Archives de Catégorie: Artist of the day

Hommage à Bernie Wrightson (par Julien Lordinator)


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Difficile de trouver un titre efficace et original lorsqu’une de vos idoles quitte ce monde… J’ai choisi quelque chose de sobre et de direct et ma foi assez classique.
Classique, si il y a bien un mot qui dans les faits caractérise à merveille le travail de Bernie Wrightson, c’est classique, dans le sens le plus noble du terme.

Bernie Wrightson est décédé ce dimanche. Lui qui même sur son lit d’hôpital continuait de signer ses prints, a su durant sa carrière magnifier l’horreur au travers de ses dessins. Je ne vais pas faire une longue nécrologie de l’artiste, beaucoup l’ont déjà fait et le feront sûrement encore après moi, personnellement, Wrightson m’a beaucoup influencé et faisait partie de mes artistes favoris, c’est donc plutôt de mon admiration pour lui et de quelle façon lui et son travail m’ont profondément marqué dont je vais parler.

Mon premier contact avec l’artiste se fit au travers du crossover Batman / Aliens (dont j’ai déjà parlé plus longuement ici) : Nous sommes en 1998, je ne lis des comics que depuis quelques années et déjà c’est une claque. Un trait fin et détaillé, des splash pages énormes et magnifiques (ce plan sublime du vaisseau écrasé en pleine jungle amazonienne ou cette abomination xénomorphe de fin de récit !) et je suis loin de me douter que ce premier contact avec l’art de Bernie Wrightson allait être déterminant pour moi et le futur de ma passion pour les comics, plus particulièrement d’horreur.

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Bien des années après, j’arpente les brocantes à la recherche de comics old-school en version française (ce que je fais toujours d’ailleurs) et c’est une seconde claque visuelle en découvrant au détour d’un de mes chinages un numéro de La Créature du Marais chez Aredit sobrement intitulé La Créature du Marais : La Dernière des Sorcières. Véritable révélation artistique, à l’époque je dessine déjà un peu mais je viens de trouver un de mes maîtres, Wrightson va devenir mon inspiration et sans vouloir copier son style, lorsque je dessine, je veux faire ce genre de chose !

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Dés lors je vais tenter de me procurer un maximum du travail de l’artiste et ma quête va inévitablement croiser celle de son Frankenstein. Détail amusant, à l’époque je n’ai jamais lu ce roman et ma première lecture se fera donc au travers de la version illustrée par Bernie Wrightson et avec le recul, je n’aurais pas pu rêver meilleur premier contact avec ce classique : Plus que de l’illustrer, Wrightson le magnifie, le complète, et lui donne une véritable identité visuelle. J’ai passé des heures à admirer chaque page, relevant chaque détail et admirant la complexité de ses illustrations. Plus qu’une influence, ce livre fut pour moi un moteur et une motivation à me dépasser, à mon niveau de gribouilleur amateur du dimanche bien sûr.

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Il y a des artistes qui marquent la vie des passionnés, pour moi, Bernie Wrightson fait partie de ceux là : C’est un modèle que j’ai perdu ce week-end, une motivation, et le meilleur hommage que je peux lui rendre est de continuer à essayer de me dépasser, encore une fois, à mon niveau.
Depuis ce week-end, si les monstres pouvaient pleurer, ils pleureraient sans aucun doute la disparition de celui qui a su les rendre beaux, qui a su leur rendre hommage en les magnifiant au travers de ses dessins et ses illustrations, ce portraitiste du macabre, cet artiste au talent monstrueux leur manquera, tout comme il manquera à ceux qui comme moi, admirait son art.
Le Docteur Frankenstein cria « Il est vivant ! » à la naissance de son monstre, et dans nos cœurs, vivant, Bernie Wrightson le sera toujours.

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[NDLK]

Magnifier l’horreur. C’est exactement l’expression que j’aurais employé pour donner un sens à l’oeuvre de Bernie Wrightson.
Même si le genre dans lequel il évoluait n’était pas nécessairement aux goûts de tous, régnaient dans toute son oeuvre bel et bien la Technique et l’Art à proprement parler qu’aucun être humain dans ce bas monde ne pourrait contester.
Bernie était non seulement un maître, pour moi l’un des quatre piliers de ce fameux Studio, mais avant tout cet artiste qui naviguait sans cesse sur ce fil si fragile qui lie l’horrifique à la poésie.
Sa disparition est pour moi synonyme d’une perte sans pareille. Sans l’avoir jamais connu je savais qu’il était un homme bienveillant, cela se voyait tout simplement dans ses œuvres, car tout ses monstres avaient bien cela en commun : ils étaient bien plus humains que la plupart d’entre nous.

Je peux ici vous faire part d’une anecdote que nous partagerons à tout jamais entre Julien, Bernie, et moi. Si il fallait nommer un Empereur au sommet de la pyramide de nos affects communs celui-ci se nommerait sans équivoque Bernie Wrightson.
Il y a quelques années Julien a traversé quasiment tout le pays pour venir me rendre visite dans mes contrées sudistes. Malgré nos nombreux différents, sur de bien belles choses nous restons unanime, et le genre horrifique fait partie de nos valeurs communes.
Un jour où nous prospections quelques trouvailles dans un vide grenier en plein cœur de la ville rose, Julien tomba nez à nez sur l’édition de Frankenstein parue chez Albin Michel. Le livre était en très bon état, pour un prix très avantageux, ni une ni deux j’en suis depuis ce jour l’heureuse propriétaire et ce grâce à l’œil aiguisé de notre Julien National. Je suis depuis ce jour tombée sur d’autres exemplaires mais pas aussi bien conservés que celui que je possède actuellement, et je ne remercierai jamais assez mon ami de me l’avoir mis sous les yeux.

Bernie Wrightson nous manque déjà énormément, et nous les freaks orphelins il ne nous reste plus désormais qu’à replonger dans son univers peuplé de goules, créatures du marais et autres zombies décharnés, des êtres souvent empreints d’une certaine mélancolie poétique, c’est bien l’état dans lequel nous sommes depuis dimanche dernier.

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Angoulême 2017 : Rencontre Internationale avec Chris Claremont


L’autre moment fort de ce FIBD fut la Rencontre Internationale consacrée au scénariste de légende Chris Claremont, architecte des meilleures histoires concernant les X-Men, n’hésitant pas à transmettre dans ses récits des sujets graves, modernes et sociétaux allant bien au delà d’histoires basiques de super héros.
Responsable entre autre du couple formé par Destiny et Mystique, contribuant également à rendre des personnages tels que Ms. Marvel (Carol Danvers)Storm, Jean Grey ou Kitty Pryde, aussi notoires et appréciés qu’elles le sont aujourd’hui, Chris Claremont interrogé par Ed Piskor nous parle autant de son expérience de scénariste durant toutes ces années chez Marvel, que de ses états d’âme sur l’Amérique d’aujourd’hui.

Ces trois vidéos (un peu floues, parfois, désolée) sont en VO non sous-tirées, la traduction de la conférence se faisait en effet en direct par le biais d’interprètes et audibles par écouteurs.
Je fais confiance à l’organisation du FIBD pour montrer d’ici peu un montage digne de ce nom comme ce fut le cas pour Daniel Clowes.

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Angoulême 2017 : Rencontre Internationale avec Daniel Clowes


C’est à l’auditorium du Conservatoire Gabriel Fauré que s’est déroulée l’excellente conférence dédiée à l’auteur culte Daniel Clowes (essentiellement connu pour son oeuvre Ghost World, récit générationnel encré dans les 90’s et adapté au cinéma par Terry Zwigoff qui contribuera à faire connaitre une jolie petite fleur du nom de Scarlett Johansson).

Animée par Romain Brethes et Christophe Ono-Dit-Biot, journalistes à l’hebdomadaire Le Point, cette rencontre a très bien su cerner la carrière et les influences de cet artiste emblématique (dont le dernier album Patience est paru aux Editions Cornélius), figure inévitable lorsque l’on se réfère à la culture des comics underground, au même titre qu’Harvey Pekar, Robert Crumb ou Charles Burns.

Traduite une fois de plus avec maestria par Miceal Beausang-O’Griafa, cet entretien très enrichissant reste l’un de mes meilleurs souvenirs de cette édition du FIBD, notamment grâce au fait que l’auteur donne volontiers son avis (tout comme Claremont d’ailleurs) sur le contexte politique que vit actuellement son pays…

Mise à jour du 14/02/17 :

Voici la vidéo officielle que le FIBD vient de mettre en ligne pour cette conférence, beaucoup plus agréable à regarder 😉

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Terry Moore, la conférence


Parfois dans la vie, il vous arrive de faire des choses complètement hallucinantes. Certains sautent en parachute, sans parachute pour atterrir dans un filet de la taille d’un mouchoir de poche, moi je fais des trucs moins spectaculaires mais dans mon organisme, ça a le même effet.
J’ai eu donc le grand privilège il y a quelques jours de pouvoir animer un panel avec l’auteur qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Cela s’est produit à la Comic Con Paris, nous étions une poignée de fidèles mais par bonheur, Jean Serge de la Wip Agency (que je remercie chaleureusement) a su immortaliser ce moment.

Pendant une heure trop courte, nous avons parlé de sa carrière bien sûr avec ses trois principales publications, Strangers in Paradise, Echo et Rachel Rising, mais également des œuvres littéraires qui ont pu l’inspirer dans sa jeunesse, de ses bifurcations chez les Big Two, pour finir avec son nouveau projet, Motor Girl, dont le premier numéro est sorti hier et recèle bien des surprises.

J’ai eu l’immense plaisir d’être accompagnée de Thierry Mornet, rédacteur en chef de Delcourt Comics et responsable (avec la formidable Marie-Paule Noel) du fait que Echo et Rachel Rising soient publiés en France – avec une prochaine réédition de SIP prévue pour l’année prochaine – ainsi que de Mathilde Tamae-Bouhon, la plus grande traductrice de tout le multiverse.

Pas mal de scoops ont été annoncés par Terry Moore lors de ce panel, et c’est une grande fierté pour moi d’y avoir contribué.

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Look at the sky, it’s full of stars tonight.


Comme la plupart d’entre vous j’imagine, je suis très peinée par la disparition subite de Darwyn Cooke. Il était est l’un de mes artistes favoris, mais plus que tout, il fait partie de ces dessinateurs qui ont le pouvoir de vous donner envie de lire des comics en une seule illustration.

Son style rétro évoquant de la plus simple et salvatrice des manières l’imagerie positive des super héros, son goût prononcé pour le genre du polar qui nous aura permis de lire de très belles œuvres, son aptitude incroyable à savoir superbement dessiner les corps féminins, aucun de ces exemples ne sauraient le définir, c’est certain.

Darwyn Cooke est celui qui a contribué à redonner ses lettres de noblesse à Catwoman en 2001, lui attribuant un nouveau look qui perdure encore, la sublimant en quelque sorte. Sa version de Wonder Woman dans The New Frontier est également l’une de mes favorites, sans aucune hésitation.

J’éprouve en ce moment même un immense regret, celui de n’avoir pu le rencontrer de quelque manière que ce soit, sa générosité et son génie se manifestant sans équivoque par la beauté de ses œuvres.

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Comme une aube de justice : Interview de Claire Wendling


Claire Wendling est une artiste sublime, de premier ordre. Peu d’artistes sont capables de me laisser pantois par leur beauté et leur versatilité. Claire est de ceux-là. Je suis émerveillé par sa maîtrise, pleine de grâce, du corps humain et de l’anatomie animale. Contempler ses œuvres me procure une joie absolue.

Frank CHO (Liberty Meadows, Shanna the She-Devil)

En janvier dernier, il m’a été très difficile de garder mon sang froid en assistant de manière impuissante au mauvais esprit et à la condescendance la plus basse de certaines lumières spécialisées (et non spécialistes) dans la bande dessinée sur Internet concernant Claire Wendling.
Comme si « L’Angoulême Gate » et sa série de catastrophes n’avaient pas été suffisants, le coup de grâce fut donné par la remise en cause, ou le manque de pertinence aux yeux de certains de voir son nom parmi ceux d’Alan Moore et Hermann en lice pour être récompensés du fameux Grand Prix du FIBD.
Le principal argument invoqué alors était le manque de parutions de l’artiste au regard des deux auteurs nominés à ses côtés, un site web n’hésitant pas à gonfler la bibliographie d’Alan Moore (comme si cela était nécessaire) avec la plus belle des mauvaises fois possibles pour étayer ses propos, jusqu’à remettre en cause l’influence phénoménale que Claire a pu engendrer auprès de ses pairs, et ce dès le début de sa carrière.

Au regard de cette injustice et surtout afin de permettre à Claire Wendling de s’exprimer vraiment sur le sujet, j’ai eu la chance (avec la complicité de Paul Renaud, Sullivan Rouaud et Stuart Ng que je remercie beaucoup) de pouvoir interviewer cette artiste exceptionnelle quelques jours avant le début du FIBD, au mois de janvier dernier.
En parallèle, et afin de prouver aux mauvaises langues que Claire a bel et bien une renommée et une influence qui dépassent largement nos frontières, de nombreux artistes internationaux de comics ont répondu à notre appel en témoignant leur profond respect pour son travail dont bon nombre d’entre eux puisent leur inspiration au quotidien.

Claire Wendling sera présente au TGS Springbreak à Toulouse les 9 et 10 avril ainsi qu’à la Paris Comics Expo du 15 au 17 avril 2016.

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Je te connais peu mais je sais que tu es très discrète, que tu ne veux surtout pas attirer l’attention sur toi, et encore moins de cette manière. Comment vis-tu cette soudaine surmédiatisation ?

C’est à dire que je suis discrète déjà en tant que personne, comme beaucoup d’artistes d’ailleurs. Ce n’est pas pour rien que je travaille seule, ou en équipe réduite. En tant que free-lance, je travaille à la maison.

Je n’arrive pas vraiment à poser de sentiment là-dessus, à vrai dire. A part que je suis très en colère parce que je réagis très vite quand on me marche sur les pieds. Je suis discrète, mais ça ne veut pas dire que je vais m’écraser devant les imbéciles.
J’ai paradoxalement plus de mal à gérer le déferlement d’amour que je viens de recevoir. En temps que fille -parce qu’on est là aussi pour en parler- on est limite habitué à devoir baisser les yeux quand on nous remercie ou félicite. C’est une question d’éducation contre laquelle tu as beau te battre, malgré tout, ça reste.

On va peut-être commencer par le commencement, quelle a été ta réaction quand tu as découvert qu’il n’y avait aucune femme nominée pour recevoir le Grand Prix cette année ? Penses-tu que cet “oubli” est symptomatique du milieu de la bande dessinée ?

Je crois qu’il est symptomatique de beaucoup de milieux, malheureusement. Dans la bande dessinée, on est même des bisounours à côté de beaucoup d’autres milieux, malgré tout. Surtout quand on compare aux jeux vidéos, où on a le sentiment par moment que la guerre est déclarée.

Quand j’ai vu ça, ma première réaction à été de pouffer de rire. Le pire, c’est que je crois qu’ils n’ont pas fait gaffe à ça, et dans un sens c’est bien car ça peut te mettre le cul entre deux chaises. On veut être reconnue pour le talent, pas parce qu’on est des filles (ce dont personnellement je me fous éperdument, comme beaucoup de nanas d’ailleurs)… c’est juste qu’on s’en rend compte parce qu’on est subjectivée en permanence.
Le problème est que ce prix est décidé par trois personnes. Qui sont ces trois personnes ? Quel est leur avis autorisé ? Quels sont leurs critères de choix ? Etc… Tout ça est un peu brumeux. L’absence de femme vient juste s’ajouter au fait que le prix n’a pas vraiment de sens.

Quand tu as des festivals de bénévoles, ou d’associations, ils donnent l’image qu’ils veulent à leur festival en récompensant qui ils veulent. Ils choisissent leur image. Ils vont s’orienter vers tel ou tel style, ou tendance de la bande dessinée, c’est normal. C’est des questions de passionnés. Quand les auteurs reçoivent des prix de ces festivals là, ils sont tout à fait honorés de faire partie de ce club le temps d’un week-end. Pourquoi pas.
Le problème est que le festival d’Angoulême est devenu une machine, un business. Ça génère des revenus. C’est une entreprise qui décide de la même façon d’avoir un certain type d’image. Le problème, c’est qu’ils se revendiquent comme « le Festival International de la Bande Dessinée », et ils prétendent DONNER la tendance. S’arroger le droit de dire ce qui est important dans la bande dessinée n’a aucun sens. On parle de trois personnes. C’est pour ça que toute cette histoire avec les auteurs les emmerde. Ils préféraient avoir la main mise sur ce prix.

Qu’as-tu ressenti quand tu as vu que de nombreux artistes voulaient te voir être récompensée ? Même si tu ne veux pas de ce prix, il reste quand même l’estime provenant de ses pairs que l’on ne peut sûrement pas refuser n’est-ce pas ?

Ma réaction est de me dire que j’ai bien bossé, quelque part. Ce qui m’intéresse, c’est mon travail, et de bien le faire. Je suis fière d’être arrivée à faire ce travail, qu’il soit parvenu jusqu’aux yeux des gens, que ça puisse faire résonner quelque chose chez eux, ça veut dire que quelque part j’ai bien bossé. C’est ma seule fierté.
Je pense que tu as pu déjà entendre ça avec d’autres artistes, c’est un travail qui est très demandeur en terme d’énergie personnelle, de dévouement. On n’a pas de vie réglée, c’est tout de même dur. Donc c’est bien de se dire qu’on a pas forcément pris le mauvais chemin.  

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On voit en ce moment beaucoup de gens essayer de te coller une étiquette ou une autre. Dessinatrice de BD, illustratrice, graphiste.
Déjà pour commencer, comment te considères-tu toi même ?

Je suis juste une personne qui dessine. Une free-lance. Ça ne pose strictement aucun problème dans tous les autres pays où je suis allée, ni dans tous les milieux que j’ai fréquenté d’avoir un statut bâtard. C’est finalement un statut assez habituel pour quelqu’un qui dessine. Certains vont le déplorer, invoquer la paupérisation des auteurs de BD qui sont obligés de faire d’autres trucs à côté. Mais ça peut aussi juste être le choix des gens, et il faut l’accepter.
Il n’y a pas de honte à être bâtard. Je suis née bâtarde, j’ai vécu bâtarde, et je le vis très bien. Mais ça a l’air de poser un problème ici. Rentrer dans le milieu du dessin, dans le milieu de l’expression artistique, c’est décider de la route qu’on veut, ce n’est pas pour autant une invitation à se prendre des seaux d’eau en pleine face par je-ne-sais-qui.
Personnellement je n’ai rien demandé à qui que ce soit, je fais ma route, mes essais. Je me fiche du bon goût, des clichés, des attentes. Ce n’est pas mon problème. Mon intérêt est dans ce que je fais, peu importe à quoi ça ressemble. L’essentiel est que j’y trouve un intérêt, et c’est ça qui nourrit ma vie.  

On estime à 15% le nombre de femmes travaillant actuellement dans la bande dessinée, que peut-on faire pour que ce chiffre augmente ? Est-ce que tu penses que les femmes s’intéressent moins à la BD que les hommes ou qu’au contraire elles font face à de vraies obstacles ?

Je pense qu’il y a une évolution de la bande dessinée en général, qui n’a plus du tout la même forme qu’il y a trente ans, ou même vingt ans déjà. Je ne sais pas à quel type de bande dessinée les filles s’intéressent, ou même plutôt les jeunes en général. C’est plutôt une génération.
Qui vont être les gens qui vont s’exprimer dans l’art séquentiel -comme on dit joliment – dans les nouvelles générations ? C’est une question intéressante. Est-ce qu’il y aura plus de filles, ça j’en sais rien, mais je pense que la multiplicité des supports multiplie le nombre de vues, d’envies, et de passions qui vont débuter. Quand j’ai commencé il y a trente ans, on était cinq ou six…

Est-ce que vous vous connaissiez ? Étiez-vous solidaires ?

La question se posait moins à l’époque. Le sexisme était tout aussi ambiant, de la même façon, mais malgré tout moins fort parce qu’on était moins nombreuses (rires).
Quand tu es une bête curieuse c’est une chose, mais quand ça tourne à « l’invasion de cafards », c’en est une autre. A ce moment là il faut qu’on te range dans une catégorie pour neutraliser la peur. « Les filles, ça fait ça ». Je sais comment sont les gens, c’est pas un problème. Que tu sois un homme ou une femme, il faut passer entre les gouttes.
Il faut surtout y voir un besoin de hiérarchiser, une lutte de classe, dans la bande dessinée ou dans n’importe quel milieu où tu vas. Donc quand je suis arrivée, j’ai dit : «  vous oubliez que je suis une fille » parce que c’est déjà assez compliqué comme ça. Quand j’ai fait mon premier bouquin, je ne voulais pas y mettre mon prénom.  Pendant des années, les gens ont cru que j’étais un homme. C’est un peu triste de sacrifier son prénom, mais je voulais être juste auteur. Je n’avais pas de revendication particulière, à part de faire un métier, sans courber l’échine. J’ai juste pris ma petite place.

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J’ai le sentiment que ton talent est plus apprécié à sa juste valeur à l’étranger (comme par exemple aux Etats Unis où tu as reçu un doctorat à l’Academy of Art University de San Francisco) que dans nos contrées Franco-Française.
Parmi les artistes étrangers que j’ai eu le plaisir de côtoyer, tous te considèrent comme une incontestable référence alors que chez nous, on est encore à se chamailler pour savoir si tu mérites ou pas d’être aux côtés d’Alan Moore et Hermann… Comment expliques-tu cette différence de considération ?

C’est souvent aux nanas qu’on pose la question du mérite. Je me suis sentie traitée comme une femme infidèle, ce qui est particulièrement désagréable.

Bon, j’ai passé plus de temps à travailler sur d’autres choses que sur de la bande dessinée française, voilà. C’est aussi une question de génération qui a eu plus accès à ce que j’ai posté sur internet, c’est à dire mes derniers boulots.
Pour ce que j’en sais, les passionnés aux États-Unis par exemple se repassaient mes bouquins (qui étaient très difficiles à trouver là-bas à l’époque), ils se faisaient des photocopies. Quand je travaillais dans certains studios d’animation là-bas, les gens me disaient qu’ils avaient des jeux de photocopies de mon boulot (c’est du propre !). J’avais déjà une présence avant d’arriver, curieusement. C’est le bouche à oreille, les réseaux sociaux de l’ère analogique, l’ancêtre d’internet et de Youtube.

J’aimerais revenir sur cette polémique du « trop peu d’albums pour être une auteure » que certains blogs ou même confrères et consœurs auteurs remettent sans cesse sur le tapis.
Dans les comics, on peut trouver nombre d’exemples d’artistes qui font très peu d’intérieurs, et beaucoup de couvertures, d’illustrations comme Adam Hughes, J.Scott Campbell, ou même Dave Stevens. Pourtant personne ne dit d’eux qu’ils ne sont pas des auteurs de comics comme on peut le lire te concernant. Les limites du « métier » semblent être plus inclusives, là-bas. Est-ce que tu attribues cette différence à du snobisme, ou vois-tu d’autres raisons spécifiques au marché français?

La considération pour ceux qui travaillent l’image aux États-Unis est différente de ce qu’on a en France. En France on catégorise plus les gens, on aime ce qui est facile à classer. Je pense qu’ils sont attachés à un certain modèle traditionnel -je parle des gens dont j’ai lu HÉLAS les critiques- Ils ont tendance à fermer portes et fenêtres à ce qui est différent parce qu’il ont peur que quelque chose se perde.
Je pense que s’ouvrir vers autre chose ne peut que te faire gagner. Je ne demande pas qu’ils se tournent vers moi pour autant (rires). Qu’on me laisse aller découvrir ce que je veux, par moi-même.
Mais tout ça ressemble à ces petites villes qui s’agrandissent, avec de tout qui pousse autour, et on se rend compte que cet art est un petit village. Jusque là, on préférait rester dans son petit village, avec son café, son boulanger, et ses petits gossips entre nous, et nos petites habitudes. Mais voilà, il faut s’y faire. Même moi ça m’emmerde parfois, mais il faut faire avec. La bande dessiné peut pas virer à la Corée du Nord, ça serait dommage. C’est beau autour. Il y a du talent. Il y a de quoi renouveler des imaginations qui fatiguent.

Est-ce que ces mesquineries entre auteurs ne souligneraient pas juste un manque de professionnalisme dans la BD en France ? Un manque de distanciation vis à vis du travail ? Pour ne pas dire, un manque de maturité…

Je ne veux pas parler au nom de tout un groupe, ça serait faire preuve d’un manque de respect pour la différence de chacun. Je crois que fondamentalement, ils y trouvent leur compte tant que ça roule pour eux… sauf que la caisse commence à avoir du kilométrage, et qu’elle roule plus si bien que ça par certains aspects.
Ce n’est pas mon affaire. Moi ce qui m’intéresse, c’est de voir ce qui évolue graphiquement, c’est de progresser, d’apprendre.
Là en fait, tout se mélange : la pratique et le statut. C’est ça qui est problématique. Moi je ne vois que ma pratique, parce que le statut ne me pose pas de problème. Mes problèmes sont ailleurs. Chacun se réclame d’un statut, alors qu’on le découvre petit à petit en faisant. Les envies changent, elles évoluent. Chacun a le droit d’évoluer sans qu’on lui savonne la planche.
Je ne suis pas là pour questionner le milieu de l’édition à la place de ceux que ça concerne.

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Lorsque l’on observe les réactions de tes nombreux soutiens en ligne, on remarque que les plus jeunes auteurs et artistes semblent se reconnaître dans une artiste protéiforme, touche à tout comme toi, bien plus que dans l’image traditionnelle de l’auteur de BD enchaîné à ses albums. Y vois-tu le constat d’une industrie moribonde, ou une évolution naturelle du métier s’adaptant aux nouveaux modes de communication?

Je crois que c’est un peu des deux. C’est un bien et un mal, quelque part. La nature ayant horreur du vide, elle chasse un modèle pour un autre. Je vois des gens capables et ayant envie de faire toute sorte de choses depuis vingt ans. Pour moi, c’est juste normal. C’est l’inverse qui m’étonne.
Après, c’est vrai que la situation de la bande dessinée commence à sentir mauvais pour les auteurs. C’est abominable. Le marché est saturé…je ne vais pas refaire l’historique de tout ça, mais j’ai été gâtée quand j’ai commencé ce métier il y a trente ans. Aujourd’hui, ils sont payés une misère, les ventes ne sont plus ce qu’elles étaient. Il faut soit être inconscient ou avoir une volonté de fer pour se lancer là-dedans. Donc la diversification est peut-être un pis-aller pour certains, mais c’est aussi une autre voie pour d’autres. Ça demande de travailler deux fois plus, c’est sûr.
Évidemment que moi aussi j’aurais aimé que ça paye mieux tout de suite mais on n’est pas là, nous auteurs, pour régler tous les problèmes de la société. Déjà qu’on n’est pas foutu de régler nos problèmes de retraite avec l’IRCEC et ce genre de choses en parlant d’une seule voix et en étant solidaires. On est tous dans le même bateau dans les métiers de la création. Refermons la parenthèse, donc oui, je suis contente qu’il y ai des portes de sortie pour les gens qui le veulent, pour survivre dans la création.

Qu’est-ce qui, toi, t’as poussée à te diversifier autant, et si tôt dans ta carrière ? (BD, comics, illustration, animation…)

Parce que j’en avais marre de la BD en fait. Je voyais tout le temps les mêmes personnes, il y avait une routine. Ça c’est en terme humain.
Pour ce qui est du medium, j’aime bien changer tout le temps. C’est assez pénible de me cantonner à la résolution de problèmes sur le même canevas. Ça finissait par me miner, vraiment. Je me sentais enfermée, d’autant plus que la vie d’auteur de BD c’est: bosser comme un fou sur un album, être fatiguée tout le temps, être en retard tout le temps, t’es pas payée à temps, tu attends tes droits, tu cherches des petits boulots à droite ou à gauche.
Avec tout ça je perdais une grosse partie du plaisir de dessiner. Je me suis vue y sacrifier ma santé là-dedans. Et puis je me suis rendue compte en quittant la bande-dessinée que j’avais oublié de parler à la moitié du monde, ceux qui ne font pas partie de mon milieu professionnel ni socioculturel. Je me suis dit que j’avais perdu beaucoup de temps en fait.

Cette polémique concernant le grand prix d’Angoulême a révélé avec horreur aux milliers de gens qui te suivent, une récurrence de bassesses, remarques perfides et autres attaques mesquines t’étant adressées avec le plus grand naturel de la part de la « critique », et même de membres de la profession en France. J’ai peur de demander mais, as-tu déjà fait face à ce genre de choses par le passé ?

Oh oui, bien sûr. Mais tous, on s’en prend plein la figure. Il n’y a même pas besoin de jalousie de la part des autres pour se recevoir de la rancœur. C’est les gens en face qui ont un problème avec eux-mêmes. Ils reportent sur toi leurs problèmes.
Alors quand tu es une fille, c’est là que ça se porte. Le paternalisme appuyé, ou me sortir que ce n’est pas moi qui dessine -il doit forcement y avoir des mecs qui m’aident. Ça je l’ai entendu tellement de fois. Les « on dit » des cons. Il y a toujours aussi une forme d’encouragement condescendant quand on s’adresse à une fille qui dessine. Moi j’ai rien demandé. Rentre chez ta mère ! (rires).
Je suis suffisamment dure avec moi-même pour attendre quoi que ce soit des autres. L’avis paternaliste de gens qui feraient mieux d’enlever les moufles avant de tenir un crayon… il y a des gens qui me font des réflexions alors qu’ils feraient mieux de bosser en carterie low cosy. Je ne prétends pas dessiner mieux que tout le monde, et j’entends qu’on me rende cette politesse.
Quand tu as travaillé dans le milieu de l’animation, tu n’as pas le luxe d’être prétentieux. Tu es entourée de brutes du dessin qui bossent h24, qui tombent du dessin comme qui rigole, et ils ne la ramènent pas. Ils ont réglé le problème de la confiance en soi en partie par le travail. Et je me sens mieux dans cet environnement, humainement et professionnellement loin des gueguerres de la bande dessinée.

Après, je n’ai rien à redire à cette sélection. Je n’ai rien demandé. Ce n’est pas une compétition, ni un match de boxe. Il faudrait que je me défende, que je fasse la fière-à-bras devant les autres concurrents ? Je n’ai pas demandé à être dans l’arène. Pour tout te dire, je n’ai même pas été prévenue de la nomination. Je l’ai appris sur Facebook. J’imagine que Moore ou Hermann non plus. Ne m’intéressant pas à tout ça, j’apprends que Moore a déclaré qu’il ne le voulait pas, et Hermann non plus. Je me retrouve au milieu, comme cible pour les ahuris. Je cumule toutes les tares. Une fille, qui n’a pas fait beaucoup de BD, qui s’est expatriée…la femme infidèle, quoi.
Cette année les gens ont voté pour moi, qu’est-ce que j’y peux ? Ils contestent ma légitimité à me retrouver là, comme si je les agressais, mais moi je ne demande que du respect. Tu vois des sites gonfler les bios des uns, et sucrer les trois-quarts de mes livres parce que c’est pas des BD…parce que les préfaces d’Alan Moore, ça compte comme de la BD peut-être ? C’est pourtant évident qu’ils sont plus gros et qu’ils ont toutes les chances de gagner. C’est quoi qui leur fait peur à ces gens ? C’est pathétique, et puéril. Surtout pour ça ! Il y a une entreprise qui leur a fabriqué une arène, et tout le monde s’écharpe dedans en m’y traînant de force. Tout le monde marche.

En attendant, on se fait bouffer par l’IRCEC.

J’image qu’il te tarde que tout ça soit terminé le plus vite possible ?

Oh oui ! Je n’ai pas pu bosser depuis une semaine. Franchement, je ne dors plus, j’ai perdu du poids. Les gens ne réalisent pas la violence du truc quand on est traîné de force dans une arène. C’est une vraie intrusion dans ma vie. J’ai besoin de travailler, de gagner ma vie. Je ne fais pas de vagues, je reste dans mon coin. Je ne suis pas le punching ball de quelques messieurs.

Il faut comprendre que le boulot devient de plus en plus dur pour tout le monde. Donc il est malvenu que ces gens du festival se permettent de taper sur tous les auteurs sans considération pour le fait que nous bossons pour qu’ils se fassent voir en société.  

Oui, je suis énervée.

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Incroyable ! Est-ce du chauvinisme mal placé parce-que Claire est pas assez Franco belge ? Je m’explique mal. Comment plutôt ne pas se gonfler d’orgueil a l’idée que Wendling est française et un trésor national ! Nul n’est prophète en son pays il faut croire. Pour ma part il est évident que le talent presque inhumain de Claire fait d’elle une géante parmi les géants de l’élite mondiale.

Yanick PAQUETTE (Swamp Thing, Wonder Woman Earth One)
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Claire Wendling fait partie des plus grands artistes de notre ère. Son œuvre rime avec excellence, fluidité et innovation. Je ne connais pas un seul artiste qui ne lui voue le plus grand respect ainsi qu’une immense admiration. Ses sketchbooks étaient souvent exposés dans les studios et les écoles où j’ai travaillé, afin d’encourager les esprits fatigués et les poignets endoloris. Les rares artistes impliqués dans le séquentiel ou dans l’animation qui ne connaissent ou ne révèrent pas son travail démontrent généralement de vastes lacunes dans leur vocabulaire.

Rick REMENDER (Low, Fear Agent)
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Pour une artiste à l’œuvre si rare, Claire Wendling s’avère étonnamment incontournable.
D’un point de vue professionnel, son travail m’a appris l’importance véritable du naturalisme en dessin, ainsi que la nécessité de rendre mon art expressif, au-delà de sa qualité esthétique.
J’ai tellement appris de ses œuvres en termes de composition, de jeu des personnages, de style.
En tant qu’enseignant, j’ai souvent recours à son travail dans mes classes d’art séquentiel et d’animation, en raison de sa capacité à jongler entre ces deux exigences, à soigner l’élégance aussi bien que le naturalisme. J’ai vu des générations d’étudiants atteindre l’excellence en explorant des livres comme Les Lumières de l’Amalou, Drawers 2.0, ou Iguana Bay 2.0.
Si vous aimez l’œuvre de Sara Pichelli, Elena Casagrande, Valerio Schiti, Eleonora Carlini et tant d’autres, vous pouvez remercier Claire. Son influence est également visible chez de nombreux artistes aux États-Unis, où son travail est sans doute bien mieux apprécié qu’en Europe.
S’il fallait nommer une femme dont l’art a influencé autant d’artistes que possible, le premier qui me vienne à l’esprit est celui de Claire Wendling.

David MESSINA (Bounce, Catwoman)
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Me voilà, assis devant mon ordinateur, à la recherche d’une formule bien tournée. Près de moi s’élève une énorme pile d’« inspiration », dans laquelle je pioche lorsque je me sens désespérément en panne de motivation. Au sommet se trouvent deux ou trois tomes des Lumières de l’Amalou, une série publiée au début des années 90, alors que Claire Wendling avait dans les 22 ans.
Mon message ? Si, à 33 ans et alors que votre carrière est au beau fixe, vous avez besoin d’un livre réalisé par une artiste de dix ans votre cadette pour vous rappeler qu’il y a encore de la beauté dans ce monde… soit votre existence est pathétique, soit cet être de 22 ans a quelque chose de véritablement exceptionnel. Quelque chose qu’on appelle le talent. Quelque chose qu’il convient de récompenser chaque fois qu’il croise notre regard.

Matteo SCALERA (Black Science, Indestructible Hulk)
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Claire est une prodige. Son œuvre a profondément influencé la majorité des jeunes artistes et professionnels de la génération actuelle à travers le monde, et ce à bien des niveaux.
Elle ne cesse d’inspirer des illustrateurs, animateurs, designers, créateurs de comics, et même des artistes tatoueurs.
Claire est une artiste fondatrice ; j’ai toujours pensé qu’il s’agissait là d’un fait acquis. Tout le tapage entourant sa nomination pour le Grand Prix a été une surprise de la pire sorte.
Mais après tout je ne crois pas à l’importance des prix, qui ne sauraient en aucune façon définir la valeur d’un.e artiste. Je ne vais donc pas vous dire de voter pour Claire, pas plus que pour Moore ou Hermann. Une chose est sûre: ils resteront tous dans les mémoires. C’est tout ce qui compte.

Sara PICHELLI (Ultimate Spider-Man, Guardians of the Galaxy)
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La première fois que j’ai vu Les Lumières de l’Amalou, j’ai été sidéré par la beauté des illustrations de Claire Wendling, et tout ce que j’ai vu d’elle depuis n’a fait que renforcer mon admiration. Sinueuse, sensuelle, ludique, charmante, à la fois musculaire et éthérée, son œuvre donne corps au numineux – non en rendant l’onirique solide et ordinaire, mais en liant solide et onirique ensemble, afin qu’ils se mêlent et coexistent. J’ai déjà eu la chance de travailler avec des artistes extraordinaires, mais j’adorerais collaborer un jour avec elle – car son crayon donne vie à des mondes comme nul autre pareils.

Kurt BUSIEK (Marvels, Avengers Forever, Astro City)
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Pour ceux d’entre nous qui aiment les dessins alliant grâce exceptionnelle et imagination sans bornes, l’œuvre de Claire Wendling domine tous les autres. Quant aux artistes, chaque image sortant de ses doigts leur met un coup de pied au derrière pour les pousser à se dépasser.

Charles VESS (Rose, Fables: 1001 Nights of Snowfall)
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Claire Wendling mérite les honneurs, non la controverse, pour son travail. Je ne lui en veux pas de garder ses distances avec la débâcle ô combien embarrassante du Grand Prix.

Terry MOORE (Strangers in Paradise, Echo, Rachel Rising)
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Mon studio ne saurait être complet sans un livre de Claire Wendling. Son influence est partout: depuis les cursus d’animation des universités jusqu’aux yeux de jeunes enfants submergés par son sens de la fantaisie et de la couleur. L’œuvre de Claire est une étoile lumineuse guidant nombre d’artistes perdus en mer.

Sean Gordon MURPHY (Punk Rock Jesus, The Wake, Tokyo Ghosts)
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Aux États-Unis, il y a longtemps que Claire Wendling est sacrée artiste préférée des artistes. Narratrice hors pair, elle donne vie, par son tracé époustouflant, à des créations inégalées.

Joe KEATINGE (Shutter, Ringside)
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L’œuvre de Wendling est une magnifique source d’inspiration. C’est l’artiste Moritat qui m’a fait découvrir ses carnets de croquis. J’ai aussitôt été happée par son tracé gracieux, puissant et dynamique, ses animaux pleins de vitalité, ses personnages uniques au caractère bien défini.
Peu d’artistes atteignent un tel niveau d’aisance en termes de puissance et de présence organique. Elle y semble installée depuis toujours. Chacun de ses traits est parfait. Quel merveilleux talent.

Pia GUERRA (Y: The last man)
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Claire Wendling est une véritable référence parmi ses pairs. Sa contribution dans les industries de la bande dessinée, de l’animation, et du film sont incommensurables en ce sens qu’elle contribue non seulement aux projets eux-mêmes, tout en touchant aussi les artistes qui œuvrent derrière. Je doute qu’il y ait aucun artiste professionnel travaillant soit dans l’animation ou la bande dessinée qui ne la cite pas comme une source d’inspiration en ce qui concerne l’excellence artistique.

Mingjue Helen CHEN (Gotham Academy)
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Claire Wendling fait partie des grands artistes de ce monde. Point barre. Son travail ne peut pas être engoncé ou coincé dans un genre ou un style, car il échappe à toute définition et étiquette. Elle est tout simplement une créatrice transcendante parmi nous restant.

Mark CHIARELLO (Art director chez DC, Hellraiser, Batman/Houdini: The Devil’s Workshop)

Merci à Bystrouska et Roudou pour leur amicale, fidèle, et inestimable contribution au fil des années, je vous kiffe ❤ .

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Angoulême 2016 : Rencontre Internationale avec Jason Latour


On continue avec la diffusion des conférences que j’ai pu filmer au FIBD d’Angoulême cette année, cette fois-ci avec l’un des auteurs les plus populaires de l’industrie actuellement, à la fois dessinateur et scénariste, n’hésitant pas à faire chaque mois le grand écart entre des séries à succès aussi différentes que Southern Bastards et Spider-Gwen.

De son rapport particulier avec le sud des Etats-Unis dont il est originaire à l’affection touchante qu’il éprouve pour sa version de Gwen Stacy, cette conférence nous permet d’en connaitre un peu plus sur la carrière et le parcours de Jason Latour, un auteur multitâche qui met un point d’orgue à créer une ambiance très marquée dans chacune de ses œuvres.
Quelque soit le genre des séries sur lesquellles il a travaillé (du super héros comme Winter Soldier, Wolverine and The X-Men, mais également des titres plus réalistes tels que Scalped ou Southern Bastards), Latour arrive à la fois à se démarquer de ses prédécesseurs et collaborer pleinement avec le scénariste ou le dessinateur qui oeuvre en sa compagnie, peut importe l’éditeur et la pression qu’il peut avoir sur les épaules (le premier numéro de Spider-Gwen avait quand même passé la barre des 300.000 exemplaires en terme de précommandes à l’époque…).

Autant de qualités que l’on découvre grâce aux questions de Xavier Fournier, et la traduction des réponses faite par les bons soins de Miceal Beausang-O’Griafa pour une intervention qui va durer un peu plus d’une heure, un des meilleurs moments que j’ai pu vivre lors de cette édition du FIBD.

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