Les jeudis


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Julien Lordinator et moi vous invitons à un nouveau rendez-vous mensuel qui symbolise un peu notre amour commun pour le genre horrifique, car malgré ce que l’on pourrait croire, il n’y a pas que les comics et les filles dans la vie.
L’idée est venue du cerveau complètement dérangé de mon poto Julien, grand amateur comme vous le savez de tout ce qui est bien dégueulasse, enfin non, je devrais le présenter autrement, de tout ce qui relève d’avoir un sens de l’esthétisme très prononcé, et qui a souhaité nous faire partager comme il sait si bien le faire son intérêt dans ce domaine avec toute la passion qu’on lui connait.
Le comics horrifique est un genre méconnu que nous affectionnons beaucoup, c’est pour cette raison que nous avons décidé de lui consacrer cette nouvelle rubrique, nous espérons qu’elle vous plaira et qu’elle vous fera découvrir de bien belles merveilles.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #31

Lucy Loyd’s Nightmare

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Les comics d’horreur et leur éditeur historique et emblématique EC (Entertainement Comics), sont un véritable pan de l’imaginaire collectif américain qui a influencé un nombre incroyable d’auteurs de part le monde, que se soit dans les bandes dessinées ou d’autres médias comme le cinéma ou la littérature.
Stephen King, Alan Moore, Frank Miller ou encore David Cronenberg, George A Romero ou Rob Zombie en étaient des fervents lecteurs et leur ont déjà rendu hommage à de nombreuses reprises (1). Emblématique de leur époque, leur héritage est encore très présent aujourd’hui et il arrive régulièrement que des auteurs leur rendent hommage : On a tous en tête la série télévisée culte qui en était directement inspirée, Les Contes de la Crypte, mais aussi au travers de films (Body Bags, Creepshow, Les Contes de la Nuit Noire entre autres) ou de récits d’anthologies et c’est aujourd’hui le cas puisque nous allons parler de Lucy Loyd’s Nightmare, ouvrage paru un peu dans l’indifférence générale en 2014 et pourtant pas dénué d’intérêt si les récits horrifiques vous passionnent, mais avant, c’est quoi un comic d’horreur ? D’où ça vient ? Petite piqûre de rappel.

Make you’re mommy cry
Daddy blows his mind
Listen up and learn, 
We’re not bad for the kids, we’re worse
Make ’em take offense
Taint your innocence
The first time always hurts
We’re not bad for the kids, we’re worse

Lordi – We’re not bad for the kids (We’re worse), Extrait de l’album To Beast or Not To Beast (2013)

Les comics d’horreur typiques, tel qu’ils ont été popularisés depuis les années 50 sont des histoires courtes où le plus important est la chute : Souvent morbides et/ou cruelles, elles sont aussi souvent au désavantage du méchant de l’histoire qui se retrouve pris à son propre jeu et en paye le prix fort.
Ces comics étaient très populaires au début des années 50 et ont connu durant cette période un succès phénoménal.

Malheureusement, cet âge d’or ne va pas durer : De la fin des années 40 au début des années 50, un psychiatre américain du nom de Fredric Wertham va mener une croisade très virulente contre les comics. Même si parmi les fans de comics il est surtout tristement connu pour ces observations/conclusions particulièrement fantasque sur les super-héros, sa campagne était au départ principalement axée sur les comics d’horreur et policier, les Crime Comics, qu’ils jugent responsable majoritairement de la délinquance juvénile.

Cet acharnement atteindra son apogée en 1954 et la publication de son livre La Séduction de L’innocent. Suite à la publication de ce livre, le docteur Wertham donnera nombre de conférences et une commission sénatoriale est créée, commission qui débouchera sur la création du fameux Comic Code Authority, un organisme chargé de contrôler le contenu des publications accessibles à la jeunesse aux États-Unis.

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Le docteur Wertham, examinant un comic

Les comics vont subir durant cette période un véritable acharnement médiatique (des séances publiques de bûcher durant lesquels les enfants brûlent leur collection sont même organisées un peu partout aux États Unis), EC ne s’en relèvera pas et ferme ses portes en 1955, laissant derrière elle un héritage encore présent de nos jours.
Les comics EC ont vu des auteurs emblématiques travailler dans leurs pages, ces auteurs sont maintenant considérés comme des légendes : Wally Wood, Harvey Kurtzman, John Severin ou Jack Davis ont offert aux EC Comics leurs plus beaux récits et ont marqué de leur empreinte tout un média et un pan de la culture populaire mondiale.
Il faudra attendre le début des années 60 pour revoir de nouveaux des comics d’horreur dans les étals américains et l’apparition d’un autre éditeur emblématique dans le domaine, Warren Publishings. Fondé par James Warren en 1960, la maison d’édition publie tout d’abord deux magazines consacrés au cinéma fantastique et de science fiction : Famous Monsters of Filmland et Monster World, au succès quasi immédiat. Suivrons deux autres magazines, Spacemen et Help!.
James Warren introduit d’abord timidement ce qu’il appelle les monster comics dans le magazine Monster World avant de lancer ses premiers titres entièrement dédiés au genre en 1964 avec la publication des magazines mythiques Creepy et Eerie.

Ces magazines en noir et blanc vont de suite avoir un succès phénoménal, et pour ne pas avoir de problème avec le Comics Code Authority, James Warren va prendre une décision simple : Ne pas apposer le logo de l’organisme et s’en affranchir.
De ce fait ses magazines vont immédiatement tomber dans la catégorie des livres pour adulte et les auteurs seront du coup libres d’y raconter les histoires qu’ils souhaitent, sans aucune limitation de contenu.
Autre différence, Warren délaisse le format comics, qu’il juge à l’époque trop similaire à celui des comics pour la jeunesse, pour un format magazine, plus attractif pour une audience plus âgée.
Durant plus de dix ans, les publications Warren vont de nouveaux remettre sur le devant de la scène les comics d’horreur et c’est encore un véritable festival d’auteurs devenus aujourd’hui des légendes de leur média qui vont travailler sur ces magazines, d’une part la plupart des auteurs ayant œuvré sur les publications EC vont faire leur retour chez Warren, mais l’éditeur verra aussi émerger une nouvelle génération d’auteurs tous plus talentueux les uns que les autres, la liste est particulièrement longue mais ont peut citer pêle-mêle des auteurs comme Dave Cockrum, Berni Wrightson, Richard Corben, Rich Buckler ou Pepe Romano qui feront leur début dans les pages des publications Warren (2).

Suite à une baisse d’intérêt de la part du public, des choix éditoriaux et financiers hasardeux ainsi que des problèmes de santé de son créateur, James Warren, Warren Publishings est déclaré en banqueroute en 1983. C’est l’éditeur Dark Horse qui reprendra les droits des magazines Creepy et Eerie et dans un premier temps, et en rééditera les histoires emblématiques avant de relancer en 2009 Creepy et Eerie en 2012.
Pour finir, il est bon de souligner que même si les éditeurs emblématiques de ce genre sont EC et Warren, DC Comics et Marvel Comics ont eux aussi publié nombre de comics horrifiques, certes moins démonstratifs niveau thème et imagerie que les deux éditeurs historiques du genre mais de qualité globale plutôt bonne, voir parfois excellente : Ainsi DC Comics publiera des revues particulièrement intéressantes comme House of Mystery, Tales of the Unexpected Swamp Thing ou encore It’s MidnightThe Witching Hour. Du coté de chez Marvel, les titres Tomb of Dracula ou The Monster of Frankenstein surferont aussi sur la vague, mais sans vraiment s’écarter nettement du genre super héroïque comme l’a fait DC Comics.
Pour trouver des titres plus proches de ce style chez Marvel, il faut plutôt se diriger à l’époque vers la ligne Epic, un dérivé de Marvel plus accès sur des publications « adulte ».

Le comics d’horreur est un thème franchement très vaste et passionnant sur lequel il y a beaucoup plus à dire que le résumé très succin que je viens de faire ci-dessus, peut-être qu’un jour je m’y attarderai plus en détails…
Enfin bref, revenons à nos moutons et passons au livre de ce mois-ci, l’excellent mais énigmatique Lucy Loyd’s Nightmare ! Pourquoi énigmatique ? Excellent au point que Kurt Russel y fasse un caméo ? Mais pourquoi toutes ces questions et pourquoi je m’emballe autant ! ? Pour la dernière question je ne sais pas, pour les autres, réponse tout de suite  !

Lucy Loyd’s Nightmare est un comic d’horreur publié aux États-Unis chez le petit éditeur Jinx Comics et en France en 2014 par Delcourt, le scénario est écrit par Lucy Loyd et les dessins sont signés Mike Robb. Enfin la colorisation est d’une illustre inconnue, qui signe juste du prénom Beverly.

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Lucy Loyd’s Nightmare est un recueil d’histoires courtes d’horreur, toutes plus ou moins liées de façon directe ou indirecte.
Le livre s’ouvre sur un court récit d’introduction : Joey rencontre une de ses amies, Candy, sur une brocante. Après quelques quelques courtoisies d’usage, Joey est assez surpris de découvrir sur le stand de Candy un exemplaire du dernier livre de Lucy Loyd. En le feuilletant, Joey découvre que le protagoniste de la première histoire n’est autre que… Lui-même ! Avant même de se rendre compte de ce qu’il se passe, Joey est brutalement écrasé par un poids lourd.

La première histoire intitulée Love Grass, nous présente un homme récemment divorcé rendu particulièrement nerveux par le bruit des paysagistes œuvrant dans la cour de son immeuble, se rendant compte que les paysagistes travaillent aussi non loin de l’immeuble dans lequel vit sa femme, il va mettre au point une terrible machination afin de se venger de celle-ci.

7 La seconde histoire est titrée Bad Habits et nous emmène à l’époque du far west faire la connaissance d’un shérif particulièrement truculent, amateur d’histoires scabreuses et vulgaires qui un soir va se retrouver confronté à une armée de zombies bien décidés à lui faire la peau.
L’histoire suivante a pour titre A Good Man.
Encore enfant, Sam n’aspirait qu’à devenir quelqu’un de bien. Vingt cinq ans plus tard, il est un clochard alcoolique dont la providence viendra peut être d’Eddy un ancien camarade de classe, mais les apparences sont parfois trompeuses…
La quatrième histoire, Inside, est l’une des plus intéressantes :  Jim est un fan de Lucy Loyd et il attend chaque nouveau livre de l’auteure avec impatience. Cependant, il n’attend pas les livres pour les mêmes raisons que les autres fans : Jim est en effet convaincu d’être une création de Lucy Loyd et que celle-ci prend un malin plaisir à lui faire vivre des histoires toutes plus horribles les unes que les autres et de le faire survivre à chaque fois pour le tourmenter de nouveau.

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Dernière histoire, Préhistorock et c’est avec surprise que le récit s’ouvre sur une conversation entre Bob et Syphilis, respectivement un tyrannosaure en plastique et un poisson rouge. Bob est en fait le jouet favori de Tommy, leader du groupe de rock Let’s Get Kill. C’est en fait Bob qui écrit et compose toutes les chansons du groupe, Tommy le cachant dans son appartement et s’attribuant toute la renommée. Seulement Bob commence à en avoir assez et va échafauder un plan pour se venger du chanteur.
Chaque histoire est entrecoupée de petits interludes montrant le destin du livre que vous tiendrez pendant la lecture, jusqu’à ce qu’il atterrisse entre vos mains. Ces petites histoires sont présentées par un mystérieux personnage au visage sombre nommé Jack, particulièrement cruel et sadique. On retiendra notamment le destin tragique de Timmy, un petit garçon prisonnier du destin que lui a réservé Lucy Loyd.

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A-t-on vraiment encore besoin de présenter Lucy Loyd ?
Si vous êtes fan d’horreur, le nom de cette écrivaine ne vous est probablement pas inconnu, dans le cas contraire, voici une rapide présentation ! Lucy Loyd est une auteure d’horreur américaine très prolifique : Durant sa carrière elle a signé de nombreuses anthologies d’histoires d’horreur, toutes adaptées par la suite en comics.
La première est Lucy Loyd’s Fantasy, c’est d’ailleurs dans ce premier livre qu’apparait le personnage de Jim (3), que l’on retrouve dans l’histoire Inside. Suivrons ensuite et entre autres les livres Lucy Loyd’s Darkness et Lucy Loyd’s Madness.
Lucy Loyd est une personne très secrète : On sait juste d’elle qu’elle est très âgée, qu’elle est handicapée et qu’elle ne se montre quasiment jamais en public. Elle n’a, de plus, jamais dédicacé un seul de ses livres.
On la dit acariâtre et souvent désagréable avec les dessinateurs travaillant avec elle, le seul avec qui elle a avoué avoir eu plaisir à travailler étant Mike Robb qui signe d’ailleurs l’intégralité des dessins de ce recueil ainsi que l’encrage. Je n’ai par contre trouvé aucune information sur la coloriste, qui signe simplement du prénom de Beverly (4).

La maîtrise de Lucy Loyd dans le genre horrifique est en soit assez impressionnante : chaque histoire à une chute franchement très surprenante et imprévisible, même moi qui suis très aguerri à ce style d’histoire je fus très agréablement surpris par ce livre et ces petites histoires qui brassent assez large niveau thème et ambiance : Amoureux transis de monstres, zombies, psychopathes, meurtriers, les thèmes sont variés et malgré la violence de certaines histoires elles sont à chaque fois teintées d’une pointe d’humour noir assez rafraîchissante dédramatisant un peu le sordide des scènes.
De plus, comme je le dis plus haut, chaque histoire est plus ou moins liée directement de façon astucieuse et on se surprend à chercher chaque référence à telle ou telle histoire dans la suivante ou la précédente.
Le quatrième mur est également régulièrement brisé, impliquant le lecteur dans l’histoire qu’il est en train de lire et renforçant ainsi l’immersion.
Enfin, pour les connaisseurs, les personnages sont représentés avec l’apparence de personnalités plus ou moins connues de l’univers du fantastique et de l’horreur : Ainsi Jim, le « jouet » de Lucy Loyd est manifestement l’acteur Kurt Russel alors que son psychiatre est un sosie de l’éditeur James Warren (voir plus haut pour plus de détails). Je suis quasiment certain d’en avoir raté d’autres, mais je suis sûr que la plupart des personnages sont inspirés par des personnes réelles gravitant autour du monde de l’horreur imaginée.

Niveau dessins, Mike Robb fourni un travail exceptionnel : Son trait est fin et détaillé, de plus le coté sobre et réaliste du dessinateur sied parfaitement à l’atmosphère sombre et crû de l’ensemble des histoires. Un choix parfaitement adapté, la partie graphique étant sans conteste un point fort du livre.
Enfin la colorisation, volontairement old school avec ses teintes pâles et claires est également très bien vu, renforçant le coté « hommage » de ce recueil. Personnellement, j’aurais rajouté une colorisation tramée en points, comme sur les anciens comics afin de renforcer cet aspect, mais bon, je chipote.

Lucy Loyd’s Nightmare est un comic d’horreur absolument jouissif : A mi-chemin entre hommage aux EC Comics et histoires aux thèmes plus moderne, finement écris, intelligent et superbement dessins et mis en couleurs, c’est un véritable régal pour les amateurs d’horreur dessinés et même les autres. C’est également je pense un parfait point de départ pour qui voudrait avoir un premier contact avec le genre horrifique des comics d’horreur de style EC ou Warren, la maîtrise dont font preuve les auteurs sur ce livre étant absolument admirable et de plus, parfaitement abordable pour tout type de lecteurs.
Plus qu’un livre, une lecture plus que recommandable, Lucy Loyd étant de toute évidence une auteure à suivre de prés si vous ne la connaissez pas, mais je suis sûr qu’en tant que fan d’horreur vous avez très certainement déjà lu quelque chose d’elle, donc c’est un achat que vous avez forcément déjà fait.

Lucy Loyd’s Nightmare, de Lucy Loyd, Mike Robb et Beverly, disponible depuis le 2 avril 2014 chez Delcourt dans la collection Machination.


Bande annonce de Lucy Loyd’s Nightmare

Attendez, c’est quoi ce bruit derrière moi  ? Qui êtes vous madame et qu’est ce que vous faites là… Si j’ai lu le livre ? Oui, et j’ai beaucoup aimé… Me le dédicacer, euh oui… Mais pourquoi vous m’appelez Jim ? D’accord… Non…
Je ne sais pas ce qu’il m’a pris d’écrire sur ce livre…

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Je les entends gratter la porte… Aidez-moi…

1 : Stephen King et George A Romero se sont même rejoints l’espace d’un film afin de rendre un vibrant hommage sous forme d’un film à sketchs, Creepshow que j’ai déjà chroniqué dans cette rubrique.

2: Warren sera aussi un des premiers éditeurs à faire travailler des auteurs internationaux sur ces publications, notamment des auteurs espagnols.

3  : Jim est un personnage récurrent des histoires de Lucy Loyd, notamment pour ces histoires durant lesquels il affronte les Junkmunks, des gremlins sanguinaires habillés comme des musiciens hippies des années 60.

4  : La maison d’édition Jinx Comics, Lucy Loyd, Mike Robb et Beverly n’existent pas

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #30

28 Jours de Plus tard

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Au début des années 2000, le cinéma d’horreur connaît un renouveau salvateur au travers d’une nouvelle vague de films de genre que l’on croyait jusque là complètement dépassée, les films de zombies : Resident Evil (adaptation du célèbre jeu vidéo) de Paul WS Anderson en 2002, L’Armée des Morts (remake du Dawn of the Dead / Zombie de George Romero par Zack Snyder) en 2004, et même le vétéran George Romero reviendra derrière la caméra avec l’excellent Land of the Dead – Le Territoire des Morts en 2005.
Mais de nombreux films vont également et étonnement venir d’Europe, notamment d’Angleterre et d’Espagne : Le délirant et très british Shaun of the Dead du tandem Edgar Wright et Simon Pegg en 2004 et l’oppressant [Rec] de Jaume Balaguero en 2007, un found footage espagnol aussi effrayant qu’efficace. Même la France y touchera, mais sur le tard, avec le très bon La Horde de Yannick Dahan en 2009.
Mais la plus grosse claque de cette époque nous viendra directement de la perfide albion et ce sera le réalisateur chéri des festivals de l’époque, Danny Boyle, qui la signera : On est en 2002 (2003 pour le reste du monde) et apparaît sur les écrans 28 Jours Plus Tard et là, c’est la claque !
Décryptage d’un film hors du commun par son approche du film de virus, son ambiance survoltée et son atmosphère délétère, un cocktail qui allait inévitablement intéresser le monde des comics.

Now if I am to survive
The infection must die
Murder the beast
That’s been eating me alive
The infection must die

Disturbed – The Infection, extrait de l’album Asylum (2010)

28 Jours Plus Tard de Danny Boyle, 2002

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Le film commence lorsqu’un commando de défense des droits des animaux fait irruption dans un laboratoire avec pour but de délivrer les animaux servant aux expérimentations qui y sont détenus. Malgré les avertissements d’un scientifique sur place, les bons samaritains de la cause animale libèrent un singe contaminé par un virus inconnu qui une fois délivré, devient fou furieux et attaque les membres du commando, les infectant de sa maladie…

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28 jours plus tard, Jim, qui était dans le coma, se réveille dans un hôpital désert de Londres et commence à errer dans les rues de la ville, elles aussi désertes. Il trouve refuge dans une église et y découvre un charnier et croit trouver d’autres survivants : Il s’agit en fait de personnes infectées, reconnaissables à leurs yeux injectés de sang, qui le poursuivent immédiatement. Jim ne doit son salut qu’à deux personnes, Marc et Séléna, qui le sauvent in extremis de ses poursuivants.
Jim apprend alors que l’Angleterre est en quarantaine, ravagée par un virus appelé « La Fureur ». Le trio va alors se mettre en quête d’un moyen de quitter l’Angleterre.

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A l’époque, Danny Boyle est surtout connu pour trois films : La très britannique comédie noire Petits Meurtres entre Amis, le décadent Trainspotting et une adaptation à la qualité « discutable » d’un livre d’Alex Garland, La Plage noter que l’idée de 28 Jours Plus Tard vient également d’Alex Garland, qui soumettra l’idée à Danny Boyle après le tournage de La Plage, ce film ayant au moins le mérite d’avoir servi à réunir les deux auteurs). Il est d’autant plus bizarre à l’époque de le voir sur un film d’horreur, mais le réalisateur récidivera des années suivantes en touchant à d’autres genres tout aussi varié, la science fiction avec Sunshine (2007), le drame humain avec Slumdog Millionnaire (2008), le huis clos avec 127 Heures (2010) et même le biopic avec Steve Jobs en 2015, l’histoire du créateur de la multinationale Apple.

28 Jours Plus Tard est un film aussi novateur que surprenant : Déjà par son approche, le film a un rythme très rapide, là où la plupart des films sur ce thème prennent le temps de poser leur univers ou leur ambiance, 28 Jours Plus Tard, dès les premières scènes impose une ambiance oppressante, suffocante et viscérale.
Le sentiment d’insécurité est perpétuel, les scènes de violence et de course poursuite sont filmées caméra à l’épaule, lui donnant de faux airs de documentaire d’une efficacité redoutable. Le jeu des acteurs, sans cesse à fleur de peau, ainsi que la musique dramatique et désespérante exceptionnelle de John Murphy, finissent de former un cocktail détonnant qui donne au film une ambiance particulière, jusque là rarement vue dans ce genre de film.

28 Jours Plus Tard (parallèlement à L’Armée des Morts de Zack Snyder pour le genre zombies (1)) va imposer de nouveaux standards dans le film de virus et d’infection, tant bien qu’un nouveau sous-genre va alors apparaître, le film dit « d’infectés » (2).
Le film est un véritable succès international et reçoit 31 nominations et 10 récompenses dans divers festivals à travers le monde.
Financièrement, pour un budget initial de 8 millions de dollars, il en rapporte 6 fois plus après son exploitation en salles à travers le monde. Une suite est rapidement envisagée mais mettra quand même 5 ans à arriver sur les écrans.

28 Semaines Plus Tard de Juan Carlos Fresnadillo, 2007

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Le film s’ouvre sur une séquence nous présentant Don, un homme qui s’est retranché dans une ferme en rase campagne avec un groupe de survivants aux premières heures de l’infection. Un soir, un jeune garçon apeuré frappe à la porte et malgré le danger, les survivants lui ouvre : Des infectés en profitent pour entrer et massacrent les survivants, seul Don en réchappera…

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28 semaines après le début initial de l’infection qui a frappée l’Angleterre, l’île est devenue un no man’s land farouchement gardé par les forces de l’OTAN sous commandement américain. L’épidémie a été endiguée et le repeuplement du pays est en cours, toujours supervisé par l’OTAN. On retrouve Don, qui après avoir récupéré ses deux enfants est relogé dans un appartement du centre de Londres.
Désireux de récupérer des affaires dans leur ancienne maison, ses deux enfants déjouent la vigilance des soldats et pénètrent dans la zone interdite. Dans leur ancienne maison, à leur grande surprise, ils y retrouvent leur mère (dont leur père leur a affirmé qu’elle était morte), contaminée, désorientée mais consciente, un comportement aux antipodes des infectés réguliers. Ramenée à la base, leur mère subit des tests et il en est déduit qu’elle est une porteuse saine du virus. Malheureusement, elle est condamnée à mort par les soldats pour ne prendre aucun risque. Don, rongé par la culpabilité d’avoir menti à ses enfants, la fait s’échapper mais après avoir l’avoir embrassé, fini contaminé et commence à attaquer les autres survivants du centre d’accueil…

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Le réalisateur Juan Carlos Fresnadillo est à l’époque un quasi-inconnu : Il n’a réalisé qu’un seul long métrage assez confidentiel, Intacto, avec Max Von Sydow sur un homme volant la chance des autres pour le compte du propriétaire d’un casino. Il est donc assez surprenant de le retrouver aux commandes d’un projet aussi important que la suite de 28 Jours Plus Tard. Néanmoins, il été repéré par Danny Boyle, un gage de qualité d’autant plus que le britannique va d’ailleurs réaliser lui-même la scène d’ouverture du film (l’attaque de la ferme) avant de passer la main au jeune réalisateur espagnol.

La principale différence entre 28 Jours Plus tard et 28 Semaines Plus Tard est de toute évidence les moyens : Tout est plus grand, plus impactant, plus agressif et spectaculaire que le premier opus. Il en ressort du film un aspect moins personnel et intimiste pour une mise en avant flagrante du spectaculaire donnant au film un ton plus apocalyptique, encore plus survitaminé et violent. L’incursion de l’armée donne ainsi lieu à des scènes puissantes et tendues (l’attaque au lance-flammes), renforçant le coté menaçant et violent du film.

Contrairement à son prédécesseur, 28 Semaines Plus Tard va à sa sortie beaucoup diviser : Certains apprécient son ton plus agressif et rapide que celui du premier film, d’autres au contraire regrettent l’aspect plus réfléchi et posé du premier film.
Chacun son opinion, néanmoins il faut reconnaître que 28 Semaines Plus Tard est un spectacle d’une efficacité redoutable, à la fois brut et violent, visuellement et idéologiquement très agressif. Si dans la forme cette suite diffère de son prédécesseur, dans le fond le discours et l’intention restent les mêmes et c’est cela l’essentiel.

28 Jours Plus Tard, les comics

Avec son ambiance très british, ses personnages forts, ainsi que son climat de fin du monde survoltée, la licence allait inévitablement intéresser le monde des comics.
Le film est distribué par Fox Atomic (3) aux États Unis, une branche de la 20th Century Fox spécialisée dans les petites productions de films de genre comportant également une branche de publications de comics, et c’est donc logiquement sous ce petit et éphémère label que paraît le premier comic issu de l’univers de 28 Jours Plus Tard, ce sera d’ailleurs le premier comic publié par Fox Atomic.

28 Jours Plus Tard  : Le Contre-Coup

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28 Days Later  : The Aftermath (28 Jours Plus Tard  : Le Contre-Coup en France) est donc publié en 2007, soit 5 ans après la sortie du premier film pour promouvoir le second film, 28 Semaines Plus Tard.
Le graphic novel est décomposé en 4 parties, reprenant les différents stades de l’infection : Développement, Propagation, Extermination et Quarantaine. Tous les chapitres sont écrits par Steve Niles (qu’on ne présente plus si vous êtes un habitué de cette rubrique, sinon vous pouvez vous reporter ici pour plus de détails) et chaque chapitre est dessiné par un artiste différent, les trois premiers chapitres sont indépendants et racontent l’histoire de personnages à différents stades de l’épidémie, le quatrième est une conclusion, réunissant tout les protagonistes des chapitres précédents.

Chapitre 1  : Développement

Dans ce premier chapitre, on suit le parcours de deux scientifiques travaillant sur un « remède » visant à calmer les pulsions violentes des personnes les plus agressives, mais les recherches vont prendre un tournant inattendu…

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Aux dessins on a Dennis Calero (que l’on retrouve également sur la quatrième histoire) et son trait sombre sied parfaitement à l’histoire, un choix particulièrement judicieux donc.

Chapitre 2  : Propagation

Second chapitre où l’on assiste cette fois-ci aux premières heures de l’infection : Une famille fait un pique-nique dans un parc de Cambridge quand le petit garçon de la famille est attaqué par un singe enragé. L’enfant est emmené d’urgence en ambulance, suivi de près par sa famille. S’ensuit une véritable lutte pour la survie pour la petite famille dans une ville dévastée par l’épidémie.
Aux pinceaux, c’est cette fois-ci Diego Olmos qui s’y colle et son style très comics est un peu en décalage avec celui de Dennis Calero tout en restant très agréable. Son style clair correspond néanmoins à l’ambiance du récit, car nous sommes aux débuts de l’épidémie.

Chapitre 3  : Extermination

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Troisième chapitre avec l’histoire de Hugh, un survivant solitaire arpentant les rues de Londres qu’il considère comme son territoire, jusqu’au jour où un rival va empiéter sur son « territoire », s’ensuit une lutte entre les deux survivants où tous les coups sont permis.

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Très bonne surprise puisque l’on a droit aux dessins du beaucoup trop rare Nat Jones pour ce troisième chapitre. Ce dessinateur plutôt discret fait partie des artistes dont je guette chaque apparition (je l’ai connu avec l’excellent The Nail de Steve Niles et Rob Zombie) avec impatience : Son trait fin et détaillé est tout bonnement impressionnant et cette histoire prouve une nouvelle fois les qualités et le talent indéniables de l’artiste.

Chapitre 4  : Quarantaine

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Chapitre final de ce graphic novel  : Clive, l’un des scientifiques du premier chapitre, Sid et Soph du chapitre deux et Hugh du chapitre trois se retrouvent dans un camp de quarantaine vers la fin de l’infection. Mais très vite les suspicions sur les véritables intentions des militaires à leur égards commencent à poindre et s’évader devient vite une évidence…
Retour de Dennis Calero aux dessins qui change légèrement de style avec une touche plus claire et visiblement, l’utilisation de l’informatique. N’en reste pas moins que son style est parfaitement adapté à l’histoire, le choix de lui confier cet ultime chapitre étant de toute évidence particulièrement logique.

28 Jours Plus Tard : Le Contre-Coup est un très bon graphic novel  : Finement écrit, il respecte à la lettre le scénario et l’ambiance du film tout en étoffant son histoire. De plus, il se lit plutôt vite et sans aucune lassitude et l’on replonge avec plaisir dans l’ambiance survoltée et désespérée des films. Un excellent moment de lecture horrifique plus que recommandable.

En France ce graphic novel à été publié par Panini dans leur collection Darkside.

28 Jours plus Tard  : La mini-série

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Publiée de juillet 2009 à juin 2011 par Boom! Studios aux États Unis et en France d’avril 2010 à juin 2012 par Delcourt, la mini-série 28 Jours Plus Tard se situe chronologiquement entre les deux films. Elle est écrite par Michael Alan Nelson et dessinée par Declan Shalvey et Alejandro Aragon.

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L’héroïne est Séléna, l’une des survivantes du premier film qui après l’épidémie qui a frappé l’Angleterre a trouvé refuge dans un camp en Norvège. Là-bas elle est contactée par un journaliste américain, Clint Harris, qui a pour projet de retourner en Angleterre afin de réaliser un reportage sur ce qui se passe vraiment là-bas, les autorités de l’OTAN muselant toute personne cherchant à parler de ce qui s’y est vraiment passé.
D’abord réticente, Séléna fini par accepter de l’accompagner et retourne dans l’enfer qu’est devenu ce pays. Mais à peine arrivés sur place, les choses vont se compliquer et Séléna et Clint vont vite se retrouver piégés sur le no man’s land qu’est devenu la Grande Bretagne.
Entre la menace des infectés toujours présente, les militaires sur place, des survivants très agressifs et les fantômes du passé de Séléna, sortir de nouveau de cet enfer ne va pas être une partie de plaisir pour nos deux infortunés héros…

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Sorti deux ans après la sortie du film 28 Semaines Plus Tard, ce comic ne peut donc pas se targuer de vouloir surfer sur le succès du film… Par contre, de vouloir surfer sur le succès de Walking Dead, probablement, la série de Robert Kirkman étant à l’époque en pleine ascension.
Enfin bref, quoi qu’il en soit, si j’ai décidé de vous parler de cette mini-série ce mois-ci c’est qu’elle vaut le détour, et ce pour plusieurs raisons que je vais vous exposer de suite !

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Tout d’abord malgré sa longueur (24 numéros) la série n’est jamais lassante : Mark Alan Nelson décrit les mésaventures de Séléna et Clint sans jamais tomber dans la redite, que se soit de ce qui a déjà été fait dans les films ou dans d’autres récits du même genre, une prouesse vue le nombre d’histoires de zombies ou de virus existant s déjà lors de la publication de cette mini-série.
Nos deux héros vont véritablement de Charybde en Scylla tout au long de leurs mésaventures, leurs péripéties sont véritablement prenantes et haletantes et on attend la suite avec beaucoup d’impatience, ce qui est plutôt surprenant pour un comic dérivé d’un film, ces outils  promotionnels (qui n’en ne sont pas vraiment uns, vu ce que j’ai écrit plus haut) étant rarement de bonne qualité. Ce n’est pas le cas ici vu les superlatifs que j’utilise depuis le début de cette critique : Pour être franc, c’est même une de mes séries favorites du genre et vous devez vous douter que j’ai dû en voir et lire énormément.
Si la série est excellemment bien écrite, qu’en est-il de sa partie graphique ? Là aussi, on peut être surpris.

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Aux dessins, les premiers chapitres (1 à 12) sont donc dessinés par Declan Shalvey, l’artiste irlandais fourni une prestation remarquable, respectant à la lettre l’ambiance des films de même que leurs codes visuels, que se soit l’ambiance post-apocalyptique à la touche british, l’apparence des infectés, les tenues des survivants ou des militaires, visuellement on est de nouveau projeté dans l’ambiance des films sans aucune ambiguïté. Enfin, les personnages déjà rencontrés dans les films (car hormis Séléna, on croise d’autres visages connus) sont aussi reconnaissables au premier coup d’œil, ce qui est rarement le cas dans ce genre de comic.
Les autres chapitres sont quand à eux dessinés en majorité (en majorité car d’autres dessinateurs font des apparitions pour certains chapitres) par Alejandro Aragon. L’artiste argentin est quand même un niveau en dessous de Declan Shalvey et même si la transition est plutôt douce, Aragon tentant au début de « copier » le style de son prédécesseur, le style moins précis d’Aragon jure un peu avec celui de Shalvey. Néanmoins, autant être honnête, ça reste aisément lisible et même si Aragon n’est pas du niveau de Shalvey, ça ne gène pas la lecture à moins d’être vraiment très exigeant.
Visuellement donc, sans être exceptionnelle, c’est tout à fait lisible et appréciable, l’ambiance sombre et violente des films étant parfaitement retranscrite.

C’est donc quasiment un carton plein pour cette mini-série : Très bien écrite, tenant la route visuellement, elle est une parfaite continuation des films. Si vous avez aimé les films où êtes juste à la recherche d’une bonne histoire d’horreur, cette mini série est faites pour vous.

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L’intégralité de cette mini-série a été publiée en France par Delcourt en cinq tomes.
Que se soit en films ou en comics, 28 Jours/Semaines a profondément marqué le genre du film d’infectés en instaurant de nouveaux codes visuels ou scénaristiques : Avec un traitement plus agressif, une ambiance rapide et survoltée, l’univers et ses codes créés par Alex Garland et Danny Boyle au cinéma sont très vite rentrés dans l’imaginaire collectif et l’on peut y voir ses influences de façon très nettes dans de nombreuses œuvres actuelles du même genre (4).
Voici donc deux films majeurs dans le cinéma de genre horrifique qui se doivent d’être vus absolument, si ce n’est pas déjà fait.

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1 : Les deux films, même si ils ont de nombreux points communs ont eu des développements et des productions très proches (à peine un an de différence), il est donc peu probable que ce dernier ai copié sur l’autre, les points communs des films étant sans doutes des coïncidences. De même que le début de 28 Jours Plus Tard étant quasiment identique à celui de Walking Dead, Robert Kirkman ayant révélé que lorsqu’il a écrit Walking Dead, il n’avait pas encore vu ni entendu parlé de 28 Jours Plus Tard.

2 : Même si rétrospectivement, George Romero s’était déjà intéressé à ce thème avec son film The Crazies (1973), re-titré La Nuit des Fous Vivants en France, qui décrivait déjà une infection par un virus rendant les gens complètement fous.

3 : Fox Atomic sera un label plus qu’éphémère puisqu’il ne durera que 3 ans, de 2006 à 2009  : Seul 10 films sortiront sous ce label, majoritairement des films d’horreur. Quand à la branche comics, seul 4 seront publiés : 28 Days Later, The Aftermath, The Hills Have Eyes : The Beginning (un préquel du film La Colline à des Yeux 2) et deux tomes de Nightmare Factory, une compilation de petites histoires d’horreur inspirées des nouvelles de Thomas Ligotti.

4 : Par exemple le jeu vidéo ZombiU de Ubisoft sorti en 2012 sur WiiU puis sur Xbox One et PS4 en 2015 en reprend quasiment tout les codes visuels, notamment la localisation en Angleterre.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #29

Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson

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Il y a parfois des moments où l’actualité vous rattrape et mon statut de simple collaborateur sur un blog ne me fait pas déroger à la règle…
Je ne vais pas vous cacher qu’à la base, un autre « Jeudi » sur un tout autre thème était prévu mais le décès prématuré de Bernie Wrightson dimanche dernier m’a brusquement fait changer mes plans. Exit donc ma première idée, et place à un autre hommage (j’en ai déjà fait un « à chaud » ici) à ce grand maître de l’horreur dessinée !

Bernie Wrightson est surtout connu des fans de comics pour sa légendaire itération illustrée du Frankenstein de Mary Shelley, mais l’artiste a également beaucoup travaillé pour les magazines d’horreur Warren Publishing, particulièrement les mythiques revues Eerie et Creepy, durant les années 70 (de 1974 à 1978 pour être plus précis) et c’est l’intégralité de ces travaux pour ces deux magazines que propose l’éditeur Delirium dans cet album (1).

L’album reprend donc l’ensemble des histoires réalisées par Bernie Wrighston pour les deux magazines est force est de reconnaître à la lecture de cet ouvrage que le dessinateur a un peu touché à tout les genres et ambiances, petit tour d’horizon des histoires présentes et sur son contenu.

Le livre s’ouvre sur une longue préface de Bruce Jones, le scénariste, ami et collaborateur de Bernie Wrightson revient avec nostalgie, humour et passion sur son amitié avec l’artiste au gré de nombreuses anecdotes. Une bien belle façon de commencer le livre qui confirme, si il en était encore besoin, de la valeur aussi bien humaine qu’artistique de l’artiste. Cette préface prend encore plus de sens et de symbole depuis son décès car elle prouve encore une fois que Bernie Wrightson était en plus d’être un artiste exceptionnel, une personne admirable.

Les histoires sont classées en deux parties, celles publiées dans Creepy, puis ceux publiées dans Eerie.

Le Chat Noir (The Black Cat) adaptation de la nouvelle d’Edgar Alan Poe

Paru dans Creepy #62 de mai 1974

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Un homme jaloux du chat de sa femme va peu à peu sombrer dans la folie jusqu’à commettre l’irréparable, un classique de la littérature horrifique ici adapté par Bernie Wrightson.

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Bien avant Frankenstein, Wrightson montrait déjà sa passion pour les classiques de l’horreur avec cette adaptation de toute beauté. Les dessins de l’artiste, comme pour Frankenstein, bien loin de seulement adapter l’histoire originale, la magnifie en lui donnant une véritable identité : Le style gothique, sombre, psychologique et malsain de Poe est ici parfaitement retranscrit par Wrightson.
Bien plus qu’une adaptation, c’est un véritable hommage qu’il rend à ce classique de la plus belle des manières. On y perçoit d’ailleurs les prémices de son futur chef d’œuvre avec une obsession du détail, notamment dans les décors.
Une histoire charnière pour l’artiste, un must read.

Jenifer, histoire écrite par Bruce Jones, dessinée par Bernie Wrightson

Parue dans Creepy #63 de juillet 1974

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Un chasseur surprend dans les bois un homme tentant de tuer par décapitation une jeune femme. Le chasseur tire sur l’homme qui, agonisant dans ses bras, n’a le temps de prononcer que le nom de la fille, « Jenifer ». Le chasseur recueille l’infortunée pour s’apercevoir qu’elle a un visage difforme et ne peut pas parler. Touché par la détresse de la pauvre créature, le chasseur l’accueille chez lui, au sein de sa petite famille. Mais la présence de Jenifer au sein du foyer va vite devenir problématique…

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De toute les histoires de cet album, Jenifer est sans conteste ma préférée : Malsaine, la sensation d’attraction / répulsion pour Jenifer est palpable au travers des dessins de Wrightson et le lecteur est vite chamboulé entre la pitié et la haine pour cette créature pathétique et monstrueuse et son malheureux bienfaiteur. Une histoire troublante, magnifiquement mise en image par Wrightson.

Clarice, histoire de Bruce Jones, dessinée par Bernie Wrighston

Parue dans Creepy #76 de février 1977

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Un homme se remémore les bons moments passés avec sa défunte femme tandis que le fantôme de celle-ci semble le harceler à l’extérieur de chez lui durant une tempête de neige.
Encore une histoire particulièrement troublante, quasiment onirique, dont la chute est certes assez commune mais surprenante. L’histoire est courte mais loin des canons de ce genre de récit : Ici point de scènes de violence où de monstre hideux, le ton est triste, presque nostalgique jusqu’à la révélation finale, cette chute étant en fait le seul impondérable de cette histoire. Une histoire différente mais particulièrement réussie.

Les Rats des Champs (Country Pie) scénario de Bruce Jones, dessins de Carmine Infantino, encrage de Bernie Wrightson

Parue dans Creepy #83 de octobre 1976

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Un homme prend en auto-stop une jeune femme et son petit frère, croyant bien faire, il se retrouve malgré lui la victime d’une machination diabolique. Dans le même temps, deux policiers suivent, sans grande conviction, les directives d’une médium concernant un tueur en série. Les deux affaires seraient-elles liées  ?

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Une histoire assez surprenante, à la chute plutôt bien vue et différente de la majorité de ce genre d’histoire, ce qui la rend d’autant plus intéressante.

Seulement encrée par Bernie Wrightson, cette histoire est dessinée par le grand Carmine Infantino, à l’époque dans une période creuse de sa carrière. Infantino venait d’être renvoyé de chez DC Comics et Bruce Jones et Bernie Wrightson décidèrent de l’aider en lui confiant les dessins de cette histoire. Pour la petite anecdote, à l’époque où Wrightson commença à travailler pour DC Comics, Infantino était la star incontestée de DC, lorsqu’il fut congédié, il se retrouva dans un petit bureau de Warren Publishing et c’est là que Jones et Wrightson le retrouvèrent. Touchés par sa situation et se souvenant de l’aide qu’il lui avait apporté au début de sa carrière, Wrightson lui proposa les dessins de cette histoire. Infantino en dessina une autre, toujours encrée par Bernie Wrightson dont je vais parler de suite.

Dick Swift et sa bague de force électrique  ! (Dick Swift and his electric Power Ring  !) écrit par Bill DuBay, dessins de Carmine Infantino et encrage de Bernie Wrightson

Parue dans Creepy #86 de février 1977

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Peter est un jeune garçon très malade. Malgré les traitements, son état ne fait qu’empirer et alité, il ne fait que discuter avec son meilleur ami, le vieux monsieur Music et lire les comics de Dick Swift, son héros favori. Un jour il commande l’arme favorite de son héros, la fameuse bague de force électrique et une fois en sa possession, cette bague va lui redonner espoir, de la plus belle des façons.

Une histoire particulièrement touchante, en décalage complet avec les thèmes de la plupart des histoires habituellement publiées dans Creepy. Une véritable réflexion sur l’utilité des héros imaginaires et leur influence, à lire absolument.

Une saga martienne (A Martian Saga) histoire de Nicola Cuti, dessins de Bernie Wrightson

Publiée dans Creepy #87 de mars 1977

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Un mystérieux personnage masqué arpente les paysages de Mars sans but lorsqu’il assiste quasiment impuissant au massacre d’un petit village et ses habitants des mains d’un monstre horrible. Arrivé trop tard, il abat le monstre et sauve une jeune femme. Mais ce sauvetage était il vraiment une bonne chose pour lui  ?

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On sort de l’horreur pure pour la science fiction sombre et violente avec cette histoire. Le récit est relativement court mais les deux auteurs aux commandes réussissent à créer malgré cela une véritable ambiance glauque et malsaine et presque désespérante. L’histoire est de plus sans paroles, narrée par le personnage principal sous forme d’un poème. Un très bon moment de lecture.

L’Homme qui rit (The Laughing Man) scénario de Bruce Jones, dessins de Bernie Wrightson

Publiée dans Creepy #95 de février 1978

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Dans une colonie africaine, un homme en guenilles apparait un beau jour et réclame à boire. L’homme, épuisé, semble être sujet à une crise de démence, ne pouvant s’empêcher de rire. Une fois calmé, il raconte alors son histoire : Lui et son meilleur ami étaient partis en expédition pour découvrir une tribu légendaire de singes civilisés, mais leur expédition va vite virer à l’horreur…

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Une histoire sordide et glauque, typique du magazine Creepy à la chute aussi invraisemblable qu’horrible, magnifiquement mise en image par un Bernie Wrightson au top de sa forme : En résumé, du très bon comic d’horreur, l’une des meilleures histoires de ce recueil.

Le monstre de Pepper Lake (The Pepper Lake Monster) scénario et dessins de Bernie Wrightson

Publié dans Eerie #58 de juillet 1974

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Summers est un homme obsédé par la chasse aux monstres, mais il n’en a jamais rencontré aucun… Jusqu’au jour où son obsession devient réalité et son chemin fini par croiser celui d’une immense créature marine à Pepper Lake. Le monstre devient son obsession et le capturer sa raison de vivre. Mais les habitants de Pepper Lake ne semblent pas du même avis.

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Une histoire très inspiré par le monstre du Loch Ness, qui donne une image assez caustique des habitants du fameux lac. Originale et cruelle, une histoire qui même si elle est typique des productions Warren est magnifiée par le talent de Bernie Wrightson.

Quand la nuit tombe (Nightfall) scénario de Bill DuBay, dessins de Bernie Wrightson

Parue dans Eerie #60 de septembre 1974

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Némo est un petit garçon bien malchanceux : Toutes les nuits des monstres surgissent des coins sombres de sa chambre pour l’emmener dans leur monde. Personne ne le croit et chaque nuit Némo espère que ça ne sera pas sa dernière nuit… Au grand dam de ses parents, forcés chaque nuit de le rassurer.

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Entre peurs enfantines et monstres hideux, cet hommage au Little Nemo de Winsor McCay est absolument jouissif, principalement pour les dessins de Wrightson qui démontre toute l’étendue de son talent pour dessiner des monstres. Chaque planche est un ravissement et l’amateur de monstruosités en tout genre y trouvera sans problème son compte  !

Un air glacé (HP Lovecraft’s Cool Air) adaptation de la nouvelle de Howard Phillips Lovecraft par Bernie Wrightson

Publiée dans Eerie #62 de janvier 1975

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Un homme raconte sa phobie des courants d’air au travers d’un de ses souvenirs de jeunesse. Alors jeune employé d’un journal, il découvre un jour une tâche d’ammoniaque au plafond de son petit appartement. L’infiltration le fait se sentir mal et c’est tant bien que mal qu’il va se plaindre à son voisin du dessus. Il y découvre Mr Munoz, un vieil homme forcé de vivre dans un appartement aux températures glaciales. Mais un jour, le climatiseur du vieil homme tombe en panne, et ainsi commence une aventure aussi invraisemblable que terrible pour notre pauvre héros.

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Après Edgar Alan Poe, c’est au tour de HP Lovecraft de se voir être adapté par Bernie Wrightson et encore une fois c’est une grande réussite : L’histoire originale gagne ainsi un coté visuel assez impressionnant, Wrightson mettant encore une fois beaucoup de passion à illustrer cette histoire, cette passion transpirant à chaque planche. Une histoire à classer parmi les classiques de Bernie Wrightson, ni plus ni moins.

Reuben Youngblood  : Détective Privée  ! (Reuben youngblood  : Private Eye !) scénario de Budd Lewis, dessins de Howard Chaykin et Bernie Wrightson

Parue dans Eerie #72 de février 1976

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Reuben Youngblood est un détective privé avide d’aventures, ainsi lorsqu’un de ses amis lui confie une enquête, ce n’est ni une ni deux que le fougueux détective monte à bord d’un zeppelin pour y mettre à jour un trafic… De sang humain ! Une aventure rocambolesque qui va amener notre aventurier à se coltiner des vamps au physique avantageux ainsi que des industriels nazis.

Changement de style pour cette histoire d’aventure dessinée à quatre mains par Howard Chaykin (dessins) et Bernie Wrightson (finitions et encrage). L’histoire est typique de celles que l’on pouvait lire dans les pulps des années 30 et en est un hommage à peine dissimulé. Le ton léger et aventureux de ce récit détonne assez singulièrement avec les autres histoires de l’ouvrage, de plus l’histoire est très verbeuse, rendant sa lecture parfois un peu laborieuse, mais le côté un peu rétro qui s’en dégage la rend néanmoins assez agréable à lire.

Le monstre de boue (The Muck Monster) scénario et dessin de Bernie Wrightson

Publiée dans Eerie #68 de septembre 1975

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Il est une créature sans âme, née de la science d’un savant fou pour qui sa création n’a aucune valeur. Sacrifiée, la créature réussira malgré tout à revenir à la vie pour réclamer une explication à son existence.

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Seule récit de l’ouvrage en couleur, cette histoire est intéressante surtout pour le fait que l’on est en présence d’un premier jet manifeste du futur Frankenstein de Bernie Wrightson : Des ambiances du récit au look des personnages, tout y est déjà.
Wrightson étant peu habitué aux récits en couleurs, elle apporte néanmoins ici une touche supplémentaire au travail de l’artiste et donne une idée de ce à quoi aurait pu ressembler une version colorisée de son chef d’œuvre. Une histoire essentielle dans la carrière de l’artiste, à lire absolument pour tout fan de Wrightson.

Cette histoire conclu de façon admirable un ouvrage tout aussi admirable, mais ce n’est pas fini  !

Ultime chapitre du livre, une galerie d’images constituée des frontispices (2), illustrations et couvertures que Bernie Wrightson a réalisé pour les deux magazines sont proposés et autant être franc, c’est un véritable déluge visuel, un ravissement pour les amateurs d’horrible, ces illustrations étant de véritables pépites pour les fans d’horreur dessinée.

La galerie s’ouvre d’ailleurs sur un dessin que Bernie Wrightson avait fait alors qu’il n’était qu’un lecteur de ces revues, dessin qui fut publié à l’époque dans le courrier des lecteurs, comme quoi à force d’efforts et de talent, tout est possible.

Un dernier mot sur l’édition française et autant dire que Delirium n’a plus rien à prouver, leurs ouvrages étant de véritables modèles de professionnalisme : Grand format, couverture rigide, papier glacé, impression et traduction impeccables (traduction signée par Doug Headline aka Tristan Jean Manchette), cet ouvrage est à l’image des autres publications de l’éditeur, un objet de toute beauté.

Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson est un ouvrage que tout fan de l’artiste ou même de comics d’horreur se doit de posséder : C’est clairement un ouvrage de référence, magnifiquement édité, limite indispensable.
Je n’ai rien d’autre à ajouter, personnellement j’ai dû le lire cinq ou six fois et je n’ai qu’une seule envie, refaire la connaissance de Jenifer, Clarice, Némo et tout les autres créatures immortalisées par Bernie Wrightson ! Si comme moi vous voulez faire le chemin, courrez vous procurer cet ouvrage et entreprenez vous aussi ce voyage au cœur des ténèbres, vous ne serez pas déçu.

Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson, disponible en France depuis le 19 novembre 2014 chez l’éditeur Delerium.

1 : Pour les plus complétistes, il ne manque dans cet album qu’une histoire back-up de deux pages publiées dans Vampirella (un autre magazine de Warren Publishing) intitulée The Believer pour avoir l’intégralité des travaux de Bernie Wrightson pour Warren Publishing. Mais heureusement, cette histoire a été publiée en France dans le magazine Special USA #14 sous le titre «  Le Dieu Cornu  ».

2 : Les frontispices sont des illustrations pleine page, présentant une histoire. Dans les revues d’horreur, elles mettent souvent en scène un narrateur, présentant de façon ironique et macabre le récit qui va suivre.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #28

Aliens Versus Predator : 3ème partie

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En France, quand on parle de Aliens Vs Predator, depuis quelques années on pense surtout à deux films à la réputation disons, calamiteuse… Mais les films, on en parlera plus bas, avant on va parler jeux vidéos parce que oui, en France, ce n’est pas à travers les comics que Aliens Vs Predator a acquis sa notoriété, c’est par l’intermédiaire des consoles, des bornes d’arcade et surtout du PC.
Des jeux Aliens, il y en a eu des tonnes, des jeux Predator, un peu moins (1) (le style du film avec sa créature unique ne se prêtant pas vraiment à rendre un jeu palpitant, contrairement à Aliens et sa cohorte de créatures féroces) et des jeux Aliens Vs Predator, et bien… Il y en a pas eu des masses non plus, mais contrairement aux jeux Aliens et Predator, la plupart sont bons et certains ont même des qualités insoupçonnées.

Avant de parler des films (je sais que beaucoup d’entre vous piaffent d’impatience de me lire sur le sujet, pensant que je vais vomir ma bile vengeresse sur ces deux films, là aussi vous risquez d’être déçus les amis) on va faire un petit tour d’horizon des productions vidéoludiques mettant en scène l’affrontement de nos deux monstres préférés : Préparez les manettes, les claviers / souris et les pièces de 5 francs (pour les bornes d’arcade), c’est parti pour la baston en pixels  !

ALIENS VERSUS PREDATOR : LES JEUX VIDEOS

Alien Versus Predator (Aliens Vs Predator au Japon), sorti sur Super Nintendo en 1993

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Le premier jeu AVP sort donc sur la Super Nintendo en 1993, le jeu est développé par Jorudan Co. et distribué par Activision.
L’histoire se situe dans le futur : Alors qu’ils creusaient un tunnel de métro sur la planète Vega-4, des colons humains mettent à jour des œufs d’Aliens qui bien vite infectent toute la petite planète. Les humains lancent un appel de détresse, intercepté par des Predators qui décident de l’aubaine pour s’offrir une bonne chasse. Vous incarnez donc un Predator, prêt à en découdre avec les xénomorphes.
Le jeu est un beat’em all à scrolling horizontal (à la manière de Final Fight ou Streets of Rage pour les connaisseurs), en gros vous avancez de gauche à droite et devez matraquer tout ce qui s’amène à l’écran, dans le cas précis des Aliens.
3Dire que pour un premier essai pour porter la licence AVP en jeu vidéo est un peu raté serait un euphémisme… AVP sur Super Nintendo, c’est une masse de défauts sur un chouïa de qualités et là ou certains jeux de prime abord mauvais peuvent apporter quelque chose (notamment AVP Extinction dont je parlerai plus bas), ce premier jeu AVP est une vrai purge et ce pour quelques raisons évidentes une fois la manette en main..

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Dès l’écran titre, c’est l’agression auditive : Un thème aussi hors sujet qu’abrutissant sonnant bon la musique au format midi vous arrive dans les oreilles avec la subtilité d’un semi-remorque dans un concours de tricot. Et ça ne va pas s’arranger par la suite, les thèmes des six stages sont tous plus inaudibles les uns que les autres, seules les quelques thèmes des cut-scenes passent relativement bien, mais ces musiques de stages, c’est juste du poison pour les oreilles que personnellement, j’ai vite coupé.
Et cette musique, vous allez l’entendre car l’autre gros défaut de ce AVP, c’est sa difficulté, inhumaine, énervante, elle poussera à bout même les joueurs les plus aguerris. Car oui, le jeu est difficile mais il est aussi d’un ennui, mais d’un ennui, comme si on regardait trois épisodes de l’Inspecteur Derrick à la suite ! Cet ennui est surtout dû à des niveaux d’une longueur calamiteuse, recyclant à répétition les mêmes décors et multipliant les vagues d’ennemis jusqu’à l’écœurement.

Et la jouabilité me direz-vous ? Ah mais mes pauvres, la jouabilité est un désastre, le Predator se déplaçant à la vitesse d’une limace au galop, souvent bloqué entre deux ennemis qui vous matraquent sans relâche jusqu’à ce que mort s’en suive. La cerise sur le gâteau, c’est une animation absolument dégueulasse, des personnages à la raideur presque cadavérique qui rendent le jeu parfois involontairement comique (voir cette animation cocasse du Predator attrapant un Alien).
Ce jeu a-t’il des qualités ? En cherchant bien on peut lui en trouver deux : Des graphismes plutôt jolis (malheureusement gâchés par l’animation) et un bestiaire particulièrement fourni, multipliant les abominations xénomorphes (Aliens volants, aquatiques etc.) qui raviront les amateurs.


Petite vidéo présentant le début du jeu

En résumé, AVP commence mal avec sa première incursion sur nos chers consoles de jeu et la seconde tentative et bien comme vous allez le lire, ce ne sera pas bien mieux…

Aliens vs Predator  : The Last of his Clan, sorti sur Game Boy en 1993

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Quasiment conjointement à la version Super Nintendo, la petite portable de Nintendo se voit elle aussi «  gratifiée  » d’un jeu AVP. Pouvait-on faire pire que la purge de la Super Nintendo ? Horreur, malheur, et bien oui, c’est possible ! Le jeu est développé par ASK Kodansha et toujours distribué par Activision.
Le jeu reprend grosso merdo la trame du premier comic : Des œufs d’Aliens sont largués sur la planète Alpha Centauri 3 par les Predators pour une future chasse. Sauf que des humains ont colonisé la planète entre temps et qu’à leur arrivée, les Predators trouvent plus d’Aliens que prévu. Les chasseurs se font décimer et vous incarnez le seul survivant, bien décidé à regagner l’honneur de son clan en bottant les fesses des xénomorphes sur place.
Le jeu est un jeu de plateforme classique, les niveaux se présentent sous formes de mini-labyrinthes dont il faut trouver la sortie en trouvant des clés pour ouvrir des portes tout en tuant les Aliens que l’on croise sur son chemin.

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Déception ? Le mot est faible. Première chose qui marque (hormis la musique, toujours aussi inaudible) le jeu est d’une laideur, même pour de la Game Boy, c’est limite insultant : Les créatures sont des amas de pixels animés avec les pieds, encore raides comme des piquets (voir le Predator sauter tient du gag) tout en sachant que cette laideur est inexplicable, le magnifique Super Mario Land 2 étant sorti sur la portable de Nintendo l’année précédente. Que dire des décors, désespérément vides, de ces plateformes sans relief et pour finir cette maniabilité à s’arracher les cheveux… AVP sur Game Boy fait parti de ces rares jeux Aliens que je n’ai pas eu le courage de terminer car pour que je termine un jeu, il faut qu’il donne envie et si il y a bien une chose que AVP Last of His Clan ne procure pas, c’est l’envie et je pense que dès le premier niveau, un joueur normalement constitué jettera l’éponge.


Vidéo de présentation du jeu

Deuxième essai loupé pour AVP qui loupe allègrement son passage sur la portable de Nintendo avec un jeu à la nullité presque intersidéral. (2)

Peut on encore sauver le soldat AVP en jeu vidéo ? Bien sûr, mais pour cela, il va falloir faire appel à des spécialistes !

Alien Vs Predator, sorti en arcade en 1994

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En 1994, la société japonaise Capcom est le leader incontesté des salles d’arcade : En 1991 est sorti le légendaire Street Fighter II et le premier vrai jeu de combat de l’histoire du jeu vidéo devient rapidement un phénomène mondial. Mais en plus du jeu de combat, Capcom est également le maître du beat’em all avec des titres comme Final Fight (1989), The Punisher (adaptation du personnage Marvel, sorti en 1993) et ses deux adaptations de Dungeons & Dragons, Tower of Doom et sa suite Shadow over Mystara (sorti en 1994 et 1996).
C’est en 1994 que Capcom distribue un beat’em all basé sur la licence AVP et bien que ce jeu soit méconnu dans nos contrées, il s’agit là de la première grosse réussite vidéoludique utilisant la licence AVP  !

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Le scénario est archi-classique et ne s’encombre pas de subtilité : La ville de San Drad en Californie est infestée par les Aliens ! Deux membres des Marines se retrouvent coincés dans la ville (le cyborg Dutch Schaeffer et la synthétique Linn Kurosawa) après avoir été abandonnés par leurs camarades. Alors qu’ils sont encerclés par les Aliens, deux Predators apparaissent et les sauvent in extremis des griffes des xénomorphes. Les deux chasseurs proposent alors une alliance aux deux soldats afin de nettoyer la zone des Aliens. Nos quatre alliés vont donc parcourir la petite ville et ses environs afin de connaître la raison de cette infestation et y mettre fin.

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Le jeu est donc un beat’em all, on avance de gauche à droite et on bastonne sans retenue tout ce qui se présente à l’écran.
Là où le AVP de la Super Nintendo se vautrait lamentablement en accumulant les défauts, cette version arcade pilotée par Capcom prouve le savoir faire indéniable du japonais pour le genre : Le jeu est en tout point une réussite incontestable  !
Graphiquement, le jeu est magnifique : Que ce soient les héros, les ennemis ou même les décors, le jeu est une réussite et tire le meilleur du moteur CPS2 de Capcom. Niveau animation, c’est le même traitement : Ça bouge vite, c’est fluide et malgré le nombre d’ennemis parfois très important à l’écran, l’action reste toujours lisible.
Pour ce qui est du gameplay, là encore l’expérience de Capcom pour le genre parle d’elle-même : Les coups sont variés, nombreux et les 4 personnages ont tous une palette de coups vraiment différents.
Niveau sonore, là encore rien à dire : Les thèmes musicaux sont en adéquation avec l’ambiance, variés et entraînants. Idem, pour les sons et effets sonores, que se soient le bruit des armes ou le hurlement des Aliens, tout y est pour vous plonger dans la frénésie des affrontements entre Yautjas et xénomorphes.


Le premier stage du jeu

Alien Vs Predator de Capcom est donc une réussite totale : Long, varié, beau et jouissif, en plus d’être à mon avis, un des meilleurs jeux AVP jamais sortis, c’est un jeu d’une qualité absolument indéniable, peut être même le beat’em all le plus réussi de Capcom.
On ne peut malheureusement que lui reprocher une seule chose, le fait de ne jamais être sorti des salles d’arcade…

Alien Versus Predator sorti sur Jaguar en 1994

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Alors que les salles d’arcade profitaient du beat’em all de Capcom, c’est la console d’Atari qui fait rentrer le combat entre yautjas et xénomorphes dans les foyers.
Tout fan de jeux vidéos qui se respecte connaît l’histoire de la Jaguar : Console soit-disant surpuissante, elle fut l’un des échecs les plus retentissants du monde du jeu vidéo. Elle fut l’une des premières à utiliser le format CD mais entre sa fiabilité plus que discutable (trouver aujourd’hui une Jaguar en état de marche tient du miracle), sa ludothèque risible constitué à 99% de jeux pourris, la console signa la mort du géant Atari qui ne se remettra jamais vraiment de cet échec.
C’est malgré tout sur cette machine que fut développé et distribué le premier FPS (First Person Shooter, jeu d’action à la première personne) Aliens Vs Predator
Le jeu est développé par Rebellion et est disponible uniquement sur la console Jaguar.

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On peut y jouer au choix un Alien, un Predator ou un Marine.
Le jeu commence de la même façon pour les trois races  : La station spatiale d’entraînement des Marines USS Golgotha détecte à proximité de sa position la présence d’un vaisseau Predator et d’un vaisseau ingénieur à la dérive (abritant, supposément, des Aliens). La station est tout de suite mise en état d’alerte, prête à faire face aux menaces.
Le jeu avec chacune des races est différent : Si vous commencez avec l’Alien, le but du jeu est de libérer la Reine Alien prisonnière sur le vaisseau Predator. L’Alien ne peut pas se guérir des blessures et au lieu de ça peut infecter des Marines avec des face-huggers et si il meurt, il reprendra au dernier Marines qu’il a infecté en incarnant l’Alien né de celui-ci. L’Alien ne peut pas utiliser les ascenseurs et interrupteur et à la place utilise les conduits d’aération pour passer d’un endroit à l’autre.

Incarner le Predator consiste à débusquer la reine Alien et la vaincre pour obtenir son crâne comme trophée. Le jeu avec le Predator consiste à accumuler des points d’honneur en tuant les Aliens et Marines de façon honorable : Par exemple, tuer une proie avec son camouflage rapporte moins de points etc. Plus vous obtenez de points, plus vous avez accès à de nombreuses armes. Le Predator peut utiliser les ascenseurs ou interrupteurs pour progresser dans la base, il a aussi la possibilité de transporter plusieurs items de soin pour se soigner.

Enfin en jouant le Marine, le but est simplement de mettre en marche le système d’auto-destruction du vaisseau et de réussir à s’enfuir. Au début du jeu, le Marine n’a aucune arme et équipement et le but premier et de fouiller chaque recoin du vaisseau pour trouver son équipement. On y retrouve les armes et équipements des films : Pistolet, fusil à pompe, Smartgun, détecteur de mouvement etc.
Le Marine peut utiliser les ascenseurs, interrupteurs et conduits d’aération pour se déplacer mais ne peut pas transporter de packs de soin : Son énergie et restaurée automatiquement dés qu’il en ramasse un.

Niveau gameplay, c’est assez simple  : On avance, on tire, on ouvre des portes, récupère des clés, rien de plus.

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Même si il fut très bien accueilli à l’époque de sa sortie, il faut reconnaître que le jeu à aujourd’hui pris un sacré coup de vieux : Le jeu tourne sur un moteur similaire à celui des premiers Doom, à savoir des décors en 3D et des ennemis en 2D.

Comme je le dis plus haut, le jeu a très mal vieilli : Les décors et ennemis sont très pixelisés, les animations sommaires et les niveaux labyrinthiques particulièrement lassants, d’autant plus que la plupart des décors se ressemblent et le syndrome typique de ce genre de jeu de l’époque, à savoir que l’on se perd très facilement justement parce que tout se ressemble, devient très gênant et décourageant après quelques niveaux traversés. Remis dans le contexte de l’époque, le jeu devait très certainement être très jouable, mais les temps ont changés, la technique et les mécaniques de jeu aussi et là où Duke Nukem 3D par exemple qui repose sur le même genre de moteur graphique peut encore aujourd’hui être très jouable de part ses stages variés, AVP version Jaguar est très vite monotone et ennuyeux.


Extrait du jeu avec L’Alien

En résumé, un jeu qui, remis dans le contexte de l’époque, était franchement enthousiasmant mais qui aujourd’hui donne une impression sérieusement datée et est difficilement jouable de nos jours.

Aliens Versus Predator, sorti exclusivement sur Mac et PC en 1999

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Cinq ans après la version Jaguar, le studio Rebellion remet le couvert avec l’univers AVP, cette fois-ci sur ordinateur : Avec des moyens techniques plus importants, le studio va-t’il réussir à créer un jeu moins ennuyeux que son prédécesseur ? Ce ne serait pas difficile me direz-vous et le jeu va de très loin dépasser toutes les espérances des joueurs et fans, décryptage d’une réussite.

Comme dans la version Jaguar, le joueur peut incarner soit un Marine, soit un Predator soit un Alien, les trois campagnes étant indépendantes et non liées entre elles.
En incarnant l’Alien, le but du jeu et de s’échapper d’un temple et de rejoindre un centre de recherches humains pour gagner la Terre. On y traverse d’ailleurs des lieux connus des fans, comme la station Gateway que l’on voit au début du film Aliens le Retour et un vaisseau nommé le Ferrarco, largement inspiré par le Nostromo, le vaisseau du premier film Alien.
En incarnant le Predator, vous effectuerez trois missions distinctes, sans lien entre elles : La première consiste à aller secourir un de vos camarades prisonnier des humains. La seconde vous ramène sur la planète Fiorina Fury 161 de Alien 3, qui après les événements du film abrite une ruche Alien, le but est de vous y rendre et de nettoyer la planète.
Enfin, vous vous rendez sur une planète sur laquelle les Marines ont développé une sorte de réserve de xénomorphes, votre but est donc de mettre fin à cet élevage en supprimant tous les Aliens.
Enfin en incarnant le Marine, vous vous retrouverez sur la planète LV-426 du film Aliens, le Retour : La compagnie Weyland Yutani a construit autour du vaisseau ingénieur abritant les œufs d’Aliens un centre de recherche, protégé par les Marines au cas où quelque chose se passerait mal… ce qui arrive lorsque les Aliens réussissent à s’évader du centre de recherche. Vous êtes un des derniers Marine sur la planète et devez trouver un moyen de la quitter.

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AVP version 1999 est une grande réussite pour l’époque : Graphiquement le jeu est même particulièrement impressionnant, (encore une fois pour l’époque). Niveau gameplay il est aussi exemplaire : Malgré un petit temps d’adaptation pour l’Alien est ses déplacements à 360 degrés (il peut adhérer aux murs), la maniabilité est instinctive et prendre en main l’une des trois «  créatures  » se fait de manière très simple.
Les niveaux sont relativement longs et variés : On traverse des lieux cultes de la saga, de nouveaux environnements et les niveaux sont suffisamment rythmés pour ne pas devenir lassants. Idem pour l’ambiance sonore très fidèle à celle des films, elle plonge directement dans l’ambiance.


Extrait du jeu avec le Predator

Pas grand chose à reprocher à cette version de AVP : Le jeu est en tout point quasiment parfait (pour l’époque) et même si il a un peu vieilli de nos jours, il reste quand même très agréable à jouer.
Notez d’ailleurs qu’une version disponible sur Steam, nommé Aliens versus Predator Classic 2000 permet de le faire tourner sur les OS récents.

Aliens Versus Predator 2, sorti sur PC et Mac en 2001

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Sorti deux ans après le premier AVP sur PC, Aliens Versus Predator 2 doit réussir la prouesse de dépasser en qualité son aîné : Tâche ardue si il en est tant le premier opus avait mis la barre haut. Défi relevé de la part du studio Rebellion  ? Réponse de suite.

Encore une fois, ont peut incarner les trois races d’extra-terrestres les plus belliqueuses de la galaxie, à savoir Aliens, Predator et humains. Contrairement au premier jeu, les trois campagnes sont liées dans une grande histoire commune, les trois races traversant parfois les mêmes lieux à des moments différents. Son histoire fouillée est même une des grandes qualités du jeu, en plus d’autres choses car oui, AVP2 dépasse en qualité le jeu précédent et de très loin  !

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L’histoire commence sur la planète LV-426, plusieurs années après les événements du premier jeu : La compagnie Weyland Yutani, après avoir étudié le vaisseau ingénieur trouvé sur ladite planète a réussi à décrypter une feuille de route vers une planète inconnue rapidement rebaptisée LV-1201. Cette planète abrite un temple d’une civilisation inconnue ce qui attise la curiosité et la cupidité de la compagnie qui y établi rapidement un centre de recherche. Malheureusement, la planète est infestée de xénomorphes et la première mission scientifique est décimée… Le seul survivant est le Professeur Eisenberg qui rouvrira quelques années plus tard le même centre de recherche.
Dix ans après la réouverture du site, le centre de recherche se porte mal et la compagnie envoie un superviseur pour savoir ce qui ne va pas : Des artefacts disparaissent, plusieurs zones sont maintenant fermées suite à des incidents (notamment le fameux Pod 5, dont l’histoire du désastre est relatée dans l’extension Primal Hunt) et le Docteur Eisenberg doit se justifier.
Dans le même temps, les Iron Bears, un groupe de militaires privé travaillant avec la compagnie livre sur le vaisseau Aurora un artefact volé sur LV-1201, ledit artefact abrite un œuf Alien dont le face hugger s’évade bientôt et infecte un occupant du vaisseau : C’est de cet Alien dont le joueur prend le controle.
Dans le même temps, trois Predators menés par un ancien nommé Prince (que le joueur incarne) débarque sur LV-1201 pour une chasse. Le vaisseau predator est détecté à son arrivée sur LV-1201 et ce que Prince ignore, c’est que les Iron Bears sont menés par le général Vassili Rykov, un soldat qui depuis qu’il a été blessé par Prince sur une autre planète a développé une haine sans borne pour les Predators, Rykov y voit donc une chance inespérée de se venger de Prince et à peine arrivés, les Predators sont capturés par les Iron Bears… Grâce à un concours de circonstances, en fait l’évasion d’Aliens dans le centre de recherches, Prince est libéré, retrouve son équipement et bien décidé à se venger de Rykov et part à sa recherche.

Après l’invasion de xénomorphes sur LV-1201, un signal de détresse est envoyé et c’est à ce moment que le contingent du Caporal Harrisson est chargé de se rendre sur la planète pour porter secours aux survivants : Vous incarnez Harrisson lorsque vous jouez l’humain et devrez sortir vivant de l’enfer qu’est devenu LV-1201.

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AVP2 dépasse de loin en qualité le premier opus : Déjà, graphiquement le jeu est beaucoup plus beau et on peine à croire que seulement deux ans séparent la sortie des deux jeux tant le fossé graphique entre les deux jeux est énorme. Ensuite niveau gameplay le jeu s’est encore considérablement amélioré, les trois races jouables se sont étoffées de nouveaux mouvements et armes et les quelques défauts du premier opus (notamment le déplacement parfois hasardeux de l’Alien) ont été corrigés. Comme on peut le constater dans mon résumé de l’histoire plus haut, le jeu est de plus doté d’une campagne solo particulièrement longue et passionnante avec un scénario très fouillé et particulièrement bien écrit.
Enfin le jeu inclu pour la première fois un mode multi-joueurs largement inspiré par celui de Quake II (pour les connaisseurs) qui encore aujourd’hui compte des dizaines de milliers de joueurs.


Le premier stage du jeu avec le Marine

En suivant directement les traces de son aîné et en améliorant tout ce qui en avait fait le succès, AVP2 est une suite exemplaire. Tout fan des xénomorphes et des yautjas se doit de l’avoir essayé  au moins une fois, c’est un jeu mythique et emblématique de la licence AVP est un incontournable du style FPS : En résumé, un must  !

Aliens Versus Predator 2  : Primal Hunt, sorti en 2002 sur PC et Mac

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Primal Hunt est une extension au jeu original Aliens Versus Predator 2 : Il propose 3 nouvelles campagnes solo inédites et des ajouts pour le mode multi-joueurs.
A noter que cette extension n’est pas développée par Rebellion, mais par un autre studio, Third Law Entertainement.

Vous pouvez y incarner pour la première fois un Predalien, un Predator Elder ou le Major Dunya, la militaire rapidement aperçu dans le jeu AVP2.

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Lorsque l’on incarne le Predator, le jeu débute 500 ans avant les événements de AVP2 et montre comment le Predator que l’on incarne a découvert le nid xénomorphe sur LV-1201. Le jeu avec le Predalien commence aussi 500 ans plus tôt mais suite à un incident, l’Alien tombe en stase et ne se réveille que 500 ans après. Enfin, lors du jeu avec le Major Dunya, l’action se situe peu avant les événements du jeu original et relate la tragédie du Pod 5, rapidement évoqué dans le jeu AVP2.
Primal Hunt est une extension de très bonne tenue qui allonge agréablement la durée de vie du jeu original : Un petit plus non négligeable qui d’ailleurs fut vendu en pack avec le jeu.

Aliens Versus Predator  : Extinction, sorti sur PS2 et Xbox en 2003

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Après s’être bastonner dans des beat’em all et des FPS, les Aliens et les Predators décident de s’attaquer à un autre style de jeu, le jeu de stratégie ! C’est donc en 2003 que sort exclusivement sur PS2 et Xbox Aliens Versus Predator : Extinction, un jeu dans lequel Aliens, Predator et Marines vont s’affronter de nouveau, cette fois-ci en sollicitant nos talents de stratège.
Le jeu est développé par Zono Entertainement et distribué par Electronic Arts.

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Comme dans les FPS, quatre campagnes différentes sont proposés : Aliens, Predators et Marines, chaque race ayant un gameplay différent.
L’histoire se passe en majeure partie sur la planète LV-742 : Des expériences humaines ont créé une race d’Aliens clonés surnommés K-Series du nom de leur créateur, le Professeur Kadinski. Seulement, cette race a été créée à partir d’une reine Alien volée par les Marines à un clan Predator, les chasseurs n’ont pas vraiment apprécié et se mettent en chasse des auteurs du larcin. Dans le même temps, des Aliens du nid dont la reine a été dérobée ont survécu et comptent bien secourir leur matriarche et se venger à la fois des K-Series, des Predators et des humains. En parallèle, les Aliens K-Series se sont échappes et commencent à infester la petite planète…
Plus qu’une planète, LV-742 devient une véritable zone de guerre sur laquelle non pas une ni deux ni trois mais quatre races d’extra-terrestres se font la guerre : Aliens, Aliens K-Series, Predators et Humains  !

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Le jeu se décompose donc en trois campagnes différentes  : Aliens, Predators et Marines, les trois races ayant un gameplay différent.
Le jeu avec les Aliens consiste généralement à créer une Reine puis «  nettoyer  » la zone de toute présence hostile. Les Aliens doivent récupérer leurs victimes, les ramener au nid pour les féconder avec des œufs pondus par la reine et ainsi créer de nouvelles unités.
Pour ce qui est des Predators, le but est généralement soit de nettoyer la zone, soit de collecter un trophée précis. Pour remporter des points et créer de nouvelles unités, les Predators doivent collecter des trophées sur leurs victimes.
Enfin en ce qui concerne les Marines, pour gagner des points et créer de nouvelles unités, ils doivent soit battre des ennemis, soit réparer des processeurs atmosphérique disséminés un peu partout sur la carte. Le but des missions est souvent de regagner une zone ou de récupérer des items sur la carte.
Des trois races, le jeu le plus intéressant est sans conteste celui avec les Aliens : leur gameplay plus complet que les deux autres races permet plus de possibilités (par exemple en fécondant certaines races indigènes, ont peut créer des unités inédites), on peut également avec les xénomorphes créer des zones sécurisées pour ces unités avec des points où elles peuvent se soigner et faire évoluer ces unités (les Predaliens par exemple évoluent et deviennent de plus en plus résistants au fur et à mesure qu’ils combattent), ainsi que les mutations des Prétoriens qui permettent de créer de nouveaux types d’Aliens.
Le jeu avec les Marines est par contre très classique : On créé des unités et on avance en tuant ou détruisant un peu tout ce que l’on croise, le but étant généralement de récupérer un item lourdement protégé.
Enfin pour les Predators, ça a beau être du AVP, le but des missions est souvent similaire à celui des Marines : A savoir tout nettoyer ou récupérer un trophée. Le plus déstabilisant étant d’envoyer des dizaines de Predators au charbon, mettant ainsi de coté l’aspect un peu redoutable des yautjas qui dans la majorité des histoires AVP ne sont guère que 3 ou 4… Très honnêtement, des trois campagnes, c’est celle qui m’a le moins passionné.

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AVP Extinction est un jeu très moyen : L’intelligence artificielle est souvent aux fraises, des unités se «  perdant  » régulièrement sur la carte ou restant souvent bloquées dans des éléments du décor. Des plus le jeu n’est pas très beau (surtout sur PS2) et la maniabilité demande un très long temps d’adaptation. Mais la richesse du jeu est ailleurs : Dans ces très nombreuses idées originales.

En effet, avant AVPE, la hiérarchie du nid Alien n’était pas vraiment précise, avec AVPE, elle est bien définie et cette organisation a depuis été reprise dans d’autres médias, notamment les comics et d’autres jeux vidéos. De plus, ces idées sont maintenant inconsciemment ancrées comme évidentes et logiques pour de nombreux fans, alors que la plupart ignorent que ces idées proviennent de ce jeu.
C’est un peu la même chose pour les Predators : Jusqu’à ce jeu, les grades et rangs des clans étaient peu précis, chaque créatif pouvant travailler sur la licence étant un peu libre de décider ce qu’ils voulaient. AVPE va du coup y mettre un peu d’ordre et créer un système cohérent qui aujourd’hui fait très souvent référence, par exemple dans les comics les plus récents.
Pour ce qui est des Marines, pas grand chose de nouveau, hormis la création de certaines armes notamment l’impressionnante armure de combat, par contre il est agréable de constater que les développeurs des studios Zono se sont très largement documentés et que de nombreuses idées jusque là seulement vues dans des ouvrages comme Colonial Marines Technical Manual (indédit en France), comme les lance roquettes SADAR ou le grade de Sniper sont utilisées.


L’introduction du jeu et la première mission avec les Aliens

En résumé, malgré ces lacunes, Aliens Versus Predator : Extinction est un jeu essentiel dont les idées originales sont depuis entrées dans l’inconscient des fans comme des évidences : Un jeu à faire et résolument appréciable.

Aliens Versus Predator : Requiem sorti en 2007 exclusivement sur PSP

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Aussi étonnant que cela puisse paraître, même un film aussi exécrable que Aliens vs Predator : Requiem a eu droit à son adaptation en jeu vidéo. C’est donc la portable de Sony qui a le «  privilège  » d’accueillir cette adaptation en 2007. Sorti en catimini, le jeu est-il meilleur que le film ? Dans un sens, si vous avez vu le film, vous allez me dire que ce n’est pas très compliqué… Et vous avez raison  !

AVPR reprend donc le pitch du film : Vous incarnez le Predator Wolf et devez vous rendre à Gunnisson dans le Colorado afin faire disparaître toute trace de l’infestation Alien qui s’y déroule après qu’un vaisseau Predator s’y soit écrasé après qu’un Predalien y ait massacré les yautjas à bord. Et c’est tout… C’est la même histoire que le film quoi… Enfin bref.
Le jeu a été développé par Rebellion et est distribué par Sierra Entertainement.

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Pour être franc, AVPR sur PSP est un bon jeu : Vous incarnez donc Wolf, le Predator surarmé venu sur Terre pour botter les fesses des Aliens. Le jeu est un jeu d’action à la troisième personne (vous voyez votre personnage de dos) et vous suivez à peu de chose près le déroulement du film. Niveau gameplay, le jeu ressemble beaucoup à Predator : Concrete Jungle et on y retrouve le même genre de mécaniques de jeu, le coté plateforme étant quand même beaucoup moins prononcé dans AVPR.

Assez étonnement, AVPR est un petit jeu assez plaisant à jouer : Il est facile, plutôt varié et se laisse suivre assez facilement. Quelques heures seulement sont nécessaires pour le terminer et autant être franc, sans le bagage particulièrement pesant de statut d’adaptation de film pourri, le jeu est assez sympathique.


Présentation du gameplay du jeu

Malgré le fait qu’il soit catalogué comme «  adaptation pour le pognon d’un film pourri  » AVPR sur PSP est un petit jeu sympathique avec lequel ont passe un (court) moment assez agréable, à essayer si on le trouve à pas cher.

Aliens Versus Predator sorti en 2010 sur PC, Xbox 360 et PS3

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Attendu depuis des années, ce quatrième chapitre de la série de FPS Aliens Versus Predator arrivera finalement en 2010 sur PC, Xbox 360 et PS3. Auréolé du succès de ses opus précédents, surtout les deux épisodes PC, il était très attendu et pour beaucoup, la déception fut à la hauteur de l’attente…
Le jeu est encore développé par Rebellion est distribué par Sega.

Le jeu nous propose comme ses trois prédécesseurs d’incarner soit un Alien nommé Specimen-6, soit un Predator surnommé Dark et enfin un Marine débutant, surnommé Rookie.
L’histoire du jeu se passe sur la planète BG-386 : Des colons basés sur place y découvrent une pyramide Yautja et ni une ni deux, des scientifiques de la compagnie Weyland Yutani débarquent pour l’étudier. Ils y découvrent des œufs de xénomorphes et commencent à les étudier en laboratoire. Mais tout n’est pas du goût des Predators qui envoient trois des leurs sur BG-386 pour enquêter sur les intrus ayant profané leur lieu de culte. A leur arrivée, les Predators commencent les représailles en éliminant les intrus, permettant ainsi aux Aliens de s’échapper… Quelques humains survivants ont le temps de lancer un appel de détresse intercepté par les Marines qui à leur tour et envoient une équipe de secours sur la petite planète.
Humains, Aliens et Predators commencent alors un affrontement sans pitié et font de BG-386 une véritable zone de guerre.

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A sa sortie, ce jeu fut assez mal reçu, la plupart des critiques lui reprochant sa faiblesse graphique, son gameplay éculé et sa trop grande linéarité, ce qui n’est pas faux dans un sens car toutes ces lacunes peuvent lui être reprochées mais heureusement, il se rattrape avec d’autres qualités, moindre mais pas négligeables non plus.
En ce qui me concerne, ce nouvel AVP en FPS fut une demi-déception : D’une part parce que de base, je ne suis pas un grand amateur de FPS donc j’avais peu de moyens de comparaison et d’autre part parce que je suis fan d’Alien Vs Predator et que du coup, j’étais un peu pris à partie.

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Enfin bref, quoi qu’il en soit, il faut l’admettre, AVP 2010 est un jeu très moyen, bien loin des qualités des trois opus l’ayant précédé et les principaux reproches qu’on lui faisait et que j’ai énuméré plus haut se vérifient très vite une fois la manette en main : Premier constat, même si on est en 2010, le jeu est largement en dessous de la qualité graphique des jeux de l’époque, il n’est pas laid mais certains décors sont vides et les personnages peu détaillés. Ensuite niveau gameplay, on a un système de jeu archi-classique qui convient bien néanmoins à l’autre gros défaut du jeu, à savoir son déroulement particulièrement linéaire car c’est là son plus gros défaut : Le jeu est extrêmement dirigiste et ont ne fait que suivre un chemin prédéfini tout le long du jeu.

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Enfin l’autre gros reproche que l’on peut lui faire et que les trois campagnes sont inégales : Autant la campagne du Marine est très longue et intéressante, celle du Predator plus courte et celle de l’Alien encore moins… Visiblement, les développeurs se sont plus penchés sur la campagne du Marine au détriment des deux autres et ça se ressent très vite une fois le jeu terminé..
Par contre le jeu est doté d’un très bon scénario, faisant se télescoper les trois campagnes à de nombreuses reprises et rendant l’histoire très palpitante et surprenante.
Son autre grosse qualité et son ambiance sonore : Les sons des films sont particulièrement bien reproduits et les thèmes musicaux très dans l’esprit de la licence et on est vite plongé dans l’ambiance.


Bande annonce du jeu

AVP version 2010 est donc et comme je le dis plus haut un jeu très moyen sur tout les points, que se soit graphiquement ou niveau gameplay, le jeu se rattrape par un scénario très prenant et une très bonne ambiance sonore, ce qui il faut l’avouer, est très léger…

Aliens Versus Predator : Evolution sorti sur Androïd et IOS en 2013

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Des jeux Aliens et Predator, voir AVP sur mobiles, il y en a eu des dizaines mais autant être franc, la plupart sont des bouses : Entre les jeux d’action en 2D vu du dessus et les jeux de platesformes vu de profil, que se soient les Aliens ou les Predators, les deux races d’extra-terrestres n’ont pas vraiment été vernies par les jeux sur portables. Néanmoins, il y en a un qui réussi à sortir son épingle du jeu de façon efficace avec un jeu simple et amusant.

Le jeu se situe sur LV-412, une petite planète sur laquelle le clan des Super-Predators (vu dans le film Predators) a réussi à sécuriser une arme particulièrement efficace : Des Aliens. Il capture ainsi un membre d’un clan de chasseurs pour le confronter aux Aliens. Le chasseur résiste tant bien que mal avant de tomber sous les coups du Berserker Predator. Le chasseur a malgré tout le temps d’envoyer un signal de détresse, intercepté par un des autres membres de son clan qui viendra le venger.

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Dans AVP Evolution, vous incarnez tour à tour un Alien et un Predator dans une histoire commune aux deux créatures. Le jeu est assez simple et il suffit en général d’avancer et de tuer tout ce qui se présente à l’écran en matraquant les touches d’attaque. Il y a également un système de mise à mort assez original et assez gore.
Dit comme ça, le jeu paraît un peu basique (et ça, il l’est) mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un jeu sur portable et que ce style de jeu se prête assez bien pour décompresser vite fait en s’amusant sur son téléphone portable. De plus les niveaux sont assez courts, se prêtant assez bien à des cessions de jeu plutôt courtes.
L’histoire est également assez intéressante en reprenant des éléments du film Predators et en les ajoutant à la mythologie AVP.


Bande annonce du jeu

AVP Evolution est un petit jeu assez sympathique, peu coûteux (comptez environ 3€, un pack avec le jeu Predators est également disponible pour 4 ou 5€ je crois) et ma foi assez réussi pour un jeu sur portable, franchement pour le prix, ont peut facilement se laisser tenter.

ALIENS VERSUS PREDATOR  : LES FILMS  :

Alien Versus Predator en film, c’était un peu un fantasme de fan qui dure depuis la publication du premier comic : Souvent évoqué, souvent annulé, le projet a refait surface durant des décennies sans que cela n’aboutisse vraiment… Avant de se concrétiser en 2004 pour un résultat bien en dessous des espérances des fans et cinéphiles.

La première idée d’un film AVP fait surface en 1991 avec un scénario écrit par Peter Briggs : Baptisé The Hunt : Alien Vs Predator, à la lecture du script, pas de secrets, le scénariste adapte avec fidélité la première série de comics mais même si le script est assez enthousiasmant, il faut se rendre à l’évidence, c’est beaucoup trop ambitieux pour l’époque.
Briggs écrit une seconde version du script, selon lui une version «  allégée  », mais même cette version n’intéresse pas les cadres de la Fox qui laisseront le projet de coté.
L’échec de Alien 3 et les scores modeste de Alien : La Résurrection au box office mettront définitivement l’idée d’un film AVP au point mort pour quelques années.
Au début des années 2000, James Cameron déclare travailler sur un nouveau film Aliens. Après en avoir discuté avec Ridley Scott, Cameron a pour projet de réaliser un film revenant à la base du mythe des Aliens et explorer leurs origines, beaucoup de ces idées seront reprises quelques années plus tard par Scott lors de l’écriture du script de Prometheus.
A l’annonce de la validation du projet AVP par la Fox, James Cameron abandonnera définitivement l’idée d’un cinquième film Alien, pensant que l’idée d’un film AVP décrédibiliserait les deux licences.
James DeMonaco et Kevin Fox tentent alors leur chance avec un scénario se situant dans l’espace mais le producteur John Davis refusera l’idée, préférant un film se situant sur Terre, moins coûteux à produire et réaliser.
C’est alors que Paul WS Anderson présente à John Davis ses idées de scénario sur lequel il travaille depuis 8 ans. Séduit par les idées du réalisateur et les concept arts réalisés par Randy Bowen, John Davis donne le feu vert à Anderson qui enchaîne l’écriture du script de AVP après avoir fini celui de Resident Evil Apocalypse.
Six mois plus tard, Anderson livre un scénario détaillé à John Davis qui après quelques modifications l’approuve. Le tournage à lieu en République Tchèque, dans les studios Barrandov et certains extérieurs sont filmés en France et en Italie, notamment à Courmayeur.
Le film sort sur les écrans le 12 août 2004.

Alien Versus Predator (2004)

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AVP se passe sur Terre, en 2004 : Un satellite de la compagnie Weyland détecte une activité anormale sur l’île Bouvet en Antarctique. Après plusieurs analyses, la compagnie découvre qu’il s’agit en fait d’activité due à une source de chaleur inexpliquée, provenant d’une pyramide cachée sous la glace. Très vite, une expédition scientifique est montée afin d’aller enquêter. L’équipe est composée de scientifiques, d’archéologues, et de quelques mercenaires mais aussi d’une équipe de forage et d’une guide de haute montagne, Alexa Woods. Cette dernière s’oppose à diriger l’expédition, prétextant que l’inexpérience et la précipitation sont des facteurs dangereux, elle se rétracte au dernier moment et fini par accepter à contre cœur de diriger l’expédition.
Arrivés sur les lieux, l’équipe découvre qu’un tunnel a déjà été foré et descend à la découverte de la pyramide. Peu après leur arrivée, les scientifiques dans la pyramide se font attaquer par des Face Huggers et l’équipe restée à la surface par des Predators qui descendent eux aussi dans la pyramide.
Ladite pyramide est en fait piégée et sert de lieu de rite de passage pour les Predators, qui y libère et chasse des Aliens.
Coincés dans les dédales labyrinthiques de la pyramide, pris entre le feu croisé d’un affrontement séculaire entre deux races d’extra-terrestres, les rares survivants vont devoir tout faire pour survivre…

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Annoncé en grandes pompes par la Fox et attendu de pied ferme par les fans, AVP n’a pas fait grande impression à sa sortie : La plupart lui reprochant son ton résolument série B de luxe et un aspect trop porté sur l’action. Je peux comprendre cette déception, mais comme je l’ai dit à de nombreuses dans ce dossier, AVP, ce n’est ni Alien, ni Predator, ça n’a rien à voir et c’est quelque chose d’autre et c’est manifestement ce que beaucoup de spectateurs ont eu du mal à comprendre : Essayez de retrouver l’ambiance d’Alien ou Predator dans AVP, c’est peine perdue puisque c’est quelque chose d’autre qui n’a rien à voir avec les films «  solo  » des créatures et ça, même si visiblement Paul WS Anderson l’avait compris, ce n’était pas le cas des spectateurs qui ont boudé le film en bloc à cause de cet aspect.

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L’autre facteur à prendre en compte est également le développement chaotique du film : Même si on est loin de l’enfer que fut le processus créatif de Alien 3, Paul WS Anderson avouera à demi-mot après le tournage que les producteurs omniprésents sur le tournage lui ont mis successivement des bâtons dans les roues, déjà en imposant des idées contre son gré et surtout en réduisant son budget au fur et à mesure du tournage, forçant le réalisateur à faire des choix et mettre de coté certaines idées (à la base, par exemple, c’est une équipe de cinq Predators qui était prévue).

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Objectivement, je trouve que AVP n’est pas un mauvais film : Son scénario est assez bien trouvé (même si l’idée de la pyramide n’est pas nouvelle, voir le jeu Aliens Vs Predator 2), certaines scènes d’action sont plutôt réussies (le combat entre Celtic Predator et l’Alien Grid, ou encore le combat final) et les créatures sont montrées telle qu’elles devraient toujours l’être : Les Predators comme des êtres puissants, intelligents et vertueux et les Aliens comme des monstres agressifs et sanguinaires.

Ensuite, niveaux effets spéciaux le film est assez impressionnant : Anderson a voulu privilégier les effets spéciaux traditionnels au détriment des effets numériques, le film comporte moins de 20% de plans numériques sur sa totalité, maquettes et maquillages (signés Alec Gillis et Tom Woodruff, deux anciens assistants de Stan Winston, Gillis et Woodruff avaient déjà signé les effets et maquillages de Alien 3 et Alien Résurrection) étant majoritaires.
Par contre j’admets que son coté série B peut paraître gênant et très en décalage avec les films «  solo  » des deux créatures qui sont de vrais blockbusters d’auteurs mais Alien Vs Predator reste ce qu’il est, à savoir un divertissement honorable et de bonne facture.
Enfin, il faut savoir que le film comporte une excellente version longue qui rajoute une dizaine de minutes de film, pour le moment exclusivement disponible en DVD.


Bande annonce VF du film

Dénigré à sa sortie, AVP est un honnête divertissement qui doit être pris comme tel pour être vraiment apprécié mais l’ombre de ces deux références lui ont été particulièrement néfastes et le film à fini, selon moi, à tort dans la catégorie des nanards.

Niveau box office, AVP fut par contre particulièrement rentable : Au terme de son exploitation, il a rapporté plus de 172 millions de dollars pour un budget initial de 60 millions, soit quasiment le triple. Pas étonnant alors que la Fox, malgré des critiques calamiteuses, veuillent mettre en chantier une suite.
Déjà auréolé d’une réputation plus que douteuse, la licence cinéma AVP va avoir droit au pire traitement imaginable, toutes licences confondues, en cette année 2007 avec un film qui porte tristement bien son nom puisqu’il va enterrer la licence, cette chose filmée a pour nom Aliens Vs Predator : Requiem et ceux qui ont trouvé que AVP premier du nom était un mauvais film vont devoir revoir leur standard, car oui, AVPR, c’est pire, bien pire…

Aliens Versus Predator  : Requiem (2007)

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C’est en 2006 qu’après avoir proposé un scénario à la Fox que les frères Colin et Greg Strause sont engagés pour réaliser Aliens Vs Predator : Requiem. Le tournage a un impératif : Être terminé en 52 jours pour une sortie l’année suivante. A l’époque les frères Strause n’ont qu’une très maigre expérience de la réalisation : Avec leur société Hydraulx, ils n’ont réalisé que des clips ou des publicités et participé aux effets spéciaux de nombreux films comme 300, Titanic, Le Jour d’Après ou Volcano. Les deux frères décident de relever le défi, leur expérience des effets spéciaux numériques pouvant être bénéfique au studio qui du coup (c’est Colin Strause qui le dit) va pouvoir faire des économies… Le tournage commence le 25 septembre 2006 à Vancouver, sur un scénario de Shane Salerno.

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Suite à la mort du Predator Scar à la fin du premier film, le cadavre de celui-ci est ramené à bord d’un vaisseau Predator. Horreur, malheur, le cadavre du yautja abrité un embryon d’Alien qui naît et créé un Predalien, un hybride entre un Alien et un Predator. L’imposante créature commence a faire régner la terreur sur le vaisseau et à en décimer les occupants. En perdition, le vaisseau s’écrase sur Terre, dans une forêt près de la petite ville américaine de Gunnisson dans le Colorado. Le Predalien s’échappe, délivrant dans sa fuite une cohorte de Face Huggers détenus par les yautjas qui contaminent les malheureux humains s’approchant trop près de l’épave du vaisseau.
C’est au même moment que Kelly O’Brien, une militaire revient de son service pour retrouver sa famille et que Dallas, un ancien repris de justice reviens à Gunnisson pour y retrouver son petit frère Ricky.
Arrivé en ville, le Predalien et quelques Aliens nouvellement nés vont commencer à faire régner la terreur et transformer Gunnisson en véritable zone de guerre que même l’armée et un Predator venu chasser les Aliens ne pourront juguler…

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Dire que AVPR est un mauvais film est un euphémisme : Le film compile toutes les erreurs et lacunes imaginables pour un film de ce genre, voir les aggrave.

Première chose, le scénario : Indigent, inintéressant, doté de personnages tous plus pathétiques les uns que les autres, il ne vaut pas mieux que celui d’un téléfilm de série B fantastique. Les dialogues font parti des plus mauvais que j’ai put entendre, certaines répliques étant tellement hors contexte que certains échanges entre les personnages en deviennent presque drôle. Certains acteurs, surtout les seconds rôles, sont aussi très mauvais et les intrigues secondaires à la limite du risible (l’une des intrigues centrales du film étant de savoir sir Ricky, le tocard du lycée va serrer Jesse la bimbo blonde, pour vous donner le niveau…).
Second gros défaut, et c’est l’une des choses qu’on lui reprochera le plus, sa photographie, quasiment inexistante : le film est sombre, au point que parfois on ne comprend quasiment rien à ce qui se passe à l’écran, c’est particulièrement flagrant durant les scènes d’action durant lesquelles des zones sombres et humides gesticulent sur l’écran avec des bruits bizarres.

Enfin, le film enchaîne les séquences gores gratuites à vitesse grand V : Empalement, membres arrachés, fécondations d’humaines bien cradingue et même la mort d’un enfant, le film est gore jusqu’à l’écœurement, comme si il voulait justifier un classement interdit au moins de 16 ans toutes les 10 minutes. Enfin la réalisation est calamiteuse, encore là digne d’un téléfilm, démontrant le manque d’expérience des frères Strause dans le domaine.
Pour ce qui est des effets spéciaux, on souffle le chaud et le froid : Certains effets, notamment les effets numériques, sont d’assez bonne facture, idem pour les maquillages encore signés par le tandem Alec Gillis et Tom Woodruff Jr. Le Predator a par exemple un look particulièrement réussi, les maquillages et prothèses étant en général, l’un des atouts du film. Par contre, il y a un point particulièrement gênant, c’est le Predalien : Même si le maquillage est une réussite, lorsqu’il est joué par un acteur, la lourdeur du costume vire parfois au comique, ses déplacements patauds lui donnant une attitude nonchalante prêtant à sourire (personnellement, je l’ai toujours comparé à Casimir, de l’émission L’île aux Enfants).
Dans toute cette avalanche de médiocrité, il y a malgré tout quelques éclairs de positif : Par exemple la scène d’ouverture, présentant pour la première le monde natif des yautjas, un mur de trophées Predator particulièrement fourni (on y aperçoit par exemple un casque d’Ingénieur) mais le plus gros point positif, c’est sans conteste la musique de Bryan Tyler qui signe une bande son admirable, mixant les deux ambiances des films Alien et Predator de façon particulièrement efficace.


Bande annonce VF du film

Aliens Versus Predator : Requiem est l’un des pires films que j’ai pu voir  : Véritable nanard, accumulant défauts, maladresses, erreurs et incohérences, c’est d’autant plus navrant que ce film soit attaché à deux licences aussi prestigieuses que Aliens et Predator. Le film signera d’ailleurs l’arrêt de cette licence au cinéma et mettra au point mort tout projet cinématographique utilisant l’un des deux univers.
Il faudra attendre 2012 avec le retour de Ridley Scott et le succès de son film Prometheus (Un spin-of d’Alien) pour redonner de l’intérêt aux producteurs pour ces licences.

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Après ces trois parties, des heures d’écriture et de recherches complétées par des connaissances personnelles, c’est avec un pincement au cœur que je vous annonce qu’il est maintenant tant de conclure  !

Aliens et Predator sont des créatures et univers mythiques de l’imaginaire collectif : Ancrées dans l’esprit des fans de science fiction comme des références, l’univers conjoint d’Aliens Versus Predator créé dans les comics s’est depuis largement démocratisé au travers de jeux vidéos et de deux films à la réputation sulfureuse. AVP reste néanmoins une licence à part entière ayant sa propre mythologie, qui même détachée de ces deux univers natifs mérite tout autant d’intérêt et j’espère au travers de ce dossier vous avoir donné l’envie de vous plonger dans cette guerre séculaire.

1 : Le seul jeu Predator à retenir est Predator : Concrete Jungle (sorti sur PS2 et Xbox en 2005) qui malgré quelques lacunes, notamment graphiques, réussissait parfaitement à retranscrire l’ambiance et l’esprit des films. Les Aliens y font d’ailleurs un caméo le temps d’une mission.

2 : La Game Boy ne sera pas vraiment vernie puisque la seconde incursion des xénomorphes sur son petit écran monochrome se fera la même année avec l’adaptation de Alien 3, considéré comme un des jeux Alien les plus mauvais jamais sortis.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #27

Aliens Versus Predator : 2ème partie

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Historique des comics Aliens et Predator

C’est donc en 1988, soit deux ans après la sortie de Aliens le Retour, que Dark Horse se lance dans l’aventure des comics Aliens en obtenant les droits du second film.
Dés lors ils mettent en branle un univers étendu autour de la franchise, ayant pour base le second film Aliens. Les trois premières séries de comics Aliens vont souvent changer de direction éditoriale, d’abord considérées comme des suites officielles au film Aliens, Le Retour prenant comme héros les personnages de Hicks, Newt et Ripley, la sortie d’Alien 3 va changer cet état de fait et la solution la plus simple sera donc de tout simplement changer les noms des protagonistes : Hicks deviendra Wilks, Newt, Billie et Ripley, qui pour une raison qui m’échappe, gardera son nom d’origine.

2Au niveau des titres et appellations, ces trois séries originelles vont aussi changer souvent de nom : D’abord sobrement intitulé Aliens Book 1, 2 et 3, ces trois séries auront des noms divers, faisant tourner la tête des fans de la franchise : Quasiment chaque nouvelle édition se verra renommer : Outbreak, Earth War, Female War, Nightmare Asylum, les noms divers et variés vont s’enchaîner pour ces trois séries qui sont la fondation de la ligne de comics Aliens et vont en définir les codes, aussi bien visuels que scénaristiques.

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Je ne m’attarderai pas aujourd’hui sur ces trois séries, mais j’y reviendrai probablement prochainement, tant leurs qualités sont indéniables (1).
A ce jour, plus d’une cinquantaine de mini-séries et autres one-shots ont étaié publiées par Dark Horse mettant en scène les monstrueux xénomorphes.

Pour ce qui est des comics Predator, c’est un peu le même chemin que pour les comics Aliens  : Après avoir vu le film en salle, Chris Warner à l’époque éditeur chez Dark Horse, est convaincu qu’il faut que la société acquiert au plus vite les droits du film, ce qu’il fait. Deux ans plus tard, en 1989, est publié le premier numéro du comic Predator, sobrement intitulé « Predator » puis rebaptisé lors de ses rééditions suivantes Predator : Concrete Jungle, la mini-série sera d’ailleurs reconnue plus largement sous ce nom.

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Le scénariste Mark Verheiden (en collaboration avec Chris Warner) va profiter du fait que le premier film Predator ne fait qu’esquisser le comportement de la créature : Verheiden va alors créer de nouveaux éléments et développer les aspects rapidement présentés dans le film tout autour du Predator : Du système de chasse au code d’honneur, il va donner au chasseur extra-terrestre une dimension encore plus tribale et rituelle. Le scénariste va également délocaliser l’action en ville, donnant ainsi au Predator un nouveau terrain de chasse et de nouvelles possibilités d’actions.

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Voulu, comme pour les comics Aliens, comme une suite plus ou moins officieuse du film, cette première série Predator reprend certains personnages du film comme Dutch Schaefer (le personnage incarné par Arnold Schwarzenegger dans le premier film) mais en reste suffisamment éloignée pour ne pas se retrouver dans le marasme éditorial dont furent l’objet les premiers comics Aliens.
Predator version comics est à l’image des mini-séries Aliens, une grande réussite, aussi bien créativement que commercialement.

Cela étant dit, revenons au sujet qui nous intéresse aujourd’hui.

La Genèse d’AVP

A la fin des années 80, Dark Horse est le leader incontesté des comics à licence cinématographique sur le marché : Mise à part Aliens et Predator, l’éditeur possède également les droits de la poule aux œufs d’or Star Wars, mais aussi Terminator, Robocop et nombre d’autres films plus ou moins populaires.
C’est lors d’une réunion éditoriale afin de trouver de nouvelles idées, notamment des crossovers (l’idée de Batman Vs Predator sera d’ailleurs abordé pour la première fois durant cette réunion, idée rapidement écartée car jugée ridicule… Pour la petite histoire, par la suite, Batman croisera à 4 reprises les chasseurs extra-terrestres ! C’est d’ailleurs le super-héros qui croisera le plus souvent leur route) que Chris Warner, parti aux toilettes, a une idée toute simple  : Aliens appartient à Fox, Predator aussi, Dark Horse a les droits des deux séries, pourquoi ne pas faire Aliens Vs Predator  !

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Chris Warner contacte alors rapidement la personne en charge des licences Fox qui, très emballé par l’idée, lui donnera immédiatement le feu vert pour démarrer la série.
C’est au débutant Randy Stradley (toujours en collaboration avec Chris Warner) qu’est confié la tache de créer une histoire autour de cette rencontre à la fois excitante et improbable. Quand aux dessins, ce sera un autre débutant, Phil Norwood, qui s’y collera.
La série est teasée pour la première fois dans les magazines Dark Horse Presents 34 à 36, de novembre 1989 à janvier 1990. Ces trois prologues, d’abord sur Aliens, puis Predator et enfin les réunissant tout les 2, auront l’effet voulu et la publication du premier numéro de Aliens Vs Predator est un énorme succès.

Partie 1  : La trilogie Machiko Noguchi

Publié en France sous le titre Aliens Vs Predator : Une Chasse à l’Homme, la série originale AVP est précédée de trois prologues de quelques pages (2) : Dans le premier, on assiste à une mystérieuse industrialisation de la ponte d’œufs Aliens, montrant une redoutable Reine Aliens enchaînée sur une chaîne, forcée de pondre des œufs pour un but indéfini…
Le tout est supporté par la conversation entre deux pilotes humains, débattant de la légitimité et du droit que se donne les humains de coloniser des planètes inhabitées.
Dans le second prologue, ont fait la connaissance de Top Knot et Broken Tusk, deux Predators rivaux s’affrontant pour prendre la tête de leur clan. Le tout est encore supporté par une conversation entre deux humains, cette fois-ci sur la soif de pouvoir des compagnies et autres organisations spatiales.
Enfin dans le dernier prologue, on comprend le pourquoi de la ponte forcée de la Reine Alien du premier prologue et du combat pour la suprématie du clan du second : Les fameux œufs Aliens sont en fait largués sur des planètes sauvages et une fois les Aliens nées, les Predators s’y rendent pour les chasser, cette chasse étant une des plus glorieuses, d’où le combat entre les deux rivaux du second prologue. Encore une fois, toute cette courte histoire est supportée par la conversation entre deux humains, concernant cette fois-ci le frisson et les sensations provoquées par la chasse.

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Suite à ces trois prologues, est publié en 1990 le premier numéro de Aliens Vs Predator.
9L’histoire commence sur la petite planète fermière Ryushi. Cette petite planète semi-déserte, récemment colonisée par la Chigusa Corporation, abrite une colonie nommée Prosperity Wells spécialisée dans l’élevage de Rynths, des gros bovins à mi-chemin entre le bœuf et le rhinocéros.
Cette colonie est dirigée tant bien que mal par Machiko Noguchi, jeune cadre de la Chigusa qui peine à faire respecter son autorité, surtout auprès des éleveurs plus anciens, très influencés par Ackland, le plus gros éleveurs de Rynths de Ryushi. C’est dans cet environnement à la fois tendu et machiste, sur une planète aux conditions climatiques extrêmes que la jeune femme tente tant bien que mal de faire fonctionner cette colonie.
Alors que la situation devient de plus en plus tendue sur la petite planète, de mystérieux objets s’écrasent sur Ryushi, libérant des œufs d’Aliens qui vont infecter en masse les troupeaux de Rynths. Seulement, pour les Predators, Ryushi est encore une planète inoccupée et à leur arrivée, les Aliens sont bien plus nombreux que prévu…
Bien loin de les décourager, cette opulence de proies potentielles, humains et Aliens, ne va qu’exciter encore plus la soif de chasse des chasseurs extra-terrestres qui vont se délecter de cette aubaine.
En quelques jours, la petite planète tranquille va se transformer en véritable zone de guerre opposant deux races extra-terrestres, avec les humains au centre. Spectatrice et actrice de cette guerre, Machiko Noguchi va tout faire pour endiguer le désastre se déroulant sur Ryushi…

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Dans le contexte de l’époque, il faut savoir que seulement deux films Alien étaient sortis lors de la publication du premier numéro de AVP, que quasiment aucun élément du premier film Alien n’y sont abordés (Dark Horse n’ayant à l’époque que les droits du second film, ceux du premier étant encore et toujours détenu par Heavy Metal) et que seulement le premier film Predator était sorti sur les écrans (le second film Predator sortira durant la publication du comic AVP, sans que l’équipe du film ne soit au courant de la création de la BD).
Cela laissait donc à Randy Stradley et Chris Warner tout le loisir de développer une mythologie commune aux deux créatures, ce qu’ils vont brillamment réussir : Bien loin de céder au schéma classique du crossover en comic (Rencontres / Affrontement / Union contre une menace commune), les deux scénaristes vont créer tout un nouvel univers commun aux deux créatures, reprenant certes des éléments des deux films, mais réussissant toutefois à s’en décrocher pour vivre indépendamment des deux licences originelles.

D’ailleurs, petite aparté au passage, je le précise encore, l’ayant déjà fait dans la première partie, AVP, ce n’est ni Aliens, ni Predator, c’est un troisième univers à part, qui vit indépendamment des deux autres licences. Si vous aimez Aliens, si vous aimez Predator, sachez que AVP, c’est autre chose de totalement différent.

Dans l’univers de AVP, les deux races d’extra-terrestres sont liées, éternellement rivales, que se soit dans les rituels et la vie des Predators que dans le développement des Aliens. Bien plus que de créer une histoire mettant face à face deux monstres mythiques du cinéma, AVP c’est un univers complet, intéressant et développé que vont créer Chris Warner et Randy Stradley, un tour de force, magnifié par les dessins de Phil Norwood, à la fois réalistes et détaillés.

Mini-série en 4 numéros plus un numéro 0, AVP, bien loin d’être une bande dessinée opportuniste, devient immédiatement une référence dans le domaine des crossovers : Bien écrite, bien dessinée et commercialement rentable, elle lance la mode des crossovers qui sera très en vogue dans les années 90. AVP est encore aujourd’hui une véritable référence dans le domaine des crossovers, une œuvre fondatrice, exemplaire par ces qualités que tout amateur de comics et ou de cinéma se doit de lire au moins une fois.

Aliens Vs Predator  : Blood Time

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Suite au succès de la première mini série AVP, Dark Horse va en profiter pour battre le fer tant qu’il est chaud et enchaîner avec deux histoires courtes faisant référence aux tragiques événements de Ryushi, la première est Blood Time, publié en 1994 dans le numéro 25 du magazine Dark Horse Comics (3).
Toujours scénarisée par Randy Stradley et dessinée par Phil Norwood, on y retrouve Top Knot, le Predator déjà apparu dans la première mini série AVP. Durant une chasse aux Aliens, un autre Predator, Two-Stripes, va tricher et s’attirer les foudres de son clan, Top Knot en tête.

Cette histoire met bien en avant le coté rituel et solennel des chasses parmi les Predators et en développe encore plus l’idée de code d’honneur régnant parmi ces chasseurs galactiques. C’est une histoire relativement courte, mais superbement dessinée (les progrès évidents de Phil Norwood sont flagrants) et très intéressante.

Aliens Vs Predator  : Duel

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Seconde histoire, cette fois-ci en deux numéros, reprenant pour base les événements de Ryushi, Duel est publié en mars et avril 1995 dans deux magazines éponymes (4).
Toujours écrite par Randy Stradley, elle est dessinée par Javier Saltares.
Duel raconte l’histoire d’une escouade de Marines Coloniaux partie enquêter sur Ryushi peu après la catastrophe de la première mini-série. Arrivés sur place, les soldats n’y trouvent qu’une colonie désertée par les humains, sur laquelle pullule encore beaucoup d’Aliens, ils y croisent également le chemin de Predators restés sur place pour mettre fin à la peste Alien régnant encore sur Ryushi.
Très vite, les militaires se retrouvent dans le feu croisé de cette guerre qui semble s’éterniser sur la petite planète. Surtout que comme sacrilège ultime pour la bande de chasseur, un Predator semble avoir été fécondé par un Alien, faisant naître une créature jusque là jamais vu.
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Duel est un récit intéressant sur de nombreux points : Déjà il ramène dans la mythologie AVP des éléments du second film Aliens avec les Marines Coloniaux, en apporte de nouveau avec la première apparition du Predalien (un Alien issue de la fécondation d’un Predator), laissant donc entendre que lorsque un Alien se développe dans un organisme différent, il peut donner naissance à une toute nouvelle créature.
Cette idée d’Aliens hybrides sera par la suite largement exploitée, que ce soit dans les comics AVP, Aliens ou même les jeux vidéos.
Autre point intéressant amené par cette histoire, on y voit un Predator s’allier avec un humain sans autre raison que de défendre sa propre vie, faisant ainsi évoluer les Predators et prouvant qu’ils peuvent parfois aller au delà de leurs propres coutumes et traditions.
Certes relativement courte, c’est une histoire intéressante, amenant beaucoup de pistes et d’idées nouvelles.

Aliens Vs Predator  : War

War est la seconde mini-série Aliens Vs Predator. Publiée en 4 numéros, elle est la suite directe de la première mini-série AVP et de la mini-série Aliens : Frenzy, dont elle reprend les personnages principaux.
Avant de parler plus en détail de War, je vais vous parler rapidement de Aliens : Frenzy (Aliens : Berserker lors de sa première publication), War y étant rattaché directement, un petit point sur cette mini-série est donc nécessaire.

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Frenzy est publiée de janvier à mars 1995, écrite par John Wagner (un des co-créateurs de Judge Dredd) et dessinée par Paul Mendoza, sur des couvertures de Killian Plunkett.
Frenzy a pour personnages principaux une équipe d’anciens militaires et ou victimes des Aliens réunis dans un but commun : Détruire les Aliens !
A bord de leur vaisseau, le Némésis, ils scrutent l’espace à la recherche de la moindre trace des xénomorphes afin de les exterminer. Lourdement armée, la fine équipe utilise notamment des armures de combats hyper-perfectionnées et tout un arsenal d’armes de destruction massive pour mettre fin à la moindre tentative des parasites de se développer.
Mais l’équipe va tomber sur un os en abordant la station spatiale Terminal 949 qui après un accident en soute, va devenir le plus gros nid d’Aliens jamais vu en infectant des milliers de personnes.

[SPOILER] L’équipage réussira de justesse à endiguer l’épidémie en faisant exploser la station avec une bombe thermonucléaire, endommageant le Némésis et se retrouvant à la dérive dans l’espace [Fin du SPOILER]

Le point étant fait en ce qui concerne Aliens : Frenzy, revenons à War.

Aliens Vs Predator  : War est une mini-série en 4 numéros publiée de mai à août 1995 plus un numéro 0 reprenant les différents teasers ayant été publiés dans le magazines Dark Horse Insiders de janvier 1992 à février 1993. Le scénario est une fois de plus écrit par Randy Stradley et les dessins sont de Chris Warner (#0), Mike Manley (#1 et 2), Jim Hall (#3) et Mark G. Heike (#4) (5).

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On retrouve donc dans War la jeune Machiko Noguchi : Traumatisée par les événements de Ryushi, elle a décidé de suivre les Predators afin de devenir une chasseuse d’Aliens émérite et ainsi être prête à affronter de nouveau les terribles xénomorphes.
Seulement, la vie parmi les chasseurs est difficile et la jeune femme commence sérieusement à regretter son geste et n’aspire qu’à retrouver au plus vite la civilisation… Seule, mise à l’écart, elle ne doit sa relative tranquillité qu’au fait d’avoir été la protégée du respecté Predator Broken Tusk et de porter sa marque. Le nouveau leader du clan, Top Knot, ne l’apprécie pas vraiment et ne fait que lui tendre piège sur piège…
Elle est également en rivalité avec Shorty, un jeune Predator, et le duel l’opposant à ce dernier (durant lequel Shorty va tricher sans être inquiété) va la conforter dans le fait qu’elle ne sera jamais acceptée parmi eux et lui confirmer l’idée qu’elle doit au plus vite regagner les humains.

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Avec une radio qu’elle a gardé de son ancienne vie, elle capte un jour l’appel de détresse d’une petite planète, cette petite planète nommée Bunda est en fait le terrain de chasse des Predators qui y ont déjà largué des œufs d’Aliens. Pendant ce temps, l’équipage en perdition du Némésis a réussi à se poser sur cette petite planète sauvage seulement occupée par un poste d’observation humain…
Très vite la situation devient infernale sur la petite planète et Machiko se met en route pour porter secours aux humains s’y trouvant.
Pour Machiko, c’est l’occasion inespérée de regagner la civilisation mais pour cela elle va devoir s’enfuir du vaisseau Predator, et les monstrueux chasseurs n’acceptent pas facilement que l’on quitte leur clan. Machiko va alors se servir de ses pires ennemis, les Aliens, afin de s’enfuir et créer de nouveau son pire cauchemar, volontairement cette fois-ci, en faisant s’affronter les deux races d’extra-terrestres.
Machiko va t’elle arriver à temps pour porter secours aux humains de cette planète est les infortunés du Némésis  ?

Alors que le premier chapitre s’attardait un peu plus sur les Aliens, ce second volet de la trilogie AVP consacré à Machiko Noguchi s’attarde plus sur les Predators, leurs traditions et leurs coutumes.
L’histoire est assez dense et est très élaborée, reprenant beaucoup d’éléments des deux séries de films. L’influence du film Predator 2 se fait également beaucoup ressentir dans le comportement des Predators, plus organisés, plus clairs et compréhensibles dans leurs coutumes et comportements.
Néanmoins, je dois avouer que la place des Aliens est assez réduite, leur donnant certes un rôle important mais beaucoup moindre que celui des Predators, largement mis en avant.
War reste néanmoins un comic particulièrement divertissant, rythmé et très porté sur l’action, digne successeur de la première série, imposant Machiko Noguchi comme un personnage essentiel de la mythologie Aliens Vs Predator.

Aliens Vs Predator  : Third World War

Chapitre final de la trilogie Aliens Vs Predator consacrée à Machiko Noguchi, Aliens Vs Predator : Troisième Guerre des Mondes en français (6) est publié aux États Unis de janvier à septembre 2010, soit 15 ans après le précédent chapitre. Toujours scénarisé par l’inusable Randy Stradley, cette mini-série en 6 épisodes est dessinée par Rick Leonardi.

Sur une petite planète minière éloignée, des Predators d’un nouveau genre débarquent et massacrent sans raison apparente à l’aide de xénomorphes dressés tous les civils se trouvant sur place. Un comportement aussi improbable que surprenant de la part d’êtres glorifiant le combat et la gloire d’une chasse honorable.
Dépassés par les événements, le corps des Marines Coloniaux fait alors appel à la seule personne capable des les aider à comprendre cette attaque aussi violente qu’incompréhensible : Machiko Noguchi.
Vivant recluse avec secs amis survivants du désastre de Bunda (voir plus haut), elle vit de safaris de chasse pour hommes fortunés qu’elle organise elle-même. Machiko refuse dans un premier temps d’aider les militaires avant qu’une vidéo montrant ces Predators « Tueurs » lui fasse resurgir des bribes du code d’honneur que lui ont inculqués les Predators « Chasseurs » durant l’année qu’elle a passé avec eux.
A contrecœur, elle accepte d’aider les soldats à mettre fin au règne de terreur des « Tueurs » et pour cela, les humains doivent réussir une véritable prouesse : S’allier le temps de cette guerre avec les « Chasseurs ». Retour sur Ryushi pour Machiko qui une fois sur la maudite planète réussi à obtenir la confiance du clan de Predators sur place.
Contre la menace des « Tueur  », humains et yautjas vont devoir lutter et se battre ensemble, cote à cote, dans cette guerre des mondes.

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Chapitre final de la trilogie Machiko Noguchi, AVP : Troisième Guerre des Mondes est scénaristiquement à la hauteur des deux chapitres précédents, une véritable réussite : La maîtrise de Randy Stradley sur l’univers qu’il a créé plus d’une décennie plus tôt est admirable.
Encore une fois le scénariste apporte de nouveaux éléments et livre un récit novateur, plein de nouvelles idées, rythmé et intéressant : Carton plein donc niveau histoire pour cet ultime chapitre qui porte bien son nom, nous livrant des scènes de guerre dantesque opposant Predators, Aliens et humains.
Si du point de vue de l’histoire,  AVP : Troisième Guerre des Mondes tient toute ces promesses avec son récit de massacre galactique gigantesque, niveau dessin et bien, c’est une autre paire de manches… Comme dit plus haut, c’est donc Rick Leonardi qui s’y atèle et autant être franc d’emblée : C’est mauvais.
Dés la première apparition d’un Predator et d’un Alien, le constat est édifiant, le dessinateur n’était pas taillé pour dessiner ce genre de récit. Son trait est imprécis, limite brouillon, certaines planches sont désespérément vides de décors, les personnages sont à peine détaillés (surtout lorsque l’on sait que les Aliens et les Predators, de même que les Marines Coloniaux sont des personnages très graphiques demandant une maîtrise certaine des détails) et les lacunes de l’artiste ne font que s’aggraver au fur et à mesure du récit, gâchant la lecture de façon très désagréable.

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Bilan en demi-teinte donc pour ce chapitre final  : Randy Stradley maîtrise à merveille son univers, le récit est très réussi mais est parasité par des dessins à peine acceptable. Leonardi n’a pas l’étoffe d’un Phil Norwood ou d’un Mike Manley et c’est bien dommage.

Partie 2  : Les autres comics AVP

Suite aux deux premières mini séries AVP, Dark Horse va bien comprendre que le filon rapporte et va mettre en branle d’autres séries estampillées AVP, entre one shots, mini séries et autres numéros spécials et annuals, voici une rapide présentation de deux autres comics AVP auxquels je vous conseille de jeter un œil.

Aliens / Predator  : Deadliest of the Species (7)

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L’un des comics AVP les plus ambitieux  : Mini-série en 12 numéros, écrite par la superstar Chris Claremont et dessinée par Jackson Guice et Eduardo Barreto sur des couvertures de John Bolton, Deadliest of the Species raconte l’histoire de Caryn Delacroix, une jeune femme vivant recluse sur une planète idyllique : Mariée à un riche industriel, sa vie n’est faite que de détente et réceptions mondaines.
Mais quelque chose ne va pas dans sa vie sans qu’elle sache vraiment quoi : Chaque nuit, ses rêves sont agitées et rythmées par des récits de chasses en compagnie de géants extra-terrestres. La découverte sur sa propre planète de cadavres aux ventres explosés vont vite lui faire revenir des souvenirs enfouis, Caryn n’est peut être pas la femme qu’elle croit être…

Récit très riche, plus long qu’à l’accoutumée, Deadliest of the Species est une franche réussite que je conseille assurément, surtout aux fans de Chris Claremont qui découvriront une nouvelle facette du scénariste.

Aliens Vs Predator  : Eternal (8)

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Mini-série en quatre numéros écrite par Ian Edginton et dessinée par Alex Maleev.
Alors qu’elle enquête sur le maintien de la paix dans un petit pays d’Afrique, une journaliste assiste impuissante au massacre de la délégation par des êtres invisibles et surarmés. Survivant miraculeusement à l’attaque, elle commence une enquête qui la mènera jusqu’au Japon sur les traces d’un richissime industriel âgé de 700 ans se servant de la technologie Predator pour assurer sa longévité. Mais dans le vaisseau qu’il a volé aux chasseurs, l’industriel en question va découvrir une mystérieuse cargaison qui risque de signifier sa perte  : Des xénomoprhes.

Comic très original, bien écrit et superbement dessiné par un Alex Maleev au top de sa forme, Eternal est une très bonne lecture sortant des sentiers battus et se différenciant des autres productions en traitant les Aliens et Predators comme ils sont dans les films : Les Predators restent ces êtres mystérieux, sombres et impressionnants et les Aliens des créatures redoutables et violentes. Un très bon moment de lecture.

Partie 3  : Crossovers

Des crossovers avec les Aliens et les Predators, il y en a eu beaucoup : Sans en faire une liste exhaustive, les xénomorphes et les yautjas ont croisé bon nombre de personnages issus d’univers de comics divers et variés : Des super héros DC Comics (La trilogie Batman Vs Predator, Superman Vs Aliens ou encore Justice League Vs Predator pour ne citer que quelques exemples parmi d’autre…), les WildCATS, aux improbables Tarzan Vs Predator ou encore Archie Vs Predator, la liste est longue mais les crossovers réunissant Aliens, Predator et d’autres personnages issus d’un autre univers est plutôt rare et là où un simple crossover peux donner des résultats plutôt satisfaisants simplement (notamment les excellents Batman Vs Predator, Superman Vs Aliens ou Judge Dredd Vs Aliens : Incubus), ce genre de crossover géant est un exercice risqué, certains ont quand même tenté l’expérience… Petit tour d’horizon de ces raretés, souvent à éviter…

Witchblade / The Darkness / Aliens / Predator  : Overkill (9)

Étant moi-même un grand fan des studios Top Cow et de leurs productions, qu’elle ne fut pas ma joie de découvrir ce crossover géant  ! Et rapidement j’ai déchanté…

L’histoire d’Overkill est simple, surtout parce qu’elle a surtout un furieux air de déjà-vu : Lors d’une canicule à New York, une guerre des gangs opposant italiens et jamaïcains fait rage et la police est débordée… Sara Pezzini, détentrice de la Witchblade, une arme symbiotique ancestrale et officier de police à New York est sommée ainsi que ses collègues de régler au plus vite cette guerre des gangs. Elle fait donc appel à une de ses connaissances, Jackie Estacado, mafieux notoire et héritier du Darkness, un pouvoir mystique surpuissant. Ils vont s’allier et découvrir qu’en plus de cette guerre des gangs, un mystérieux géant sème des cadavres dans son sillage en utilisant de monstrueuses créatures comme chien de chasse.

Niveau scénario, comme vous pouvez le constater, pas de secrets : Il ne s’agit qu’un bête décalcomanie du scénario du film Predator 2… Niveau originalité on repassera donc, d’autant plus que cet ersatz de scénario est signé Paul Jenkins qui soyons franc, nous a déjà habitué à beaucoup mieux.
Par contre, si il y a un point indéniable pour lequel Overkill n’est pas critiquable, ce sont ces dessins, absolument magnifiques, ils ont été réalisé à six mains par une équipe de choc : Tout d’abord Joe Benitez, la star montante de l’époque chez Top Cow, Brian Ching et surtout le beaucoup trop rare Clarence Lansang. Overkill c’est un déluge visuel absolument épatant, qui rien que pour ses dessins vaut véritablement le détour.

Un livre somme toute intéressant, surtout pour ses dessins sans pareils.

Witchblade / The Darkness / Aliens / Predator  : Mindhunter (10)

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Alors que Top Cow s’est chargé de Overkill, Dark Horse publie Mindhunter quelques mois plus tard avec ce second tome de ce quadruple crossover.

Alors qu’elle fait un cauchemar concernant les Aliens et ses souvenirs de l’enfer que fut la folle journée de Overkill (voir plus haut), Sara Pezzini se réveille en stase en compagnie de Jackie Estacado sur une mystérieuse station spatiale.
A leurs réveils, ils découvrent qu’une version futuriste de Kenneth Irons (le pire ennemi de Witchblade) tente d’infecter la terre en y envoyant des Aliens. Loin d’être d’accord, Sara Pezzini et son acolyte se mettent en marche pour contrecarrer les plans du personnage.
Mais rien ne va plus quand un groupe de chasseuses Predator débarquent elles-aussi sur la station spatiale et qu’un Alien féconde un des démons du Darkness, enfantant une créature surpuissante et redoutable, visiblement indestructible.

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La version Dark Horse de ce crossover géant est quand même un peu plus fouillé niveau scénario et se permet plus de choses, notamment en apportant tout un lot de concepts et de nouveautés : On y aperçoit pour la première fois clairement des femelles Predator (Big Mama, la femelle Predator de Deadliest of the Species n’ayant pas un physique très différent de celui des mâles) et on fait la connaissance d’un des hybrides Alien les plus redoutables, le terrible Darkalien.
Néanmoins, le scénario ne court pas après l’originalité et cette histoire d’industriel véreux cherchant à utiliser les Aliens est un peu le genre de scénario redondant dans les comics Aliens et ça a souvent était fait, de manière plus intelligente d’ailleurs (voir par exemple le très bon AVP : Eternal de Ian Edginton et Alex Maleev, cité plus haut). L’histoire en elle-même donc, sans casser trois pattes à un canard, se laisse lire. Niveau dessin, Mel Rubi livre une prestation honorable, même si son style, je trouve, légèrement cartoon ne colle pas vraiment à ce genre de récit.
Plus intéressant que Overkill grâce à son scénario un peu plus ambitieux, Mindhunter reste malgré tout une lecture assez anecdotique, à réserver aux fans purs et durs d’une ou des 4 licences concernées.

Aliens Vs Predator Vs The Terminator (11)

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Affiche de rêve, il aura quand même fallu de nombreuses années à Dark Horse avant de se faire s’entrechoquer trois de ces plus grosses licences cinématographiques. Est-ce que l’attente en valait la chandelle ? Réponse maintenant.

Dans le futur, l’androïde Annalee Call a rejoint un groupe clandestin de rebelles et de pirates dont le but est contrer les tentatives de compagnies ou de conglomérats de nuire à la race humaine.
C’est ainsi qu’elle apprend qu’un scientifique travaille actuellement sur des hybrides d’Aliens  ! Avec le souvenir encore très présent du désastre de l’Auriga (voir le film Alien Résurrection), Call se met en tête de retrouver Ripley 8, le clone d’Ellen Ripley, afin de profiter de ses capacités liés aux Aliens. Call réussi à la convaincre et lors de leur première investigation, il découvre que le scientifique en question est en fait un robot de type jusque là inconnu. En fouillant la mémoire de ce robot, Call y découvre une vérité dissimulée depuis des années par les militaires régnant depuis sur Terre : Le monde ne fut en fait pas détruit par des catastrophes nucléaires mais par une guerre opposant hommes et machines nommée Guerre du Jugement Dernier ! Heureusement, les humains ont gagnés mais avant de perdre, Skynet, l’ordinateur commandant les machines, a envoyé des Terminators autonomes un peu partout sur Terre dont le rôle est de s’intégrer parmi les humains et de saisir la moindre occasion de les exterminer. Ce scientifique était un de ces Terminators. Dans le même temps, une bande de Predators aborde et dévaste le centre de recherche et kidnappe Ripley 8.

30Même si l’idée de départ est plutôt bonne et fonctionne assez bien (lier l’univers du film Alien Résurrection à celui de Terminator), à environ les deux tiers, le récit se perd dans un déluge d’action débridée un peu navrant pour se conclure sur une fin bâclée. De plus, l’histoire, même si elle emprunte beaucoup d’éléments de Alien Résurrection est principalement basée sur la mythologie Terminator, les Aliens y font limite de la figuration et que dire des Predators, dont on peine à vraiment saisir la présence dans l’histoire.
Malgré un pitch de départ intéressant, le scénariste Mark Schultz offre une histoire bancale, gâchée par une fin classique assez décevante de classicisme. Aux dessins c’est de nouveaux Mel Rubi qui s’y colle et j’avoue que son travail est bien plus réussi que sur Mindhunter, les personnages de Alien Résurrection ressemblant à merveille aux acteurs du film.

Malheureusement, encore un crossover qui ne tient pas toutes ces promesses, malgré des intentions plus que louables.

Superman & Batman Vs Aliens & Predator (12)

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Après s’être frottés indépendamment de leur cotés aux Aliens et aux Predators, Batman et Superman se retrouvent unis pour affronter les terribles xénomorphes et les belliqueux yautjas. Affiche enthousiasmante, artistes chevronnés aux commandes, ce crossover géant sera t’il enfin l’exception qui confirme la règle  ? Pas sûr…

Alors qu’ils enquêtent chacun de leurs cotés dans leurs villes respectives de Gotham City et Metropolis, Batman et Superman se retrouvent confrontés une nouvelle fois aux Predators. Leurs investigations les conduisent tout deux en Amérique du sud où ils découvrent une colonie visiblement pacifique de Predators vivant dans une cité souterraine à proximité d’un volcan, ladite citée étant protégée par des Aliens faisant office de chiens de garde. Seulement, il y a un hic : Le volcan est agité de séismes, l’éruption est proche et les Predators ont en fait attiré Superman dans leur repaire afin de solliciter son aide. Ni une ni deux, Batman et Superman élaborent un plan afin de renvoyer ces Predators « Pacifiques » chez eux, mais la réalité est en fait tout autre et l’altruisme des deux héros va bientôt se retourner contre eux…

Là encore, le plus gros défi est de faire coexister quatre personnages ensemble en leur donnant une importance égale : Malheureusement, Mark Schultz ne réussi pas vraiment à s’en tirer. Batman et Superman sont de toute évidence deux personnages qui fonctionnent très bien ensemble, les récits les réunissant étant la plupart du temps très réussis, donc pas de soucis en ce qui concerne les deux super-héros, non, ici, même si les Predators sont bien représentés, ce sont les Aliens qui pâtissent une fois de plus d’une exploitation à peine esquissés.
Les xénomorphes sont ainsi réduits à l’état de vulgaire chair à canon, leur présence ne servant qu’à justifier des scènes de castagne. L’histoire est de plus assez prévisible et vire parfois même au grand n’importe quoi (le combat final entre Superman et la Reine Alien). J’avoue avoir été assez déçu par la seconde moitié du récit, même si le pitch de départ laissait augurer le meilleur.

Niveau dessins, là par contre, c’est l’extase : Aux commandes visuelles de ce crossover, on retrouve l’artiste numérique Ariel Olivetti qui fourni une prestation absolument ébouriffante, chaque planche étant une véritable merveille et au final, les dessins sont en fait et surtout le plus gros avantage de ce crossover, dommage…

A suivre, dernière partie du dossier Aliens Vs Predator : Entre jeux vidéos, figurines et films (Sigh…) que vaut l’univers de AVP en dehors des comics ? Réponse le mois prochain.

1 : En 2016, Dark Horse a sorti une édition anniversaire de la série de comics originale avec la traduction de l’époque et les noms des personnages originaux, l’éditeur Wetta l’a également publiée en France la même année.

2 : Publiée en France en 1996 par Dark Horse France, l’édition française collecte également les trois prologues, ces deux tomes n’ont jamais été réédités à ce jour.

3 – 4 – 5 : Publiée en France dans les tome 3 et 4 de Aliens Vs Predator, intitulés War

6 : Publié en France par Soleil US en 2010, deux tomes

7 : Publié partiellement en France chez l’éditeur Le Téméraire sous le nom Aliens / Predator   Espèces Meurtrières, seulement un tome fut publié avant que l’éditeur ne fasse faillite.

8 : Publié en France par Wetta en 2008

9 : Publié en France par Semic dans les magazines Darkness Hors Série 3 et Witchblade Hors série 6, jamais réédité.

10  : Publié en France par Semic dans le magazine Witchblade Hors série 7 puis par Soleil US en 2012

11  : Publié en France par Wetta en 2007

12  : Publié en France par Soleil US en 2010

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #26

Aliens Versus Predator : 1ère partie

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En tant que fan, on a souvent des rêves de récits, d’affrontements ou de rencontres inopinées entre diverses créations d’horizons parfois différents voire totalement opposés. Dans le langage des connaisseurs, des fans, ces récits portent un nom : Crossovers.
Ce terme, dont l’utilisation était autrefois réservé uniquement à un cercle restreint d’initiés (principalement lecteurs de comics) est maintenant passé dans le langage courant, englobant des rencontres ayant lieu dans tous les médias de divertissement, que ce soit au cinéma, dans les séries télévisées ou les jeux vidéos.

Aimées ou détestées, ces œuvres font souvent figures de récits opportunistes, créés pour extorquer de l’argent aux fans d’une ou des deux licences concernées à grand renforts d’affiches ou de couvertures tapageuses. Peu de ces crossovers ont marqué l’histoire de leurs médias respectifs, les seuls restant dans les mémoires sont, soient les premiers de leur genre (les emblématiques Superman / Spider-Man et X-Men / Teen Titans par exemple), soit ceux qui ont mis longtemps à se concrétiser (l’arlésienne JLA / Avengers).
Les autres cas sont ceux à la portée allant au-delà de leur média d’origine, à l’idée, l’image et l’impact qui parle même au grand public : Frankenstein rencontre Le Loup-Garou, King Kong contre Godzilla, Robocop VS Terminator et… Aliens VS Predator.

Aliens Vs Predator, c’est pour moi un fantasme de gosse : Ceux qui me connaissent de près ou de loin connaissent ma passion dévorante et indéfectible pour l’univers créé par Ridley Scott dans le premier film Alien.
Dès mon premier visionnage de ce film aujourd’hui culte et mythique, je me suis pris d’une passion dévorante pour cet univers sombre, étouffant et claustrophobique, mélange de science-fiction pure et d’horreur malsaine, et de son monstre.

Cristallisation de tout le génie créatif du peintre suisse Hans Ruedi Giger, l’Alien est devenu aujourd’hui une figure emblématique de l’imaginaire collectif et de la science-fiction moderne, à la fois redoutable, effrayante et attirante.
Visuellement, l’Alien est pour moi d’un génie plastique quasi-parfait : Son apparence et ses attitudes en font un monstre séduisant, agréable à regarder tout en étant laid et menaçant. Le monstre parfait.

1L’Alien classique

A contrario et assez bizarrement, la première vision de Predator me terrifia là ou celle d’Alien me fascina. A peine âgé d’une douzaine d’année, ce colosse extra-terrestre sanguinaire m’effraya énormément, tellement que je dû attendre de nombreuses années avant d’avoir le courage de le revisionner une seconde fois et de le découvrir avec un œil beaucoup plus mature, admiratif et fasciné.

Comme pour Alien, ce géant humanoïde au faciès improbable, mélange entre un crabe, un serpent et une pieuvre, issu de l’esprit du génial Stan Winston, marqua également durablement mon esprit et mon imaginaire.
De croque-mitaine ayant marqué mon enfance, le Predator devint une des autres figures marquantes de ma jeunesse et est encore aujourd’hui pour moi un monstre terriblement attirant de par son coté animal, ses attitudes et bien sûr son aspect.

2Un Yautja, équipé pour la chasse

Alien et Predator, sont pour moi bien plus que des monstres : Ce sont des films, des univers, des mondes qui me fascinent et me passionnent toujours autant et cela plus de vingt ans après que je les ai connus.

Avant de parler de Aliens Vs Predator plus en détail, intéressons-nous aux deux parties, à commencer par les Aliens.

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Apparus pour la première dans le film Alien, Le Huitième Passager de Ridley Scott en 1979, les Aliens sont depuis des créatures emblématiques du cinéma fantastique, immédiatement reconnaissables de part leur apparence particulière, même quelqu’un qui n’a pas ou peu vu l’un des quatre films les reconnait sans peine.
L’histoire du premier film se passe dans le futur, un vaisseau cargo appelé le Nostromo est forcé de faire une escale sur une planète inconnue afin de répondre à un mystérieux appel de détresse. Une fois sur la planète en question, l’équipage découvre un vaisseau extra-terrestre écrasé avec à son bord une cargaison inhabituelle, de gros œufs, dont sort une créature qui attaque l’un des membres d’équipage et se fixe à son visage. La victime est ramenée à bord, la créature fixée à son visage meurt et la victime reprend ses esprits.

Durant un repas, l’infortuné est pris de spasmes : Son ventre explose et une créature en surgit. Alors que l’équipage cherche à retrouver la créature, celle-ci grandit de façon extraordinaire et commence à décimer les membres d’équipage. Dorénavant un seul objectif pour les rescapés, survivre à cet étranger, survivre à l’Alien…

Alien, Le Huitième Passager devient rapidement un film culte, de part son univers, à mi-chemin entre la science-fiction hardboiled, le film d’horreur et le huis clos. Le film devient également un phénomène grâce à sa créature, né de l’imagination du peintre suisse Hans Ruedi Giger.
Alien c’est un condensé et un mix de choses jamais vues dans le cinéma à l’époque, un film charnière, essentiel dans la culture populaire que tout cinéphile ou fan de culture pop se doit d’avoir vu.

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Si le premier film est un huis clos angoissant, le second film, piloté par l’actioner James Cameron (déjà responsable du blockbuster-bulldozer Terminator) va prendre une toute autre direction en proposant en 1986 un film guerrier, bourré d’action et donc radicalement différent de son aîné.
Aliens commence 57 ans après le premier film, Ellen Ripley, seule survivante du Nostromo est retrouvée en stase dans son vaisseau de secours, dérivant dans l’espace. A son réveil, personne ne croit à son histoire de monstre spatial et Ripley reste seule avec ses cauchemars… Jusqu’à ce que la compagnie Weyland Yutani la contacte pour qu’elle prenne part à une mission de secours sur la planète LV-426, cette même planète où elle et son équipage ont trouvé et ramené à bord la terrifiante créature.
Le contact avec la planète récemment colonisée est rompu et la compagnie Weyland Yutani souhaite y envoyer une escouade de Marines pour y enquêter. Après de nombreuses hésitations, Ripley fini par accepter.
Une fois arrivés sur la planète coloniale, Ripley et les Marines y découvrent des installations désertes, tous les habitants ayant mystérieusement disparu, la seule survivante étant une petite fille pas très loquace, parlant de l’existence de « monstres ».
Après une petite recherche, les habitants sont localisés près de processeurs atmosphériques (des installations servant à rendre l’atmosphère des planètes respirable).
Arrivés sur place, les Marines sont en partie décimés par une horde d’Aliens et forcés de se replier. De plus, sans entretien, les processeurs atmosphériques sont en surchauffe et leur explosion prochaine rasera l’intégralité de la colonie : Double menace pour nos pauvres rescapés, d’autant plus qu’ils n’ont plus moyen de regagner leur vaisseau resté en orbite, les Aliens ayant détruit leur navette…
Encore une fois, Ripley se retrouve prise au piège avec les terribles xénomorphes et doit leur survivre.

Aliens, Le Retour marque un nouveau départ dans la franchise : Contrairement au premier film qui se suffisait plus ou moins à lui-même, Aliens, Le Retour développe clairement un univers étendu et laisse des pistes pour élaborer des histoires annexes : La compagnie Weyland Yutani, le système de nid Alien, les Marines, autant de points qui permettent de développer un univers étendu et imaginer des histoires se passant dans cet univers.

Je ne parlerai que rapidement de Alien 3 et Alien Résurrection, ces deux films étant sortis après la publication de Aliens Vs Predator, le comic n’en reprend quasiment aucun élément.

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Alien 3 sort en 1992 et est réalisé par David Fincher.
Suite aux événements de Aliens, Le Retour, les trois survivants, Ripley, Hicks et Newt se reposent en hyper-sommeil, de retour vers la Terre. Mais durant leur sommeil, un incendie a lieu dans le vaisseau et leur capsule de survie est expédiée dans l’espace, s’écrasant sur Fiorina Fury-161, une planète carcérale.
A son réveil, Ripley constate qu’elle est la seule survivante, ses deux compagnons ayant péri dans le crash et qu’elle a ramené avec elle un Alien. La créature va dés lors commencer à massacrer les prisonniers de la planète.
Alien 3 marque le retour du concept de la créature unique, à l’image du premier film. Alien 3 va malheureusement être profondément marqué par un development hell qui va empoisonner son tournage, considéré par David Fincher comme le pire de sa carrière (1).
Je ne vais pas entrer dans les détails, mais en résumé, alors que la post-production était terminée et le tournage sur le point de commencer, les producteurs ont tout stoppé, demandant à ce que le script soit intégralement réécrit et le réalisateur changé.
Le jeune David Fincher a alors dû s’imposer et reprendre en catastrophe un film qui n’était pas le sien. Il s’en sort malgré tout avec les honneurs, livrant un film esthétiquement admirable, claustrophobique et gothique. Le film sera sublimé lors de sa version director’s cut, sortie en 2003.

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Alien Résurrection quand à lui sort en 1997 et est réalisé par le français Jean-Pierre Jeunet sur un scénario de Joss Whedon.
Suite à sa mort sur Fiorina Fury-161, Ripley est clonée par une équipe de scientifiques militaires afin que l’on extrait l’embryon de Reine Alien qu’elle porte en elle.
Un clone de Ripley surnommé Numéro 8 «naît» alors et un embryon d’Alien en est extrait, la reine commence à pondre et des Aliens sont élevés en laboratoire.
Mais des Aliens réussissent à s’échapper du laboratoire et commencent à semer la terreur sur le vaisseau militaire. En même temps, une bande de pirates de l’espace abordent le vaisseau pour commercer avec les militaires, se retrouvant du même coup coincés sur le vaisseau en compagnie des Aliens.

Alien Résurrection est en soit un film plutôt réussi : Esthétiquement, le film est irréprochable mais pêche par un scénario largement en dessous des trois films précédents : Prévisible et parfois abracadabrantesque, Alien Résurrection tient plus de la série B de luxe que du véritable film de science-fiction.
Contrairement à Alien 3, le tournage de Alien Résurrection se passe bien mais le film ne sera pas le succès escompté par la Fox, mettant du coup l’éventualité d’une suite au point mort…

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Pour finir, il existe un spin-off à la série de films Alien, Prometheus, réalisé par Ridley Scott et sorti le 30 mai 2012 en France.
Prometheus s’intéresse plus précisément aux ingénieurs, les extra-terrestres dont on aperçoit le cadavre momifié d’un des leurs dans le premier film Alien.
Je ne m’attarderai pas sur Prometheus dans cet article, le film étant sorti récemment, les nouveaux éléments qu’il apporte ne furent inclus dans la chronologie des comics Aliens et Predator que dans l’anthologie Fire & Stone (Le Feu et la Roche en France). Fire & Stone étant une sorte d’event/reboot des comics Aliens, Predator, AVP et par extension Prometheus, il serait plus adapté d’en parler dans un article consacré à cette anthologie, anthologie d’assez bonne qualité soit-dit en passant.

Les Aliens  : Les créatures, leurs cycles de vie.

(Note  : Il s’agit ci-dessous d’une description des Aliens tels qu’ils sont dans l’univers étendu.)

Les Aliens sont des créatures extra-terrestres aux origines nébuleuses : On ne sait pas grand chose sur eux (tout du moins dans les films, les comics étant beaucoup plus explicites sur la question de leurs origines), ont sait juste que ce sont des créatures obsédées par leur expansion, vivant dans une structure de nid, dirigés par une créature imposante appelée « Reine ».
Les Aliens ont une hiérarchie similaire à une ruche ou une fourmilière : Tous les Aliens vivent et meurent pour la Reine, étendre et faire prospérer le nid est leur seule et unique motivation.

La Reine pond des œufs, de ces œufs sortent des petites créatures arachnide appelées Face Hugger qui s’accrochent aux visages de leurs victimes et pondent dans leur appareil digestif un embryon qui une fois arrivé à maturité sort du corps de l’hôte en lui explosant la cage thoracique.
Une petite créature ressemblant vaguement à un serpent nommé Chest Burster naît, ladite créature mute rapidement à l’aide d’un cocon en Alien adulte.
Pour ce qui est de la reine, il faut que l’hôte soit fécondé par un Face Hugger spécial, plus imposant et physiquement différent des autres, la croissance de ce Face Hugger dans l’hôte est plus longue, l’Alien qui en naît est un Prétorien, un Alien plus grand et robuste que les guerriers Alien de base.
Le prétorien est chargé de veiller sur la Reine et prendre sa place au cas où celle-ci est tuée.
Il faut également savoir que les Aliens sont tous liés par un lien télépathique, si un Alien est suffisamment éloigné de son nid et que le lien télépathique est rompu, n’importe quel Alien peut muter et devenir un prétorien puis une Reine.

8Les différents Aliens d’un nid

La hiérarchie du nid se présente donc ainsi :
– La caste la plus basse est le drone, il s’agit d’Aliens s’occupant du nid : Ils déplacent les œufs vers les hôtes et prennent soin de la Reine, ils construisent également la structure du nid en secrétant une résine. Ils naissent d’hôtes génétiquement inférieurs, généralement des animaux.
– Le runner est un alien au physique élancé, rapide et qui à la capacité d’adhérer aux murs : Il sert d’éclaireur, c’est lui qui repère les proies éventuelles et ramènent les hôtes au nid lorsque ceux-ci sont immobilisés. Il naît en général d’animaux au physique robuste, des gros chiens par exemple.
– Le guerrier est un Alien essentiel à la ruche, ce sont des créatures très agressives, combatives et très robustes qui peuvent même lorsque le nid à atteint une maturité suffisante, régénérer des membres perdus : Ce sont eux qui mènent les attaques contre les groupes d’éventuels hôtes ou défendent le nid.
Ils naissent en général de créatures au physique très développé, des humains ou des primates par exemple.
– Le prétorien est un Alien qu’une reine peux enfanter une fois que le nid à atteint une très grande maturité : Il s’agit d’un Alien de grande taille, bipède, dont le rôle est de protéger la reine et au cas où celle-ci meurt, muter afin de la remplacer.
Un prétorien peut naître de n’importe quel hôte, la seule condition étant que le Face Hugger soit un Face Hugger de type « Royal ».

8-5Un prétorien, dans le jeu vidéo Aliens Vs Predator (2010)

– La Reine : Elle est unique, il ne peut exister qu’une seule reine dans un nid. La plupart du temps la Reine est recluse au fond du nid et passe tout son temps à pondre des œufs. Néanmoins, si son nid est menacé, elle peut sortir du nid et participer aux attaques. C’est une créature physiquement très puissante, rapide et agressive. Elle est également plus intelligente que les autres Aliens, elle peut comprendre le fonctionnement de mécanismes simples et élaborer des stratégies d’attaque.

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Une Reine Alien

Les cas spéciaux  :
– Les Aliens Pure Breed : Ces Aliens peuvent être créées une fois que le nid à atteint une grande maturité. Les Prétoriens et la Reine sont des pure breed, mais les prétoriens peuvent également muter dans d’autres types d’Aliens pure breed, notamment les Carriers, des Aliens servant à déplacer des Face Huggers en grande quantité ou les Ravagers, des guerriers Aliens gigantesques battis pour l’attaque.
– Les impératrices : La reine peut aussi évoluer : Après avoir atteint une grande maturité, elle gagne le stade d’impératrice : Sa taille augmente, sa peau prend une teinte plus claire et devient plus résistante enfin l’intégralité de son corps se recouvre de pointes.

10Une impératrice, dans le jeu vidéo Aliens Vs Predator (2010)

– La reine mère : Il s’agit de la plus haute évolution d’une reine Alien.
La reine mère et le seul type d’Alien a pouvoir engendrer d’autres reines, elle peut également entrer en contact télépathiquement avec les autres Aliens et même d’autres races d’êtres vivants, même les humains et les contrôler, les humains contrôlés par la reine mère sont surnommés « Infectoïdes », ces humains se conduisent de façon basique, un peu à la manière des zombies dans la culture populaire.

11La reine mère dans le comic Aliens : Earth War

La reine mère ne peut pas se battre, elle est dépourvue de bras et ses déplacements sont limitées. Elle est protégée par des Aliens spécifiques surnommés Paladins, des Aliens de grande taille à mi-chemin entre le drone et le prétorien.

12Un paladin (Dessin de John Bolton)

– Les hybrides : Il s’agit d’Aliens nés d’hôtes spéciaux, comme d’autres races extra-terrestres ou d’animaux ayant des caractéristiques physiques différentes des hôtes habituels. Le plus connu est le Predalien, un Alien naît de la fécondation d’un Yautja.
D’autres sont aussi déjà apparus, notamment dans les comics comme l’imposant Alien-Crocodile (Batman/Aliens) ou le Jockalien (Aliens Apocalypse : The Destroying Angels), un Alien né de la fécondation d’un Ingénieur, une autre race d’extra-terrestres et plus récemment la Vampire Queen, une Reine Volante Alien enfanté d’un vampire (Vampirella/Aliens).

SWPTP PG 127-166p1 PG 17Un Predalien (Dessin de Phil Norwood)

– Les Aliens génétiquement modifiés : Il s’agit d’Aliens créés en laboratoire, ces Aliens ont été créés par des scientifiques ou ont muté suite à des radiations, volontaires ou accidentelles.
Les plus connus sont les Aliens du film Alien La Résurrection, mais ils en existent beaucoup d’autres, notamment le Roi Alien (Aliens : Rogue), les K-Series (Aliens Vs Predator : Extinction), le Raven (Aliens : Colonial Marines) ou même le Xenoborg, un Alien cybernétiquement modifié (Aliens Vs Predator). La liste est longue…

14Les Aliens K-Series (Jaunes) affrontant des Aliens réguliers (Noirs) dans le jeu Aliens Vs Predator : Extinction (2003)

Les Aliens conservent certaines des caractéristiques physiques de leurs hôtes, par exemple si un Alien féconde une créature volante, il y a de grandes chances que l’Alien soit pourvu d’ailes à sa naissance.

Physiquement les Aliens mesurent environ deux à trois mètres selon les spécimens, la Reine mesurant environ cinq à six mètres, voir plus selon son âge et sa maturité.
Les Aliens ont une partie de leur squelette à l’extérieur de leur corps, ceci faisant office de bouclier naturel contre les attaques physiques, de plus, leur sang est un acide hautement corrosif, même morts ou blessés ils restent donc des menaces.
Ce sont des créatures très douées pour la dissimulation, se cachant dans des espaces clos et sombres pour attaquer de façon furtive. Les Aliens ne tuent que lorsqu’ils sont obligés, généralement pour se défendre et plus généralement immobilisent leurs proies pour les ramener au nid afin que la Reine les féconde.
Les Aliens sont dépourvus d’yeux et d’oreilles, ils se déplacent à l’aide d’un sonar similaire à celui des chauves-souris et repère leurs proies grâce aux phéromones que celles-ci dégagent. Leur organisme est également très résistant, ils peuvent vivre dans des conditions climatiques extrêmes et peuvent également survivre sans problème dans le vide de l’espace.

Les présentations avec les Aliens étant faites, passons maintenant aux chasseurs extra-terrestres, les Predators !

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Le premier Predator apparaît dans le film du même nom en 1987, il s’agit d’un extra-terrestre d’apparence humanoïde, de grande taille, doté d’une force et d’une agilité largement supérieure à celle des humains. Il est aussi lourdement armé et équipé de différentes armes blanches ou à feu.
Les Predators sont comme les Aliens, des créatures devenues depuis des emblèmes du cinéma fantastique, ils sont les personnages centraux de trois films, sortis entre 1987 et 2010.

Dans le premier film, dans les années 80, un commando de mercenaires envoyés en mission dans la jungle amazonienne est pris pour cible par un Predator, qui va décimer l’équipe de combattants un à un et ce malgré leur entraînement et leur armement. Le seul survivant de l’équipe finira par le battre, et une fois vaincu, le Predator déclenchera un système d’auto-destruction.
Predator devient instantanément un film culte : Son mélange d’action, de thriller et d’horreur en fait un genre à lui tout seul.

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Predator 2 sort en 1990 et reprend la même trame scénaristique que le premier opus, tout en délocalisant l’action : Cette fois-ci, un Predator chasse en plein Los Angeles durant une canicule et prend pour cible un officier de police interprété par Danny Glover.
De la jungle amazonienne, on passe donc d’une jungle de béton. Le film est scénarisé par Jim et John Thomas, déjà auteurs du script du premier film. Les deux scénaristes vont en profiter pour utiliser des idées du premier film laissés à l’abandon comme le duel final dans le vaisseau Predator.

Spectacle honorable, Predator 2 souffre malheureusement de plusieurs défauts, notamment un scénario plus faiblement écrit que son prédécesseur, des idées et personnages mal exploitées (le groupe du gouvernement chassant le Predator) et des acteurs en roue libre, notamment Gary Busey.
Le film comporte néanmoins des scènes d’anthologie comme la descente du Predator dans le penthouse, la mort de King Willie, la scène du métro ou bien entendu la scène finale.

L’autre point intéressant de Predator 2 c’est que contrairement au premier film, la mythologie Predator va considérablement s’étoffer  : On en apprend beaucoup sur le Predator, ses habitudes et ses coutumes.

Le cas du crane d’Alien : Beaucoup de personne croient, à tort, que l’idée de base de Aliens Vs Predator vient de la fameuse scène finale de Predator 2, durant laquelle Harrigan, le personnage interprété par Danny Glover, voit dans le vaisseau Predator un mur de trophées comportant, entre autres, un crane d’Alien.
C’est faux, car le premier numéro du comic Aliens Vs Predator a été publié alors même que le film Predator 2 était encore en tournage, la présence de ce fameux crane d’Alien est d’ailleurs un clin d’œil direct à ce comic, que lisait l’équipe du film durant le tournage, comme le révélera plus tard l’équipe des effets spéciaux dans les bonus du DVD.
De plus, ont sait depuis que l’équipe de Predator 2 n’était absolument pas au courant de la sortie du comic et qu’ils l’ont découvert en même temps que les lecteurs, lors de la publication du premier numéro.

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Predators est un spin-off de la série de films Predator, produit par Robert Rodriguez (Desperado, Une Nuit en Enfer, Sin City) et réalisé par Nimrod Antal, le film sort le 7 juillet 2010 aux États Unis et le 14 juillet 2010 en France.

Le film raconte l’histoire d’un petit groupe de criminels, soldats et mercenaires que rien ne rapproche, hormis le fait de se retrouver tous ensemble sur une planète éloignée.
Cette planète se révèle être en fait une réserve de chasse et le petit groupe se retrouve à la merci d’un trio de Predators bien décidés à les décimer un par un pour en faire leurs trophées.

Film ambitieux, Predators accumule malheureusement certaines lacunes qui gâche un peu le spectacle : Déjà, le scénario souffre de gros problèmes d’écriture, certaines scènes sont illogiques, certains personnages de prime abord intéressants disparaissent trop rapidement et des idées et concepts abordés sont rapidement éludés.
Même si le film comporte des scènes bien pensées (l’attaque des « chiens » de chasse, le combat au katana, le duel final) et de nouvelles idées (le duel entre clans rivaux, une nouveau type de Predator, entre autre), le film a plus l’aspect d’une série B de luxe surfant sur la nostalgie du premier film.
C’est bien dommage car le film avait, de part son concept de base, la possibilité de vraiment donner un nouveau souffle à la saga.

Les Predators : Ce qu’ils sont, leurs coutumes et leurs traditions.

(Note : Comme pour les Aliens, il s’agit ci-dessous d’une brève présentation des Predators tels qu’ils sont dans l’univers étendu.)

18Le Predator du premier film, un « Blooded »

Les Predators (ou Yautjas dans leur langue) sont des extra-terrestres humanoïdes nomades, allant de planète en planète pour s’adonner à des rituels de chasse.

Les Yautjas sont des êtres de grandes tailles, plus de 2 mètres en général, dotés d’une grande force physique et d’une agilité largement supérieure à celle des humains. Physiologiquement, ont sait que leur vue est très limitée et nécessite un appareillage particulier, en tout cas sur les planètes comportant un soleil jaune, comme la Terre, enfin, ils peuvent vivre des centaines d’années.
Leur sang est vert fluorescent et leurs « cheveux » de longues tentacules inertes qui s’allongent selon l’âge (2).
Les Predators se reproduisent visiblement comme les humains, des femelles Yautjas ayant déjà étaient aperçues ou mentionnées (notamment dans les comics AVP : Deadliest of the Species, Witchblade/Darkness/Aliens/ Predator : Mindhunter ou encore Batman & Superman Vs Aliens & Predator et dans l’adaptation en roman du premier film Alien Vs Predator).
La vie des Yautjas est essentiellement basée sur un rituel de chasse rigoureux et des codes et traditions très élaborés et précis : Arrivé à un certain âge, un jeune Predator (Young Blood) doit tout d’abord passer un rituel de passage en chassant une proie dite « honorable », il se rend alors dans un lieu précis et doit revenir vivant de cette chasse avec un trophée, le jeune chasseur passe alors à l’age adulte et peut ainsi participer à des chasses avec les autres adultes, il gagne ainsi le rang de « Blooded » (les trois jeunes Predators du premier film Alien Vs Predator sont, par exemple, de jeunes chasseurs venus passer ce rituel).

Les Yautjas sont séparés en plusieurs clans rivaux, dirigés par des chefs surnommés Elder (Anciens) ou parfois Clan Leader, les leaders sont désignés durant des joutes à mains nues opposant des yautjas postulant pour ce statut.
Il y a aussi des chefs intermédiaires, des chasseurs plus expérimentés surnommé Elite, qui peuvent diriger des chasses en l’absence des Leader. Un yautja gagne le statut d’élite après avoir rapporté un trophée glorieux.
Enfin il faut savoir que plus il prend de l’importance et de l’expérience en évoluant dans son clan, plus un Yautja se voit privé d’armes et d’équipements, jusqu’à parfois n’en avoir plus qu’une seule, son expérience devant pallier à ces armes : Ils gagnent alors le statut de maître (Master) avec le nom de son arme de prédilection : Par exemple un yautja qui aura choisi la lance gagnera le statut de Spear Master (Maître de la lance). Les Predators se réunissent en groupe, surnommés Clan.

19Le clan « Lost » du film Predator 2, avec au centre le Elder, un Young Blood à gauche et un Shaman à droite

Le plus connu de ces clans et celui des Lost Hunters, que l’ont voit à la fin du film Predator 2.
Certains clans sont particulièrement redoutés, même par les autres Yautjas : Le clan Dark Blade (reconnaissable à leurs tenues sombres, dont fait partie Scarface, le héros du jeu Predator Concrete jungle), le clan dit des « Super-Predators » (vu dans le film Predators) ou encore les Bad Blood. Le terme Bad Blood est un terme un peu générique chez les Yautjas, désignant à la fois les Yautjas ne respectant pas les traditions et les coutumes ou bien ceux qui ont été déshonorés.

Les Predators ont aussi un très grand sens de l’honneur : Ils ne tueront jamais une proie désarmée et ou sans défense, une femelle enceinte ou la progéniture d’une proie.
De plus, si on sauve la vie d’un Predator, celui-ci est redevable et doit protéger celui ou celle qui lui a sauvé la vie.

22Un Predator Bad Blood affrontant un autre Predator (Couverture du comic Predator : Bad Blood)

Il y a aussi des statuts particuliers chez les Yautjas, en voici quelques uns  :
– Les solitaires : Ce sont des chasseurs qui préfèrent rester solitaire et chasser à leur guise. Cependant, dés qu’un Yautja a choisi ce statut, il ne lui est plus possible de rejoindre un clan et il reste seul jusqu’à la fin de sa vie, il n’est pas déshonoré mais doit assumer son choix.
Ce sont généralement des Elders arrivés à la fin de leur vie qui font ce choix, on en voit un notamment dans le crossover Judge Dredd Vs Predator ou récemment dans la saga Fire & Stone, le Predator surnommé Ahab.
Les predators les plus âgés peuvent également choisir de se retirer et finir leur vie tranquillement dans une colonie, mais la plupart choisissent de devenir chasseur solitaire.

21Le solitaire Ahab, du comic Fire & Stone

– Les Shamans : Reconnaissables à leurs ornements et sceptres, ce sont des Yautjas chargés de faire respecter les traditions et rituels de chasse, malgré leur statut, ils participent aux chasses comme n’importe quel autre Predator.
L’armée Predator : Il s’agit de Yautjas lourdement armés, ils sont chargés d’intervenir lorsqu’une chasse a dégénéré et que la situation sur la planète où elle a lieu est devenue problématique, les événements de la planète LV-742 du jeu Aliens Vs Predator Extinction ont par exemple nécessité l’intervention de l’armée Predator. Wolf, le yautja du film Aliens Vs Predator : Requiem est visiblement aussi un membre de l’armée Predator.
Les femelles Predator : On en sait très peu sur elles, ont sait juste qu’elles existent. Les deux seules femelles Predator connues sont celles vu dans les comics AVP : Deadliest of the Species (surnommée Big Mama) et Mindhunter (Sister Midnight).

23Une femelle Predator (Concept art inutilisé du film Predators)

Les « grades » Predator dans un clan peuvent donc être résumés de cette façon  :

  • Young blood (jeune chasseur) avant le rituel
  • Blooded (chasseur confirmé) ayant passé avec succès le rituel
  • Hunter (chasseur de base ayant déjà participé à plusieurs chasses)
  • Elite (chasseur ayant ramené un trophée glorieux)
  • Clan Leader (chasseur ayant gagné le combat contre un prétendant à ce titre)
  • Master (souvent des Leaders expérimentés)
  • Elder (anciens)

Aux vues de l’engouement engendré par ces deux créatures au cinéma, il ne fut donc pas surprenant que l’univers des comics s’intéresse de près à ces deux monstres et à leurs univers.
Le premier qui s’y intéresse est l’éditeur de comics Dark Horse qui fort de son expérience avec les comics issue de films Star Wars, s’approprie la licence Aliens dés 1988 (3) et publie une suite au film de James Cameron dans une mini-série sobrement intitulée Aliens, idem pour Predator qui dès l’année suivante se voit également gratifié d’une mini-série. Mais, c’est une longue histoire et j’y reviendrai dans la seconde partie.

A suivre…

1 : A l’heure actuelle, David Fincher refuse encore de s’exprimer sur ce film, son absence étant d’ailleurs une des récurrences dans les bonus du film.

2 : Contrairement à une idée reçue, les « cheveux » des Predators ne sont pas des dreadlocks mais de longues excroissances, similaire à des tentacules inertes.

3 : Dark Horse a acquis les droits du second film car les droits du premier film n’étaient pas disponibles et sont d’ailleurs toujours détenus aux États Unis par Heavy Metal qui a publié l’adaptation du premier film. Depuis Dark Horse n’a pas hésité à prendre quelques libertés, certains comics comme The Alien, Aliens : Wraith ou Aliens Apocalypse : The Destroying Angels faisant directement référence au premier film. Néanmoins, depuis que Dark Horse a acquis les droits du film Prometheus, la question ne se pose plus.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #25

La Famille Addams, À l’Origine du Mythe

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Quand on est enfant on rêve souvent de côtoyer des célébrités ou des personnages imaginaires, s’imaginant vivant des aventures en leur compagnie. Super-héros, sportifs, héros de films ou de séries télévisées, tout enfant s’est un jour imaginé vivre des aventures fantastiques avec ces personnages de légende. Moi mon rêve était tout autre, plus sombre mais à la fois tellement plus drôle et original ! Mon rêve à moi c’était de connaître la Famille Addams.

Pour moi cette famille symbolisait tout ce que j’aimais, des personnages bizarres mais à la fois terriblement attendrissants et attirants : L’esprit jovial de Fester et Pugsley, la sensualité froide de Morticia, le raffinement et la classe de Gomez et surtout moi, je rêvais de devenir l’ami de Wednesday, petit fille froide et cruelle qui me faisait fondre comme neige au soleil. Hum, enfin bref, donc j’adore La Famille Addams et vous l’aurez compris, c’est d’une de mes madeleines de Proust dont je vais vous parler ce mois-ci  !

They’re creepy and they’re kooky, 
Mysterious and spooky,
They’re altogether ooky,
The Addams Family. 

Générique de la série La Famille Addams, 1964

Chas Addams : Le créateur

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En France (et en Europe plus généralement) selon les générations lorsque l’on parle de La Famille Addams, on évoque soit les deux films des années 90 pour les plus jeunes ou la série télévisée pour les plus âgés, mais je pense que peu de ces gens savent qu’à la base La Famille Addams, c’est un comic-strip, créé par Charles (dit Chas) Addams et publié dés 1933 dans les pages du journal le New Yorker.

Charles Jean-Samuel Addams, dit Chas Addams est un dessinateur de presse américain né le 7 janvier 1912 à Westfield dans le New Jersey. Il collabore très tôt avec le journal américain le New Yorker, qui publiera son premier dessin alors que l’artiste n’est âgé que de 21 ans, cette collaboration continuera d’ailleurs jusqu’à sa mort.

Chas Addams a trois passions dans la vie : Les femmes, le dessin et les vieilles voitures, lui-même n’arrivant pas à se décider de ce qu’il préfère le plus. C’est un véritable collectionneur, dans toutes ces passions : Il publiera plus de 1600 dessins et possédera plus d’une vingtaine de voitures anciennes, qu’il aura pour la plupart réparé lui-même.
Considéré comme une personne sombre et macabre dû à l’humour noir de ses dessins, il comptait beaucoup d’amis, en majorité des femmes et ses amis disaient de lui qu’il était en fait un homme doux, charmant et captivant dans ses propos.
Il se mariera trois fois, sa dernière femme, Marylin Matthews Addams dit Tee Addams, une ancienne pin-up et modèle de mode, sera une amie très proche avant qu’ils ne décident de se marier plus de quarante ans après leur première rencontre. Ce mariage sera célébré dans le cimetière animal créé par Tee, à Water Mill, New York en 1980.

Chas Addams s’éteindra quelques années plus tard, le 29 septembre 1988. Tee Addams créera alors la Fondation Tee and Charles Addams, qui répertorie la totalité des travaux réalisés par Charles Addams. Tee Addams décédera quant à elle en 2002.

Les Addams, une famille unie par le sombre  !

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La Famille Addams a eu une très longue gestation, Chas Addams dessinera plus de 150 dessins (dont plus de la moitié sera publiée d’abord dans le New Yorker) ayant pour personnages principaux les membres de cette famille farfelue, et les fera évoluer au gré de ses dessins et idées. Si au début les personnages se cherchent un peu, Chas Addams finira par leur donner des looks et caractères bien définis vers le début des années 60 à la faveur de la série télévisée. La famille compte plusieurs membres et si vous ne les connaissez pas, je vais rapidement et avec plaisir vous les présenter  !

4Morticia Addams : Il s’agit de la matriarche de la famille, c’est elle qui dirige et commande tout ce petit monde d’une main de fer. Femme d’une grande beauté et au physique longiligne, toujours vêtue d’une longue robe noire, son ton souvent sarcastique et son expression éternellement froide cache en fait une femme éperdument amoureuse de son mari et très maternelle envers ses deux enfants.

Gomez Addams : Physiquement, il est l’exact opposé de sa femme. Petit homme légèrement rondouillard, généralement enjoué, portant une petite moustache et un costume à rayure, il voue une véritable admiration et un amour inconditionnel à sa femme et ses deux enfants, à qui il cède souvent au moindre caprice.

6Pugsley Addams : C’est le fils de Gomez et Morticia. Petit garçon rondouillard, énergique et chahuteur, arborant souvent un sourire sadique, il passe son temps à élaborer des plans pour des farces toutes plus macabres les unes que les autres. Il est très complice avec sa sœur, qui est souvent sa camarade/victime privilégiée dans ses machinations.

Wednesday (Mercredi) Addams : Fillette d’apparence calme et froide, c’est en fait une enfant réfléchie et très intelligente, délicate et sensible. Rêveuse, elle se laisse souvent aller à des rêveries poétiques et macabres. Son père la chéri et l’adore, la traitant comme une véritable petite princesse.
Petit détail amusant : Un de ses pieds à six orteils.

Lurch : C’est le majordome de la famille. Géant muet et serviable, il est malgré tout assez maladroit et oublie souvent les choses, notamment quand il va faire les courses ou effectue des travaux dans la maison. Il est malgré tout très protecteur avec Pugsley et Mercredi, qu’il protège avec ardeur contre les bonnes influences et est, souvent la victime consentante de leurs farces. Il est présent en permanence dans la maison familiale, mais peu considéré par les autres membres de la famille.

Granny (Grand ma’) Frump : C’est la mère de Gomez, elle vit avec la famille dans la maison. Vieille sorcière rondelette, aux cheveux ébouriffés et portant toujours un vieux châle sur ses épaules, souriante, bavarde, toujours de bonne humeur et serviable, elle est par contre totalement malhonnête et, par exemple, triche aux jeux familiaux. C’est une mamie complètement gaga de ses petits enfants qu’elle gâte sans retenue.
Note : A la base, Chas Addams l’avait pensé comme une voisine de la famille avant d’en faire la mère de Gomez.

7L’Oncle Fester (Fétide) : Personnage souriant et jovial, c’est en fait un être cruel, adepte de la torture et faussement serviable. Toujours vêtu d’un long manteau noir à col, il est chauve et toujours représenté souriant de façon aimable. Il vit avec la famille par pur générosité de leur part et le sait, freinant ses pulsions morbides par respect pour eux et pour ne pas leur attirer de problèmes. Jovial et blagueur, il est très apprécié de Pugsley avec qui il fait les 400 coups.
Dernier détail, contrairement au film, dans les comics strips, il n’est jamais mentionné nul part qu’il a un lien de parenté avec un des membres de la famille, il n’est peut être même pas de leur famille.
Chas Addams a souvent dit que Fester été en fait une projection négative de lui-même.

La Chose : Contrairement à l’image qu’on se fait de ce personnage au travers de la série ou des films, dans lesquels il est représenté par une simple main, dans les comics strips, la Chose est un mystérieux personnage asexué, apparaissant souvent en arrière plan ou dans les recoins des pièces, observant de façon amusée les agissement de la famille. On ne sait rien de lui/elle, juste qu’il/elle se cache dans la maison.

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Les autres membres et amis de la famille :
Bien qu’ils soient une famille soudée et assez repliée sur elle-même, les Addams comptent d’autres membres dans leur famille, ainsi que des amis, qu’ils reçoivent de temps à autre dans leur maison. Voici quelques uns de ces autres personnages, qui en terme de bizarrerie, n’ont rien à envier à leurs homologues  !

Le couple au strabisme divergent : Jamais nommé, on ne sait pas si ils font partis de la famille ou sont de simples amis, ce couple apparaît néanmoins à de nombreuses reprises dans le comic strip. Il s’agit d’un couple formé par un homme grand, chauve et aux yeux exorbités présentant un large strabisme et d’une femme de petite taille, à la tête carrée. Ils ont un enfant bicéphale dont chaque tête ressemble à un de ses parents.

La cousine Rion : Il s’agit d’une grande femme malingre habillée dans un style années 20, elle apparaît peu dans le comic strip mais est à chaque fois montrée comme souriante et en train de gâter les enfants. C’est une experte des nœuds coulants, ne manquant aucune occasion de faire partager sa passion.

(Le cousin) Machin : Popularisé par la série télévisée et les films, ce personnage loufoque, une haute touffe de cheveux coiffée de lunettes et d’un chapeau s’exprimant avec une petite voix aiguë dans un langage incompréhensible, apparaît très peu dans le comic strip, Chas Addams ayant très vite abandonné ce personnage.
Il le récupérera pour en faire un des personnages les plus drôles et reconnaissables de la série télévisée.

L’oncle Eimar : Personnage quasi-invisible, on sait juste qu’il est maintenu prisonnier dans le grenier de la maison Addams. On ne voit de lui qu’une main, dépassant des barreaux d’une lourde porte en acier. Les enfants doivent le saluer chaque soir avant d’aller se coucher.

A la faveur de nombreux strips, Chas Addams invente également et régulièrement de nombreux ancêtres à la famille, souvent décrits à l’occasion de tableaux suspendus dans la maison ou récits des autres membres de la famille, notamment l’immonde oncle Zander, qui a choisi de vivre normalement et qui est la honte de la famille…

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La Famille Addams : À l’Origine du Mythe, le grimoire de référence  !

A ma connaissance, les comic strips n’ont jamais été publiés en France, c’est donc avec une grande joie que j’ai appris que Huginn & Munnin allait traduire et publier le fameux livre de Kevin Miserocchi, The Addams Family : An Evilution, livre que j’avais toujours hésité à prendre en version originale. Et j’ai rudement bien fait de freiner mes ardeurs, l’édition française de cette ouvrage étant absolument exceptionnelle !

The Addams Family : An Evilution (À l’origine du Mythe) en français est donc la traduction d’un livre de 2009 consacré aux origines de l’œuvre de Chas Addams, son évolution et tout le processus créatif du comic strip. Ce livre est une véritable référence pour les fans et il aura donc fallu attendre 7 ans pour qu’il arrive jusque chez nous.
Au niveau du contenu, l’auteur nous présente déjà en détail la vie de Chas Addams et son œuvre phare, La Famille Addams, et tout le processus créatif des personnages et de leur univers. S’ensuit une galerie de portrait des différents membres de la famille, agrémentée d’anecdotes sur leur création et leur évolution.
Enrichissant dans les textes (même moi qui suis un fan inconditionnel de cette famille farfelue, j’ai appris énormément de choses) et richement illustré par de nombreuses illustrations, certaines étant même totalement inédites, parcourir ce livre est un véritable bonheur et chaque page une véritable découverte.
De plus le livre est très largement accessible même pour les néophytes et peux aisément servir de porte d’entrée dans l’univers de cette famille de sombres mais joyeux drilles.

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En ce qui concerne l’édition française, c’est (encore) un carton plein pour l’éditeur Huginn & Munnin qui prouve si il en était encore besoin qu’ils sont l’éditeur phare en France de beaux livres consacrés à la culture pop : Cette édition française est absolument somptueuse, se donnant même le luxe d’être supérieur en qualité à la version américaine ! La maquette donnant au bouquin l’apparence d’un vieux grimoire est tout simplement magnifique avec ces enluminures argentées, la papier épais est très agréable au toucher et la qualité d’impression juste parfaite. Rien à redire sur cette édition, à part qu’elle est juste… Et je n’hésite pas à le répéter, parfaite !

Au final, pas grand chose à ajouter : Ce livre est un must have pour tout les fans de La Famille Addams et tout ceux qui voudrez se plonger dans l’univers de cette effrayante mais attendrissante famille. Rajoutez à cela une édition hors du commun absolument sublime et vous comprendrez que ce livre est un ouvrage que je recommande plus qu’ardemment.

Aparté : La Famille Addams, les adaptations

Impossible de parler de La Famille Addams sans évoquer ses adaptations à la télévision et au cinéma. Même si j’en ai très envie (ayant pour la série originale des années 60 et les deux films une admiration sans borne), ce n’est pas le sujet aujourd’hui mais je vais vous en parler brièvement quand même !

Il faut savoir que les personnages ne sont pas très développés dans le comic strip, ce format ne permettant pas de beaucoup faire évoluer des personnages. A contrario, Chas Addams profitera grandement de la série télévisée pour faire développer ses personnages : En effet, Chas Addams sera très impliqué dans la réalisation de la série télévisée, chapeautant quasiment tout le coté créatif. Chas Addams a écrit de longues fiches explicatives sur la psychologie et l’aspect des personnages, il a également lui-même choisi les acteurs, écrit les scénarios et même peint et créé les décors. Si parfois on lui a suggéré de nouvelles idées, il a néanmoins gardé un contrôle absolu de sa création durant la production de cette série et ce malgré sa création opportuniste, l’idée d’adapter La Famille Addams en feuilleton étant venu à ABC pour contrer la mise en production d’une autre série du même genre, Les Monstres sur la chaîne CBS (1), les deux séries arriveront d’ailleurs à l’antenne quasi-simultanément, la même semaine. Mais là où Les Monstres aura surtout un succès localisé aux États Unis, La Famille Addams aura par contre un succès international.


Générique de la série télévisée de 1964

Une seconde série tentera de surfer sur le succès de la première et sera diffusée de 1998 à 1999, mais s’arrêtera très vite faute d’audience.

Deux séries animées, une dans les années 70 (inédite en France) (2) et une autre dans les années 90, plus inspirée par les deux films sortis peu de temps avant (cette série sera diffusée en France à plusieurs reprises, notamment sur France 2 dans l’émission Donkey Kong TV) seront également produites. Elles sont toutes deux très axées jeune public mais, dans l’ensemble, elles sont toutes deux très réussies.


Générique du dessin animé de 1992

Trois films seront également réalisés, deux films et un téléfilm. Les deux films sortis au cinéma, La Famille Addams (1991) et Les Valeurs de la Famille Addams (1993) seront réalisés par Barry Sonnenfeld (Men In Black) et seront d’énormes succès.
Le téléfilm, La Famille Addams : Les Retrouvailles (1997) aura lui par contre un succès mitigé, malgré de nombreuses qualités. C’est le « succès » de ce téléfilm qui motivera les producteurs à mettre en chantier la série des années 90 (voir plus haut), l’actrice Nicole Fugere reprendra d’ailleurs son rôle de Mercredi de ce téléfilm dans la série télévisée des années 90.
Je précise au passage que les trois films cités au dessus s’inspirent plus de la série télévisée que du comic strip, la psychologie et le comportement des personnages étant totalement différent de leurs homologues de papier, notamment et par exemple en ce qui concerne Gomez et Pugsley, radicalement différents dans les films.


Bande annonce du film Les valeurs de La Famille Addams

La Famille Addams est un pan important de la culture populaire américaine : Alors que l’american way of life battait son plein aux États-Unis, Chas Addams proposa des dessins présentant une famille allant à l’encontre de cette façon positive de voir les choses : Les Addams sont des êtres sombres, cruels, se plaisant dans une vie morbide et triste. Triste seulement pour celui qui regarde les dessins car les Addams, malgré leur train de vie sombre, sont manifestement une famille heureuse dont les occupations cruelles et morbides semblent comblées à chaque dessin.
Un état de fait dérangeant mais diablement attirant qui va faire de cette famille américaine une icône dans bien des milieux, celui de la culture, de l’art mais aussi dans les mouvements alternatifs, comme la mode ou la musique.
Ils sont également des personnages emblématiques du mouvement gothique, bien avant l’avènement de celui-ci.
Plus qu’une famille, ce sont de véritables icônes populaires, reconnaissables par tous. Chas Addams répondra même dans une interview à un journaliste qui venait de lui avouer être hanté par ses travaux que si ses dessins le hantaient, c’était parfait car c’était exactement ce qu’il avait voulu créer avec cette famille : Tout est dit dans cette simple tirade à propos de cette famille hors du commun !

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1 : D’un point de vue personnel, je n’ai jamais vraiment accroché à la série Les Monstres, j’ai par contre été immédiatement séduit par la Famille Addams, après avoir regardé un épisode de la deuxième saison, diffusée à cette époque sur M6. Pour la petite histoire, dans la version française, le doublage (doublage VF absolument excellent soit-dit en passant) de Gomez est assuré par Gérard Hernandez, populaire parmi les plus jeunes d’entre-vous pour interpréter le personnage du retraité acariâtre Raymond dans la série à sketch Scènes de Ménage.

2 : Les personnages de cette série animée apparaîtront pour la première fois en 1972 dans le cadre du troisième épisode de la série Les Grandes Rencontres de Scooby-Doo dans l’épisode Mercredi a disparue  !

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #24

Vampire, vous avez dit Vampire !

Rapide review  : Day Men Tomes 1 et 2

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Des comics de vampires, il y en a des tas et pour pouvoir se démarquer du lot, il faut vraiment sortir de l’ordinaire et proposer quelque chose de novateur, ce qui à la vue d’avalanche de titres proposant des aventures de suceurs de sang, est assez compliqué… C’est pourtant ce que propose Matt Gagnon et Michael Alan Nelson avec Day Men en soumettant un point de vue original : Si les vampires ne sortent pas durant le jour, qui s’occupe d’eux pendant qu’ils dorment dans leurs cercueils ?

This wicked bitch
Cruella to the bone
Each vivid stich
Just ties me to her throne
In exaltation
She builds on endless lies
Mircalla, Maleresian
Architect of my demise

Cradle of Filth – The Vampyre at My Side (Hammer of the Witches – 2015)

Day Men c’est donc l’histoire de David Reid, David est un Day Man, un humain surentraîné qui s’occupe des affaires des vampires durant la journée. David travaille pour l’un des clans de vampires les plus puissants des États Unis, les Virgo. Mais les tensions avec un autre clan, le clan Ramsès, sont très vives et chaque occasion de nuire au clan adverse est bonne à prendre, David devant régulièrement jouer les négociateurs à grand coup de canne (son arme fétiche) afin de mettre tout le monde d’accord.
Mais lorsqu’un trafic de crocs de vampires est découvert et Calista, une des notables de la famille Virgo, est enlevée, David mène l’enquête et découvre de sombres secrets entourant les familles de vampires, il semblerait également qu’un nouveau type de vampire que l’on croyait jusque là disparu soit de nouveau apparu. Malgré le fait qu’il soit un simple humain, David va tout faire pour aider ceux qu’il considère comme sa « famille » et surtout leur leader, la magnifique Azalea, pour qui il a une fascination et une dévotion sans borne.

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La force de Day Men c’est qu’après la lecture de seulement deux tomes, on est saisi par la densité de l’univers créé par les deux scénaristes : C’est complet sans être complexe, travaillé, intéressant, peuplé de personnages tous plus fascinants les uns que les autres (la sublime et mystérieuse Azalea, la rebelle Lera ou encore le pyrokinésiste Jacob sont juste quelques exemples des personnages apparaissant dans cet univers).
Day Men
bien plus qu’un simple comic, c’est un univers travaillé et recherché, avec sa propre mythologie et sa propre histoire. En seulement deux tomes on se retrouve projeté dans cet univers et on est vite happé par les aventures de ce Day Man à la fois courageux et dévoué à des êtres surnaturels pour qui la vie humaine a peu d’importance, mais David s’accroche et il arrive même a gagner au fur et à mesure du récit leur respect : Un véritable parcours initiatique ponctué par des bagarres, des trahisons, des coups de théâtre et des personnages hauts en couleur, Day Men c’est tout ça et bien plus encore.

Loin de pondre un énième comic de vampires, Matt Gagnon et Michael Alan Nelson nous livrent un véritable univers à la fois fascinant et complet, le tout au travers des aventures passionnantes de cet humain au service de vampires. Un véritable réussite  !

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Niveau visuel, Brian Stelfreeze nous livre un travail absolument admirable : ses planches sont détaillées et claires, ses personnages sont expressifs et parfois vraiment impressionnants (chaque apparition de certains, notamment Jacob ou, encore elle, Azalea sont de véritables moments d’anthologie) et les scènes d’action d’un véritable dynamisme saisissant. Durant les huit chapitres que constituent ces deux tomes, aucune baisse de régime de la part du dessinateur qui réalise un véritable sans faute : Du grand art.

En ce qui concerne cette édition française, comme à leur habitude, Glénat nous livre un travail admirable : Traduction aux petits oignons, hardcover, papier glacé et chaque album se termine par une galerie de sketchs de Brian Stelfreeze ainsi que l’intégralité des couvertures et variantes. Là aussi c’est un sans faute, achevant de faire de Day Men un véritable incontournable du genre.

Day Men fait sans aucun doute maintenant partie des références que je citerai lorsque je parlerai de comics de vampires, aux cotés d’American Vampire, Crimson ou 30 Jours de Nuit : Dense, recherché et travaillé, c’est une lecture passionnante qui sort vraiment du lot de ce genre, souvent opportuniste. Deux tomes que je ne peux que vous conseiller de lire au plus vite si vous êtes amateurs de vampires, de comics ou d’histoire vraiment passionnantes et travaillées. Par contre si vous aimez tout ça en même temps : Foncez  !

Day Men Tome 1  : Lux In Tenebris, disponible depuis le 4 novembre 2015 chez Glénat Comics

Day Men Tome 2  : Tempus Vestigium, disponible depuis le 13 avril 2016 chez Glénat Comics

Rapide review  : Graveyard Shift

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Deuxième titre à parler vampires chez Glénat Comics après l’excellent Day Men, Graveyard Shift prend une toute autre direction et ne cache pas le moins du monde ses influences et références : Un bien ou un mal pour cette mini-série que nous propose en intégralité l’éditeur français ? Je vais tenter d’y répondre en toute objectivité, n’étant pas vraiment familier des dites influences…

Liam et Hope sont un couple heureux et en dessous de tout soupçon : Lui policier et elle artiste, tout roule dans le meilleur des mondes pour les deux tourtereaux. Mais durant une de ses enquêtes, Liam fait une descente musclée et se retrouve face à ce qui semble de toute évidence être un vampire ! Liam s’attire les foudres dudit vampire et de son clan qui vont aller jusque chez lui pour se venger. La pauvre Hope finie mordue par un des monstres et est considérée comme morte tandis que Liam survit miraculeusement à l’attaque.
A son réveil, alors qu’il se recueille sur la tombe de sa bien aimée, celle-ci réapparaît, devenue à son tour un vampire. Commence alors pour le couple un long et tortueux voyage, Hope ayant beaucoup de mal à gérer ses nouvelles pulsions de vampire et Liam se débattant tant bien que mal pour trouver un moyen de soigner sa fiancée. Leur amour survivra-t’il à ces épreuves ?

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Graveyard Shift est en soit une histoire ultra-classique de vampire et d’amour : On a d’un côté l’amoureux transi qui tente de gérer tant bien que mal les pulsions de sa conjointe nouvellement vampire et de l’autre la femme vampire qui découvre sa nouvelle nature bestiale. Un schéma classique certes, mais dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, reste efficace et très agréable à lire : Jay Faerber brosse le portrait d’un couple à la fois simple et attachant qui se retrouve propulsé dans une situation complètement folle et la question de savoir si leur amour sera assez fort pour triompher de tous ces événements.
Dans le ton, on est très proche des histoires de vampires modernes comme Twilight et surtout la série Buffy Contre les Vampires : Le scénariste ne s’en cache d’ailleurs pas, le ton de l’histoire, le style et le look des vampires, tout semble droit sortir de la fameuse série des années 90. La page finale ne laissant d’ailleurs aucune ambiguïté à ce sujet en faisant une référence directe à la série.

L’histoire est certes simple mais reste malgré tout efficace et agréable à lire, de plus Graveyard Shift se lit vite et sans lassitude et, je pense, peut être une lecture plus que recommandable pour toute personne n’étant pas très coutumière des histoires de vampire en comics, une lecture idéale pour les nouveaux venus en quelque sorte et le cadeau idéal pour motiver un fan de Twilight ou Buffy à la lecture de comics.

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Niveau dessins, c’est un autre point fort du bouquin : Ceux-ci sont vraiment très beaux, signés par l’espagnol Fran Bueno : C’est très sombre, le trait est simple et maîtrisé, les personnages très expressifs, et le style à mi-chemin entre BD européenne et comics de l’artiste fait mouche. L’aspect visuel est donc sans aucun doute l’un des points forts de cette bande dessinée.
Mention spéciale aux couvertures du même Fran Bueno, absolument somptueuses.

Accessible et plaisante, tels pourraient être les deux qualificatifs de Graveyard Shift : Un comic d’horreur simple mais efficace, ni trop gore ni trop neuneu, qui sans aucun doute plairait au plus grand nombre de lecteurs, notamment les novices. Les lecteurs plus « expérimentés » lui préféront très probablement l’excellent Day Men mais Graveyard Shift est un bouquin qui, si il ne sort pas vraiment du lot n’en reste pas moins une lecture plus que recommandable et j’avoue avoir passé un bon moment. A lire  !

Graveyard Shift, disponible en France depuis le 3 février 2016 chez Glénat Comics

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #23

The Undertaker

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Et si ce mois-ci ont parlait de catch  ?
Vous savez le catch, ce sport spectacle, sorte de mix improbable entre la lutte et le théâtre, pratiqué soit par des body builders très énervés, des mexicains virevoltants ou des bimbos siliconés. Ce spectacle que tout ceux qui n’y connaissent rien dédaignent avec des « De toute façon c’est nul, ils se battent pas pour de vrai… » et qui pourtant chez nos amis d’outre atlantique remplit des stades de dizaines de milliers de personnes plusieurs fois par semaine.
Moi j’aime le catch, j’assume et je vais en parler aujourd’hui… Mais attendez, c’est quoi le rapport entre le catch et les comics d’horreur ? A priori il n’y en a pas, et pourtant, pour pouvoir en parler, j’ai trouvé un lien, qui est, si vous lisez ma chronique mensuelle régulièrement, encore une fois un obscur comic d’horreur consacré à un catcheur de renom, qui ? Bah son nom est dans le titre de cette chronique mais bon, avant, plantons le décor et lisez un peu ce qui suis !

A première vue, le rapport entre le catch et l’horreur peut paraître un peu improbable, mais pas tant que ça en fait. Le catch utilise souvent des notions liées à l’horreur, au fantastique ou même à la culture pop, mais je vais y revenir plus bas car avant d’entrer dans le vif du sujet, je vais vous présenter vite fait comment fonctionne le catch afin que ceux qui n’y connaissent rien et se contentent de le dédaigner pour en avoir entraperçu quelques matchs à la télévision, puissent avoir une vision un peu plus claire de ce que c’est réellement, et enfin peut-être comprendre un peu mieux pourquoi ce divertissement sportif est aussi populaire dans certains pays, notamment les États-Unis, l’Amérique du sud et le Japon.

Le catch, c’est le spectacle/divertissement familial par excellence mais il y a plusieurs choses qui différencient le catch des autres sports : Déjà l’aspect scénarisé, dans le catch tout est faux, les coups ne sont pas réellement portés et les dissensions entre lutteurs sont des histoires scénarisées à l’avance.
L’aspect le plus important dans le catch, c’est le spectacle et ça passe par plusieurs choses : Les physiques des athlètes déjà, car les catcheurs se sont avant tout des physiques hors norme, géants, gros, body buildés ou même petits, pour le catch avoir un physique particulier est déjà un plus, certains lutteurs ont même construit leur légende sur ce critère, du gigantesque français André le Géant et ses mensurations extraordinaires (2 mètres 24 et 235 kilos), à l’imposant Yokozuna (1 mètres 93 et 273 kilos), dans les premières heures du catch se sont les grands hommes qui attirent les foules.
Mais dans les années 80, sous l’impulsion de l’homme d’affaire Vince McMahon et de sa fédération familiale, la WWF ( future WWE actuelle), le catch va se diversifier et recruter des hommes et femmes aux capacités physiques plus variées. McMahon va aussi comprendre que le catch à l’ancienne ne déplace plus les foules pour une bonne raison : La télévision. Le catch à l’ancienne n’a pas la capacité à enthousiasmer autant qu’une série TV ou un film diffusé à la télévision, Vince McMahon va alors insuffler au catch une dimension spectaculaire et flamboyante jamais vu jusque là au travers de nouveautés qui vont révolutionner le genre : Le premier sera de rendre le spectacle plus percutant.
A grands renforts de musiques, d’effets spéciaux et de costumes bariolés pour les lutteurs, McMahon va rendre le spectacle plus attractif, un peu à la manière d’un spectacle de cirque. Deuxième chose, il va personnifier les lutteurs et en faire de véritables personnages bien définis au travers d’un système appelé Gimmick : Chaque lutteur(ses) aura désormais un gimmick, une sorte de rôle, de personnage qu’il incarne sur le ring et en dehors. Il va avec ce système créer la première superstar du catch en la personne de Hulk Hogan (1).

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Photo réunissant de gauche à droite, Vince McMahon, Hulk Hogan et André le Géant

Avec Hulk Hogan et son gimmick de héros américain, le catch va sortir de son carcan de divertissement : Hogan va apparaître dans des films (notamment son caméo légendaire dans Rocky III (2) ), des cartoons, des émissions de télévision et développer tout un tas de produits dérivés. Avec Vince McMahon et Hulk Hogan, le catch gagne une dimension populaire jamais atteinte jusqu’alors.
Mais si Hogan est un héros populaire auprès des petits et des grands, prônant des valeurs comme l’entraide ou la solidarité, il va lui falloir des adversaires et c’est encore une des forces de Vince McMahon qui va mettre en place un système de scénaristes pour imaginer les histoires entre lutteurs, les fameux bookers.
Concrètement un booker dans le catch c’est quoi ? Tout simplement un créateur qui va décider de quelle orientation sera faite la carrière d’un lutteur : Un booker créé tout, du costume que porte le lutteur, aux aventures qu’il aura dans le ring (les grandes lignes des combats sont décidés par les bookers) mais aussi en dehors, des discussions dans les vestiaires aux agressions en backstage.
Grâce aux bookers, le catch gagne un aspect scénarisé, les rivalités entre lutteurs sont étalées sur plusieurs semaines, vont de rebondissements en rebondissements jusqu’à un dénouement final, souvent lors d’un match diffusé en pay-per-view (télévision payante) (3).

Dans les rivalités entre lutteurs, il y a donc le Face (le gentil), le Heel (le méchant) et parfois des statuts ambigus souvent appelé Neutral.
Si Hogan est bien entendu un Face, il va falloir lui trouver des adversaires à sa hauteur et c’est là que  le thème de l’horreur rejoint celui du catch, car impossible de parler d’horreur et de fantastique dans le catch sans parler d’un homme qui a basé sa carrière sur cet aspect, The Undertaker.

Ain’t no grave
Can hold my body down
There ain’t no grave
Can hold my body down

When I hear that trumpet sound
I’m gonna rise right out of the ground
Ain’t no grave
Can hold my body down

Johnny Cash – Ain’t No Grave (American VI: Ain’t No Grave, 2010) (7)

En 1991, Hulk Hogan est à l’apogée de sa carrière et rien ne semble stopper son ascension. Un an plus tôt, est apparu un mystérieux catcheur tout de noir vêtu, à la voix caverneuse et à l’aspect sinistre. Après avoir obtenu l’appui du manager Paul Bearer (4), The Undertaker va engager une longue rivalité avec Hogan. L’apogée sera un combat à l’événement Survivor Series 1991 durant lequel le Heel Undertaker battra le héros américain pour le titre de champion de la WWF. La carrière de celui que l’on surnomme le Taker est désormais lancée.

The Undertaker va amener un nouveau genre de personnages dans le catch, celui des monstres. Vêtu d’un long manteau noir et coiffé d’un large chapeau, l’Undertaker arrive sur le ring sous la marche funèbre de Chopin (réorchestré par le compositeur officiel de la WWE, Jim Johnston), lumières éteintes et dans un épais brouillard. L’effet est saisissant et dés les premiers sons de cloche typique de son thème, le silence se fait souvent instantanément dans le public, il n’est également pas rare de voir lors de ces premières apparitions des enfants se jeter dans les bras de leurs parents en sanglotant (véridique !).
Grâce à Paul Bearer, son personnage gagne également un aspect mystique et fantastique, issu des monstres de la Hammer : Paul Bearer en fait un personnage mort-vivant, dont les cendres sont retenues dans une urne funéraire renfermant tout le pouvoir de « son » Undertaker.

Avec le temps, The Undertaker va de plus en plus creuser son personnage : De simple personnage lugubre, il va devenir dans les années 90 un sorcier démon baignant dans l’occultisme et usant de sorcellerie, toujours accompagné de druides encapuchonnés. Il aura un passage plus terre à terre vers la fin des années 90/début 2000 en incarnant un motard (5) avant de revenir à son gimmick de mort-vivant en 2004.
Mais bien plus qu’un personnage, l’Undertaker devient rapidement un lutteur redouté sur le ring : Avec ces 2 mètres 8 et ces 140 kilos, l’Undertaker étonne par ses prouesses sur le ring, à la fois agile, rapide et puissant, c’est un catcheur complet, très varié dans ses prises et actions.

Afin de renforcer son aspect fantastique, il va également créer avec son personnage tout un tas de codes visuels et de matchs emblématiques : De sa prise de finition, le terrible Tombstone Piledriver (nommé coup de la pierre tombale en français), ses matchs parfois très violents comme le match du cercueil (un match qui consiste à enfermer son adversaire dans un cercueil et à en fermer le couvercle pour gagner), Buried Alive match (même concept que le match du cercueil sauf que là il faut précipiter son adversaire dans une tombe fraîchement creusée et recouvrir son adversaire de terre), le très dangereux Hell in a Cell (un match se déroulant dans une cage fermée) ou l’impressionnant Inferno Match (un match durant lequel le ring est entouré d’un mur de flammes), notamment contre son plus grand rival et frère sur le ring, un autre monstre du catch, le colossal Kane. Avoir l’Undertaker sur le ring, c’est déjà en soit la promesse d’un spectacle.

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The Undertaker face à son frère, Kane

Car avec The Undertaker, c’est une flopée de catcheurs au gimmicks monstrueux qui vont se succéder : Le psychotique Mankind, l’enflammé Kane, le tordu Boogeyman, les mystérieux Sting et Vampiro à la WCW ou même plus récemment Finn Bàlor, c’est une véritable foire aux monstres qui va déferler sur les rings de toutes les fédérations américaines, aucun ne réussissant néanmoins à atteindre la renommée de l’Undertaker.

Avec un tel personnage, c’est sans surprise que les comics vont s’intéresser à The Undertaker et c’est ainsi qu’en 1999, Chaos ! Comics, maison d’édition célèbre à l’époque pour la publication de ses comics d’horreur comme Evil Ernie, Lady Death ou Purgatory, ses comics inspirés de groupes de métal comme Megadeath et Static-X, ou bien encore ceux inspirés des films d’horreur Halloween, va obtenir les droits de certains lutteurs de la WWF afin d’en développer des comics.
Les plus grandes stars du ring de l’époque vont avoir droit à leur version de papier : The Rock, Steve Austin ou encore la sculpturale Chyna vont ainsi avoir droit aux honneurs de devenir des héros de bande dessinée. Mais celui dont va se délecter l’éditeur, c’est bien sûr The Undertaker qui va avoir le privilège d’une mini-série de 10 numéros (plus une preview, un numéro 0 et ½).

Déjà de prime abord, The Undertaker et son personnage sombre et monstrueux colle parfaitement à l’orientation des comics Chaos qui privilégient les personnages effrayants et violents. De plus, l’univers de l’Undertaker reste à créer, car de son alter ego des rings, on en sait en fait pas grand chose : Cela laisse donc au scénariste Beau Smith un véritable boulevard pour créer un univers autour du personnage et au passage récupérer ses alliés et rivaux du ring pour en faire eux aussi des personnages de comics.

L’ histoire commence par la présentation de l’Undertaker, qui est ici un être démoniaque régnant sur un enfer nommé Stygian, la prison de l’Enfer.
L’Enfer est en fait régi par trois niveaux : Le premier niveau est une sorte de porte d’entrée, à cheval entre la Terre et l’Enfer, cet endroit est gardé par Paul Bearer. Le second niveau est l’Enfer lui même, dirigé par un être nommé l’Embalmer et enfin il y a Stygian, le niveau le plus bas de l’Enfer, l’endroit où sont emprisonnés les pires créatures de l’Enfer, cet endroit est donc contrôlé par l’Undertaker. Si Paul Bearer et l’Undertaker se satisfont de leur position, ce n’est pas le cas de l’Embalmer qui convoite le contrôle complet de l’existence, Terre et Enfer compris. Pour cela il a déjà réussi à ouvrir des passages temporaires entre la Terre et l’Enfer, permettant à lui-même et ses démons d’entrer sur Terre. Afin de planifier sa future domination de la Terre et de l’Enfer, Embalmer a créé une multinationale informatique dont les profits servent à financer des recherches visant à fusionner la science et les créatures démoniaques.
Mais pour que ses plans se concrétisent, Embalmer a besoin des trois livres, trois reliques remisent à chacun des gardiens durant la création des Enfers. Seulement, ni Paul Bearer ni l’Undertaker ne sont enclin à lui remettre et il va donc engager une vendetta contre eux pour les obtenir. Mais tout ne va pas se passer comme prévu et un affrontement entre les trois détenteurs semble inévitable.

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Dans les numéros faisant office de prologue (les numéros 0 et ½), le lien avec le catch est immédiat, on nous présente l’Undertaker en tant que tel, il monte en fait sur le ring pour combattre des créatures démoniaques qui, sous apparence humaine, s’affrontent dans des combats pour gagner leur place auprès de l’Embalmer sur Terre. Dans ces numéros, les prises de catch et l’ambiance des stades sont bien représentés et ma foi le postulat est plutôt original, permettant mine de rien de faire un lien entre son personnage de ring et celui du comic.
Malheureusement ce n’est plus le cas par la suite, dés le numéro 1 de la série régulière en fait, où cet aspect est totalement délaissé pour une histoire typique des comics Chaos (et plus généralement des années 90) à base de combats gore entre monstres, de sorcellerie et de mysticisme.
Exit donc le coté catch et on se retrouve du coup devant une histoire largement inspirée par Spawn ou Evil Ernie.

Même si l’histoire est en tout point un classique de ce genre et de cette époque avec tout les passages obligés (trahison surprise, bimbos, combats gore à base de splash page etc.) ça reste malgré tout assez sympathique à lire et même si le déroulement de l’histoire peut se deviner dès les premiers numéros, ont se laisse prendre facilement au jeu.
Autant être franc, ça casse pas trois pattes à un canard mais l’aspect ludique et défouloir du truc fait que ça se lit au final assez bien et sans lassitude.
Rajouté à cela que tout a été fait pour brosser le fan de catch dans le sens du poil à grand renfort de caméos ou de personnages secondaires assez bien amené : On croise donc Kane, Mankind et même le Ministry of Darkness (6) au grand complet qui se targue d’une apparition tonitruante.

Visuellement, là encore on est dans la veine des comics Chaos : Les planches sont dynamiques, détaillées et pleines de couleurs criardes, les trentenaires qui ont connu l’age d’or des comics des années 90 comme Spawn, Cyberforce, The Darkness ou Witchblade apprécieront de retrouver un peu de cette ambiance. Le dessinateur Manny Clark fait donc un bon boulot, très en phase avec le ton sombre et violent de l’histoire.
Mention spéciale au passage pour les couvertures (dont certaines égayent cette chronique) signées en majorité par Greg Capullo et Danny Micki qui sont pour la plupart tout simplement magnifiques.

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The Undertaker est très honnêtement un comic anecdotique qui ravira surtout les fans de catch et de comics ainsi que les amateurs de bizarreries dessinées. Personnellement je m’attendais à un pur produit marketing fait à la va vite et ça n’a pas vraiment été le cas : L’histoire et l’univers sont plutôt bien travaillés et les dessins franchement très agréables. Après, je suppose qu’un lecteur qui a découvert les comics depuis peu lâchera très certainement l’affaire dès le premier numéro, pour les autres, suivez mon conseil et retombez dans votre age ingrat le temps de quelques pages, ça fait toujours du bien   !

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Les rapports entre les comics et l’univers du catch ont toujours été plus ou moins évidents  : Spider-Man n’a t’il pas commencé comme catcheur ? Et quand les catcheurs assument leur passion pour les comics (Rob Van Dam et CM Punk arborent des tatouages ou des t-shirts à l’effigie de héros de comics, le meilleur exemple étant Gregory Helms qui a créé au début de sa carrière son personnage de super-héros catcheur, The Hurricane) ou même cette dualité gentil contre méchant, le catch a beaucoup emprunté au comics et il n’est pas rare que les fans de catch soient aussi très souvent des lecteurs de comics. Coïncidence ? Je ne crois pas comme dirait l’autre.

The Undertaker publié en édition relié en deux tomes par Chaos ! Comics en 1999 et 2000 aux États-Unis

1 : D’ailleurs, son surnom de Hulk Hogan n’est pas anodin et le rapport avec les comics est évident : Durant ses premières apparitions publiques, les amateurs de catch remarquent qu’il est physiquement plus impressionnant que l’acteur qui joue l’Incroyable Hulk à la télévision, Lou Ferigno : Il gagnera par la suite le surnom de Incredible Hulk Hogan, puis simplement Hulk Hogan. Avec l’accord de Marvel Comics, il utilisera ce nom jusque sa démission de la WWF en 1994. Dans sa nouvelle fédération, la WCW, il sera surnommé Hollywood Hogan pour éviter tout désaccord avec Marvel. Il reprendra le surnom Hulk à son retour à la WWE, en 2002. Suite à un accord avec Marvel, il devient propriétaire du nom Hulk Hogan en 2006.

2  : C’est d’ailleurs Sylvester Stallone lui-même qui contactera Hogan pour qu’il apparaisse dans son film.

3 : D’ailleurs sur ce point, il y a une chose sur le catch que je n’ai pas précisé : Il n’y a pas dans le catch de saisons comme dans les autres sports « normaux », le catch à lieu toute l’année et certains catcheurs sont même présents sur le ring plusieurs fois par semaine au travers de shows en live et rediffusés à la télévision.

4 : Son nom est d’ailleurs un jeu de mot avec Pallbearer, du nom donné aux hommes qui portent les cercueils durant les enterrements.

5 : Avec le recul et selon de nombreux fans (dont je fais partie), ce changement de gimmick fut la plus grosse erreur de sa carrière, rendant le personnage beaucoup moins intéressant.

6 : Le Ministry of Darkness fut un groupe de catcheurs créé dans les années 90 par l’Undertaker. Ce groupe réunissait les lutteurs les plus violents du moment, dans le comic cet aspect a été changé et le groupe est présenté comme un groupe de défense censé chasser les démons de notre réalité.

7 : L’Undertaker a utilisé cette musique lors de son retour sur le ring en 2011 :

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #22

Les Abandonnés

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Depuis le phénomène Walking Dead, le nombre de comics ou même de bandes dessinées en général (Mangas et franco-belge n’ayant pas échappé non plus au phénomène) ayant pour thème les invasions de zombies s’est multiplié, avec des résultats qualitativement parlant plutôt disparates et très honnêtement, difficile de s’y retrouver dans cette jungle de titres ayant « Dead » dans le titre.
Et si justement l’une des bandes dessinées les plus intéressantes dans cette jungle de corps putréfiés ne comportait pas le terme « Dead-quelque-chose » dans son titre  ? Et si, ironie du sort, cette bande dessinée avait été traduite en France dans l’indifférence la plus générale ? Et si de plus, elle était signée par un des auteurs les plus estimés sur ce blog et par votre serviteur ? Et si j’allais en parler maintenant ? Toutes ces questions vous allez en avoir les réponses sous peu, mais petite morsure de rappel sur ce que sont les zombies.

Le zombie moderne, à savoir un cadavre ressuscité qui revient dans un état de non-vie pour dévorer la chair des vivants fut créé par George Romero en 1968 dans son mythique film La Nuit des Morts Vivants. Je ne reviendrai pas sur Big George, l’ayant déjà fait lors du Jeudi consacré à Creepshow, je vous renvoie donc à ma prose et ça vous fera en plus l’occasion de lire cet excellent chapitre des Jeudis, excellent parce qu’il est bien tout simplement et parce que c’est moi qui l’ai écrit et que de toute façon, tout les Jeudis de l’Angoisse (des Comics) sont intéressants, sinon ma boss ne les publierait plus depuis longtemps.
Mais revenons aux zombies après ce petit intermède d’auto-congratulation, quoique le rapport entre Katchoo et un zombie n’est pas si éloigné que ça, une histoire d’appétit insatiable dans un autre domaine tout ça tout ça, enfin bref.

Donc c’est avec son film que George Romero établi ce que seront les zombies dans l’imaginaire collectif pour les décennies à venir et cette caractérisation est d’ailleurs encore d’actualité aujourd’hui : Ce sont donc des êtres humains qui une fois réanimés par un moyen X ou Y (souvent un virus) sont lents et stupides, insensibles à la douleur et ne réagissant qu’à un seul instinct basique qui est de se nourrir de la chair des vivants. Ces êtres étant décédés, ils continuent de se putréfier et on les représente souvent ayant des corps décharnés ou atrocement mutilés. Les zombies sont souvent représentés en horde de plusieurs individus, leur nombre palliant leur relative faiblesse physique.

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Il est amusant de constater que l’intérêt des amateurs de culture bis pour les zombies ne s’est jamais démenti depuis leur création, d’abord au cinéma, puis lorsque celui-ci laissera de coté les morts vivants pour d’autres thèmes (le slasher dans les années 80 avec Halloween, Vendredi 13 et compagnie puis les college movies dans les années 90 et ces Scream et autres The Faculty), ce sera le jeu vidéo qui s’en appropriera les codes avec bien sûr la saga Resident Evil mais aussi d’autres jeux comme House of the Dead ou Nightmare Creatures.
Paradoxalement, c’est au travers du jeu vidéo que les zombies referont leur apparition au début des années 2000 sur les écrans de cinéma avec l’adaptation du jeu vidéo Resident Evil réalisé par Paul Anderson et sorti en 2002. Malgré sa qualité plus que discutable, le succès du film redonnera de l’intérêt au public et surtout aux producteurs pour les films de zombies. La même année sort également le film anglais 28 Jours Plus Tard de Danny Boyle mais ce film est un cas particulier sur lequel je reviendrai très certainement prochainement, une excellente mini série de comics en ayant été tirée.

L’engouement général pour le style reviendra à son apogée avec le succès international du remake du Dawn of the Dead de George Romero signé Zack Snyder et maladroitement re-titré en France L’Armée des Morts. Biberonné aux jeux vidéos, Snyder va alors insuffler au style zombie de l’énergie salvatrice avec des zombies qui courent, aux attitudes agressives et des scènes d’action survoltées. Non exempt de défauts, L’Armée des Morts est malgré tout un divertissement horrifique de grande qualité qui va obtenir logiquement un grand succès et va remettre sur le devant de la scène les films de zombies.
Niveau comics, c’est en octobre 2003 que sort le premier numéro du comic The Walking Dead : la bande dessinée a surtout un succès d’estime dans un premier temps mais à force de bouche à oreilles  et de critiques élogieuses, elle fini par obtenir une renommée chez les amateurs de comics et de culture horrifique. Sa popularité explosera en 2010 avec l’apparition de la série télévisée, faisant de ce comic et son adaptation un véritable phénomène. Je ne m’étalerai pas plus sur Walking Dead, je pense que quasiment tout a déjà été dit, que se soit sur le comic ou la série télévisée.

Dans le monde des comics, tout le monde veut sa part du lion et quasiment tous les éditeurs vont s’engouffrer dans la brèche, Marvel y compris qui n’hésitera pas à zombifier ses héros dans sa mini série Marvel Zombies, confiée à nul autre que Robert Kirkman, le papa de Walking Dead (1).
D’autres éditeurs vont donc publier des histoire de zombies : IDW en 2004 avec l’excellent Remains de Steve Niles et Kieron Dwyer (2) et même le timide et confidentiel éditeur Tokyopop s’y mettra avec The Abandoned, petite perle du genre injustement méconnue, injustice que je vais réparer de suite.

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The Abandoned (Les Abandonnés en français) c’est donc un comic écrit et dessiné par Sophie Campbell en 2006, créatrice également de l’excellentissime série Wet Moon dont j’ai déjà parlé sur ce blog.
Je ne vais pas vous présenter de nouveau Sophie Campbell, je l’avais déjà fait dans l’article sur Wet Moon et je vais juste me contenter de mettre à jour ce que j’avais écrit.
La première chose qu’il faut noter c’est le changement de nom de l’auteure : En effet, Ross est devenu Sophie, l’auteure ayant fait son coming out en tant que transgenre en 2015.
Professionnellement parlant, Sophie Campbell a depuis publié Glory (publié en France et que j’ai chroniqué ici), elle a longtemps œuvré sur la série Tortues Ninja et travaille actuellement sur la série Jem & The Holograms, séries toutes deux encore inédites en France.

Sophie Campbell est sans conteste un de mes auteurs favoris, me reconnaissant beaucoup dans ses personnages, l’auteure ayant pour habitude de souvent dépeindre des personnages un peu borderline, souvent aux physiques différents (surpoids ou ayant des handicaps), issue de minorités ou de mouvements alternatifs comme le gothisme ou le punk.
Tout ces thèmes se retrouvent dans sa création la plus personnelle, à savoir Wet Moon mais aussi dans Les Abandonnés, ce one-shot partageant d’ailleurs beaucoup de points communs avec Wet Moon.

They said that your scream was heard through the storm.
It was a desperate noise that shocked the sky.

And they told me about all the holes in your skin.
The needles that’ve been piercing through you.
It was a pattern of wounds, in a city that’s dead.
The blood has to be shed…. and wasted.

Deathstars – Death is Wasted on the Dead (Extrait de l’album The Greatest Hits on Earth, 2011) (3)

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The Abandoned c’est donc l’histoire de Rylie, l’employée d’une maison de retraite d’une petite ville en Louisiane qui après le passage d’un ouragan dévastateur, va constater que la plupart des victimes se sont transformé en zombies.
Rylie est lesbienne, a beaucoup d’amis et logiquement, face à cette apocalypse (on a quand même eu coup sur coup deux catastrophes d’affilées, à savoir un ouragan et une peste zombie) son premier réflexe sera donc de s’inquiéter pour celle qu’elle aime ainsi que pour ses amis et va donc chercher à les retrouver au plus vite. Mais dans un environnement dévasté et sans loi, les petites haines et rancœurs vont se retrouver exacerbées et Rylie va vite se rendre compte que hormis les zombies, les créatures les plus dangereuses ne sont pas forcément les morts-vivants.

Comme je l’ai dit plus haut, Les Abandonnés a beaucoup de points communs avec Wet Moon  : Déjà au niveau des personnages, ont retrouve avec plaisir le même genre de personnages « paria » chers à l’auteure : Gothiques, homosexuels, punks et/ou aux physiques atypiques, la bande dessinée est un florilège de personnages divers et variés. Loin d’être un prétexte de faire quelque chose de différent du mainstream (et comme pour Wet Moon), ces choix esthétiques servent le récit en rendant les personnages plus proches de la réalité et du même coup plus attachants et ce malgré le trait volontairement exagéré de Sophie Campbell, sorte de mélange improbable entre Richard Corben et Barbara Canepa.
D’ailleurs visuellement, Les Abandonnés est très représentatif des débuts de Sophie Campbell, notamment au niveau du découpage des planches et, à l’instar de Terry Moore, d’une utilisation judicieuse des silences et des expressions faciales des personnages qui à elles seules suffisent souvent à faire passer le message de l’auteure sans utiliser de dialogues.
Campbell réussi à créer une véritable ambiance soit oppressante, soit plus intimiste selon les situations, on reste par contre dans une histoire de zombies avec tout les passages obligés de ce genre de récit, les scènes gore bien entendu mais aussi les traditionnelles bagarres entre survivants.

Pour ce qui est de l’histoire, même si cela reste une histoire de zombies, Campbell prend le pari de rester proche de ses personnages en insistant sur les drames personnels, cette invasion de zombies étant au final plus une occasion qu’ont les protagonistes de montrer leur véritable personnalité. Pour cela, Sophie Campbell nous rend très proche des personnages, en nous les montrant d’abord dans des scènes de vie quotidienne anodines puis lors de l’invasion de zombies, plutôt que de montrer des scènes gores de destruction de zombies (ces scènes étant quand même présentes, mais dans une moindre mesure que dans d’autres comics du même type), l’auteure nous les présente entre eux, discutant, se rapprochant ou se déchirant au fur et à mesure du récit, les zombies étant au final presque secondaires. Un postulat risqué mais parfaitement maîtrisé, rendant son récit plus intime et donc plus émotionnellement puissant, et je dis ça en parlant d’un comic avec des zombies au cas ou vous l’auriez oublié.

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Même au niveau de la colorisation, Campbell a fait dans l’originalité avec un récit entièrement en nuances de gris, à l’exception de tout les éléments en rouge : Encore un choix risqué mais qui au final donne un cachet unique à cette bande dessinée, décidément hors des sentiers battus.
Le plus incroyable, c’est que cet ovni dans le genre des comics de zombies a été publié en France, chez Milady Graphics dans une très belle édition au format manga, de plus avec une excellente traduction et ce… Dans l’indifférence générale.

Les Abandonnés, c’est un comic hors norme qui malgré son pitch de départ marque sa différence avec ces personnages hétéroclites et sa sensibilité à fleur de peau. J’ai connu Sophie Campbell grâce à cette bande dessinée et ce fut l’une de mes grandes découvertes de lecteur de comics : J’y ai découvert une artiste à l’image de ses personnages, différente, sensible et incroyablement talentueuse et je pense très sincèrement que ce comic est un bon point de départ pour découvrir le travail de cette artiste, injustement méconnu, surtout chez nous.

Après Les Abandonnés, je vous conseille d’embrayer sur Glory et surtout Wet Moon, vous me direz merci  !

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Les Abandonnés de Sophie Campbell, publié en France en janvier 2010 chez Milady Graphics.

PS  : Visiblement Sophie Campbell a quitté le petit éditeur Tokyopop avant de pouvoir donner une véritable fin à ce comic (même si je trouve que la fin du livre est déjà très bien), une fin a été publiée par l’auteure sur un tumblr dédié à cette adresse  : http://cantlookbackcomic.tumblr.com/page/30
Attention néanmoins, c’est réservé à un public averti.

1 : Néanmoins, il faut préciser que la paternité des héros Marvel en version zombie revient à Mark Millar qui dans les numéros 21 à  23 de la série Ultimate Fantastic Four les utilisera pour la première fois, Kirkman ne faisant qu’étendre l’idée de Millar dans son Marvel Zombies.

2: D’ailleurs peu le savent mais Remains a été adapté en film en 2011.

3 :

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Les jeudis de l’angoisse (des comics) #21

Painkiller Jane Vs. Terminator

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J’ai plusieurs passions dans la vie, beaucoup trop diraient certains, dont le cinéma et les comics. Alors quand ces deux passions se retrouvent rapprochées lors de certaines occasions, c’est un peu du pain béni pour moi, un moment où les barrières des médias se brisent pour se réunir et ces (rares) occasions ont un nom  : Crossovers  !

J’ai déjà parlé de ces fameux crossovers lors de précédents Jeudis notamment lors de ceux consacrés à Batman / Aliens et Hunting the Heroes.

Ces crossovers c’est aussi l’occasion pour moi de parler de ma passion du cinéma fantastique des années 70/80. Et cette période, niveau cinéma fantastique c’était un peu une période bénie avec la naissance de sagas mythiques qui encore aujourd’hui font vibrer les spectateurs du monde entier  : Star Wars, Mad Max, Ghostbusters, Retour Vers le Futur, Alien, Predator et Terminator, c’est d’ailleurs à cette dernière que l’on va s’intéresser ce mois-ci.

Terminator, c’est une saga emblématique et mythique, mélange de science fiction et d’action, son robot tueur venu du futur étant devenu depuis une des créatures les plus reconnaissables du cinéma.
Comme beaucoup de licences cinématographiques, Terminator a eu droit aux honneurs des comics et quelques crossovers, ce qui tombe plutôt bien puisque c’est de ça dont il est question aujourd’hui.

Painkiller Jane Vs. Terminator c’est donc un crossover opposant la justicière urbaine créée par Jimmy Palmiotti aux robots tueurs venus du futur imaginé par le cinéaste James Cameron.

Avant de parler de Terminator, parlons de l’autre côté de ce crossover, à savoir Painkiller Jane.
Painkiller Jane c’est tout d’abord un personnage que j’aime beaucoup et comme beaucoup de personnages que j’apprécie, en France, elle est quasiment inconnue… Enfin si, elle est connue chez nous grâce à une série télé malgré tout assez confidentielle et qui ne ressemble pas beaucoup au comic original, donc si vous connaissez la série, laissez tomber, elle n’a pas grand chose à voir avec le comic. (1)

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Painkiller Jane c’est donc un personnage créé en 1996 par Jimmy Palmiotti et Joe Quesada sous leur label Event Comics en pleine période de la mode des Bad Girls. Painkiller Jane c’est une justicière urbaine, un peu à la manière du Punisher qui règle les problèmes d’une manière quelque peu disons, expéditive (2).

Jane Vasko était à l’origine une officière de police infiltrée dans un gang de trafiquants de drogue. Seulement, un jour, son petit ami, lui aussi policier est blessé durant son service et Jane, folle d’inquiétude, trahi sa couverture… Ayant découvert le pot aux roses, les trafiquants testent sur elle une nouvelle drogue expérimentale qui la laisse quasiment morte. Heureusement, Jane n’est pas morte mais a sombré dans un profond coma.
A son réveil, elle n’a qu’une idée en tête : Se venger, et va alors se remettre en forme physiquement pour faire la peau aux trafiquants l’ayant droguée. C’est durant son entraînement qu’elle va se rendre compte que la drogue a eu un effet secondaire sur elle : Elle a maintenant la capacité de guérir plus vite de ses blessures, à la manière de Wolverine.
Sa vengeance assouvie, avec l’aide d’un jeune infirmier (qui ne sera pas de trop, Jane revenant souvent de ses missions dans un piteux état), de Maureen, son ancienne équipière dans la police et d’un gang de filles appelée Les 22 Mariés (3), Jane va alors construire sa légende de justicière urbaine new-yorkaise défendant les opprimés.

Les histoires de Painkiller Jane sont souvent très violentes et réalistes, on y parle drogue, prostitution et problèmes sociaux. Les rares incursions du fantastique dans la série se sont faites au travers des nombreux crossovers dont elle a fait l’objet avec notamment Darkchylde, The Darkness, Vampirella ou Hellboy.
Jane est aussi un personnage fort en gueule, très second degré et particulièrement attachant qui malgré sa nature agressive reste le plus souvent très humaine en dépit de ses méthodes violentes.

Passons maintenant à l’autre coin du ring de ce crossover, et c’est un gros morceau puisque je vais vous parler de Terminator.

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Le crossover dont il est question ce mois-ci a été publié conjointement dans les séries Painkiller Jane et Terminator : Infinity mais à sa lecture, particulièrement sombre et violente, on se rend compte que le scénariste Jimmy Palmiotti (et oui, lui-même) s’est plus inspiré de l’ambiance et des codes du premier film pour écrire son récit, je parlerai donc exclusivement ici du premier film, néanmoins je suis sûr qu’une occasion prochaine pour parler du second film ne manquera pas (et dans un sens ça m’arrange, le premier étant mon préféré).
Ces petites précisions établies, passons au vif du sujet.

Terminator, c’est une saga créée par le cinéaste américain James Cameron, à qui l’on doit notamment des blockbusters comme Aliens Le Retour, Abyss, Titanic ou Avatar.

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5Cette saga raconte le duel que se livrent Sarah Connor et son fils John contre des robots tueurs humanoïdes venus du futur. Pourquoi ces robots en veulent à la famille Connor ? Tout simplement car dans le futur, un holocauste nucléaire baptisé Jugement Dernier va avoir lieu, décimant les trois quarts de la population humaine mondiale. L’instigateur de ce drame sera Skynet, une intelligence artificielle qui après être devenue autonome décrétera que l’humain est une menace à sa survie et déclenchera la guerre du jugement dernier, d’abord à coup d’armes de destruction massive, puis pour écraser les humains survivants par des moyens plus terre à terre, grâce à une armée de machines.
Les humains survivants se sont ralliés sous une appellation commune nommée simplement «  Résistance  » dirigée par… John Connor.
Quand Skynet découvrira la possibilité de voyager dans le temps, son premier acte sera d’envoyer une de ses unités de combat dans le passé, un robot humanoïde de type T-800, afin de liquider Sarah Connor avant qu’elle ne donne naissance à John. La résistance fera de même en envoyant un soldat nommé Kyle Reese pour protéger Sarah. Tout ces événements ont lieu dans le premier film, The Terminator sorti en 1984.

6Si la première mission est un échec pour Skynet, le bougre avait de la suite dans les idées puisque ce n’est pas un, mes deux Terminators que le super ordinateur avait en fait envoyé dans le passé : Le second Terminator, un prototype de type T-1000, une machine à tuer composée de métal liquide pouvant prendre n’importe quelle apparence, est envoyée en 1993 afin de tuer John Connor alors qu’il n’est qu’un adolescent. La résistance, au courant de ce plan, enverra cette fois-ci un Terminator T-800 reprogrammé afin de protéger John Connor. Tout ça a bien sûr lieu dans le très célèbre Terminator 2 : Le Jugement Dernier sorti sur les écrans en 1991.

7Loin de s’arrêter là, Skynet va de nouveau envoyer un Terminator dans le passé, cette fois-ci d’apparence féminine et appelé T-X afin de liquider John adulte juste avant le Jugement Dernier qui, malgré tout les efforts du film précédent, est inévitable… Dans le même temps, la résistance envoie un autre Terminator, un T-850, reprogrammé pour défendre John contre le T-X. Ces événements sont relatés dans le troisième film, Terminator 3 Le Soulèvement des Machines.

8Mais la résistance avait de la suite dans les idées et a envoyé un autre Terminator reprogrammé dans les années 70 pour protéger Sarah Connor encore adolescente, afin que celle-ci soit entraînée pour faire face aux menaces futures mais cela va provoquer plusieurs imbroglios temporels. Voir Terminator Genysis pour de plus amples détails.

Remarquez que je ne parle pas de Terminator Renaissance, qui lui se passe dans le futur et montre les premières heures de la guerre contre les machines.

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Mais revenons au premier film, car c’est lui qui nous intéresse le plus ce mois-ci.

La genèse de Terminator est à la fois simple et compliquée car comme beaucoup de projets personnels, il aura fallu toute la détermination de James Cameron pour mener celui-ci jusqu’au bout.
Nous sommes en 1981 et James Cameron est au plus mal : Trop soucieux de livrer un travail de qualité, le jeune réalisateur, d’abord superviseur des effets spéciaux puis bombardé réalisateur suite au départ du premier réalisateur, est renvoyé du tournage de la série B d’horreur Piranha 2 Les Tueurs Volants par son producteur, Ovidio Assonitis qui finira seul le tournage.

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Rentré aux États Unis, Cameron, très marqué par cet échec (dont il n’a pourtant réalisé que le quart) n’a alors qu’une idée en tête, se réapproprier le film et malgré tout, donner « sa » vision de Piranha 2.
Les producteurs américains du film le gratifient alors d’un allez simple pour l’Italie afin de rencontrer l’antipathique producteur. Arrivé en Italie, Cameron est reçu par Assonitis qui bien sûr, refuse que le jeune réalisateur touche de nouveau au film, le pédant rital lui projette même le premier montage, qui, selon les propres dires de l’intéressé, horrifie James Cameron par sa médiocrité. Traumatisé que son nom soit associé à cette chose filmée, Cameron tente le tout pour le tout et rentre par effraction dans les bureaux de son producteur afin de sauver les meubles et réaliser le montage du film. Bien mal lui en prendra puisqu’il est découvert et jeté dehors… (4).

Sans le sou, incapable de se payer un ticket de retour pour les États-Unis, Cameron erre dans son hôtel, se nourrissant des restes des plateaux repas traînant dans les couloirs. Le bougre fini par tomber malade et c’est durant une nuit de fièvre qu’il fait un cauchemar durant lequel il voit une vision prophétique pour lui, un demi squelette de métal armé d’un couteau sortant d’une explosion.
A son réveil il s’empresse de dessiner cette idée et la garde de côté.

11Le premier croquis de James Cameron pour le futur Terminator

Une idée nouvelle que ce robot ? Pas si sûr puisque Cameron avait déjà touché à la menace robotique en 1977 avec un court métrage nommé Xenogenesis qui racontait l’histoire d’un homme tentant d’échapper au robot ménager à chenilles d’une station spatiale, l’apparence basique dudit robot refera d’ailleurs surface dans Terminator, sous l’apparence des centaures, ces monstrueuses machines à chenilles que l’on voit durant les visions du futur de Kyle Reese, chez Cameron aucune idée ne se perd  !


Le court métrage xenogenesis

Rentré à Los Angeles, il commence alors à poser les bases de son futur Terminator à savoir l’histoire d’un robot tueur venu du futur. Alors qu’à l’époque tous les jeunes réalisateurs rêvent d’une carrière à la John Carpenter qui vient de connaître un énorme sucés avec Halloween La Nuit des Masques et son petit budget, Cameron lui, voit plus grand, plus élaboré, plus flamboyant. Découragé par son agent qui lui assène qu’il perd son temps avec son histoire de robot, il décide seul et envers et contre tous de mener son projet à bien.
Le scénario en poche, Cameron et sa petite amie de l’époque, Gale Anne Hurd commencent à démarcher les producteurs à commencer par Roger Corman dont James Cameron est un ancien des effets spéciaux. Le faiseur de séries B fauchées déclinera la proposition, se rendant compte que le scénario de Cameron est bien trop ambitieux et novateur pour un producteur de son niveau.
Hurd essuie refus sur refus, les producteurs étant soit trop frileux à financer un film réalisé par un quasi inconnu, soit voulant réécrire et s’approprier le projet : Impossible pour Cameron, qui souhaite chapeauter le projet de A à Z.

12Gale Anne Hurd, Le Terminator et James Cameron

Les grands studios les ayant envoyés bouler, Hurd et Cameron se tournent vers des boites de production plus modestes et trouvent un accord avec Hemdale, une société de production britannique dont la spécialité est la production de spectacles musicaux (notamment ceux de Black Sabbath), la promotion d’événements sportif (la promo du match de boxe Ali/Foreman, c’était eux), les conseils fiscaux pour les artistes (!?) et…  L’installation du câble dans les hôtels ! Accessoirement, suite au déménagement de la société aux États-Unis, ils produiront quelques films de séries B, avec aucun succès notable.

Pour mettre toutes les chances de leur côté lors de la présentation de leur projet à John Daly, président de Hemdale, Gale Anne Hurd et James Cameron élaborent un stratagème : Ils font appel au comédien Lance Henriksen, rencontré sur le tournage de Piranha 2, et lui demandent de faire irruption lors du rendez-vous grimé comme le robot du futur film : Henriksen s’exécute et surgit dans le bureau du malheureux producteur portant un blouson en cuir et affublé d’une énorme plaie au crâne. L’effet et garanti, le producteur, bien qu’effrayé est conquis et un accord est signé, viendront se joindre à la fête une autre petite société de production, Orion. Reste à trouver le casting et va se jouer là un joyeux jeu de chaises musicales.

Le principal souci est bien sûr de trouver un interprète crédible pour le Terminator. On parle d’abord évidemment de Lance Henriksen, rapidement écarté au grand dam de l’acteur qui se retrouvera affublé d’un second rôle de chair à canon (5), de Jürgen Prochnow, puis de Mel Gibson (qui déclinera l’offre), de Tom Selleck (qui déclinera lui aussi suite à son blocage sur la série Magnum). Pour le moment aucun rôle majeur n’est encore fixé…
Le producteur d’Orion Mike Medavoy soufflera alors l’idée à James Cameron de rencontrer Arnold Schwarzenegger pour le rôle de Kyle Reese, à l’époque le musculeux acteur est tout juste auréolé du succès de Conan le Barbare. Pas du tout emballé par l’idée, Cameron accepte néanmoins de rencontrer Schwarzy afin de juste, selon lui, serrer la main de Conan et l’expédier du projet. Mais durant leur déjeuner, Cameron est séduit par le charisme et l’enthousiasme du monumental Autrichien et remarque que le body builder ne fait que parler du rôle du Terminator et pas du tout de celui de Kyle Reese, après quelques réflexions, pour James Cameron, tout est clair, il tient là son méchant  !

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Seulement il y a un hic, Arnold Schwarzenegger doit avant tourner la suite de Conan, le nanardesque  Conan le Destructeur. Néanmoins cela laisse neuf mois à James Cameron et sa clique pour fignoler les détails du tournage de Terminator et trouver les acteurs manquants. Linda Hamilton et Michael Biehn seront castés pour les rôles de Kyle Reese (à l’origine prévue pour le chanteur Sting !) et Sarah Connor.

14Michael Biehn et Linda Hamilton

Le tournage commence et à la surprise générale, Arnold Schwarzenegger arrivera sur le tournage fin prêt, s’étant déjà passablement formé pendant plus d’un mois au maniement des armes à feu et ayant travaillé son jeu, notamment grâce à un autre robot tueur, celui joué par Yul Brynner dans Mondwest, le film de Michael Crichton. Le professionnalisme et l’enthousiasme du géant est communicatif, et il va vite devenir une figure de prou edu film.
Niveau effets spéciaux, Cameron va s’attacher les services de Stan Winston et Dick Smith, à l’époque loins de la renommée qu’ils auront plusieurs années plus tard. Avec un budget réduit, les deux compères vont redoubler d’ingéniosité et faire jouer leur expérience héritée de leur formation dans les studios de Roger Corman. En mélangeant prothèses, animatroniques et miniatures, les deux hommes vont signer des effets spéciaux bluffant : Peu le savent mais, par exemple, le camion citerne qui explose à la fin du film est en fait un miniature  !
Néanmoins, le tournage de Terminator ne sera pas de tout repos : A quelques jours du début du tournage, Linda Hamilton se casse la cheville et devra se faire violence durant tout le reste du tournage. De plus, la plupart des scènes se jouent de nuit et l’équipe n’a parfois pas eu les autorisations nécessaires et doit filmer à l’arrachée et se dépêcher de remballer le matériel.

Rajouté à cela un budget qui ne fait qu’augmenter au fur et à mesure du tournage, tant est si bien que les producteurs vont vouloir que le film se termine après l’explosion du camion citerne. Hors de question pour James Cameron, qui quitte la réunion en insultant tout le monde et hurlant qu’il finira le film sans argent si il le faut, ce qu’il fera, filmant les plans finaux sans le moindre sous  : Ainsi le crâne broyé sous la presse hydraulique et la séquence finale de Sarah Connor parlant dans le magnétophone seront tournés sans que personne ne soit assuré d’être payé.

Les producteurs fulminent, voulant à tout prix stopper Cameron qui va trouver en un des producteurs, Lindsley Parsons, un allié inattendu : Vieux briscard du cinéma, il est conquis après voir vu un premier montage du film et va couvrir et protéger Cameron, allant jusqu’à poster des vigiles devant le bureau où sont entreposés les bobines du flm pour que les producteurs ne les confisquent pas.

Une fois terminé dans la douleur, reste un défi de taille : Comment vendre le film ? Et c’est là qu’est tout le problème car Terminator est un nouveau genre à lui tout seul, mélange de science fiction, d’action et d’horreur, les producteurs ne savent pas comment le vendre autrement que comme une série B d’action, ce qui à posteriori déçoit beaucoup James Cameron, même si Terminator fut un succès quasiment immédiat au box office, il aurait pu selon lui avoir un succès beaucoup plus important si les producteurs l’avaient vendu autrement que comme «  un Dirty Harry avec un robot  ».


Bande annonce française de Terminator

Pour Arnold Schwarzenegger c’est la consécration, même si il n’y goûte que sur le tard : En effet, quand Terminator sort sur les écrans, l’Autrichien est parti en Italie tourner l’un des pires films de sa carrière, Kalidor la Légende du Talisman… Il notera néanmoins très amusé à son retour aux États-Unis que sa côte de popularité est sérieusement montée à la hausse.
Malgré toutes les difficultés rencontrées par le réalisateur et son équipe sur le film, les faits sont là : Œuvre portée à bout de bras par James Cameron, enfantée dans la douleur et mal distribuée à sa sortie, Terminator fut un succès retentissant là où les autres films du genre sortis à l’époque furent des échecs. Il est aujourd’hui un film totalement culte et quasiment trente ans après sa sortie, il n’a rien perdu de sa force visuelle et émotionnelle, faisant au passage du robot Terminator une icône du fantastique aujourd’hui reconnaissable par tout les amateurs de cinéma.
Le film installera également James Cameron au panthéon des réalisateurs surdoués du cinéma américain pour les décennies à venir, une œuvre emblématique et iconique, tout simplement.

Avec désormais cinq films et une série télévisée à son actif, la licence Terminator et son univers particulièrement fouillé allait inévitablement intéresser les maisons d’édition de comics, prêtes à s’approprier les droits de cette poule aux œufs d’or. Mais contrairement à d’autres licences, pour Terminator c’est une autre paire de manches…
Pour faire simple et sans entrer dans les détails, les droits des différents films sont dispatchés chez différents producteurs et donc certains éditeurs : Les droits du premier film ont d’abord été détenus par le petit et éphémère éditeur Now Comics. Après la faillite de ce dernier, Dark Horse les récupère et les possède d’ailleurs toujours aujourd’hui.
Les droits du second film quant à eux échouent momentanément chez Marvel qui adapte le second film, puis Malibu Comics qui sortira trois mini séries avant que cet éditeur disparaisse lui aussi. A ce jour la licence Terminator 2 est détenue par Dynamite (qui possède également les droits des films RoboCop, ce qui leur a permis de publier un nouveau crossover RoboCop Vs Terminator en 2011).
L’adaptation de Terminator 3 (et ses préquelles) va elle aussi passer chez un petit éditeur, Beckett Comics. Même traitement pour Terminator Salvation qui est adapté sous la bannière IDW… Pour ensuite être récupéré par Dark Horse !

Comme vous l’avez compris, les comics Terminator, c’est une véritable foire d’empoigne et autant être franc, peu valent le détour. La plupart des productions Dark Horse sont intéressantes, le savoir faire de l’éditeur sur ce genre de productions n’étant plus à faire (je conseille notamment les excellents et récents arcs The Terminator : 1984 / 2029, publiés en France chez Soleil US), par contre pour ce qui est des autres éditeurs, la qualité est plutôt disparate, on va du mauvais (les adaptations des films) au seulement bon (la mini série Terminator : Infinity), le plus intéressant restant très honnêtement les crossovers.
Moi et les crossovers, c’est une grande histoire d’amour et j’ai bien entendu lu tout les crossovers Terminator et j’ai été surpris par certains d’entre eux, déçus par d’autres, rapide tour d’horizon.

Robocop Vs The Terminator signé par Frank Miller et Walt Simonson : Que dire sur ce crossover mythique ? Beaucoup de choses justement tant sa qualité n’est plus à prouver et je ne le ferai pas aujourd’hui, déjà par manque de place et parce que ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui. Juste un conseil, lisez-le.

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Superman Vs The Terminator, Death To The Future : Une épreuve casse gueule, pourtant relevée avec brio par Alan Grant qui mélange habilement la mythologie Terminator à celle de Superman, faisant du Cyborg Superman un futur allié de Skynet et du kryptonien un résistant du futur, un très bon crossover plein de bonnes idées et mené de main de maître, une curiosité fichtrement intéressante, à conseiller aux amateurs (6).

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Aliens Vs Predator Vs The Terminator : Un condensé de tout ce qu’il ne faut pas faire dans un crossover, à savoir des références maladroites, un scénario en roue libre et un final ridicule… A éviter, et c’est un fan absolu des trois licences qui vous dit ça.

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Robocop/Terminator Kill Human : Un très bon crossover, original et bien écrit blindé de références, de bonnes idées et de moments d’anthologie, un rêve de fan… Gâché par une partie graphique absolument calamiteuse, j’ai rarement vu des dessins aussi laids et très honnêtement, ils gâchent la lecture de ce qui aurait put être quelque chose de vraiment intéressant.

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Painkiller Jane Vs Terminator : La suite plus bas  !

Painkiller Jane Vs Terminator est donc publié en 2008 conjointement dans deux séries, à savoir les numéro 4 et 5 de la seconde série Painkiller Jane et dans les numéros 6 et 7 de la mini série Terminator : Infinity. Les quatre numéros seront collectés dans un trade paperback intitulé Painkiller Jane Vs Terminator : Time To Kill. C’est écrit par Jimmy Palmiotti et dessiné par Nigel Raynor.

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L’histoire commence alors que Jane est en train de faire la peau à un groupe de trafiquants de drogue français (il faut le dire, même si ça ne sert à rien), une fois sa besogne effectuée, elle et son amie Maureen décident d’aller faire la fête pour se détendre, car oui, faire exploser des dealers, c’est dur.
Dans un autre temps, en 2029 pour être plus précis, un groupe de résistants découvre une installation secrète de Skynet et réussi tant bien que mal à y pénétrer en esquivant des requins Terminator (oui, oui, des requins Terminator). Les résistants, une fois dans la place, ont juste le temps de voir un homme et une femme disparaître dans des boules de lumière : Pour ce qui est de l’homme, on apprendra plus tard qu’il s’agit en fait du premier Terminator envoyé en 1984 pour tuer Sarah Connor, quand au second, un Terminator à l’allure féminine, l’une des résistantes, une rousse un peu tête brûlée nommé Vanessa aura comme bonne idée de détruire les commandes de ce qu’il semble être de toute évidence une machine à voyager dans le temps, envoyant ainsi la mystérieuse femme à une autre époque que prévue…
Retour à notre époque, en 2008, Jane et Maureen sont en train de se saouler tranquillement quand une immense femme nue apparait dans les toilettes du bar et agresse Jane pour lui voler ses vêtements. Une bagarre s’engage et la femme s’enfuit, emportant au passage le manteau de Jane tout en massacrant plusieurs personnes sur son passage.

Forcées de mettre fin à leur beuverie, Jane et Maureen commencent alors une longue nuit qui va consister à traquer la meurtrière, traque plutôt facile puisqu’elle consiste à en fait suivre les cadavres laissés dans le sillage de ce qui est en fait et vous l’aurez deviné, un Terminator  !

Dés les premières pages, il est évident que Jimmy Palmiotti cherche à rendre hommage au premier film, tant le côté visuel en est très proche : L’histoire se déroule de nuit, dans un milieu urbain et est très violent. De nombreuses références sont faites à la saga cinématographique, du « I’ll Be Back » à certaines scènes complètement repompées (voir la scène finale par exemple), tout est réuni pour que ce crossover soit bon et pourtant, ce n’est pas le cas…

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Autant être honnête, j’ai beau adorer Painkiller Jane, j’ai beau adorer Terminator, ce crossover n’est pas bon, les raisons à cela sont multiples et évidentes : D’une part le scénario manque cruellement d’idées, rendre hommage c’est bien, encore faut il faire preuve d’un minimum d’originalité pour suffisamment se démarquer de l’œuvre originale. Là on dirait juste que Palmiotti c’est dit « Ok, Terminator c’est quoi ? Un robot venu du futur qui poursuit ses victimes avec des fusillades et des explosions. » et bien non, c’est pas que ça et même si ce n’était pas l’intention du scénariste, un robot venu du futur qui poursuit ses victimes avec des fusillades et des explosions, c’est en gros ce que l’on retiendra de cette BD… Le scénario est plat et imprécis, ainsi on se demande à quoi servent certains passages (la scène du début où Jane tente de récupérer une de ses amies dans un squat), quels sont les réelles motivations du Terminator (avoir comme objectif de tuer quelqu’un de précis, c’est bien, mais pourquoi tuer TOUT LE MONDE qui croise sa route !?) et pourquoi le scénariste fait autant traîner certains passages très verbeux complètement anecdotiques et inutiles (certaines discussions entre Jane et Maureen ou encore entre certains résistants du futur).

Quand on regarde les films Terminator ce sont des films qui vont à cent à l’heure, avec un rythme très rapide et ce n’est pas le cas de cette BD qui traîne parfois beaucoup trop et dont le rythme est cassé par ces trop nombreux passages inutiles.

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Pour finir sur ce point, certes les Terminator sont des films violents mais dans cette BD, la violence y est clairement exagérée et outrancière : Le Terminator tue sans ménagement et aveuglément un peu toutes les personnes qui croisent sa route sans que parfois l’on comprenne vraiment pourquoi, comme dans la scène de l’appartement, quasiment incompréhensible, le Terminator se comportant comme une sorte de Michael Myers mécanique.

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Dans la catégorie des idées brumeuses de cette BD, on notera aussi l’introduction dans le futur d’un second Terminator féminin qui semble important… Mais dont ont ne saura finalement rien du tout.

Même le climax de fin retombe comme un soufflet, longuement introduit, il est expédié en quelques pages pour finir sur un plan archi-classique…
Du niveau de l’histoire, Painkiller Jane est donc et selon moi et comme vous l’aurez compris, une vraie déception et visuellement, malheureusement ce n’est pas bien glorieux non plus…

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Les dessins sont signés Nigel Raynor et au fur et à mesure de la lecture, un constat s’impose : Il a du  mal. Du mal avec à peu près tout, déjà son trait vif et volontairement peu détaillé ne se prête pas, je trouve, à ce genre de récit, demandant un certain souci du détail, notamment dans la représentation des créatures et engins mécaniques. Ensuite plus la lecture avance et plus son dessin devient grossier, probablement poussé par des deadlines, on sent une volonté d’en finir au plus vite tant est si bien que sur les dernières pages, les Terminators ne ressemblent plus vraiment à grand chose d’autre  que des mecs en armure avec un crâne en métal…
Si les premiers épisodes sont assez plaisants à lire, la lecture devient au fur et à mesure et à l’image de l’histoire, très laborieuse et c’est bien dommage.
Visuellement, c’est donc un bilan en demi-teinte, tantôt réussis, tantôt bâclés, les dessins ne sont pas un véritable désastre mais auraient put être beaucoup mieux.

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Bilan peu glorieux en ce qui concerne ce Painkiller Jane Vs Terminator : Avec son histoire parfois trop longue et imprécise et ses dessins inégaux, il est loin d’égaler le quasi sans fautes du Robocop Vs Terminator de Miller et Simonson et également loin de rivaliser avec l’originalité du crossover Superman Vs Terminator d’Alan Grant. Comme quoi parfois, même avec les meilleures intentions du monde, ont peut se louper…

Terminator est une série de films mythiques qui après plus de trente ans d’existence continue de passionner les nouvelles générations et j’en suis sûr continuera de le faire. C’est ce qui fait la force d’une saga, continuer de passionner les foules tout en passant les fossés générationnels et c’est ce qu’à réussi Terminator. Aujourd’hui c’est un pan entier de la culture pop, reconnaissable et reconnu, décliné en comics, jeux vidéos et même en jouets.

Le robot Terminator est devenu l’une des figures emblématiques de la science fiction moderne, aux côtés de Star Wars ou Alien et même ceux qui ne connaissent pas ou peu les films le reconnaissent sans peine et c’est bien là la preuve de sa popularité.
James Cameron a réussi le rêve de tout fana de science fiction, créer son univers, le viabiliser et le faire durer envers et contre tous et malgré les difficultés qu’il a rencontré : Terminator, plus qu’une histoire de robots, c’est avant tout l’histoire d’une passion et c’est ça le plus beau  !

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1 : A savoir qu’elle a aussi eu droit à un téléfilm en 2005, téléfilm qui a surtout servi à démarcher les producteurs pour la série, téléfilm d’une qualité particulièrement discutable cela dit en passant, pour donner un ordre d’idée, ce téléfilm est un peu à Painkiller Jane ce qu’était le téléfilm Buffy Contre les Vampires pour la série du même nom.

2 : Elle rencontrera d’ailleurs le justicier de Marvel lors d’un crossover, inédit en France.

3 : La création des 22 Mariées est antérieur à celle de Painkiller Jane, ce gang de filles à était créé par Jimmy Palmiotti et Joe Quesada en 1995.

4 : Néanmoins, une version director’s cut de Piranha 2 circula un temps en VHS et LaserDisc, la légende racontant que cette version est en fait le montage de James Cameron.

5 : James Cameron se rattrapera en lui confiant le rôle d’un autre robot, celui de Bishop l’androïde dans Aliens, Le Retour.

6 : Anecdote amusante, c’est dans ce comic qu’apparait pour la première fois un nouveau modèle de Terminator, incarné par une jeune femme blonde, préfigurant ce que sera le T-X de Terminator 3.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #20

Sarcophage

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La vie après la mort, plus précisément la résurrection dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, c’est un thème récurrent dans la culture horrifique car quoi de plus effrayant que la fin de l’existence, voir de sa propre existence. La vie après la mort c’est aussi la peur de l’inconnu : Que devient-on une fois mort, qu’advient-il de nous ? Autant de questions effrayantes sur lesquelles de nombreux artistes ont tenté depuis la nuit des temps de répondre aux moyens de légendes, d’histoires ou de mythologies plus ou moins complexes : De l’Égypte antique en passant par la mythologie grecque, des religions plus ou moins modernes aux préceptes philosophiques, chacun y va de sa propre théorie ou réflexion sur le sujet car les faits sont là, la mort c’est un voyage sans retour et donc, concrètement, personne n’est jamais revenu pour en parler, c’est le grand inconnu et chacun est donc libre de croire à ce qu’il veut et surtout de ce qui s’y passe…

La mort c’est donc déjà en soit un problème, enfin c’est surtout un problème que l’on aura qu’une seule fois, mais dans la culture de l’imaginaire, revenir d’entre les morts et « subir » une résurrection, c’est souvent le début d’autres gros problèmes…

Historiquement, dans un premier temps, le trépassé qui revient fouler le monde des vivants, c’est en général un personnage mal intentionné : Dracula, La Momie, les zombies, les morts vivants, la plupart ont un réel problème avec ceux qui sont encore vivants et semblent tous motivés à faire que les vivants les rejoignent au plus vite.

L’une des figures emblématiques de l’horreur est issue de cette peur ancestrale, je veux bien sûr parler du Monstre de Frankenstein. Même ceux qui n’ont pas lu le livre de Mary Shelley connaissent plus ou moins l’histoire de cette créature pathétique, constituée d’éléments de cadavres et issue du cerveau malade d’un scientifique fou, vivante contre son gré et qui préfère mettre elle-même fin à sa résurrection de fortune. Le Monstre de Frankenstein, historiquement et culturellement parlant, c’est aussi une base, celle de l’être revenu d’entre les morts qui cherche de nouveau sa place dans un monde qu’il croyait avoir quitté et y revient alors qu’il n’y a, théoriquement, plus sa place.

De plus le Monstre de Frankenstein impose une variante de taille, il n’est pas totalement méchant, il est plutôt naïf et n’est pas vraiment maître de ses actes.

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Cette base du monstre « gentil » qui cherche sa place a servi énormément dans la culture populaire et est encore aujourd’hui largement utilisé : De RoboCop àThe Crow en passant par le Darkman de Sam Raimi, le cinéma et la culture pop sont truffés de personnages revenus d’entre les morts pour assouvir vengeance ou aider leurs proches toujours vivants.

Les comics n’échappent pas à la règle et ont leur lot de personnages plus ou moins vivants, Deadman et Swamp Thing chez DC, Spawn chez Image, il n’est également pas rare que des super héros décèdent pour ensuite revenir à la vie de manière disons « inopinée » afin de revenir dans un monde qui ne les attendait plus… Les deux plus gros exemples récents, à savoir Batman chez DCet Captain America chez Marvel prouvent que bien plus que l’utilisation d’un thème aussi éculé et toujours aujourd’hui largement d’actualité, jusqu’à parfois l’écœurement, les morts / résurrections des personnages de comics étant quasiment un gag de répétition tellement il a était utilisé.

Pour trouver en comics des histoires avec des personnages morts vivants plus originales que les sempiternelles super héros qui reviennent à la vie après des cérémonies pompeuses, il faut fouiller chez les éditeurs indépendants et exhumer des mini-séries plus ou moins oubliées, tel un fossoyeur des comics, j’ai trouvé cette mini-série publiée originellement en quatre numéros chez Oni Press en 2000 : The Coffin.

Publiée donc en 2000/2001 chez Oni Press aux États Unis, cette excellente mini-série a même eu droit à une traduction dans l’hexagone chez Semic dans leur collection Semic Noir en 2004 sous le titre Sarcophage.
Sarcophage est écrit par Phil Hester et dessiné par Mike Huddleston, voici donc une rapide présentation des deux artistes aux commandes…

Phil Hester est un scénariste américain très prolifique : Il a travaillé pour quasiment toutes les maisons d’éditions, de Marvel (Ant Man), DC (Swamp Thing, Green Arrow, Wonder Woman) à TopCow (The Darkness), il a aussi travaillé sur des personnages moins exposés comme The Crow, Green Hornet et Black Terror. Il fut nominé en 1996 aux Eisner Award pour The Wretch, super héros sombre et silencieux protégeant la ville imaginaire de Glass City.
The Coffin est un de ses premiers travaux.

Mike Huddleston est quand à lui un dessinateur américain au parcours pour le moins atypique : Remarqué lors d’un DC Talent Showcase, il se voit confier 5 numéros de la série Deathstroke. Il embraye ensuite sur The Coffin qu’il co-créé avec Phil Hester. Suite au succès de The Coffin, il repart chez DC et travaille sur Harley Quinn. Devenu un artiste en vue, il continue son bonhomme de chemin pour Dark Horse sur Grendel et Marvel sur Captain America avant de s’allier de nouveau avec Phil Hester sur un autre creator-owned, Deep Sleeper, titre qui marque une véritable évolution graphique de son style.

Charmés par son nouveau style novateur, Ray Fawkes et Hank Rodionofffont appel à lui pour dessiner Mnemovore, une mini série publiée chezVertigo, un comic dont l’histoire, à mi chemin entre réflexion métaphysique et horreur, se retrouve parfaitement adapté au style d’Huddleston.
Après ce passage, il retourne au mainstream et dessine Batgirl et Manbat pourDC ainsi que Gen 13 pour Wildstorm.
Récemment, il a connu un grand succès avec Homeland Directive en collaboration avec Robert Venditti. Homeland Directive est un énorme succès, placé en bonne place dans le classement du New York Times dés sa première semaine de publication.
Actuellement, il travaille sur Butcher Baker avec Joe Casey et sur le comic inspiré de la série TV The Strain.

Les deux auteurs ayant maintenant une identité plus concrète, passant à l’œuvre en elle même.

Sarcophage est donc l’histoire du docteur Ashar Ahmad, scientifique fasciné par la vie éternelle depuis qu’il s’est rendu compte que l’une de ses créations, un tissu étanche, a la propriété de « retenir » l’âme des défunts après leur mort et les maintenir dans une sorte de non-vie. Le bon docteur a alors l’idée de créer une combinaison qui garantirait la survie de l’âme dans le corps. Cependant, ledit docteur a un gros problème : C’est un insupportable connard obsédé par son travail qui traite sa femme et collaboratrice comme de la merde et connait à peine sa petite fille. De plus, depuis qu’il travaille sur sa combinaison/armure, Ashar est assailli par des cauchemars le confrontant à des créatures démoniaques lui reprochant sa création. Tiraillé par le doute, il s’interroge de plus en plus sur le bien fondé de ses expériences. Mais son mécène, le multi-milliardaire Heller, a de plus grands plans en ce qui concerne la découverte du docteur Ahmad et compte bien se l’approprier.

Heller envoie donc un soir ses deux hommes de main mettre la main sur les travaux du docteur Ahmad. Tout fini dans un bain de sang : La femme du docteur et tuée et le bon docteur laissé pour mort… Mortellement touché, le docteur Ashar n’a que pour seule issue de s’enfermer dans sa propre création. Mort mais maintenu en vie dans son armure, Ashar va alors tout tenter pour se venger de l’homme qui a détruit sa vie et se racheter une conduite auprès de ses proches qu’il a négligé.

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Dés les première pages, Sarcophage étonne par son graphisme absolument somptueux : Dessiné dans un noir et blanc impeccable, les personnages sont réalistes et les planches très détaillées sont baignées dans des aplats de noir aussi efficaces que parfaitement maîtrisés : Visuellement, c’est une véritable claque, démontrant le talent incontestable de Mike Huddleston.

Niveau histoire, le récit brasse assez large et les références y sont nombreuses : La plus évidente étant bien sûr celle faite à RoboCop avec cet homme coincé dans un corps mécanique. Mais on y retrouve aussi des passages inspirés par le manga Ghost in The Shell de Masamune Shirow (une référence directe y étant même faite), Frankenstein évidemment et la plupart des récits de ce genre. Néanmoins, Sarcophage réussi a créer sa propre identité visuelle et scénaristique et on est très vite happé par l’univers sombre créé par Phil Hester, mélange entre onirisme, mélancolie et action débridée.

Les personnages sont aussi parfaitement et richement écrits, ce qui est plutôt étonnant pour une mini-série en seulement quatre numéros : De personnage détestable, le docteur Ashar devient rapidement une créature pathétique et triste, presque touchante qui réalise suite à sa mort que sa vie n’était qu’une sorte de désillusion. Les seconds rôles ne sont pas en reste, notamment l’ancien associé de Ashar, homme solitaire et naïf qui permet étonnement de traiter du sujet de l’homosexualité là où on ne l’attend pas. Quand à Heller, il est l’archétype du méchant mégalomane, esclave de sa propre folie. Mention spéciale au personnage de Keen, la tueuse au service de Heller, qui à elle seule mériterait un spin off.

Tout en étant richement référencé, Sarcophage réussi à créer sa propre identité et ça en seulement quatre numéros, un véritable tour de force.

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Sarcophage c’est l’alliance parfaite de dessins magnifiques couplés à une histoire riche, référencée et parfaitement maîtrisée : En bref on a là un comics parfait dans sa définition la plus noble. De plus, on a beau être dans le domaine de l’horreur, c’est un livre très abordable pour tout type de lecteur, ces multiples références, aussi bien cinématographique que littéraire plairont sans aucun doute même à ceux que les comics ou bandes dessinées indépendantes rebutent généralement.

Peut-on encore innover, même avec une idée aussi éculée et classique que celle de la vengeance d’outre tombe ? La preuve que oui avec Sarcophage et son traitement à la fois classique et intelligent de cette idée pourtant quasiment ante-diluvienne.
Je me plais souvent à dire qu’il n’y a pas de mauvaises idées, juste de mauvais auteurs et au gré de mes découvertes, je me rends compte que j’ai de plus en plus raison avec cette petite réflexion.

Si vous en voulez la confirmation, lisez Sarcophage : C’est excellent, on peut toujours se le procurer assez facilement en version française pour un prix modique et je peux vous assurer que vous ne le regretterez pas  !

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Sarcophage, de Phil Hester et Mike Huddleston disponible depuis décembre 2004 en France chez Semic dans la collection Semic Noir.

Note : En VO, The Coffin a été réédité en 2010 dans une nouvelle version appelée The Coffin 10th Anniversary Edition

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #19

Nancy In Hell

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Les voyages en Enfer, c’est depuis longtemps un genre d’histoire commune à tous les médias : En commençant par la littérature et le fameux voyage deDante Aligihieri pour retrouver sa douce Béatrice prisonnière de Luciferlui-même dans La Divine Comédie, même Alphonse Daudet y fait allusion dans sa nouvelle Le Curé de Cucugnan.
Dans le jeu vidéo on va aussi souvent en Enfer, notamment avec la série desDoom et son héros surarmé partant régler son compte à des hordes de démons à grands coups de fusil à pompe.
Le comics et sa cohorte de héros plus ou moins infernaux, le Spawn de Todd McFarlane en tête, ne font pas exception et le supposé lieu de résidence du Diable et de ses minions n’est en fait pas si inaccessible que ça tant de nombreux visiteurs l’ont déjà foulé et en sont revenus plus ou moins indemnes…
Néanmoins, l’Enfer, c’est vaste et après tout, en théorie, ça n’existe pas, donc libre à chacun ayant un minimum d’imagination de le concevoir comme il le souhaite et c’est une vision bien particulière que nous propose El Torres etJuan Jose Ryp dans Nancy in Hell, version rock and roll et trash du voyage en Enfer.

Encore une fois, cette rubrique va être pour moi l’occasion de parler d’un artiste que j’apprécie beaucoup, à savoir Juan Jose Ryp.

Juan Jose Ryp

Juan Jose Ryp, de son vrai nom Juan José Rodriguez Prieto, est donc un artiste autodidacte espagnol et est notamment un des artistes emblématiques du studio Avatar Press.
Son style est très influencé par des artistes européens et américains et est à mi-chemin entre ces deux styles. On retrouve chez Ryp des traits communs àManara, Moebius et Geoff Darrow.
Il a travaillé sur beaucoup de séries horrifiques : Pour Avatar Press, il dessine notamment trois adaptations des écrits d’Alan Moore dans les anthologiesAlan Moore’s Magic Words et Alan Moore’s Yuggoth Cultures and Other Growths et dessine également la mini série Another Suburban Romance, tout ça entre 2002 et 2003.
Les fans de comics le connaîtront surtout en 2006 et le fameux Frank Miller’s Robocop dans lequel il met en image le scénario original de Frank Miller tel qu’il l’avait écrit pour le film Robocop 2.
Il dessinera ensuite une mini-série consacrée au croque mitaine du cinéma d’horreur Freddy Krueger, puis réalisera son plus gros travail en collaborant avec Warren Ellis sur les séries Wolfskin, No Hero et Black Summer, toutes publiées en France chez Milady Graphics.

En ce qui concerne le mainstream, il illustrera Vengeance of The Moon Knight, un one shot pour la version Max du Punisher (Happy Ending) et la mini-série Wolverine : The Best There Is pour Marvel. Il a aussi illustré l’intégrale de la mini-série Clone, adaptée en film en 2009 avec Bruce Willis.
Autant être franc d’emblée, si je connais et admire énormément l’artiste espagnol, ce n’est pour aucune des séries que j’ai cité plus haut… Comme beaucoup d’artistes espagnols, Ryp a débuté dans… (roulement de tambour) la bande dessinée érotique et c’est par ce biais que j’ai eu l’occasion de découvrir son talent. Il débute ainsi en 1999 dans la péninsule ibérique chez Wet Comixet dessine une trilogie lesbienne : Jeux de Filles, Gladys & Monique etIgnominia, toutes trois publiées en France chez Tabou Éditions et très honnêtement, je vous les conseille, c’est très beau et franchement très émoustillant (1).

eroryp

Enfin bref, revenons à l’Enfer et à notre héroïne du mois.

For the lives that I fake, I’m going to hell!
For the vows that I break, I’m going to hell!
For the ways that I hurt, while I’m hiking up my skirt.
I am sitting on a throne while they’re buried in the dirt.
For the man that I hate, I’m going to hell!
Gettin’ heavy with the devil, you can hear the wedding bells.

The Pretty Reckless – Going To Hell (2014) (2)

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Nancy in Hell, et bien c’est l’histoire d’une fille qui s’appelle Nancy et qui va en Enfer… Pas mal comme pitch de départ…
Heureusement, c’est un peu plus compliqué que ça quand même : Alors qu’elle allait à un weekend entre amis, Nancy, jeune cheerleader blonde et sexy, est torturée et tuée ainsi que tous ses amis par un maniaque. Arrivée en Enfer (car c’est bien connu, toutes les cheerleaders vont en Enfer), elle va découvrir un monde peuplé de chasseurs de prime, de démons sanguinaires et de succubes avides de luxure. Alors que pour moi se serait un paradis, armée d’une tronçonneuse, Nancy n’a alors qu’une seule idée : S’enfuir et retourner parmi les vivants afin de se venger de celui qui l’a fait passer de vie à trépas. Et pour sortir des Enfers, quoi de plus direct que de demander de l’aide au maître des lieux, à savoir Lucifer lui-même ? Lucifer qui est d’ailleurs très surprenant et aux antipodes de l’image qu’ont se fait de lui habituellement… La belle Nancy et le prince des ténèbres vont alors engager un road-trip à travers les Enfers et ça va saigner, mais du genre par hectolitres  !

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Nancy In Hell, c’est donc un comic publié aux États-Unis par Image en 2011 et en France par Graph Zeppelin en 2015.

Aux dessins on a donc l’excellent Juan Jose Ryp et au scénario El Torres, dont j’ai déjà parlé dans mon précédent Jeudi consacré à Aokighara, La Foret des Suicidés.

9Nancy in Hell est avant-tout une bande dessinée décomplexée, gore et sexy : Point ici de réflexion poussée sur le pourquoi de cette virée en Enfer et sa symbolique, Nancy y est et veux en sortir, rien de plus et si pour cela il faut taillader du démon à la tronçonneuse et copiner avec Lucifer, soit.
Ce comic, c’est donc un furieux défouloir qui s’amuse à distiller le gore et les plans sexy dans un joyeux foutoir décérébré. Les références y sont nombreuses, notamment au cinéma gore (Braindeadet Evil Dead en tête) et à la culture «  infernale  » (Lovecraft, Barker etc.).

Visuellement, on a du pur Juan Jose Ryp, à savoir des planches hyper détaillées, fourmillant de détails et visuellement très impressionnantes… Tout du moins pour les deux premiers épisodes car les deux derniers épisodes des quatre qui composent cette mini-série sont dessinées par Antonio Vasquez en collaboration avec le studio Malaka. Si au début, Vasquez tente d’imiter du mieux qu’il peux le style de Ryp, on sent au fur et à mesure des deux épisodes une lassitude de sa part, si bien que sur la fin, il dessine quasiment l’épisode entier dans son propre style, sans se soucier d’une quelconque ressemblance ou homogénéité avec son homologue l’ayant précédé… Les deux derniers épisodes restent parfaitement lisibles, rassurez-vous, mais passé de Ryp à un dessinateur moins aguerri et tout de même assez visible et pourra même paraître gênant pour les aficionados de l’artiste espagnol.

Néanmoins, visuellement, c’est du bon boulot dans l’ensemble.

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Dans l’ensemble, Nancy in Hell est plutôt un bon moment de lecture : C’est trash, sexy, rock and roll et ça se lit d’une traite avec un un plaisir presque coupable et très franchement parfois, ça fait du bien de lire ce genre de bouquin.

Quand j’ai commencé à écrire cette rubrique, je vous parlais des comics d’horreur et qu’il y en avait deux genres différents : Ceux  intelligents et bien construits avec des scénarios élaborés et les autres, avec du gore qui tache et qui vont directement dans le vif du sujet : Nancy in Hell est de ceux-ci et prouve que faire du gros gore peu parfois donné des résultats fun et plaisant à lire. Si vous voulez un comic qui va vous vider la tête le temps d’une lecture, passez un peu de temps avec Nancy, vous ne le regretterez pas  !
Une suite est également en cours de publication aux États-Unis et un kickstarter à été créé afin d’en faire une série tv (3), la belle Nancy n’a donc pas fini de faire parler d’elle !

1 : Notamment une histoire parodique ou une simili-Batgirl tombe entre les griffes d’une Joker aux aspirations bien peu recommandables;-)

2 :

3 : https://www.kickstarter.com/projects/250601189/nancy-in-hell

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #18

Oink, Le Boucher du Paradis

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Les comics et la bande dessinée sont des moyens d’expression qui permettent parfois de parler de certains thèmes de manière plutôt originale. Peut-on parler et critiquer ces institutions que sont l’école et la religion avec l’histoire d’un cochon travaillant dans un abattoir ?
Ça peut paraître de prime abord compliqué mais c’est pourtant ce que tente de faire John Mueller avec Oink, Le Boucher du Paradis, histoire surréaliste, sombre, violente, triste et pourtant tellement juste, sur le calvaire subit par Oink, le boucher du paradis.

«  I want to watch it come down
now doesn’t that make you feel better?
the pigs have won tonight
now they can all sleep soundly
and everything is all right  »

Nine Inch Nails – March of the Pigs (The Downward Spiral, 1994)

Si vous êtes fans de comic, le nom de John Mueller ne doit très certainement pas vous dire grand chose et pour cause : Oink et son seul comic, l’artiste œuvrant depuis exclusivement dans le domaine du jeu vidéo. Il a travaillé en tant qu’illustrateur, directeur artistique ou développeur sur des grosses licences vidéo-ludiques comme Quake, Unreal Tournament, Darksiders, Forgotten Realms ou Gears of War. Pas grand chose à ajouter de plus sur cet artiste, si vous êtes joueur de jeux vidéo, vous avez sans aucun doute jouer à un ou plusieurs des jeux énumérés plus haut, étant joueur moi-même, je peux dire que ce sont pour la majorité des jeux de grande qualité, majoritairement très violents cela dit…
Peintre de formation classique, John Mueller décrit Oink comme le projet le plus ambitieux et le plus personnel de sa carrière. Selon l’artiste, toute cette histoire n’est qu’une immense allégorie de sa propre vie et plus particulièrement de son enfance et de son passage à l’école.

D’abord publié à 5000 exemplaires chez le petit éditeur Kitchen Sink Comixen 1996 (le premier numéro sort en décembre 1995), Oink, Heaven’s Butcher fut remanié et remasterisé par l’auteur lui-même en vue d’une réédition chez Dark Horse l’année dernière et Delirium en France.
Bon, tout ça c’est bien gentil, mais ce boucher du paradis, c’est bien ou c’est pas bien ? Pour le savoir, parlons du goret en question.

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L’histoire commence dans l’abattoir porcin 658 et nous présente Oink, colossal et naïf boucher à tête de cochon, son quotidien et l’environnement étouffant et cruel dans lequel il vit. Forcé de tuer et traiter ses semblables moins évolués,Oink va dès son enfance être conditionné à n’être qu’un rouage d’une machinerie horrible et bien huilée dirigée par un groupe d’hommes pseudo religieux dont la croyance est une sorte de mélange entre fanatisme et totalitarisme.

Mais plus le temps passe et plus Oink s’interroge… Va-t’il encore supporter longtemps de n’être qu’un simple pion dans cet engrenage malsain ou va-t’il devenir le grain de sable qui va faire dérailler cette machinerie ? La mort deRobinet, mentor et ami de Oink, crucifié pour avoir osé se rebeller va être le déclic qu’attendait Oink. Dans une folie vengeresse et violente, il va détruire l’abattoir où il était exploité, s’enfuir et commencer une quête identitaire.
L’esprit libéré, Oink va alors se mettre en chemin pour découvrir son histoire, les origines de ce monde cruel et l’existence d’un éventuel «  Paradis  »…

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Ce qui ressort de la première lecture de Oink, c’est que c’est une lecture particulièrement puissante, l’allégorie avec le monde scolaire est cinglante, stigmatisant cet univers d’une manière cruelle et désespérée. Difficile en effet de ne pas très vite faire le rapprochement entre le monde scolaire et cette imagerie barbare d’abattoir dans lequel les esprits sont conditionnés à suivre une voix toute tracée et bien malheureux sera celui qui tentera de s’en écarter, vite remis dans le droit chemin de manière expéditive, pas moyen non plus de réfléchir par soi-même au risque de se retrouver brisé et puni.

4Cette vision grossie, exagérée est également évidente dans le style visuel, tout y est sombre, ordonné et sale. Les hommes qui gèrent cette anti-chambre de l’enfer sont soit des figures religieuses extrémistes, soit des soldats sans visage au look néo-nazi. Que dire des employés « normaux » (non porcins), des sortes de psychopathes décérébrés galvanisés par un sentiment de puissance illusoire. L’abattoir de Oink ressemble également « étrangement » à une sorte de mix entre une école et une église, la pancarte devant l’entrée ne laissant d’ailleurs aucune ambiguïté sur cet état de fait.

Chaque personnage croisé par notre héros zoomorphe est également un symbole et le lecteur lambda devrait sans peine y reconnaître une figure marquante de sa propre vie.

5Visuellement, Oink est une véritable claque, aussi puissante que son discours sous-jacent. Les peintures de John Mueller sont certes sombres mais d’une puissance phénoménale. Sorte de mélange hallucinant entre la technique d’Alex Ross et le style débridé de Simon Bisley, Oink est juste une œuvre graphiquement sublime, dont certaines images à la fois pathétiques, cruelles et touchantes restent en tête longtemps après la lecture.
Aussi bien dans son histoire, d’une profondeur et d ‘une intelligence rare, que dans son aspect graphique, Oink est une réussite incontestable. Chose assez rare, d’autant plus qu’il fut initialement publié à une époque où les comics étaient loin d’allier ces deux qualités.

Je pensais très honnêtement avoir vu dans cette bande dessinée des choses qui ne devaient pas y être, n’ayant pas lu l’avant propos de John Mueller (chose que je fais souvent après la lecture pour ne pas me laisser influencer par un avis extérieur lors du premier contact avec une œuvre), je me suis rendu compte après la lecture de cet avant-propos que bien au contraire, j’y avais vu exactement ce que l’auteur voulait y montrer, donnant ainsi à cette histoire porcine une implication personnelle de ma part la rendant encore plus forte. Il y a des histoires qui vous parlent, de part leurs thématiques ou les sujets qui y sont abordés et, personnellement, Oink fut une de celles-ci, mon passage scolaire ayant été une période de ma vie particulièrement compliquée, je ne pouvais que me reconnaître dans ce pauvre porc, incompris et rebelle.
Oink fait partie de ces lectures qui auront marqué ma vie de lecteur de comics et j’espère vous avoir motivé à en tenter la lecture.

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Le fait qu’une œuvre comme celle-ci soit publiée en France était en beaucoup de points inespérée, et je remercie grandement les éditions Delirium de l’avoir amené jusque chez nous.
Dans un ordre plus général, je vous conseille de jeter un œil à ce que propose cet éditeur…

Oink, le Boucher Du Paradis, disponible en France aux éditions Delirium depuis le 12 mai 2015.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #17

House of Gold & Bones

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Les projets cross-médias, j’aime beaucoup ça en général, surtout quand ça concerne plusieurs de mes passions à la fois. J’avais déjà parlé du méconnu et pourtant très réussi projet de ce type du groupe Within Temptation dans mon dossier consacré à l’excellent The Unforgiving (que la gentille Katchoo va sûrement linker ici), projet cross média qui tenait sur trois supports : musique, courts métrages et comics, avec excusez du peu, Romano Moleenar aux dessins. Mais la plupart de ces projets passent le plus souvent inaperçus, comme c’est également le cas de celui dont je vais parler aujourd’hui.

J’ai commencé à lire des comics quasiment au même moment que j’ai commencé à me passionner pour la musique, c’est à dire à la fin des années quatre-vingt dix, début des années deux mille : A cette époque pas d’internet et si on voulait lire des comics, il fallait se bouger dans des librairies et si on voulait écouter de la bonne musique, il fallait se bouger chez un disquaire et s’en remettre aux conseils du vendeur.
C’est donc ce que j’ai fait à mon arrivée au lycée, mon itinéraire durant les pauses de midi, ou quand je n’avais pas cours allant généralement de la maison de la presse, du libraire et pour finir chez le disquaire, l’endroit où en général je passais le plus de temps.
C’est à cette époque que je découvris le métal et plus particulièrement un mouvement musical très en vogue à l’époque : Le nu métal.

Le nu métal c’était principalement un genre venu des États Unis, apparu à peu près à cette époque. C’était un style de métal très mélodique, fusionnant le métal traditionnel avec d’autres styles de musique comme le rap, le grunge ou la musique industrielle. Genre assez décrié par les puristes à l’époque, qualifié comme style purement commercial (terme qui ne veut au final pas dire grand chose quand on y réfléchi bien) il a su se placer en bonne place des hits parades à l’époque en étant emmené aux sommets par des groupes comme Disturbed, Korn, Limp Bizkit et un peu plus tard Linkin Park, Evanescence ou Slipknot et c’est ce dernier qui va nous intéresser aujourd’hui dans un premier temps et plus particulièrement son leader et frontman (1), Corey Taylor.

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Déjà de base, Slipknot est un groupe à part de la scène nu métal : Leur style de musique est plus agressif et brutal que leurs camarades et ils se forgent très vite une réputation de groupe de scène particulièrement impressionnant lors de leurs prestations. Masqués, très présents sur scène (le groupe compte neuf membres), leurs concerts sont de véritables shows pyrotechniques, lumineux et blindés d’effets spéciaux. Loin de se cacher derrière tout ces artifices, leur musique est un mélange de métal, de sonorités industrielles et de divers samples. Leurs textes tournent aussi souvent sur les mêmes thèmes : La différence (Duality, Left Behind, Negative One), la société (People = Shit, Psychosocial, Purity) ou la dualité amour / haine (Vermillion, Snuff) les textes sont d’ailleurs toujours écrits de façon intelligente et recherchée, pouvant souvent être interprétés de plusieurs façons différentes.
Le groupe est à l’origine formé de cinq musiciens originaires de Desmoines dans l’Iowa, mené par Shawn Graham (Le «  Clown  »). Le groupe décide très tôt de se produire masqué afin de dénoncer la personnalisation des artistes, les masques deviendront par la suite l’emblème du groupe et son symbole.
Le groupe connait des débuts chaotiques, changeant souvent de nom et de membres avant de se stabiliser vers 1996. La musique du groupe est déjà très expérimentale, mélangeant métal, percussions assourdissantes et samples, mais il lui manque un facteur essentiel : Un vrai chanteur, capable d’assurer autant vocalement que scéniquement.
Slipknot commence donc à tourner dans les petites salles de l’Iowa et se retrouve par deux fois confronté lors de battles (2) à un autre groupe des environs, Stone Sour.
Stone Sour perdra les deux battles les opposant à Slipknot mais Shawn Graham et Joey Jordisson (batteur de Slipknot) sont surtout soufflés par la personnalité et la puissance vocale du chanteur de Stone Sour, Corey Taylor, et réussiront à le convaincre de rejoindre leur groupe au terme de leur seconde rencontre, ce qui ne fut pas vraiment compliqué, Corey Taylor avouant plus tard avoir été particulièrement séduit par les prestations de Slipknot et avoir espéré longtemps que le groupe le contacte.
Avec Corey Taylor, le groupe prend enfin son envol et connait depuis le succès qu’ont lui connait, le dernier album de Slipknot est sorti en 2014 et s’est placé rapidement en tête des ventes, preuve que le groupe, même si le phénomène nu métal c’est depuis longtemps estompé, était un groupe vraiment différent et à part dans cette mouvance musicale.

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Mais revenons à l’ami Corey Taylor.

Corey Taylor, c’est avant tout un chanteur très doué et surprenant à la voix polyvalente : Capable de monter dans les graves et les aigus de manière fulgurante, capable d’alterner grunt et clear voice (3) à la vitesse de l’éclair, c’est également un extraordinaire showman, capable de mener une foule avec talent, comme il l’a souvent prouvé lors des concerts de Slipknot.

Malgré son bout de chemin avec Slipknot, à la fin des années 2000 Corey Taylor ressent l’envie de respirer musicalement et reforme le groupe Stone Sour. Grâce au placement d’un titre sur la bande originale du film Spider-Man de Sam Raimi, le groupe commence à obtenir une petite notoriété et sort son premier album en 2002 sobrement intitulé Stone Sour. Le succès de Stone Sour est immédiat et ne se démord pas, les albums s’enchaînent d’années en années avec toujours le même succès, Taylor jonglant habilement entre Slipknot et Stone Sour.
Vers 2011, Taylor a alors l’idée de réaliser avec Stone Sour un album concept titré House of Gold & Bones.

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Le concept de l’album est dans la pratique simple : Parcourir la vie d’un homme au travers de chansons liées les unes aux autres en décrivant le tout sous l’aspect d’une sorte de voyage initiatique horrifico-fantastique dans son subconscient. Dit comme ça, ça parait un peu alambiqué, mais dans les faits, ça devient un peu plus évident à l’écoute des titres des deux albums, Taylor ayant vraiment réussi à construire un monde cohérent et effrayant avec son concept.

Dans les faits, c’est plutôt compliqué puisque l’album doit toucher un large public et pas seulement ceux qui connaissent les tenants et les aboutissants du concept, même ceux qui ne comprendront ou ne connaîtront pas ce concept doivent apprécier l’album et c’est là que lors de la sortie du premier opus de House of Gold & Bones va surprendre : L’album va dès sa sortie engendrer des critiques élogieuses, lesdites critiques louant l’intelligence des textes et la diversité des morceaux. Il en sera de même pour le second opus (la maison de disques ayant délaissé l’idée du double album au profit de deux albums séparés), sorti six mois plus tard. Donc, pour parler simplement on a du bon son.

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En terme de style, on a encore du nu métal, mais d’une efficacité redoutable : On passe souvent d’un genre différent d’un titre à l’autre, nu métal typique avec le titre d’ouverture (Sovereign), death métal (RU486) ou balade tranquille (Taciturn). Le second album restera dans la même veine, les ambiances et les influences musicales brassant assez large, jusqu’au heavy métal (’82). Les deux albums peuvent de plus s’écouter à la suite sans lassitude ni impression de coupure puisqu’ils se suivent directement, rendant le concept complet.
Même niveau packaging, les deux albums se complètent puisqu’en les assemblant, ils forment même une maison  !

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Musicalement, House of Gold & Bones, c’est donc un carton plein, mais qu’en est-il de son adaptation en comics ? Car oui, adaptation en comics il y a eu  !

Corey Taylor en plus d’être un chanteur et un compositeur surdoué, est aussi un indéniable fan de comics, le bonhomme déclarant à de nombreuses reprises être un lecteur assidu depuis son enfance. C’est donc logique, mais honnêtement assez inattendu, qu’il annonce peu après la sortie du second opus de House of Gold & Bones une adaptation en comics, en mini-série de quatre épisodes publié par Dark Horse avec lui même au scénario et Richard Clark aux dessins.

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Pour faire simple, le comic est l’adaptation littérale des textes des deux albums : On fait donc la rencontre d’un homme sans nom, se réveillant dans une plaine et rapidement poursuivi par une horde de personnages aux yeux rouges sang particulièrement agressifs.
Après une poursuite effrénée, notre «  héros  » se réfugie dans une maison isolée pour se retrouver face à un homme mystérieux baigné dans l’ombre prénommé Allen. Allen lui annonce qu’il est ici car il doit assister à un événement spécial appelé la Conflagration mais qu’avant ça, il doit coûte que coûte rejoindre «  La Maison d’Or et d’Os  ».
Face à ces déclarations et à d’autres mots prononcés par le sombre individu, l’homme se rend vite compte que le mystérieux Allen en sait beaucoup plus sur lui qu’il n’en dit et après s’être énervé, force Allen à sortir de l’ombre : Stupéfaction pour notre héros qui se rend compte que le fameux Allen n’est autre que… Son sosie exact !
Commence alors pour notre anonyme héros une véritable aventure initiatique durant laquelle il va croiser un nombre incroyable de personnages tous plus bizarres les uns que les autres, visiter des lieux dantesques, se battre et faire des choix difficiles jusqu’à un dénouement spectaculaire et surprenant, la fameuse Conflagration.

Mais qui sont tout ces personnages bizarres, à quoi tout cela sert-il ? Que signifie le code RU486  ? Les réponses viendront au fur et à mesure, progressivement, au fil des épreuves et des révélations…

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Comme pour les albums, le comic est un reflet du concept de l’album, le côté visuel en plus. On a donc là une ambiance sombre et interrogative, volontairement mystérieuse dont les clés se livrent durant la lecture, si au début on ne comprend pas grand chose, tous les événements s’éclairent au fur et à mesure, progressivement, aux rythmes des rencontres et des épreuves endurées par notre infortuné héros sans nom.
L’une des forces de House of Gold & Bones, c’est également le soin apporté aux détails : Chaque élément de décor (la symbolique des marches par exemple) ou de costume (que signifie le fameux «  Zero  » sur la tunique de l’anonyme  ?) est une indication, chaque mot, un indice pour une énigme à venir.

Véritable histoire plus symbolique que directe, House of Gold & Bones est une véritable plongée dans l’esprit d’un homme torturé par son passé, ses choix présents et son futur incertain.

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House of Gold & Bones, c’est aussi la quête initiatique de toute homme ou femme, symbolisé par un monde fantasmagorique, inquiétant et des épreuves à la réussite lourdes de sens. En résumé, un récit et une lecture stupéfiante de lucidité et d’intelligence, résolument destiné à un public avide de lectures vraiment différentes et de récits plus cérébraux que portés par l’action débridée.

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Niveau dessin, on a un dessinateur dont je vous avoue très humblement ne jamais avoir entendu parler avant la lecture de cette bande dessinée. Nommé Richard Clark, c’est un artiste visiblement très confidentiel puisqu’il n’a œuvré que sur quelques comics (selon internet) très souvent au poste de coloriste, sauf pour House of Gold & Bones en fait qu’il a dessiné et encré, les couleurs étant l’œuvre de Dan Jackson.
Niveau style, il dessine dans un genre assez réaliste, qui n’est pas sans rappeler Gary Frank, c’est assez détaillé et les personnages sont très expressifs. C’est ma foi du bon travail, c’est sobre et simple, très en adéquation avec l’ambiance générale du récit.
Sans être exceptionnel, c’est du très bon boulot.
Mention spéciale aux couvertures de Jason Shawn Alexander, vraiment magnifiques qui égayent d’ailleurs cet article.

Très honnêtement, j’étais très étonné de la maturité scénaristique de Corey Taylor et j’étais loin de me douter que son récit serait si cérébral, certes les albums étaient tous deux très bons, mais je m’attendais en ce qui concerne le comic à un pur produit marketing sans saveur comme j’en ai souvent eu entre les mains. Mais non, House of Gold & Bones version comics est une réussite totale qui bien loin de seulement adapter le matériel d’origine, le complète et donne même une nouvelle dimension à l’univers créé par Corey Taylor dans ses deux albums.

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Le plus étonnant est que l’on peut même écouter les albums en lisant le comic car on se rend vite compte (j’ai fait l’expérience) que les titres s’enchaînent au fur et à mesure des événements du récit, ce qui renforce encore plus l’immersion, devenant du coup une véritable expérience de lecture musicale.

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Les projets cross-médias accouchent généralement et étonnement de résultats plutôt bons, voire excellents : Après avoir chroniqué celui de Within Temptation qui était déjà très bon, celui-ci se révèle également de qualité et je me demande pourquoi ces projets ne sont pas plus souvent mis en avant par la maison d’édition ou de disques ?
D’un côté le bénéfice serait double pour les deux parties : Les comics ramènent les lecteurs vers la musique et la musique amène les fans du groupe vers les comics.
Le constat est semblable au niveau des fans de comics : Même les fans de musique et de comics n’en parlent pas, soit parce qu’ils ne sont pas au courant (la majorité) soit parce qu’ils ne sont pas surs de trouver un écho et c’est là, je pense, tout le soucis : Que se soit sur internet ou dans la presse, les médias sont sectorisés, je veux dire par là qu’un magazine ou un site de comics ne va pas se risquer à parler musique, soit par ignorance du sujet, soit par peur de ne pas toucher une partie de son lectorat.
Le peu de magazines ou de sites qui s’y risquent s’en sont soit cassés les dents (je pense notamment récemment au magazine Métaluna qui s’est risqué dans le magazine généraliste et n’a pas été plus loin que quelques numéros, magazine dont j’étais un lecteur assidu d’ailleurs, ou encore le site Bruce Lit, qui prend le risque de parler d’autres sujets que les comics). La variété n’a jamais fait de mal à personne et les lecteurs de comics ou les métalleux ne sont généralement pas bloqués dans une seule passion, mais ça, c’est un autre débat…

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House of Gold & Bones Partie 1 et 2 disponible chez Roadrunner Records depuis octobre 2012 et avril 2013, House of Gold & Bones (Version comics) depuis le 26 novembre 2013 chez Dark Horse aux États Unis.

1 : Frontman : Nom donné aux membres d’un groupe qui le représente et le symbolise, souvent le chanteur. Par exemple, Mick Jagger peut être considéré comme le frontman des Rolling Stones.

2 : Les battles sont en fait des concerts communs «  opposant  » deux groupes  : Le public doit juger de la prestation de chaque groupe de manière variée, généralement aux décibels de la prestation ou à l’applaudimètre.

3 : Grunt  : Chant guttural, venant du fond de la gorge, donnant au chant un impression de grognement. Clear Voice : Chant normal, sans forcer sur la voix.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #16

Night of the Living Deadpool / la Nuit des Morts-Vivants de Deadpool

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Je suis partout en ce moment ! Au cas où vous ne vous en seriez pas rendu compte, (dans ce cas vous devez vivre dans une yourte au pôle nord ou un penthouse avec des prostitués en déconnexion avec le monde moderne) mon film est visible un peu partout dans les salles de ciné du monde et de Navarre (d’ailleurs je me suis toujours demandé où était ce fameux Navarre… Tout le monde en parle, ça doit être chouette !) et autant y aller franco de porc, je casse la baraque, je suis partout, on parle de moi dans la presse (sauf dans Closer, je suis déçu… Pourtant je fais tout pour  !) je suis une célébrité  ! Enfin une célébrité, je l’ai toujours été, dans ma tête vu le monde qu’il y a et parmi ces asociaux consommateurs de papier que sont les fans de comics, mais depuis ce film, c’est la grande vie : Même des gens que je ne connais pas reconnaissent ma gueule d’ange, un peu comme Katchoo, la fille très énervée qui dirige ce blog, elle aussi très connue en passant.

2C’est en faisant des recherches sur internet à la recherche d’un tutoriel sur les techniques de protection des silos nucléaires en Ouzbékistan (en fait je cherchais du porno, et comme il y a Lesbian dans le titre…) que je suis tombé sur son blog et plus particulièrement cette rubrique qui j’avoue me plaît bien parce que l’horreur, ça me connait, même si pour moi c’est plus souvent fun qu’autre chose :p (Note de Lordinator : Wade, j’ai dit pas d’émoticônes, tu écris une rubrique, tu tchatches pas sur Tinder là !)
Quel rabat-joie celui là… Bon du coup comme j’aimais bien cette rubrique, j’ai demandé à l’auteur si je ne pouvais pas étaler ma prose et parler d’une de mes aventures bien gore qui m’est arrivé dans un univers alternatif que ma raconté un autre Deadpool d’une autre dimension, car oui, je connais d’autres Deadpool d’autres univers ^_^ (Note de Lordinator : ARRÊTE avec les émoticônes !) Mais il était à la japonaise celui-là… Il est tout mimi en plus… Bon c’est tout, j’arrête… L’auteur de cette rubrique fut ravi que je prenne sa place pour ce mois-ci et il s’est enfui en courant en me lançant une histoire de solitude et de poignet, un paquet de mouchoir en papier à la main… Enfin bref, j’ai pas tout compris… (Note de Lordinator  : ZUT !)

Le fait est que je suis là, alors éteignez les lumières, serrez-vous les uns contre les autres et écoutez mon histoire, celle de Night of The Living Deadpool  (La Nuit des Morts-Vivants de Deadpool pour les non-anglophones, car oui, je suis américain).

3L’histoire commence simplement : Je me réveille dans un restaurant désert, une phénoménale gueule de bois en travers du crâne avec comme fond sonore des gémissements dignes des ronflements de Blind Al après une soirée tequila.
Tant bien que mal je m’extirpe de ma torpeur et commence à visiter ce monde post-apocalyptique en noir et blanc dont je suis le seul élément colorisé (cherchez pas à comprendre, le noir et blanc c’est cool dans un film d’horreur, ça fait old school).
Ça ne vous rappelle rien  ? Si hein, la série avec Andrew Lincoln adaptée d’un comics lui même déjà en noir et blanc, lui même déjà inspiré d’un film en noir et blanc, à croire que le noir et blanc, c’est un peu la couleur du zombie à la base, donc dans le fond c’est pas étonnant que mon histoire de zombies commence en noir et blanc…
Ah mince, du coup exit le suspense : Dans cet univers aux teintes argentées, les zombies dominent le monde et votre serviteur va devoir survivre tant bien que mal aux dévoreurs de chair humaine, mais aussi à toute une tripotée de menaces diverses et variées comme, l’A.I.M., mon propre facteur auto-guérisseur et même un gang de mamies vengeresses de l’apocalypse ! Et puis bon sang la plus grosse question : Pourquoi je suis le seul en couleurs dans ce bazar  !?
Donc vous voilà partis en ma compagnie pour une véritable odyssée zombiesque, faite de rires, de gore, de quiproquos et de coups de théâtre : Bienvenus dans La Nuit des Morts-Vivants de Deadpool, et comme c’est avec moi, ça mérite forcément le détour  ! Pourquoi ? Déjà pour les gus aux commandes, et il y a du lourd, dont un Espagnol ! Et ouais, j’adore la paella  !

Pour l’équipe créative donc, j’ai réussi a choper la crème de la crème : Pour relater mes aventures tel un Robert Howard avec Conan lui contant ses aventures (je ne sais pas ce que prenait Howard mais visiblement c’était de la bonne, moi je ne prends rien en passant, alors imaginez si c’était le cas…), j’ai choisi ce bon Cullen Bunn, un habitué de chez Marvel puisque le bougre bosse pour la Maison des Idées de génie variable depuis 2012 et a tourné sur la plupart des titres de mes potes : Mister pyjama alias Spider-Man, mon pote griffu Wolverine, ces bons samaritains d’Avengers et même l’event typiquement Marvelien dont personne ne se souvient et qui n’a servi à rien (pléonasme) Fear Itself.
Il avait déjà bossé sur moi (enfin avec moi, n’allez pas croire ce que je n’ai pas dit, on est visiblement sur un blog respectable) dans ma propre série et sur mon duo avec ce gros dur monolithique de Cable, le fils d’une autre dimension alternative de Cyclope, l’ex nouveau chef des X-Men par intérim… Et après on s’étonne que j’ai du mal à rester chez les X-Men… La fois où dans un coup de folie j’ai voulu dézinguer tout mes potes super-slips, (Deadpool Kill The Marvel Universe, un titre qui claque bien, même si je l’ai piqué au Punisher) c’était lui aussi qui était aux commandes, autant dire que ce gars me connait bien  !

7Enfin bref, Cullen Bunn pour le coup et pour relater mes trépidantes aventures aux pays des zombies, il fait bien le taf, en racontant mon histoire de manière assez cool et originale alternant plein de clins d’œil à tout plein de films et bandes dessinées que j’aime bien avec des trouvailles à lui, et ce tout en respectant ma verve et mon charme qui font mon succès depuis ma création, c’est du bon taf, sérieux  ! Merci Cullen, t’es un mec cool même si ton nom est bizarre, on dirait une marque de donuts.

Pour mettre en image tout ce bazar, j’ai choisi un artiste d’exception, un surdoué du crayon, le De Vinci du spandex, j’ai nommé euh… Un gars nommé euh… Deux secondes (recherche rapide sur Gogole…) Ramon Rosanas ! Il a fait quoi le dessinateur espagnol avant de représenter ma trogne en train de défourailler du zombie ? Bah euh, (recherche rapide sur Gogole deuxième partie…) il a bossé chez Marvel sur tout un tas de trucs, en tant qu’encreur ou dessinateur sur les adaptations des films Iron Man 2 et 3 (vous savez, le genre de comics que personne ne veut faire et que l’on refile aux petits nouveaux…), sur la mini-série Spider-Man 1602, une mini-série sur Atlas que personne n’a lu (et de toute façon Atlas dans l’univers Marvel, personne ne sait qui c’est !) et depuis quelques temps, il bosse sur la série Ant Man, le personnage Marvel que tout le monde trouvait ringard avant son film (personnellement, j’ai pas eu besoin d’un film, mais de plusieurs apparitions dans des cartoons et des jeux vidéos… Mon film est venu après, moi ! Je l’ai eu à la sueur de mon front et de mes vannes !) et donc cette fabuleuse mini-série sur moi qui tue des zombies, mais il l’a fait avant de s’occuper de Ant Man hein, du coup je sais pas comment je dois le prendre… J’étais genre un coup d’essai ou autre chose ? Je me sens sale d’un coup, l’impression d’avoir été utilisé… J’aime bien 🙂 (Note de Lordinator : Wade ! Les émoticônes !) Oh tiens t’es revenu toi ? Ta boite de mouchoirs est vide ?! Tu devais être sacrément enrhumé.

9Dans le fond, mes aventures chez les cannibales putréfiés, c’est pas du neuf  : Thor s’est déjà cogné avec des zombies aussi (1) (faut toujours qu’il fasse mieux que tout le monde lui…) et plusieurs de mes potes super-héros ont déjà eu leur lot d’histoires un peu glauques, même le gentil Spider-Man, quand il se frotte à ses symbiotes c’est pas joli joli (2) et que dire d’un gars comme Ghost Rider (3), c’est quand même un motard en cuir avec un crâne enflammé à la place de la tête quoi ! Il me fiche les foies ce mec d’ailleurs…
Même moi, avant de me retrouver dans ce monde de zombies, j’avais sacrément fait dans le gore avec mes potes de X-Force (4) ! Que dire de la concurrence quand on voit ce que ce bon Batman s’envoie comme tueurs psychopathes, vampires et autres monstres en tout genre dans sa ville qui n’existe même pas !
Donc mélanger du Super-slibards et de l’horreur, ça n’a rien de nouveau et donc dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, pourquoi vous devriez lire mon histoire plutôt qu’une autre ? Parce que je suis dedans tout d’abord, et que chaque comics dans lequel je suis, c’est déjà en soit un événement, ensuite parce que c’est bien : L’histoire est cool et marrante, le traitement graphique est original et c’est super bien dessiné. Et puis autant être franc, vu la mode actuelle des zombies et le buzz de mon film, ce bouquin, c’est un peu le mélange de deux mondes pourtant opposés, un peu comme le chocolat sur la crème glacée sauf que là c’est plus du jus de cervelle en fait.
Bon allez, je me suis bien marré, mais il m’a dit deux pages et j’ai toujours pas fait les renvois avec les petits numéros… Bah pas grave, il le fera, allez zou, bonne lecture et salut les gens  !

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Et allez voir mon film  !

(Note de Lordinator  : Ah le sagouin… Bon bah je m’y colle du coup…)

1 : Je pense que Wade parlait de la mini série Thor Viking, disponible en VF chez Panini dans la collection Marvel Dark.

2 : Là, il pensait sûrement aux mini-séries consacrées aux symbiotes, dont la plupart on été traduites en VF , notamment l’excellent Venom Vs Carnage, de Peter Milligan et Clayton Crain, publié aussi dans la collection Marvel Dark.

3 : Idem pour Ghost Rider, rendez-vous dans la collection Marvel Dark, pour un rodéo orchestré par Garth Ennis et Clayton Crain  !

4 : La série Uncanny X-Force, à lire en VF aussi, mais pas dans la collection Marvel Dark, plutôt en Deluxe, toujours chez Panini 😉
(Note de Deadpool  : Ah, t’as mis un émoticône  ! Grillé  ! Du coup je me venge  : 🙂 😦 😉 -_-  😥 :/ 😛 )

Deadpool : la Nuit des Morts-Vivants disponible en VF chez Panini dans la collection Marvel Dark depuis le 8 octobre 2014.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #15

Hunting The Heroes, The Predators Attack  !

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Il y a plus d’un an, j’exposais ma passion pour l’univers d’Alien au travers d’un Jeudi consacré à l’improbable crossover Batman/Aliens. Entre Aliens et Predator il n’y a qu’un pas, la rivalité entre ces deux monstres (au sens propre comme au figuré) sacrés du cinéma étant depuis longtemps entré dans la légende.
Mais Aliens Vs Predator c’est une institution, et plutôt que de m’étaler sur cet univers alternatif (1) et comme j’avais juste envie de parler de Predator, j’ai recherché un crossover comics les mettant en scène qui mériterait le coup d ‘œil et serait suffisamment original. Batman Vs Predator ? Tout le monde le connait celui-là… Superman Vs Predator ? Trop commun… JLA Vs Predator ? Trop nul… Superman & Batman Vs Aliens & Predator ? Trop long comme titre… Avec Dredd, Robo Magnus ? Nan…
Ah, attend (fouillant dans ma collection de comics), c’est quoi ce truc ? Et mais ouais, même moi j’avais oublié ça ! Allez, je le prends tiens !

Donc vous l’aurez compris, ce mois-ci ont va parler chasseurs extra-terrestres avec les collectionneurs de trophées les plus sanguinaires de l’univers : Les Predators  !

Killing for the hunt – hunting for the kill
Armed to the teeth with a wildcat’s will
Survival of the fittest I have what it takes
To turn human beings into spiders and snakes

Meister Mephisto – Master Hunter (Extrait de l’album Sturmgeist, 2005)

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Avant de commencer, présentons vite fait ce que sont les Predators, ces chasseurs extra-terrestres qui terrifient nos écrans depuis 1987. Le premier Predator, Yautja (prononcez Ya-Oute-Chah) dans leur langue à eux, apparaît donc en 1987 dans le film du même nom, réalisé par John Mc Tiernan (L’Arme Fatale) sur un scénario de Jim et John Thomas. Le film raconte les déboires d’une troupe de mercenaires en Amazonie qui suite à une mission de sauvetage se retrouve traqué par un ennemi apparemment invincible et invisible. Le dit ennemi se révèle être en fait un chasseur extra-terrestre avide de trophées et il faudra toute la ténacité du chef des mercenaires (interprété par un Arnold Schwarzenegger au sommet de sa carrière et de son talent à l’époque) pour en venir à bout durant un duel final aussi épique que mythique, aujourd’hui passé à la postérité comme une des scènes cultes du cinéma fantastique.
Entre sa réalisation efficace, son interprétation impeccable, sa bande son monumentale et ses effets spéciaux remarquables signés par le grand Stan Winston, Predator devient rapidement un film culte aujourd’hui encore inégalé.


Bande annonce française de Predator (1987)

C’est sans surprise qu’une suite est rapidement envisagée et voit le jour : Predator 2 sort sur les écrans en 1990. Au scénario on retrouve de nouveau Jim et John Thomas et à la réalisation Stephen Hopkins (coupable à l’époque du navrant cinquième opus de la saga Freddy), cette fois-ci la « proie » est interprété par Danny Glover (L’Arme Fatale). De l’Amazonie, l’action est délocalisée dans un Los Angeles écrasé par une canicule et une féroce guerre de gangs, Danny Glover incarne un officier de police dont l’entourage péri sous les assauts d’un ennemi aussi agressif qu’invisible. Même si il est clairement en dessous du premier opus, Predator 2 reste néanmoins un spectacle époustouflant d’une redoutable efficacité.


Bande annonce américaine de Predator 2 (1990)

Il faudra attendre 20 ans pour revoir les chasseurs inter-galactiques en solo sur les écrans (entre temps, deux films AVP ont été « commis », surtout un Aliens Vs Predator Requiem repoussant les limites de la nullité jusqu’à un niveau rarement atteint) et c’est en 2010 que sort Predators, réalisé par Robert Rodriguez (Une Nuit en Enfer) avec Adrien Brody (Le Pianiste) dans le rôle principal. Cette fois-ci direction une planète éloignée pour un groupe de personnes qui ne se connaissent pas mais sont liées par des vies violentes : Le groupe compte des soldats, des mercenaires ou des criminels. Pourquoi sont-ils réunis à l’autre bout de l’espace ? Il semblerait que cette planète soit en fait une réserve de chasse et eux les proies…
Attendu de longue date, ce nouvel opus divisera les fans, certains y voyant un film de série B sans grande originalité, les autres une honnête suite qui à défaut d’originalité apporte enfin du neuf à la mythologie de la saga.


Bande annonce française sous-titrée de Predators (2010)

Les Yautjas ont beau être des chasseurs violents, ils sont néanmoins des êtres intelligents, très avancés technologiquement dotés d’armement de pointe : Canon à plasma, griffes et lances rétractiles, camouflage optique, vision infra-rouge, disque de combat, kit de premiers soins et j’en passe, ils sont parés à la plupart des éventualités. Ils vivent très longtemps, plusieurs centaines d’années pour ceux qui réussissent à survivre aux chasses et vivent en clans gouvernés par un ancien (un Elder).

3Le clan dit «  Lost  » du film Predator 2 avec le chef Elder au centre

Ils se déplacent de planètes en planètes afin de trouver et de chasser les créatures les plus redoutables. Ils sont également régis par un code de l’honneur très prononcé, par exemple il est déshonorant de tuer une proie désarmée et ou non belliqueuse ou une femelle enceinte. Si on réussi à vaincre un Yautja ou lorsque l’on réalise une chasse ramenant un trophée glorieux, on devient immédiatement leur égal et l’on gagne le respect du clan. De même si on sauve la vie d’un Yautja, celui-ci vous est redevable et doit faire de même. Certains humains ont déjà réussis certaines de ces prouesses, la plus célèbre étant Machiko Noguchi (2).

7 Machiko
Machiko Noguchi

Niveau comics la première mini-série mettant en scène les Predators parait en 1989 et se finit en 1990 quelques mois avant la sortie du second film. Baptisée dans un premier temps juste « Predator » elle est rapidement renommée Predator : Concrete Jungle (3) dans les éditions reliées. Cette première mini-série réutilise de nombreux éléments du premier film, par exemple le personnage de Dutch interprété par Arnold Schwarzenegger et partage de nombreux points communs avec Predator 2, notamment des scènes quasiment identiques (la descente du Predator dans un repaire de trafiquants de drogues) et certains ressorts scénaristiques similaires (la guerre des gangs, le héros est un policier etc.). Elle est scénarisée par Mark Verheiden, un habitué des comics à licence cinématographique puisqu’il a à l’époque déjà œuvré sur des comics dérivés des films Aliens et travaillera plus tard sur ceux issus de l’univers de The Terminator.

De nombreuses mini-séries et crossovers paraîtront par la suite, de qualité très variables (les très bons Race War, Big Game, 1718 ou Primal côtoie des séries moins glorieuses comme Kindred ou Xenogenesis) et nos sanguinaires chasseurs feront des rencontres plus ou moins intéressantes : Hormis les très nombreux crossovers avec les Aliens qui sont un cas à part, les très bons crossovers avec Judge Dredd, Batman ou Magnus côtoieront de véritables ratages, notamment un JLA Vs Predator fait sans passion ou Tarzan Vs Predator, qui aurait put être rudement intéressant vu l’affiche, mais se révèle complètement anecdotique à cause d’un scénario fantaisiste n’exploitant même pas un tiers de la mythologie Predator.

6 tarzan pred

On notera également plus récemment le loufoque Archie Vs Predator durant lequel un Predator vient massacrer à tour de bras les personnages cartoonesque des comics Archie.

Dans cette jungle de crossovers, l’un d’entre eux est passé complètement inaperçu mais était pourtant très ambitieux : Hunting the Heroes, the Predators Attack !

Pour comprendre le pourquoi de ce crossover / event, il faut revenir à cette époque bénie des années 90 et sur l’initiative des éditions Dark Horse : En effet, de 1993 à 1996, l’éditeur américain tente de lancer son propre univers partagé d’abord sous la bannière Comics’ Greatest World puis plus simplement Dark Horse Heroes à partir de 1995. Cet univers partagé contient plusieurs personnages, évoluant dans des villes imaginaires ainsi Ghost et X vivent dans la ville d’Arcadia et Barb Wire et Motorhead dans celle de Steel Harbor.
Si le concept est intéressant, la qualité sera rarement au rendez-vous et beaucoup de séries s’arrêteront au bout de quelques numéros, les seules exceptions – succès seront Barb Wire, X et surtout Ghost qui perdureront quelques années avant de s’arrêter.

C’est ainsi qu’en 1995, Dark Horse profite de sa détention de la licence Predator pour mettre les chasseurs de l’espace face à certaines de ses créations maison durant un event qui touchera quatre de ses titres.

Le premier titre impacté sera le tout nouveau Motorhead qui voit le héros schizophrène confronté dés son premier numéro à un Predator.
Motorhead est un personnage issu de l’univers de Barb Wire, il s’agit en résumé d’un ancien soldat devenu surpuissant après avoir fusionné avec une technologie inconnue appelée le « Motor », cette fusion a également pour méfait de lui faire entendre des voix et de les matérialiser sous la forme d’un petit homme blond surexcité.
L’histoire est archi-classique : Alors qu’il se débat tant bien que mal avec les voix dans sa tête, Motorhead est pris en chasse par un Predator. S’ensuit une course poursuite dans les rues de Steel Harbor qui se fini par un combat sur les quais et… C’est tout.
C’est écrit par D.G. Chichester, dessiné par Karl Waller et encré par Tim Bradstreet sur une couverture de Simon Bisley.
Autant faire court et bref, que se soit niveau histoire ou dessin, c’est vraiment pas terrible et largement dispensable.

Second titre touché par cet event, l’excellent Ghost et son héroïne paranormale Elisa Cameron. Ghost est une des bad girls les plus réussies des années 90 : Amnésique, Elisa Cameron se réveille un jour sous l’apparence d’un fantôme et va alors enquêter sur sa propre mort. Elle apparaît pour la première fois dans le huitième numéro spécial de la série X, dont je vais reparler plus bas.

L’héroïne aura surtout pour elle la chance de voir des artistes talentueux œuvrer sur sa série comme Adam Hughes, Terry Dodson, Ivan Reis ou encore John Cassaday. De tout les titres Dark Horse Heroes, se sera d’ailleurs celui qui perdurera le plus longtemps.
Alors que Ghost continue son enquête sur sa mort dans les ruelles et recoins sombres d’Arcadia en compagnie de sa sœur Margo, elle est prise en chasse par un Predator. La chasse prend une tournure funeste pour le Predator lorsque celui-ci est rapidement mis hors d’état de nuire par notre héroïne.

Même si ce numéro 5 de Ghost fait partie de l’event Hunting the Heroes, il en ressort sans conteste que le scénario avait déjà été écrit à l’avance et les passages avec le Predator un peu rajoutés à l’arrachée. Du coup le Predator ne fait que de timides apparitions durant le récit, principalement au début et à la fin. L’histoire quant à elle est dans la continuité de la série Ghost.
Très peu d ‘intérêt donc pour cette histoire, la présence du Predator tenant plus d’un caméo qu’autre chose…
Cet épisode est le seul de l’event à avoir été publié en France, par Semic dans le numéro 4 du magazine Ghost en juin 2000.

Troisième titre Dark Horse à faire partie de cet event, le mystérieux justicier X. Sorte de fusion improbable entre Batman et le Punisher, X est un justicier très violent dont ont ne sait quasiment rien, mise à part qu’il fait la loi dans les rues de la ville d’Arcadia. Alors qu’il lutte contre le crime, X doit malgré lui protéger un agent du gouvernement venu enquêter sur la présence d’un Predator dans la ville, mais les apparences sont parfois trompeuses et X va devoir user de tout son talent de combattant pour empêcher le Predator de faire de sa tête un nouveau trophée…

Des quatre séries impliquées dans cet event, ce chapitre avec X est sans conteste le plus réussi  : Le coté sombre et violent de la série X se prête admirablement bien à l’apparition d’un Predator et de plus, l’histoire, bien que brève, est rudement bien menée et haletante, le point culminant étant le duel final entre X et le Predator, absolument épique. C’est écrit par Steven Grant, dessiné par Christopher Renaud sur une couverture de Frank Miller.
Sans conteste la meilleure histoire de cet event et même si ont ne connait pas l’univers de X, c’est une lecture plus que recommandable.

Dernière série impactée par Hunting the Heroes, Agents of Law, dans son sixième (et dernier) numéro.

Law est une sorte de shérif à super pouvoirs faisant régner la loi à Golden City, une ville utopique créée par la super héroïne Grace. Law a des méthodes disons un peu discutables et particulièrement violentes, ce qui attire l’attention d’un Predator, souhaitant ajouter la tête de ce représentant de l’ordre à son tableau de chasse.
Niveau histoire, on a là encore du classique, à savoir une course poursuite matinée de duels à travers les rues de Golden City, simple certes mais bien plus réussi que la rencontre avec Motorhead. Une histoire simple mais efficace à la conclusion plutôt inattendue SPOILER Il s’agit en effet de la seule victoire d’un Predator durant cet event, une façon à peine déguisée de la part de Dark Horse de se débarrasser d’une série dont le succès ne fut jamais au rendez-vous FIN DU SPOILER.

Hunting The Heroes, The Predators Attack ! Est au final un crossover en forme d’event assez décevant : La plupart des histoires sont de piètre qualité et seuls les chapitres mettant en scène X et Agents of Law valent véritablement le détour. L’aspect expédié et opportuniste certainement dû à la fin de vie de ces séries se fait cruellement sentir et autant être honnête, même pour les fans les plus assidus de l’univers de Predator, ce sont clairement des lectures largement dispensables, exception faite du crossover avec X qui sans être vraiment exceptionnel, est le seul à avoir su véritablement saisir l’esprit des films de la créature extra-terrestre chasseuse de tête.
Je reviendrais plus tard sur l’univers de Predator dans un autre article car c’est véritablement un univers intéressant et complexe mais je voulais quand même parler de cet event, méconnu et par opposition aux livres que je chronique habituellement dans cette rubrique, pas vraiment réussi. Car j’ai beau lire énormément de comics d’horreur – fantastique, je ne lis pas que de la qualité et même en étant fan jusqu’au bout des ongles d’une licence (ce qui est mon cas avec Predator) on ne peut décemment pas dire du bien de quelque chose d’aussi médiocre, même avec la plus grande fan attitude au monde…

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1 : Il faut savoir que l’univers de Aliens Vs Predator est un univers alternatif totalement indépendant des deux autres licences qu’il a uni, il existe donc trois univers distincts : Celui de Alien, celui de Predator et celui de Aliens Vs Predator (souvent abrégé AVP). Je précise également que même si ils reprennent souvent des éléments des films, les comics issues de ces trois licences ne sont pas canoniques aux films et forment une chronologie également indépendante. C’est un peu compliqué mais j’y reviendrai sûrement un des ces quatre.

2 : Elle est l’héroïne d’une trilogie de comics AVP : Une Chasse à l’Homme, War et Troisième Guerre des Mondes, trilogie sur laquelle je reviendrai très certainement un jour.

3 : Il existe également un jeu vidéo du même nom, sorti en 2005 sur PS2 et Xbox n’ayant aucun lien avec la BD.

Les jeudis de l’angoisse (des comics) #14

Le Tueur du Vendredi

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Dans cette rubrique, je n’ai qu’une parole, quand je dis que je parlerais de quelque chose, je le fais tôt ou tard. Je l’ai déjà fait le mois dernier en revenant comme je l’avais promis sur un autre comics Dracula (l’article est lisible ici) et il y a un an tout pile, je vous parlais du croque-mitaine de Crystal Lake, l’immortel tueur au masque de hockey et à la machette sanguinolente, Jason Voorhees. Durant cet article tonitruant et plein de passion, je revenais sur mon engouement pour ce personnage et son univers et vous parlais des différents comics consacrés à cet univers, notamment un excellent crossover publié chez Topps Comics opposant notre monstre masqué à la famille de cannibales dégénérés de Massacre à la Tronçonneuse, et bien vous savez quoi ? (roulements de tambour…) Ce n’est pas de celui là que je vais parler ce mois-ci, mais d’un autre !
Prêts à retourner dans les environs brumeux de Crystal Lake ? Sûr ? Dans ce cas, c’est parti !

Oh, if you see him comin’s
Get away if you can
Just keep on runnin’
Run as fast as you can
He’s a dangerous, dangerous man

Oh, but he’s back
He’s the man behind the mask
And he’s out of control

Alice Cooper – He’s Back (The Man Behind The Mask) extrait de l’album Constrictor, 1986 (1)

J’avais déjà présenté qui était Jason Voorhees et fait un petit historique ma foi assez exhaustif de son passif dans le monde des comics dans mon précédent Jeudi qui lui était consacré et comme je pense que les rares quidam qui suivent cette rubrique l’ont déjà lu, je ne vais pas m’éterniser dessus une seconde fois, juste revoir les bases rapidement : Jason Voorhees est un tueur masqué hantant les abords du lac Cristal. Enfant attardé né avec une déformation du visage, alors qu’il passe ses vacances dans une colonie aux abords du lac, il se noie alors que les moniteurs étaient trop occupés à s’envoyer en l’air. Sa mère, cuisinière dans la colonie de vacances se venge quelque années plus tard en massacrant des jeunes venus rénover ladite colonie en vue d’une réouverture. La mère vengeresse est finalement décapitée par la dernière survivante. Jason, en fait toujours vivant, assiste à la mort de sa mère et décide de trucider toute personne s’approchant de près ou de loin du lac.

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Jason sera alors la star de douze films, douze films étalés de 1980 à 2009, 29 ans de massacres sanglants dans des films à la qualité disparates. Pour fêter cette nouvelle année, j’ai décidé de faire du zèle et de vous proposer un article dans l’article avec un petit retour sur cette saga emblématique. Votre serviteur va donc se faire un plaisir pour cette nouvelle année de vous présenter chaque film  !

VENDREDI 13 – 1980 (Titre original : Friday the 13th)

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Raconte moi une histoire qui fait peur !

Bienvenue à Crystal Lake dans le New Jersey, une petite bourgade perdue dans les bois peuplée de tout plein de bouseux gentils qui semblent ne pas s’être rendus compte que le temps a passé depuis les années cinquante, que les chemises rouges à carreaux et la casquette de bûcheron ne sont plus du tout à la mode.
Crystal Lake, c’est un peu l’endroit rêvé pour les anciens hippies des seventies qui souhaitent durant les vacances retrouver la sensation du retour à la terre, de la communion avec la nature et les bonnes vieilles valeurs américaines. Et comme souvent dans ce genre d’endroit, on y trouve une jolie colonie de vacances en bordure de lac pour les petits enfants qui viennent de la ville et qui sont juste là car leurs parents les y ont envoyés pour être tranquilles. Tout du moins il y avait une colonie de vacances… Car celle-ci a dû fermer suite au double meurtre qui a eu lieu en 1958. En effet durant une nuit, deux moniteurs qui s’étaient isolés pour tirer un coup ont été sauvagement poignardés. Depuis, personne n’a eu le courage de rouvrir le camp qui a gagné le surnom de « camp sanglant » et dont la réputation funeste n’est plus à faire parmi les autochtones.
Malgré les avertissements du fou du village, un nouveau propriétaire s’est mis en tête de rouvrir le camp en compagnie de moniteurs qui ont tous le même profil : Ils sont jeunes, beaux et ne pensent qu’à s’envoyer en l’air en fumant des joints. En bref, une ambiance très « Flower Power » règne sur le camp jusqu’à la disparition de plusieurs moniteurs … L’ambiance va alors changer brutalement et les cadavres s’empiler à vitesse grand V, la faute à qui ? A madame Voorhees, une folle psychopathe qui rend les moniteurs responsables de la mort de son fils trisomique qui s’est noyé dans le lac une vingtaine d’années plus tôt : Si ça c’est pas de la rancune ! Après un jeu de cache-cache mortel la dernière survivante des monos décapitera la folle avec une machette lors d’une scène mémorable. Ainsi prend fin le premier massacre du vendredi 13… Jusqu’au suivant  !
Ah au fait le fils de madame Voorhees qui s’est noyé s’appelait Jason (enfin Jacky dans la version française…).

Un coup de bluff ! C’est grâce à un coup de bluff que Vendredi 13 a vu le jour ! Un coup de bluff orchestré comme un coup de maître par Sean S. Cunnigham, le réalisateur du film. Après l’énorme succès du Halloween de John Carpenter, Cunningham se dit que lui aussi pourrait faire son thriller horrifique. Sans la moindre idée de scénario et seulement un titre, Friday The 13th, il publie dans un magazine professionnel un visuel particulièrement efficace (une hache ensanglantée plantée dans un oreiller) lors d’un marché du film. Sur le visuel ont peut lire « Par le producteur de La Dernière Maison sur la Gauche » film que Cunningham avait produit pour Wes Craven. Après la publication du visuel, le téléphone ne cessera de sonner, des distributeurs du monde entier s’arrachant le projet ! Victor Miller écrit (enfin) un scénario à toute vitesse et aux vues des préventes (plus de 500 000 dollars) le tournage commence rapidement et c’est lui-même qui assure la réalisation, les effets gore sont signés Tom Savini (qui, depuis le succès du Zombie de George A. Romero, a acquis une solide réputation dans le domaine et dont j’ai déjà parlé dans mon Jeudi consacré à Creepshow) et c’est Harry Manfredini qui compose la musique, d’ailleurs le thème principal (les chuchotements entrecoupés de soupirs sur des violons déchaînés) sera par la suite le thème inséparable et emblématique de la série. Le succès du film est en grande partie dû à ces deux personnes.

Dans la série le saviez vous, voici des petites infos sur ce film mythique qu’est Vendredi 13 !
Un des seconds rôles de monos est tenu par un acteur qui par la suite aura une longue carrière dans le cinéma fantastique : Vendredi 13 fut l’une des toutes premières apparitions de Kevin Bacon devant une caméra !
Le réalisateur fut beaucoup influencé par son propre fils de 12 ans qui, grand lecteur du magazine Fangoria (magazine sur le cinéma fantastique très populaire aux États Unis), conseillera son père sur le tournage du film.
Ari Lehmann, qui interprète le jeune Jason lors des scènes de flash-back, deviendra par la suite chanteur dans un groupe de Funk Rock.

Bande annonce américaine du premier Vendredi 13

LE TUEUR DU VENDREDI – 1981 (Titre original : Friday the 13th Part II)

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On prend pas les mêmes et on recommence  !

Madame Voorhees reposant six pieds sous terre, il est temps pour notre bon Jason d’entrer en scène. En fait bien vivant et traumatisé après avoir vu sa mère se faire décapiter, Jason décide de se faire justice et quitte sa cabane dans les bois pour trucider Alice (la mono qui a tué sa mère) dans une séquence d’ouverture qui annonce la couleur : Jason, à l’instar de sa mère, fait pas dans la dentelle, il lorgne même vers le carrément dégueulasse ! Après avoir assouvi sa pulsion de vengeance, notre bonhomme n’est toujours pas calmé et se demande sur quoi il pourrait passer ses nerfs : Le tricot ou le massacre d’adolescents fornicateurs et fumeurs de joints ?
N’y connaissant rien dans le calibre des aiguilles et la texture de la laine, Jason opte pour la deuxième solution, non sans une certaine satisfaction, ça va sans dire. Comme le hasard fait bien les choses, un camp de formation pour futur moniteurs de colonie de vacances vient justement de s’installer prés du lac ! Cachant son visage mal-formé avec un sac en toile de jute (avec quand même un trou pour un œil, parce que sinon il verrait rien …), Jason commence sa croisade sanglante et le bougre n’y va pas de main morte et ne fait pas de quartier : Étranglements aux barbelés, empalement, égorgements, tout le monde y passe, les stagiaires du camp et les intrus qui se hasardent sur son territoire. Jason n’a aucune pitié et massacre à tour de bras (un handicapé se retrouve une machette en travers de la figure et dévale des escaliers sur sa chaise roulante : Une séquence choc reprise maintes fois dans les épisodes suivants).
C’est sans compter Ginny, ravissante blondinette qui après avoir découvert la cabane de Jason et l’autel que celui-ci a érigé avec la tête de sa mère, joue sur la simplicité d’esprit du psychopathe en se faisant passer pour sa môman et lui assène un coup de machette mémorable, laissant le tueur pour mort. Clamsé l’ami Jason ? Que Nenni ! Le croque mitaine réapparaît dans une séquence finale aussi surprenante qu’improbable !

Le premier Vendredi 13 avait pris tout le monde de court avec sa violence débridée et le premier effet sera une censure plus prononcée pour empêcher l’interdiction au moins de 18 ans (encore en vigueur à l’époque pour les films d’horreur), la Paramount (producteur des films) visant un public plus large. De précieuses secondes de gore seront alors sacrifiées, privant ainsi le film de l’intensité de certains meurtres (néanmoins, l’embrochement de deux fornicateurs en plein coït, hommage à La Baie Sanglante de Mario Bava, sera présente et est l’une des séquences les plus « gorement » originales du film). Le film est réalisé par un comparse de Sean Cunnigham, Steve Miner (qui réalisera quelques années plus tard le délirant House et bien plus tard le navrant Halloween 20 ans après). Miner reprendra et respectera la formule laissée par son prédécesseur et dépassera même celui-ci avec une réalisation plus agressive. Hormis les coupes de la censure, Le Tueur du Vendredi est une réussite totale bien plus efficace que le premier épisode.

Bande annonce française du Tueur du Vendredi

MEURTRES EN 3 DIMENSIONS – 1982 (Titre original : Friday 13th Part III)

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Trucide moi en relief Jason !

Alors que la police arrive à peine sur les lieux du précèdent massacre, Jason, pas très raisonnable, décide de remettre le couvert immédiatement : Le simplet de l’épicerie d’à coté et sa femme seront ses premières victimes. Chemin faisant, il croise une auto-stoppeuse boulotte qu’il égorge sans sommation et suit jusqu’à leur lieu de vacances une camionnette pleine de jeunes comme il les aime : Amateurs de drogues douces et adeptes de l’amour libre. L’arrivée d’une bande de motards finira de combler notre gaillard qui se met dare-dare au boulot.
S’ensuivra une suite d’exécutions sommaires dont seul Jason a le secret : Tête comprimée jusqu’à éjection d’un œil de son orbite, empalement sur une faux, tisonnier chauffé à blanc dans le ventre et d’autres originalités seront au programme de ce nouvel opus.
Si Jason prend apparemment le plus grand plaisir à trucider ses contemporains, notre monolithique gaillard morfle lui aussi pas mal : Lors d’un face à face avec, une fois de plus, une donzelle déchaînée, Jason encaissera une succession de coups de rondin de bois, de pelle, sera pendu et se fendra (littéralement  !) la gueule avec un ultime coup de hache en travers de la figure : S’en est trop pour lui qui fini par s’écrouler… Copiant la scène finale du premier opus, la seule survivante, dérivant sur une barque au milieu du lac, se fera agresser par la mère décomposée de Jason, l’amour maternel, y a que ça de vrai !

Pour la seconde fois, c’est Steve Miner qui emballe cette suite honorable, (quoi qu’inférieur au précèdent massacre) dont l’intrigue principale reste le fait de voir l’ami Jason réduire l’espérance de vie d’ados débiles. Miner semble moins inspiré que sur le second opus, néanmoins les meurtres restes spectaculaires… D’autant plus qu’ils sont filmés en 3D ! Personnellement, les films en 3D, j’ai jamais accroché, mais là c’est techniquement pas mal du tout et bien plus réussi que dans certains autres films. Malgré tout ça, on sent une certaine routine dans l’horreur qui commence à s’installer.

Cet épisode sera bénéfique à Jason et surtout à son image puisque c’est dans cet épisode qu’il récupère son célébrissime masque de hockey !

Meurtres en 3 Dimensions, bande annonce américaine.

VENDREDI 13 CHAPITRE FINAL – 1984 (Titre original : Friday 13th The Final Chapter)

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A peine deux ans après son précèdent fait d’arme, Jason rempile, poussé par la Paramount qui voit dans notre croque mitaine une licence qui rapporte. C’est donc avec une joie dissimulée (il porte un masque…) que Jason repart en campagne tel un politicien du meurtre avec pour programme un Crystal Lake sans ados. Après s’être échappé de la morgue où il était laissé pour mort (laissant derrière lui deux cadavres dont l’identification risque d’être difficile). Jason reprend le chemin de son chez-lui où il se rend compte que durant sa courte absence des ados comme ils ne les aime pas ont investi les lieux ! Furax, Jason décide de nettoyer la zone dans les plus bref délais. Défenestration, tire bouchon mortel, décalquage de tronche dans un mur et tête écrasée : Jason pète le feu et rien ne semble pouvoir l’arrêter, c’est sans compter Tommy Jarvis, un gamin du coin qui enverra notre bonhomme en enfer en lui enfonçant sa propre machette dans le crâne, Jason montrant encore malgré tout des signes de vie, Tommy le massacre copieusement. Cette fois s’en est fini de Jason… Jusqu’à la prochaine fois!

C’est avec cet épisode que se termine ce que j’appelle la première période de la série Vendredi 13. Ces quatre premiers épisodes étaient des films à l’esthétique bien précise et les films qui suivront flirteront plus avec la série B. Cet ultime épisode est mis en boîte par Joseph Zito, un réalisateur aguerri au genre remarqué pour le poste grâce à The Prowler, un remake/copie honorable de Vendredi 13. Le scénario reste dans la lignée des 3 films précédents mais Joseph Zito en bon routard de l’horreur réussi à donner au film une identité propre.

Notons également l’une des premières apparitions de Corey Feldman (enfant star des années 80) que l’on verra également dans Gremlins et The Goonies. Ledit Corey aura d’ailleurs du mal à remonter la pente (d’ailleurs a t-il réussi à la remonter  ?), puisque son dernier « grand rôle » sera d’interpréter son propre personnage dans Bikini Bandits, une série de courts métrages sexy et débiles.

C’est aussi avec cet épisode que Tom Savini tire sa révérence : ses effets gore particulièrement réalistes ont marqué la série et ont été l’un des points forts des premiers Vendredi 13 par rapport à la concurrence. Comme pour la série des morts vivants de Romero, Savini est indissociable du succès des premiers Vendredi 13, la fin d’une époque…

Bande annonce française de Vendredi 13, Chapitre final

VENDREDI 13 CHAPITRE 5 UNE NOUVELLE TERREUR – 1985 (Titre original : Friday the 13th : A New Beginning)

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Alors que tout le monde croyait la série enterrée avec Jason, un nouveau Vendredi 13 pointe le bout de sa machette l’année suivante. Pourquoi donc si rapidement ? Et bien la raison est simple : Dollars ! En effet, le « Chapitre Final » a rapporté encore plus que les épisodes précédents ! Les producteurs mettent donc très rapidement un nouvel opus en chantier. Donc on imagine que Jason va une nouvelle fois avoir droit à sa petite résurrection et mettre les berges de Crystal Lake à sang… Et bien non ! Traumatisé par sa rencontre avec le tueur, Tommy Jarvis est placé en institut spécialisé et dés son arrivée, un tueur à masque de hockey se met à commettre meurtres sur meurtres. Mais qui est ce ? Jason bouffant les pissenlits par la racine, tout les soupçons se portent sur Tommy. Après dix-huit meurtres (oui, oui dix-huit ! En une heure et demi de film, voyons ça fait un meurtre toutes les cinq minutes !) aussi originaux que minables (ses effets spéciaux sont parfois risibles…) on découvre que le tueur est en fait un ambulancier devenu barjo après avoir vu son fils massacré, ce qui n’est pas vraiment une révélation puisque dés le début ont s’en doute un peu : Vivement le retour de Jason  !

Avoir voulu sortir une suite le plus rapidement possible coulera ce cinquième chapitre qui est sans nul doute le plus mauvais de la série : La réalisation est d’une lenteur soporifique à souhait (signé Danny Steinmann, déjà coupable du décevant Savage Streets, une histoire de justicier urbain avec Linda Blair), les effets spéciaux sont soit minables, soit inexistants, les acteurs campent des personnages stéréotypés (limite parodiques) tellement ridicules qu’on est presque content de les voir se faire massacrer… Si il y a bien un épisode à oublier, c’est sans conteste celui là  !

En plus il n’y a pas Jason…

Bande annonce française de Vendredi 13 Chapitre V, Une Nouvelle Terreur

JASON LE MORT VIVANT – 1986 (Titre original : Jason Lives, Friday the 13th part VI)

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Fais-moi rire Jason  !

Après le naufrage complet du chapitre cinq, les scénaristes jugent que faire réapparaître notre bon vieux Jason, se serait peut être pas du luxe ! On retrouve donc une nouvelle fois Tommy Jarvis et un de ses amis en route pour le cimetière de Crystal Lake avec la ferme intention d’offrir à la dépouille mortelle de notre bon Jason une crémation en bonne et du forme. Après avoir déterré et ouvert le cercueil du tueur fou, un orage éclate et la foudre réanime le corps putréfié, empêchant le funeste barbecue d’avoir lieu. Suite à cette résurrection digne des meilleurs Frankenstein de la Hammer, Jason (conscient de l’aubaine qui lui est donné) arrache le cœur du comparse de Tommy, lequel s’enfuit prévenir le shérif. Le générique qui suit, une parodie de James Bond, annonce la couleur : Humour noir et second degré sont au menu de ce chapitre décalé.
Plus monolithique que jamais, Jason ajoute un peu d’humour à ses meurtres : Ainsi le massacre d’une bande d’adeptes du paint ball vire à la grosse bouffonnade quand l’idiot de la bande tente (vainement) de lui échapper. Tous les meurtres suivants ont un petit côté absurde de ce type : Un policier plié en deux, un ivrogne « lifté » par le tesson de sa propre bouteille, un visage écrasé, un tournevis dans l’oreille etc…
On revient donc à la formule gagnante : Moniteurs de colo fornicateurs + sous bois humides + tueur fou = Vendredi 13 réussi ! Après avoir ajouté du monde à son tableau de chasse, Jason sera enchaîné au fond de son lac après qu’une hélice de bateau lui ait refait le portrait, faisant planer une nouvelle ombre de malédiction sur le lac …

Prendre le parti de l’humour horrifique pour ce nouvel opus était un pari risqué qui s’avère être un coup de génie du réalisateur Tom Mac Laughlin. Cet ancien mime, connu à l’époque pour avoir signé le bon One Dark Night, livre donc un opus drôle à défaut d’être vraiment original. Bonne surprise de casting également avec dans le rôle de Tommy Jarvis, Tom Matthews un habitué de la série B d’horreur puisque on le retrouve également dans Le Retour Des Morts Vivants 1 et 2, qui sont eux aussi des films mélangeant humour noir et horreur.

Ce chapitre six est donc une réussite particulièrement originale, personnellement c’est un de mes préférés !

Bande annonce américaine de Jason le Mort-Vivant

VENDREDI 13 CHAPITRE VII, UN NOUVEAU DEFI – 1988 (Titre original : Friday the 13the part VII The New Blood)

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Carrie au Bal du Diable ? Connais pas …

Il faut croire que Jason ne peut pas être tranquille : même au fond de son lac, on vient le déranger. Alors qu’il se décomposait peinard avec comme seuls spectateurs les poissons, Jason est tiré de sa demeure aquatique par Tina, une adolescente dotée de pouvoirs télékinésiques qui, croyant remonter le corps de son père (qui s’est lui aussi noyé dans le lac des années plus tôt), se goure de macchabée et ramène à la surface l’increvable Jason.
Pas reconnaissant pour deux sous, notre désormais mort vivant reprend son activité favorite avec un certain zèle. Dans un état lamentable (ses fringues en lambeaux laissent entrevoir des os apparents), Jason s’acquitte de sa tache à l’aide de son inséparable machette bien sur, mais aussi une débroussailleuse et de ses paluches : Amputations non motivées par un but médical, tête dévissée, empalement, Jason profite de sa résurrection pour devenir le Picasso du meurtre tant le visage de ses victimes ressemblent aux œuvres du peintre. Durant une homérique baston finale opposant Jason et son immortalité à Tina et ses pouvoirs, Jason se fait électrocuter, se prend un divan, un pot de fleur et des clous dans la figure, il sera également brûlé et se prendra même une maison sur la tronche ! Mais rien ne l’arrête et il faudra l’aide d’un autre mort vivant, le père de Tina, pour le renvoyer au fond de son lac… Tout du moins jusqu’à sa prochaine réapparition !

En voyant cet épisode on ne peut que se dire une chose : Il est grand temps que la série se renouvelle ! Malgré une idée de départ originale, on cherche une quelconque innovation à ce nouvel opus, malheureusement, des innovations il n’y en a pas et ce nouveau massacre sonne particulièrement creux. Néanmoins, le réalisateur John Carl Buechler étant un vétéran des effets spéciaux (ont lui doit notamment une partie de ceux du génial Reanimator), ceux de cet opus sont d’une qualité exceptionnelle : Jason n’a jamais été aussi moche (c’est un compliment !) et aucun autre maquillage par la suite ne réussira à lui donner un look aussi efficace, c’est toujours ça de pris.

C’est également la première fois que Jason sera interprété par Kane Hodder qui deviendra par la suite l’acteur attitré du croque-mitaine de Crystal Lake.

Bande annonce américiane de Vendredi 13 Chapitre VII

VENDREDI 13 CHAPITRE 8 : L’ULTIME RETOUR – 1989 (Titre original : Friday the 13th Part VIII Jason Takes Manhattan)

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New York, New York  !

A la place de Jason, j’en aurais marre : Alors qu’il roupillait peinard au fond de son lac, il est une fois de plus dérangé. S’en est trop pour le mort vivant qui décide de changer d’air en s’expatriant à New York. Jason choisi la voie maritime en s’invitant sur un bateau à bord duquel a lieu une fête de fin d’année de lycéens : Notre clandestin, probablement gêné par le bruit, transformera rapidement l’embarcation en boucherie flottante.
Finalement, il arrivera sans encombre à Times Square (avant que Giuliani ne fasse le ménage dans les rues) un lieu où Jason n’est finalement plus qu’un tueur parmi tant d’autres. Pas le moins du monde gêné par ce nouvel atmosphère (il à lui-même une tête d’atmosphère ! Vous avez pas compris la blague ? Tant pis…), notre tueur continue sa croisade sanglante en écharpant tout ce qui se trouve sur son passage, ajoutant même une touche d’humour à ses exécutions : Ainsi un boxeur sera décapité d’une droite bien placée, un dealer traversé par sa propre seringue, une guitariste battue à mort avec son propre instrument et des punks s’enfuiront devant sa gueule d’ange. Son escapade touristique dans la grande pomme se terminera tragiquement dans les égouts où il finira noyé dans les déchets toxiques.

Dernier chapitre produit à l’époque par la Paramount, cet épisode s’avère surtout intéressant du fait de la délocalisation de l’action. Le réalisateur Rob Hedden, sans doute très influencé par les deux épisodes de Vendredi Maudit qu’il a réalisé (Vendredi Maudit est une série télé d’horreur inspirée par Vendredi 13), s’improvise également scénariste et nous livre un film lent et qui surtout ne tient pas toute ses promesses.
On déplore l’absence d’Harry Manfredini à la musique, en poste depuis le premier opus. La partie musicale est ici signée par des groupes des années 80 particulièrement indigestes, le film souffre donc de la perte de l’un de ses repaires principaux se qui est un chouïa déstabilisant pour le fan du monstre au masque de hockey. Lent, mal réalisé, cet épisode confirme l’essoufflement de la série…

Avec ce huitième opus ce conclu ce que j’appelle la deuxième période, la licence échouant à partir du film suivant entre les mains de New Line qui vont enfin apporter du sang neuf à notre monstrueux ami et l’amener dans des sentiers inconnus et même le ramener dans les salles obscures  !

Bande annonce américaine de Vendredi 13 Chapitre VIII

JASON VA EN ENFER – 1993 (Titre original : Jason Goes to Hell, The Final Friday)

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Burn baby, burn!

En voyant le début de ce nouvel opus, on est en droit de se sentir blasé : Une jolie donzelle arrive dans une cabane dans les bois et au moment de la sacro-sainte scène de la douche, chère à la série, le courant se coupe et Jason fait irruption afin d’envoyer ad-patres la pin-up à six pieds sous terre de la façon la plus violente qui soit. S’ensuit une énième course poursuite dans les bois et la jeune fille acculée finie par chercher dans la pénombre le croque mitaine qui, comme de bien entendu, réapparaît derrière elle, machette prête à frapper. Mais tout ne se passe pas comme prévu : Des projecteurs s’allument, braqués sur notre gaillard et un commando armé ouvre le feu sur Jason, qui de tueur passe au statut de cible mouvante en moins de temps qu’il ne le faut pour dire « machette ».
Criblé de balles, Jason succombe finalement au tir d’une roquette qui le réduit à l’état de viande hachée… Alors que les soldats jubilent de la mort du tueur, non loin de là un mystérieux personnage doute de la « mort » du monstre des Vendredi 13. Doutes apparemment fondés car dans la scène suivante, Jason « ordonne » au médecin légiste qui autopsie ses restes de dévorer son cœur et prend ainsi le contrôle du corps du toubib !
Après avoir dessoudé son assistant et deux gardes, Jason est de nouveau dans la nature. Néanmoins, il n’en reste pas moins un mort vivant et les corps qu’il occupe finissent par pourrir, il doit donc en changer souvent à l’aide d’une sorte de bestiole immonde qu’il implante dans ses victimes. Le seul moyen de retrouver sa véritable apparence serait d’implanter son avatar dans le corps d’une personne de sa famille : Il se met donc en quête de sa descendance.

En s’appropriant la licence, New Line rend un service inestimable à notre bon vieux Jason : Désormais fini les massacres rurales de série B (voir Z !) tournés en un temps record avec des moyens dérisoires ! En rejoignant ses homologues Freddy Krueger et Leatherface chez New Line, Jason rentre dans la cour des grosses productions horrifiques et va enfin retrouver sa vigueur d’antan !

Le film est réalisé par le jeune Adam Marcus, dont c’est le premier film, un fana d’horreur qui sous la supervision de Sean Cunningham signe également le scénario. Cunningham sera d’ailleurs également le producteur du film. Sortir Jason de la routine dans laquelle il s’était installé durant des décennies était donc le principal défi à relever. En ajoutant à l’horreur du surnaturel et une bonne dose d’action, Marcus dépoussière ce bon vieux Jason et lui offre une seconde jeunesse.
Que les amateurs de meurtres sanglants se rassurent, malgré