Sex and Violence : la review de Julien Lordinator #2


Rapide Review  : SEX & VIOLENCE  : Un peu des deux, mais pas trop… [UPDATE]

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Note de l’auteur : Il y a quelques temps, j’avais chroniqué le premier volume de l’anthologie Sex & Violence, une série de récits scénarisés par Jimmy Palmiotti et Justin Gray ayant (supposément) pour thème le sexe te la violence. Un deuxième volume de trois histoires a ensuite été publié, de même que deux volumes en France chez Glénat Comics.
Cette review est donc une version augmentée de ma précédente chronique, prenant en compte la version publiée en France par Glénat et comportant les deux volumes, soit 5 récits au total.

Que de belles promesses que le titre de ce creator owned  ! Annoncé en grandes pompes via Kickstarter, Sex & Violence est en fait le fruit de deux scénaristes : Justin Gray et Jimmy Palmiotti, qui fournissent chacun une histoire avec pour thème central, le sexe et la violence bien sûr.

Les cinq histoires sont radicalement différentes, chacune tablant sur des ambiances particulières : Le milieu du porno underground pour la première, le voyeurisme pour la seconde, une histoire plus intime pour la troisième, un récit de guerre pour la quatrième et enfin une histoire très glauque pour la dernière. Les histoires étant indépendantes les unes des autres, je vais y aller dans l’ordre.

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La première histoire, signée Justin Gray s’intitule Pornland, Oregon, et prend pour base la ville de Portland apparemment renommée pour son milieu porno. On y découvre un homme, enquêtant sur la mort de sa petite-fille dont la dernière trace est une vidéo porno dite « gonzo » (du porno amateur assez violent, souvent dédié à internet). Son enquête le mènera à s’intéresser à ce milieu et à découvrir qu’il à peut être eu un rôle dans la mort de sa petite-fille.
Le pitch de départ semble intéressant, tout du moins au début car le récit, malgré une bonne base, se révèle en fait être somme toute assez classique, jusque un dénouement qui laisse une désagréable impression de déjà-vue. De plus, même si le fait de placer l’action dans le milieu du porno est assez original, on se rend vite compte que c’est assez secondaire et on s’éloigne rapidement du sujet.

Pour ce qui est de la partie graphique, là c’est un carton plein : Jimmy Broxton met ce récit en image de main de maître avec des ambiances sombres, soulevées par des teintes de rouge étouffantes correspondant parfaitement au thème du récit. De ce coté, c’est donc une franche réussite, dommage que le scénario ne tienne pas toutes ces promesses…

En résumé, Pornland, Oregon est un récit qui aurait pu être plus incisif aux vues de son sujet particulièrement controversé et sulfureux, malheureusement il n’en est rien, Justin Gray ne prenant pas trop de risques avec son récit en se contentant de raconter une histoire un peu trop classique et au final assez éloignée de ce que semblait promettre l’auteur au départ. L’histoire aurait sûrement mérité d’être un peu plus extrême et de plus, collée à son sujet de départ pour complètement convaincre.

Voyons la deuxième partie, intitulée A Girl in a Storm et signée Jimmy Palmiotti au scénario et Juan Santacruz aux dessins.

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Cette histoire a pour personnage principal une jeune femme flic dont on devine l’homosexualité de façon un peu suggérée, au fur et à mesure du récit. Cette jeune femme solitaire, stressée par son travail et seule dans la vie, va se transformer en véritable voyeuse quand un couple de deux jeunes et jolies femmes vont s’installer dans l’appartement en face de chez elle. Dés lors, la vie du couple va devenir le seul intérêt de notre héroïne, rythmant sa vie, jusqu’au jour où des événements vont finir par briser le quotidien de notre voyeuse amateur.
On passe donc vers une ambiance radicalement différente et contrairement à la première histoire, l’accent est mis ici sur les personnages et l’évolution de notre héroïne qui, au travers du quotidien de ses voisines, va apprendre à s’accepter et s’interroger sur elle-même. Certaines scènes sont assez intéressantes, notamment la discussion sur la plage, que je vous laisse le soin de découvrir.

Même si l’histoire est assez intéressante et ponctuée de passages plutôt réussis, il faut quand même reconnaître que dans l’ensemble, comme la première histoire, c’est tout de même assez classique et le dénouement assez prévisible fleure bon le happy-end un peu poussif.
Pour ce qui est de la partie visuelle, Juan Santacruz fait du très bon travail avec notamment une gestion des ombrages et des courbes (pour une histoire montrant pas mal de nudité, c’est plutôt une bonne chose), renforcée par l’excellent boulot de colorisation du studio Challenging.
Visuellement et comme pour la première histoire, on a donc du très haut niveau et chaque planche est un régal.
Pour en finir sur ce second chapitre, même si dans l’ensemble cette histoire réussi à passionner plus que la première, une fois la lecture finie on a encore cette sensation d’avoir déjà vu ou lu ça ailleurs. Néanmoins, j’ai personnellement plus apprécié cette seconde histoire à la première, cela vient surtout du fait que le personnage principal est attachant et les quelques rebondissements tiennent en haleine jusqu’au dénouement, même si celui-ci est assez prévisible.
Un bon moment de lecture, sans plus.

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Troisième récit, et c’est pour ma part celui que j’ai le plus apprécié, intitulé Daddy Issues. Un homme a une chance inouïe : Après avoir fait la connaissance d’une femme sexy qui l’invite chez elle et lui fait passer une nuit torride, le lendemain matin l’heureux homme se retrouve à partager le quotidien de la fille de celle-ci qui, une jambe dans le plâtre, lui demande de l’aider dans son quotidien d’handicapée momentané pour, notamment, prendre sa douche et d’autres choses qui mette invariablement sa plastique en valeur. S’en est trop pour l’homme, qui fini par craquer et se jette sur elle, visiblement satisfaite du résultat. Cerise sur le gâteau, il cède également à une demande aussi étonnante qu’excitante de la jeune allumeuse. Laquelle ? Il faudra lire pour le savoir mes coquins amis !
Des 5 récits, Daddy Issues et le récit qui reste le plus suggestif sexuellement parlant : Les différentes situations dans lesquelles se retrouvent notre (mal)heureux héros aux mains de l’adolescente perverse sont vraiment scabreuses et correspondent bien à l’appellation subversive de l’album.
L’histoire est en soit assez simple mais son coté gentiment sexy rend celle-ci agréable à lire. Très inspirée par les histoires de ce genre publié dans les années 50, c’est une histoire courte dans laquelle le plus important est la chute, que je vous laisse le soin de découvrir.
Dessinée par Romina Moranelli, visuellement l’histoire est très réussie et est très honnêtement la plus jolie de l’album.
Malheureusement, encore là, il s’en dégage une très grande impression de déjà vu que la chute finale, assez prévisible, ne parvient pas à atténuer…

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Quatrième récit, Red Dog Army, nous raconte l’histoire d’un aimable éleveur de chiens russe, forcé durant la seconde guerre mondiale à dresser des chiens kamikaze pour contrer les chars allemands durant la campagne de Russie. Extrêmement violente et cruelle, cette histoire est en soit assez réussie, dépeignant une face assez méconnue de la guerre et l’un des stratagèmes les plus absurdes et cruels concernant l’utilisation des animaux durant la seconde guerre mondiale.
Histoire particulièrement réussie avec son héros touchant et son aspect brute de décoffrage, Red Dog Army est également servi esthétiquement par un dessin sale et sombre signé Rafa Garres, servant à merveille l’aspect glauque et violent de l’histoire.
Mais (car il y a un mais…) aussi réussie que soit cette histoire, on se demande très sincèrement ce qu’elle vient faire dans cette compilation car de sexe il n’est ici nullement question et cette histoire, aussi violente soit-elle, aurait plus eu sa place dans une compilation d’histoires sur la guerre…

Dernière histoire, Filler, suit la vie d’un tueur en série, de ses premiers meurtres encore adolescent à sa vie d’adulte. Glauque, violente et immorale, la vie de ce sinistre personnage est ponctuée de frustrations sexuelles, de meurtres sadiques, le tout dans une impunité quasi-totale car l’intelligence de cette ordure finie lui permet toujours de s’en sortir sans une égratignure.

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Encore une fois la chute vaut le détour, finissant de brosser le portrait de ce personnage amer et violent, satisfait et se complaisant de sa condition d’être violent.
Filler s’inspire de beaucoup de récits et de tueur en série réels : On voit ainsi des références évidentes au film American Psycho, lui même déjà très inspiré de la vie du tristement célèbre Ted Bundy dont le « héros » de Filler est une sorte d’itération sur le même moule.
Filler est une histoire réussie avec son côté immoral et son protagoniste principal absolument détestable, le tout illustré par des dessins sombres et détaillés signés Vanesa R Del Rey.
Histoire réussie certes, mais là encore, si celle-ci aurait eu parfaitement sa place dans un recueil d’histoires horrifiques car si elle donne tout ce qu’il faut niveau violence, niveau sexe on est encore loin du compte et ce n’est pas la base de frustration sexuelle du personnage principal et les quelques scènes suggestives qui méritent pleinement la dénomination d’histoire de «  sexe  »…

Un petit mot avant de conclure sur l’édition française, qui comme à chaque fois avec Glénat est irréprochable : Hardcover, papier glacé et reliure de qualité, l’album se conclut par une galerie de couvertures aussi sexy que joliment signées en majeure partie par Amanda Conner, une bien belle édition, qui fait honneur à l’éditeur.

En conclusion, est-ce que ce Sex & Violence tient ses promesses avec son titre, soyons franc, un peu racoleur ? Clairement, non… De la violence, il y en a, beaucoup dans la plupart de certaines histoires, peu dans d’autres, mais franchement pas de quoi s’offusquer. Du sexe ? Franchement, j’ai lu des comics bien plus suggestifs que ça, ici on a beau montrer de la nudité et des scènes érotiques (ma foi assez légères), la dénomination « sex » du titre est franchement un peu exagérée et je le répète, j’ai lu bien plus démonstratif que ça.

Donc Sex & Violence porte un titre qui dans le fond ne lui sied pas forcément et malgré les pitchs assez enthousiasmants, je suis ressorti assez déçu de la lecture de ces histoires, je m’attendais à quelque chose de plus extrême et de plus audacieux. J’ai eu l’impression que les deux auteurs ne faisaient qu’effleurer les deux thèmes du titre de leur BD et n’ont pas oser prendre des risques et surtout sans jamais vraiment trouver un véritable équilibre entre les deux.
Après, si l’initiative des deux amis peut motiver d’autres auteurs à se lancer aussi dans la publication de titres un peu plus mature, alors j’espère que cette BD sera la première d’une longue liste.
La réflexion que l’on pourrait également faire c’est est-ce que au final, avec un titre pareil, les deux auteurs n’ont ils pas voulu faire un effet de buzz autour de leurs deux récits ? Honnêtement, je me pose la question, malgré l’admiration que j’ai pour les deux scénaristes…

Sex & Violence, de Justin Gray et Jimmy Palmiotti disponible depuis le 18 novembre 2015 en France chez Glénat Comics

1 commentaire

Classé dans Comic of the day

Une réponse à “Sex and Violence : la review de Julien Lordinator #2

  1. Dju

    90% d’accord avec toi.. . en fait mes histoires préférées sont Daddy Issues et Filler ( mais surtout pour la façon dont elles sont racontées et la fameuse chute « à la Creepshow »).

    Pour le reste, tu as tout dit, je m’attendais également à quelque chose de beaucoup beaucoup plus « extrême » et j’ai été finalement assez déçu…

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