Evil Empire : La review de Julien Lordinator


Rapide Review  : Evil Empire tome 1 et 2

La politique aux États Unis est un thème rarement abordé de front dans les comics. Quand ça l’est, c’est rarement pour en faire une critique et la plupart du temps dans le mainstream les politiciens sont soit véreux, soit au dessus de tout soupçon mais rarement dépeints avec des nuances plus ou moins appuyées.
Quid du mainstream, dans les comics indépendants, la politique est également un thème qui ne passionne guère, les héros des comics indépendants étant souvent des rebelles insoumis ou des partisans de l’autorité œuvrant pour ces mêmes politiques (avec en général un retournement de veste salvateur).
Evil Empire prend le contre-pied de tout ça et s’intéresse directement aux arcanes de la politique, ses rouages et ses manigances. Un parti pris osé et risqué, mais est-ce qu’il est réussi ? Réponse de suite.

Come on!
Yes I know my enemies
They’re the teachers who taught me to fight me
Compromise, conformity, assimilation, submission
Ignorance, hypocrisy, brutality, the elite
All of which are American dreams

Rage Against The Machine – Know Your Enemy (Rage Against The Machine, 1992) (1) (2)

3Evil Empire à pour héroïne Reese, jeune chanteuse américaine rebelle et reconnue pour ses textes violents et engagés, qui va en pleine période électorale se faire approcher par Sam Duggins, le candidat (supposé) démocrate (son affiliation politique n’étant pas vraiment révélée durant le récit). Au début réticente à frayer avec une catégorie de personne qu’elle méprise, Reese va peu à peu se laisser séduire par ce jeune homme charismatique et ambitieux. Dans le même temps, son adversaire, le conservateur Kenneth Laramy (supposé républicain) qui jusque là prônait les bonnes valeurs américaines, va dans un accès vengeur assassiner sa femme qu’il accuse d’avoir battue sa fille pendant des années alors que lui était trop occupé avec sa carrière politique, il commet de plus son meurtre en s’inspirant des textes d’une des chansons de Reese
Laramy devient alors le symbole d’une partie du peuple américain et de leader conservateur va devenir une icône rebelle prônant la rébellion et la justice expéditive. Mine de rien cela laisse une occasion inespérée à Sam Duggins de briguer plus facilement la place de président, n’ayant plus d’adversaire notable en face de lui.
Mais très vite, les doutes vont assaillir Reese et les indices collecter à droite à gauche la mener à découvrir des machinations bien plus complexes dont elle est en fait, une actrice active contre son gré.

5

Dans le tome 2, la situation devient explosive et Reese devient malgré elle la meneuse d’un mouvement visant à rétablir l’ordre dans son pays : Trop d’anarchie tue l’anarchie et celle qui auparavant prônait la rébellion cherche maintenant à rétablir un semblant d’égalité dans un pays à feu et à sang…

De base le concept de Evil Empire est couillu : Parler de politique dans un comic, c’est risqué, la plupart des lecteurs, moi le premier, ne s’intéressant pas vraiment à ce sujet. Et bien dans le cas d’Evil Empire, c’est plutôt réussi car cela reste intéressant sans devenir pompeux, notamment grâce aux personnages bien écrits de Max Bemis, Reese en tête qui est sans conteste un des personnages féminins les plus intéressants que j’ai lu ces derniers temps : A la fois rebelle, touchante et forte, c’est un personnage que l’on prend vite en sympathie. Même chose pour les autres personnages, du détestable Kenneth Laramy au séduisant Sam Duggins en passant par la fille de Laramy, les personnages sont subtilement écrits et tous très bien caractérisés, leur donnant une vraie constance.
Le récit est logiquement très proche de Reese que l’on suit dans le premier tome dans des dédales de machinations plus ou moins élaborées, le lecteur découvrant comme elle un milieu pas vraiment enviable…
Finement écrit, je reprocherais juste au récit une certaine grossièreté dans la représentation de ce milieu dans la seconde partie du premier tome, où une histoire jusque là maîtrisée se conclut de façon beaucoup trop classique et prévisible, néanmoins, c’est un sentiment que j’ai eu en fin de lecture et je pense, sera probablement différent d’un lecteur à l’autre.

4

Dans le second tome, l’aspect politique est quelques peu laissé de côté au détriment d’une ambiance d’anarchie incontrôlable, présentant d’un côté les plans du nouveau président des États Unis pour faire sombrer son pays de plus en plus dans le chaos et de l’autre les tentatives de Reese pour déstabiliser le pouvoir en place.
Ce second tome s’ouvre sur une petite histoire indépendante présentant un tueur en série très gêné par le désordre se déroulant à l’extérieur, ce sinistre personnage va du coup prendre une décision aussi radicale que surprenante…

6Niveau dessin, les trois premiers épisodes du premier tome sont signés Ransom Getty et je dois dire que l’artiste signe ici une prestation de toute beauté : Ses personnages sont superbes et très expressifs et ses planches sombres et détaillées frôlent parfois le génie, de toute évidence un artiste à suivre de très prés.
Quant aux deux derniers épisodes et la quasi totalité du tome deux, ils sont dessinés par Andrea Mutti, artiste italien (dont j’avais déjà parlé dans mon Jeudi de l’Angoisse (Des Comics) consacré à Highway To Hell), prend la relève avec plus ou moins d’efficacité, son style tranchant singulièrement avec celui de Getty, le passage d’un dessinateur à l’autre étant assez brusque. Même si le dessinateur se débrouille bien, il fait un peu pâle figure derrière le sans faute de son prédécesseur.

L’histoire d’ouverture du second tome est quant à elle dessinée par Joe Eisma (dessinateur de l’excellent Morning Glory Academy), qui est très franchement très bien fichue : Le trait est plus clair que celui de Mutti et se prête assez bien à l’histoire, se déroulant avant le début de l’anarchie.
Bilan en demi-teinte donc sur le coté esthétique, si Ransom Getty avait tenu la barre du début à la fin, Evil Empire aurait sans conteste sa partie graphique comme avantage notable.

Au final, Evil Empire est-il aussi efficace et subversif que ses couvertures (qui égayent cette review) le laisse entendre ?

Après une courte réflexion, je dirais que oui : Prendre le parti de parler politique était un pari risqué et même si cela est fait de manière ludique et accessible, cela reste néanmoins une entreprise louable et du coup, malgré quelques lieux communs sur la fin du premier tome, maîtrisé dans son ensemble.
Ajouté à cela des personnages bien écrits et une partie graphique certes inégale mais plutôt exemplaire, vous comprendrez que je ne peux que vous conseiller la lecture de ces deux premiers tomes d’Evil Empire.

Evil Empire Tomes 1 et 2, disponible en France depuis le 3 février 2016 et le 6 juillet 2016 chez Glénat Comics.

1 :

2 : Evil Empire est également le titre du second album de Rage Against The Machine

 

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1 commentaire

Classé dans Comic of the day

Une réponse à “Evil Empire : La review de Julien Lordinator

  1. Chouette article ! Sais-tu si la série est finie, ou encore en cours ?
    Merci 😀

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