain est une menace à sa survie et déclenchera la guerre du jugement dernier, d’abord à coup d’armes de destruction massive, puis pour écraser les humains survivants par des moyens plus terre à terre, grâce à une armée de machines.
Les humains survivants se sont ralliés sous une appellation commune nommée simplement «  Résistance  » dirigée par… John Connor.
Quand Skynet découvrira la possibilité de voyager dans le temps, son premier acte sera d’envoyer une de ses unités de combat dans le passé, un robot humanoïde de type T-800, afin de liquider Sarah Connor avant qu’elle ne donne naissance à John. La résistance fera de même en envoyant un soldat nommé Kyle Reese pour protéger Sarah. Tout ces événements ont lieu dans le premier film, The Terminator sorti en 1984.

6Si la première mission est un échec pour Skynet, le bougre avait de la suite dans les idées puisque ce n’est pas un, mes deux Terminators que le super ordinateur avait en fait envoyé dans le passé : Le second Terminator, un prototype de type T-1000, une machine à tuer composée de métal liquide pouvant prendre n’importe quelle apparence, est envoyée en 1993 afin de tuer John Connor alors qu’il n’est qu’un adolescent. La résistance, au courant de ce plan, enverra cette fois-ci un Terminator T-800 reprogrammé afin de protéger John Connor. Tout ça a bien sûr lieu dans le très célèbre Terminator 2 : Le Jugement Dernier sorti sur les écrans en 1991.

7Loin de s’arrêter là, Skynet va de nouveau envoyer un Terminator dans le passé, cette fois-ci d’apparence féminine et appelé T-X afin de liquider John adulte juste avant le Jugement Dernier qui, malgré tout les efforts du film précédent, est inévitable… Dans le même temps, la résistance envoie un autre Terminator, un T-850, reprogrammé pour défendre John contre le T-X. Ces événements sont relatés dans le troisième film, Terminator 3 Le Soulèvement des Machines.

8Mais la résistance avait de la suite dans les idées et a envoyé un autre Terminator reprogrammé dans les années 70 pour protéger Sarah Connor encore adolescente, afin que celle-ci soit entraînée pour faire face aux menaces futures mais cela va provoquer plusieurs imbroglios temporels. Voir Terminator Genysis pour de plus amples détails.

Remarquez que je ne parle pas de Terminator Renaissance, qui lui se passe dans le futur et montre les premières heures de la guerre contre les machines.

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Mais revenons au premier film, car c’est lui qui nous intéresse le plus ce mois-ci.

La genèse de Terminator est à la fois simple et compliquée car comme beaucoup de projets personnels, il aura fallu toute la détermination de James Cameron pour mener celui-ci jusqu’au bout.
Nous sommes en 1981 et James Cameron est au plus mal : Trop soucieux de livrer un travail de qualité, le jeune réalisateur, d’abord superviseur des effets spéciaux puis bombardé réalisateur suite au départ du premier réalisateur, est renvoyé du tournage de la série B d’horreur Piranha 2 Les Tueurs Volants par son producteur, Ovidio Assonitis qui finira seul le tournage.

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Rentré aux États Unis, Cameron, très marqué par cet échec (dont il n’a pourtant réalisé que le quart) n’a alors qu’une idée en tête, se réapproprier le film et malgré tout, donner « sa » vision de Piranha 2.
Les producteurs américains du film le gratifient alors d’un allez simple pour l’Italie afin de rencontrer l’antipathique producteur. Arrivé en Italie, Cameron est reçu par Assonitis qui bien sûr, refuse que le jeune réalisateur touche de nouveau au film, le pédant rital lui projette même le premier montage, qui, selon les propres dires de l’intéressé, horrifie James Cameron par sa médiocrité. Traumatisé que son nom soit associé à cette chose filmée, Cameron tente le tout pour le tout et rentre par effraction dans les bureaux de son producteur afin de sauver les meubles et réaliser le montage du film. Bien mal lui en prendra puisqu’il est découvert et jeté dehors… (4).

Sans le sou, incapable de se payer un ticket de retour pour les États-Unis, Cameron erre dans son hôtel, se nourrissant des restes des plateaux repas traînant dans les couloirs. Le bougre fini par tomber malade et c’est durant une nuit de fièvre qu’il fait un cauchemar durant lequel il voit une vision prophétique pour lui, un demi squelette de métal armé d’un couteau sortant d’une explosion.
A son réveil il s’empresse de dessiner cette idée et la garde de côté.

11Le premier croquis de James Cameron pour le futur Terminator

Une idée nouvelle que ce robot ? Pas si sûr puisque Cameron avait déjà touché à la menace robotique en 1977 avec un court métrage nommé Xenogenesis qui racontait l’histoire d’un homme tentant d’échapper au robot ménager à chenilles d’une station spatiale, l’apparence basique dudit robot refera d’ailleurs surface dans Terminator, sous l’apparence des centaures, ces monstrueuses machines à chenilles que l’on voit durant les visions du futur de Kyle Reese, chez Cameron aucune idée ne se perd  !


Le court métrage xenogenesis

Rentré à Los Angeles, il commence alors à poser les bases de son futur Terminator à savoir l’histoire d’un robot tueur venu du futur. Alors qu’à l’époque tous les jeunes réalisateurs rêvent d’une carrière à la John Carpenter qui vient de connaître un énorme sucés avec Halloween La Nuit des Masques et son petit budget, Cameron lui, voit plus grand, plus élaboré, plus flamboyant. Découragé par son agent qui lui assène qu’il perd son temps avec son histoire de robot, il décide seul et envers et contre tous de mener son projet à bien.
Le scénario en poche, Cameron et sa petite amie de l’époque, Gale Anne Hurd commencent à démarcher les producteurs à commencer par Roger Corman dont James Cameron est un ancien des effets spéciaux. Le faiseur de séries B fauchées déclinera la proposition, se rendant compte que le scénario de Cameron est bien trop ambitieux et novateur pour un producteur de son niveau.
Hurd essuie refus sur refus, les producteurs étant soit trop frileux à financer un film réalisé par un quasi inconnu, soit voulant réécrire et s’approprier le projet : Impossible pour Cameron, qui souhaite chapeauter le projet de A à Z.

12Gale Anne Hurd, Le Terminator et James Cameron

Les grands studios les ayant envoyés bouler, Hurd et Cameron se tournent vers des boites de production plus modestes et trouvent un accord avec Hemdale, une société de production britannique dont la spécialité est la production de spectacles musicaux (notamment ceux de Black Sabbath), la promotion d’événements sportif (la promo du match de boxe Ali/Foreman, c’était eux), les conseils fiscaux pour les artistes (!?) et…  L’installation du câble dans les hôtels ! Accessoirement, suite au déménagement de la société aux États-Unis, ils produiront quelques films de séries B, avec aucun succès notable.

Pour mettre toutes les chances de leur côté lors de la présentation de leur projet à John Daly, président de Hemdale, Gale Anne Hurd et James Cameron élaborent un stratagème : Ils font appel au comédien Lance Henriksen, rencontré sur le tournage de Piranha 2, et lui demandent de faire irruption lors du rendez-vous grimé comme le robot du futur film : Henriksen s’exécute et surgit dans le bureau du malheureux producteur portant un blouson en cuir et affublé d’une énorme plaie au crâne. L’effet et garanti, le producteur, bien qu’effrayé est conquis et un accord est signé, viendront se joindre à la fête une autre petite société de production, Orion. Reste à trouver le casting et va se jouer là un joyeux jeu de chaises musicales.

Le principal souci est bien sûr de trouver un interprète crédible pour le Terminator. On parle d’abord évidemment de Lance Henriksen, rapidement écarté au grand dam de l’acteur qui se retrouvera affublé d’un second rôle de chair à canon (5), de Jürgen Prochnow, puis de Mel Gibson (qui déclinera l’offre), de Tom Selleck (qui déclinera lui aussi suite à son blocage sur la série Magnum). Pour le moment aucun rôle majeur n’est encore fixé…
Le producteur d’Orion Mike Medavoy soufflera alors l’idée à James Cameron de rencontrer Arnold Schwarzenegger pour le rôle de Kyle Reese, à l’époque le musculeux acteur est tout juste auréolé du succès de Conan le Barbare. Pas du tout emballé par l’idée, Cameron accepte néanmoins de rencontrer Schwarzy afin de juste, selon lui, serrer la main de Conan et l’expédier du projet. Mais durant leur déjeuner, Cameron est séduit par le charisme et l’enthousiasme du monumental Autrichien et remarque que le body builder ne fait que parler du rôle du Terminator et pas du tout de celui de Kyle Reese, après quelques réflexions, pour James Cameron, tout est clair, il tient là son méchant  !

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Seulement il y a un hic, Arnold Schwarzenegger doit avant tourner la suite de Conan, le nanardesque  Conan le Destructeur. Néanmoins cela laisse neuf mois à James Cameron et sa clique pour fignoler les détails du tournage de Terminator et trouver les acteurs manquants. Linda Hamilton et Michael Biehn seront castés pour les rôles de Kyle Reese (à l’origine prévue pour le chanteur Sting !) et Sarah Connor.

14Michael Biehn et Linda Hamilton

Le tournage commence et à la surprise générale, Arnold Schwarzenegger arrivera sur le tournage fin prêt, s’étant déjà passablement formé pendant plus d’un mois au maniement des armes à feu et ayant travaillé son jeu, notamment grâce à un autre robot tueur, celui joué par Yul Brynner dans Mondwest, le film de Michael Crichton. Le professionnalisme et l’enthousiasme du géant est communicatif, et il va vite devenir une figure de prou edu film.
Niveau effets spéciaux, Cameron va s’attacher les services de Stan Winston et Dick Smith, à l’époque loins de la renommée qu’ils auront plusieurs années plus tard. Avec un budget réduit, les deux compères vont redoubler d’ingéniosité et faire jouer leur expérience héritée de leur formation dans les studios de Roger Corman. En mélangeant prothèses, animatroniques et miniatures, les deux hommes vont signer des effets spéciaux bluffant : Peu le savent mais, par exemple, le camion citerne qui explose à la fin du film est en fait un miniature  !
Néanmoins, le tournage de Terminator ne sera pas de tout repos : A quelques jours du début du tournage, Linda Hamilton se casse la cheville et devra se faire violence durant tout le reste du tournage. De plus, la plupart des scènes se jouent de nuit et l’équipe n’a parfois pas eu les autorisations nécessaires et doit filmer à l’arrachée et se dépêcher de remballer le matériel.

Rajouté à cela un budget qui ne fait qu’augmenter au fur et à mesure du tournage, tant est si bien que les producteurs vont vouloir que le film se termine après l’explosion du camion citerne. Hors de question pour James Cameron, qui quitte la réunion en insultant tout le monde et hurlant qu’il finira le film sans argent si il le faut, ce qu’il fera, filmant les plans finaux sans le moindre sous  : Ainsi le crâne broyé sous la presse hydraulique et la séquence finale de Sarah Connor parlant dans le magnétophone seront tournés sans que personne ne soit assuré d’être payé.

Les producteurs fulminent, voulant à tout prix stopper Cameron qui va trouver en un des producteurs, Lindsley Parsons, un allié inattendu : Vieux briscard du cinéma, il est conquis après voir vu un premier montage du film et va couvrir et protéger Cameron, allant jusqu’à poster des vigiles devant le bureau où sont entreposés les bobines du flm pour que les producteurs ne les confisquent pas.

Une fois terminé dans la douleur, reste un défi de taille : Comment vendre le film ? Et c’est là qu’est tout le problème car Terminator est un nouveau genre à lui tout seul, mélange de science fiction, d’action et d’horreur, les producteurs ne savent pas comment le vendre autrement que comme une série B d’action, ce qui à posteriori déçoit beaucoup James Cameron, même si Terminator fut un succès quasiment immédiat au box office, il aurait pu selon lui avoir un succès beaucoup plus important si les producteurs l’avaient vendu autrement que comme «  un Dirty Harry avec un robot  ».


Bande annonce française de Terminator

Pour Arnold Schwarzenegger c’est la consécration, même si il n’y goûte que sur le tard : En effet, quand Terminator sort sur les écrans, l’Autrichien est parti en Italie tourner l’un des pires films de sa carrière, Kalidor la Légende du Talisman… Il notera néanmoins très amusé à son retour aux États-Unis que sa côte de popularité est sérieusement montée à la hausse.
Malgré toutes les difficultés rencontrées par le réalisateur et son équipe sur le film, les faits sont là : Œuvre portée à bout de bras par James Cameron, enfantée dans la douleur et mal distribuée à sa sortie, Terminator fut un succès retentissant là où les autres films du genre sortis à l’époque furent des échecs. Il est aujourd’hui un film totalement culte et quasiment trente ans après sa sortie, il n’a rien perdu de sa force visuelle et émotionnelle, faisant au passage du robot Terminator une icône du fantastique aujourd’hui reconnaissable par tout les amateurs de cinéma.
Le film installera également James Cameron au panthéon des réalisateurs surdoués du cinéma américain pour les décennies à venir, une œuvre emblématique et iconique, tout simplement.

Avec désormais cinq films et une série télévisée à son actif, la licence Terminator et son univers particulièrement fouillé allait inévitablement intéresser les maisons d’édition de comics, prêtes à s’approprier les droits de cette poule aux œufs d’or. Mais contrairement à d’autres licences, pour Terminator c’est une autre paire de manches…
Pour faire simple et sans entrer dans les détails, les droits des différents films sont dispatchés chez différents producteurs et donc certains éditeurs : Les droits du premier film ont d’abord été détenus par le petit et éphémère éditeur Now Comics. Après la faillite de ce dernier, Dark Horse les récupère et les possède d’ailleurs toujours aujourd’hui.
Les droits du second film quant à eux échouent momentanément chez Marvel qui adapte le second film, puis Malibu Comics qui sortira trois mini séries avant que cet éditeur disparaisse lui aussi. A ce jour la licence Terminator 2 est détenue par Dynamite (qui possède également les droits des films RoboCop, ce qui leur a permis de publier un nouveau crossover RoboCop Vs Terminator en 2011).
L’adaptation de Terminator 3 (et ses préquelles) va elle aussi passer chez un petit éditeur, Beckett Comics. Même traitement pour Terminator Salvation qui est adapté sous la bannière IDW… Pour ensuite être récupéré par Dark Horse !

Comme vous l’avez compris, les comics Terminator, c’est une véritable foire d’empoigne et autant être franc, peu valent le détour. La plupart des productions Dark Horse sont intéressantes, le savoir faire de l’éditeur sur ce genre de productions n’étant plus à faire (je conseille notamment les excellents et récents arcs The Terminator : 1984 / 2029, publiés en France chez Soleil US), par contre pour ce qui est des autres éditeurs, la qualité est plutôt disparate, on va du mauvais (les adaptations des films) au seulement bon (la mini série Terminator : Infinity), le plus intéressant restant très honnêtement les crossovers.
Moi et les crossovers, c’est une grande histoire d’amour et j’ai bien entendu lu tout les crossovers Terminator et j’ai été surpris par certains d’entre eux, déçus par d’autres, rapide tour d’horizon.

Robocop Vs The Terminator signé par Frank Miller et Walt Simonson : Que dire sur ce crossover mythique ? Beaucoup de choses justement tant sa qualité n’est plus à prouver et je ne le ferai pas aujourd’hui, déjà par manque de place et parce que ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui. Juste un conseil, lisez-le.

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Superman Vs The Terminator, Death To The Future : Une épreuve casse gueule, pourtant relevée avec brio par Alan Grant qui mélange habilement la mythologie Terminator à celle de Superman, faisant du Cyborg Superman un futur allié de Skynet et du kryptonien un résistant du futur, un très bon crossover plein de bonnes idées et mené de main de maître, une curiosité fichtrement intéressante, à conseiller aux amateurs (6).

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Aliens Vs Predator Vs The Terminator : Un condensé de tout ce qu’il ne faut pas faire dans un crossover, à savoir des références maladroites, un scénario en roue libre et un final ridicule… A éviter, et c’est un fan absolu des trois licences qui vous dit ça.

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Robocop/Terminator Kill Human : Un très bon crossover, original et bien écrit blindé de références, de bonnes idées et de moments d’anthologie, un rêve de fan… Gâché par une partie graphique absolument calamiteuse, j’ai rarement vu des dessins aussi laids et très honnêtement, ils gâchent la lecture de ce qui aurait put être quelque chose de vraiment intéressant.

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Painkiller Jane Vs Terminator : La suite plus bas  !

Painkiller Jane Vs Terminator est donc publié en 2008 conjointement dans deux séries, à savoir les numéro 4 et 5 de la seconde série Painkiller Jane et dans les numéros 6 et 7 de la mini série Terminator : Infinity. Les quatre numéros seront collectés dans un trade paperback intitulé Painkiller Jane Vs Terminator : Time To Kill. C’est écrit par Jimmy Palmiotti et dessiné par Nigel Raynor.

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L’histoire commence alors que Jane est en train de faire la peau à un groupe de trafiquants de drogue français (il faut le dire, même si ça ne sert à rien), une fois sa besogne effectuée, elle et son amie Maureen décident d’aller faire la fête pour se détendre, car oui, faire exploser des dealers, c’est dur.
Dans un autre temps, en 2029 pour être plus précis, un groupe de résistants découvre une installation secrète de Skynet et réussi tant bien que mal à y pénétrer en esquivant des requins Terminator (oui, oui, des requins Terminator). Les résistants, une fois dans la place, ont juste le temps de voir un homme et une femme disparaître dans des boules de lumière : Pour ce qui est de l’homme, on apprendra plus tard qu’il s’agit en fait du premier Terminator envoyé en 1984 pour tuer Sarah Connor, quand au second, un Terminator à l’allure féminine, l’une des résistantes, une rousse un peu tête brûlée nommé Vanessa aura comme bonne idée de détruire les commandes de ce qu’il semble être de toute évidence une machine à voyager dans le temps, envoyant ainsi la mystérieuse femme à une autre époque que prévue…
Retour à notre époque, en 2008, Jane et Maureen sont en train de se saouler tranquillement quand une immense femme nue apparait dans les toilettes du bar et agresse Jane pour lui voler ses vêtements. Une bagarre s’engage et la femme s’enfuit, emportant au passage le manteau de Jane tout en massacrant plusieurs personnes sur son passage.

Forcées de mettre fin à leur beuverie, Jane et Maureen commencent alors une longue nuit qui va consister à traquer la meurtrière, traque plutôt facile puisqu’elle consiste à en fait suivre les cadavres laissés dans le sillage de ce qui est en fait et vous l’aurez deviné, un Terminator  !

Dés les premières pages, il est évident que Jimmy Palmiotti cherche à rendre hommage au premier film, tant le côté visuel en est très proche : L’histoire se déroule de nuit, dans un milieu urbain et est très violent. De nombreuses références sont faites à la saga cinématographique, du « I’ll Be Back » à certaines scènes complètement repompées (voir la scène finale par exemple), tout est réuni pour que ce crossover soit bon et pourtant, ce n’est pas le cas…

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Autant être honnête, j’ai beau adorer Painkiller Jane, j’ai beau adorer Terminator, ce crossover n’est pas bon, les raisons à cela sont multiples et évidentes : D’une part le scénario manque cruellement d’idées, rendre hommage c’est bien, encore faut il faire preuve d’un minimum d’originalité pour suffisamment se démarquer de l’œuvre originale. Là on dirait juste que Palmiotti c’est dit « Ok, Terminator c’est quoi ? Un robot venu du futur qui poursuit ses victimes avec des fusillades et des explosions. » et bien non, c’est pas que ça et même si ce n’était pas l’intention du scénariste, un robot venu du futur qui poursuit ses victimes avec des fusillades et des explosions, c’est en gros ce que l’on retiendra de cette BD… Le scénario est plat et imprécis, ainsi on se demande à quoi servent certains passages (la scène du début où Jane tente de récupérer une de ses amies dans un squat), quels sont les réelles motivations du Terminator (avoir comme objectif de tuer quelqu’un de précis, c’est bien, mais pourquoi tuer TOUT LE MONDE qui croise sa route !?) et pourquoi le scénariste fait autant traîner certains passages très verbeux complètement anecdotiques et inutiles (certaines discussions entre Jane et Maureen ou encore entre certains résistants du futur).

Quand on regarde les films Terminator ce sont des films qui vont à cent à l’heure, avec un rythme très rapide et ce n’est pas le cas de cette BD qui traîne parfois beaucoup trop et dont le rythme est cassé par ces trop nombreux passages inutiles.

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Pour finir sur ce point, certes les Terminator sont des films violents mais dans cette BD, la violence y est clairement exagérée et outrancière : Le Terminator tue sans ménagement et aveuglément un peu toutes les personnes qui croisent sa route sans que parfois l’on comprenne vraiment pourquoi, comme dans la scène de l’appartement, quasiment incompréhensible, le Terminator se comportant comme une sorte de Michael Myers mécanique.

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Dans la catégorie des idées brumeuses de cette BD, on notera aussi l’introduction dans le futur d’un second Terminator féminin qui semble important… Mais dont ont ne saura finalement rien du tout.

Même le climax de fin retombe comme un soufflet, longuement introduit, il est expédié en quelques pages pour finir sur un plan archi-classique…
Du niveau de l’histoire, Painkiller Jane est donc et selon moi et comme vous l’aurez compris, une vraie déception et visuellement, malheureusement ce n’est pas bien glorieux non plus…

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Les dessins sont signés Nigel Raynor et au fur et à mesure de la lecture, un constat s’impose : Il a du  mal. Du mal avec à peu près tout, déjà son trait vif et volontairement peu détaillé ne se prête pas, je trouve, à ce genre de récit, demandant un certain souci du détail, notamment dans la représentation des créatures et engins mécaniques. Ensuite plus la lecture avance et plus son dessin devient grossier, probablement poussé par des deadlines, on sent une volonté d’en finir au plus vite tant est si bien que sur les dernières pages, les Terminators ne ressemblent plus vraiment à grand chose d’autre  que des mecs en armure avec un crâne en métal…
Si les premiers épisodes sont assez plaisants à lire, la lecture devient au fur et à mesure et à l’image de l’histoire, très laborieuse et c’est bien dommage.
Visuellement, c’est donc un bilan en demi-teinte, tantôt réussis, tantôt bâclés, les dessins ne sont pas un véritable désastre mais auraient put être beaucoup mieux.

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Bilan peu glorieux en ce qui concerne ce Painkiller Jane Vs Terminator : Avec son histoire parfois trop longue et imprécise et ses dessins inégaux, il est loin d’égaler le quasi sans fautes du Robocop Vs Terminator de Miller et Simonson et également loin de rivaliser avec l’originalité du crossover Superman Vs Terminator d’Alan Grant. Comme quoi parfois, même avec les meilleures intentions du monde, ont peut se louper…

Terminator est une série de films mythiques qui après plus de trente ans d’existence continue de passionner les nouvelles générations et j’en suis sûr continuera de le faire. C’est ce qui fait la force d’une saga, continuer de passionner les foules tout en passant les fossés générationnels et c’est ce qu’à réussi Terminator. Aujourd’hui c’est un pan entier de la culture pop, reconnaissable et reconnu, décliné en comics, jeux vidéos et même en jouets.

Le robot Terminator est devenu l’une des figures emblématiques de la science fiction moderne, aux côtés de Star Wars ou Alien et même ceux qui ne connaissent pas ou peu les films le reconnaissent sans peine et c’est bien là la preuve de sa popularité.
James Cameron a réussi le rêve de tout fana de science fiction, créer son univers, le viabiliser et le faire durer envers et contre tous et malgré les difficultés qu’il a rencontré : Terminator, plus qu’une histoire de robots, c’est avant tout l’histoire d’une passion et c’est ça le plus beau  !

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1 : A savoir qu’elle a aussi eu droit à un téléfilm en 2005, téléfilm qui a surtout servi à démarcher les producteurs pour la série, téléfilm d’une qualité particulièrement discutable cela dit en passant, pour donner un ordre d’idée, ce téléfilm est un peu à Painkiller Jane ce qu’était le téléfilm Buffy Contre les Vampires pour la série du même nom.

2 : Elle rencontrera d’ailleurs le justicier de Marvel lors d’un crossover, inédit en France.

3 : La création des 22 Mariées est antérieur à celle de Painkiller Jane, ce gang de filles à était créé par Jimmy Palmiotti et Joe Quesada en 1995.

4 : Néanmoins, une version director’s cut de Piranha 2 circula un temps en VHS et LaserDisc, la légende racontant que cette version est en fait le montage de James Cameron.

5 : James Cameron se rattrapera en lui confiant le rôle d’un autre robot, celui de Bishop l’androïde dans Aliens, Le Retour.

6 : Anecdote amusante, c’est dans ce comic qu’apparait pour la première fois un nouveau modèle de Terminator, incarné par une jeune femme blonde, préfigurant ce que sera le T-X de Terminator 3.

 

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2 Commentaires

Classé dans Comic of the day

2 réponses à “Les Jeudis de l’Angoisse (des comics) # 21

  1. J’adore la saga Terminator, surtout les deux premiers (parce que les suites, hein…) mais j’ai jamais compris pourquoi Skynet n’a pas envoyé le Terminator buter Sarah quand elle n’était encore qu’une gamine.

    D’ailleurs, si Sarah s’était mise sur liste rouge, il aurait fait comment, le T-800, pour la localiser vu qu’elle n’aurait pas été dans le bottin ? Il n’avait pas de photo d’elle implanté dans sa cyber-puce (un comble quand on sait que Skynet devait avoir accès à moult fichiers informatiques).

    Enfin, recourir à l’arme atomique pour éradiquer une partie de l’humanité est une mauvaise idée car les explosions nucléaires, outre les radiations, émettent de puissantes vagues électro-magnétiques qui sont fatales aux machines et aux ordinateurs, ce qu’est Skynet. Recourir aux armes chimiques et bactériologiques aurait été plus logique.

    Je pinaille mais je reconnais malgré tout que cette saga roxe du poney et le Terminator est devenu une icône de la culture-pop, au même titre qu’Aliens, Predator, Robocop, Rambo, etc…

  2. Jay Lordinator

    « J’ai jamais compris pourquoi Skynet n’a pas envoyé le Terminator buter Sarah quand elle n’était encore qu’une gamine » : Si tu as vu Terminator Genesys, tu as eu dû avoir ta réponse 😉

    Après pourquoi le T-800 a tellement de mal à retrouver Sarah Connor dans le premier film ? Tout simplement parce que après sa rencontre avec le T-800, elle a tout fait pour disparaître, changeant souvent de nom et d’endroits. Idem pour John Connor, qui a fait de même en effaçant toutes les informations le concernant lui et sa mère des bases de données informatique juste avant le début du Jugement Dernier.

    Pour ce qui est de l’arme atomique, ce fut le premier acte de Skynet, ce fut des frappes précises et vu l’intelligence du programme, je pense qu’il a bien prévu que les ondes électromagnétique ne touche pas ces systèmes. C’est quand il s’est rendu compte que certains humains avaient survécus et commencé à résister qu’il a activer le programme Terminator, plusieurs années plus tard si je me souviens bien.

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