La fin de l’innocence (2ème partie)


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Allez hop ! Nous voici donc réunis pour le second épisode du décorticage en bonne et due forme de ce film consacré à Wonder Woman, made in TLGB s’il vous plait ! Comme pour le précédent billet, je vous conseille vivement d’avoir vu l’oeuvre en question, car je compte parler de détails qui dévoilent résolument l’intrigue… Oh wait ! Non mais vous plaisantez j’espère ! Parce que certains d’entre vous ici ne l’on pas encore vu ??? Mais vous foutez quoi ???

D’où je viens, les généraux ne se cachent pas dans des bureaux comme des lâches. Ils se battent aux côtés de leurs soldats. Ils meurent avec eux sur le champ de bataille.

Dans cette seconde partie nous allons donc parler des péripéties de Diana de Themyscira dans le monde des Hommes, de la mise en abîme de tous ses idéaux, et comme le titre de ce billet l’indique, la perte de son innocence.

Mais avant cela revenons d’abord sur un interlude fort intéressant qui permet justement de faire la transition entre l’atmosphère paradisiaque et sereine de l’Ile du Paradis, et le tumulte, l’effervescence, et la noirceur de cette Europe du début du XXème siècle.
Il s’agit, vous l’aurez compris de la scène du bateau, employée comme métaphore de l’Odyssée ou du  passage d’un monde à un autre correspondant au mythe de la traversée que l’on peut facilement rattacher aux personnages d’Ulysse mais surtout de Charon dans la mythologie grecque, car quelque part, on assiste bel et bien ici à un trajet dont le point de départ est un lieu sublimé par la vie, en direction d’un territoire littéralement soufflé par les flammes du royaume d’Hades.
Lors de cet interlude, nous assistons à une nouvelle confrontation culturelle entre Diana et Steve (car oui, je considère que toutes les oppositions de genre montrées dans ce film sont d’ordre culturels, voire ethnologiques et ne se limitent pas à une vulgaire guerre des sexes) dans laquelle un piètre navigateur marin qui tente de faire bonne figure écoute avec patience la vision édulcorée d’une candide Amazone, qui de son côté a pourtant acquis sont lot de vérité par le Savoir, à défaut d’Expérience.
Ici encore, hormis la barque en elle-même, tout a été réalisé sur fond vert, mais c’est sur ce qui se passe sur la barque qui nous intéresse.
Quand Steve interroge Diana sur la façon dont elle a été créée, celui-ci semble être bien sûr de lui quand il évoque la seule façon naturelle d’avoir une progéniture, une notion qui n’est pas étrangère à notre Amazone, mais qu’elle rejette, selon ses propres critères culturels.
Jusqu’ici tout va bien, la pensée de Marston est du moins à moitié respectée, car Zeus entre dans l’équation et cela reste l’une des plus mauvaises idées du film.
Mais ce qui retient surtout notre attention est cette référence aux 12 volumes rédigés par une certaine Clio (un personnage créé par le duo George Pérez et Chris Marrinan, mais qui fait surtout référence à Sappho, figure emblématique, culturelle et historique pour toute lesbienne qui se respecte) dont la conclusion accablante sort de la bouche même de notre héroïne : Les hommes ont leur part indéniable de responsabilité lorsqu’il il s’agit de procréation, mais en ce qui concerne le plaisir charnel (que l’on traduit ici par compréhension des attentes et désirs du corps féminin, il me semble que c’est très explicite dans ce film vu la manière dont a plupart des spectatrices ont réagit dans la salle face à cette scène), ceux-ci restent malheureusement à côté de la plaque.
Cette scène fait partie des quelques tentatives de la part des scénaristes (Allan Heinberg, Geoff Johns et Zack Snyder, j’opterai plus pour une idée du premier) de suivre le message véhiculé par le créateur de Wonder Woman, tout en restant en harmonie avec la version actuelle qui, je le rappelle ici, a rendu officiellement canon son statut de personnage Queer.

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Le véritable périple de Diana commence dès son arrivée à Londres, le contraste est saisissant de part les tons chromatiques utilisés dans cette seconde partie du film, des tons bleus et gris en adéquation avec Man of Steel et BvS comme le soulignait bien justement Julien dans sa critique.
Même Tower Bridge a retrouvé ses couleurs de début de siècle pour l’occasion (pour la petite histoire, c’est en 1977, à l’occasion du jubilé de la Reine Elizabeth que l’armature métallique du pont a été peinte en bleu, blanc et rouge. Pendant la Première Guerre Mondiale celle-ci était de couleur brune, comme on peut le voir plus ou moins, dans le film).
Cet aspect visuel, que l’on retrouve dans la scène ou Diana découvre l’effervescence de la vie Londonienne, est grandement inspiré par l’œuvre de l’impressionniste américain John Singer Sargent, un artiste qui vécu une grande partie de sa vie en Europe, notamment pendant la Der des Ders, et qui utilisait souvent une seule source de lumière dans ses portraits, un procédé extrêmement moderne pour l’époque.

A ce stade du long métrage, il est intéressant de voir comment l’intrusion de Diana dans ce « bon vieux Londres » fait office de choc culturel, autant pour elle que pour les autochtones de la Perfide Albion. c’est en cela que Wonder Woman se démarque de Captain America : First Avenger (un film que l’on adore ici Btw) auquel il a souvent été comparé avant même que l’on ait vu les premières images, à cause de son contexte historique.
Ici on assiste quasiment (excusez-moi pour la référence, le pire c’est que je ne regarde plus la TV depuis des années) à un épisode de Rendez-vous en terre inconnue, où un protagoniste découvre les us et coutumes d’une civilisation quasi opposée à la sienne.
Nous sommes donc témoins du passage obligé (et loin d’être inintéressant) dans lequel Diana se doit tant bien que mal de s’uniformiser au Monde des Hommes, tout en s’exprimant sans ambages sur le non-sens de celui-ci.

Deux scènes sont à retenir à ce propos : celui de l’essayage vestimentaire aux côtés de la truculente Etta Candy, une femme moderne totalement consciente des mouvements féministes de son époque puisqu’elle fait référence aux suffragettes, mais malheureusement limitée dans son statut de secrétaire (nous allons reparler d’elle un peu plus tard, cela va de soi..), et cette de l’irruption au Conseil de Guerre. introduisant le personnage de  Sir Patrick Morgan.
Dans ces deux situations, Diana prend conscience du statut des femmes européennes en ce début de XXème siècle qui se résume en une référence cinématographique tout à fait appropriée pour le coup : Soit belle et tais-toi.
Mais il me semble intéressant aussi d’étendre ici cette problématique sur l’image même de cette héroïne : Combien de fois avons-nous en effet été amenés à déblatérer sur son costume (jusqu’à son absence de costume ! Et par extension de celui des super héroïnes en général, alors que pour leurs homologues masculins, il n’y a pratiquement jamais aucun débat !), qu’il s’agisse du port du pantalon, de la jupe ou du short étoilé. La question est ainsi également posée dans le film : Comment diantre doit-elle être habillée ? Et surtout, comment est-il possible de faire régner la Justice avec un accoutrement pareil ?
Pour Diana, c’est finalement le costume le plus discret et le plus sobre qui sera retenu, avec un clin d’œil appuyé et bienvenu sur l’uniforme que porte Lynda Carter dans la série TV. Autre référence sympathique, le port d’un accessoire totalement inutile, celui des lunettes qui rappelle forcément celles de Clark Kent. C’est d’ailleurs amusant de voir que les dites binocles sont pulvérisées lors d’une autre référence au Superman de Richard Donner, avec la scène du guet-apens qui se déroule dans la ruelle.
Encore une fois il faut saluer le travail inouï de Lindy Hemming qui supervise les costumes, ainsi que la chef décoratrice Aline Bonetto, la scène de l’essayage a été tournée dans l’extraordinaire Exhibition Hall de l’ambassade d’Australie à Londres, et elle donne littéralement le tournis en terme de décoration et d’accessoires.

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En ce qui concerne la scène du conseil de guerre, Steve présente Diana comme étant sa secrétaire, Wonder Woman fut effectivement la secrétaire de la JSA dans les pages d’All-Star Comics et reléguée au dernier plan, un statut que réprouvait totalement William Moulton Marston à l’époque (mais le pauvre bougre écrivait déjà ses aventures sur  Sensation Comics, Wonder Woman et Comic Cavalcade, il ne pouvait pas être partout !). Comme vous le savez surement en 1918 les femmes n’avaient absolument aucune légitimité politique, et encore moins le droit d’être présente physiquement dans un quelconque conseil, hors le fait est qu’en Angleterre, le droit de vote des femmes fut accordé cette même année, les citoyennes devaient alors être âgées de 30 ans (tandis que les hommes devaient avoir célébré leurs 21ème anniversaire , il faudra attendre 10 piges de plus pour que l’égalité soit rétablie).
OK ! Donc je m’époumone à dire depuis le début que scénaristiquement, le choix historique (la Première Guerre Mondiale au lieu de la Seconde) est intimement lié au contexte du mouvement des Suffragettes, un mouvement grandement soutenu par le trio Marston, Holloway, Byrne à l’époque des faits comme on dit.
Dans ce film, il s’agissait clairement de montrer l’opposition entre une société patriarcale où la guerre règne en  maître, et celle d’un féminisme balbutiant et instigatrice de paix. De là à dire que les hommes viennent de Mars et le femmes de Venus, il n’y a qu’un pas…
Si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire l’ouvrage Égalité des sexes et pouvoir en Grande-Bretagne de Françoise Barret-Ducrocq.

Il est temps désormais de parler des personnages secondaires qui apparaissent dans cette seconde partie du film.
En tout bien tout honneur, commençons par Etta Candy, qui se devait d’être absolument présente tellement elle fait partie de l’Histoire de Wonder Woman. A tel point que l’on peut aisément la comparer avec Jimmy Olsen dans Superman. C’est un personnage indispensable, qui est apparue dans la plupart des comics et autres formats consacrés à notre fière Amazone. Elle est également issue de l’imaginaire de William Moulton Marston, et fait office de point d’ancrage, de référence, ou source d’inspiration quand il s’agit du statut des femmes selon les époques où elle apparaît : Dans les années 40 son physique, tout en rondeurs est très loin des standards de l’époque, et elle participe avec sa sororité, les fameuses Hollidays Girls à l’effort de guerre dans la lutte contre les Nazis.
Il est vraiment fort dommage qu’Etta et ses filles, n’aient pas été transposées comme telles dans ce film, par exemple en tant que membres des Women’s Royal Air Force qui officiaient déjà pendant la Première Guerre Mondiale.

Il y auraient eu tant de choses à dire sur ces femmes… Au lieu de cela nous avons droit à une Etta Candy, fort sympathique certes, mais un peu cruche qui sert avant tout de comic relief, et qui est surtout largement sous-exploitée.

En toute logique c’est donc un groupe d’hommes, quelque part les Holliday Boys de Steve Trevor qui vont aider Diana dans son périple Européen. De manière totalement assumée, le film nous sert sur un plateau le stéréotype de l’équipe de bras cassés constituée de soldats qui n’ont pas leur place dans ce conflit mais qui n’ont pas d’autre choix que d’y pendre part : Sameer le Marocain roublard dont le rêve est d’être acteur, le Chef, dont le peuple a été décimé et qui est déjà une relique de sa propre culture, et enfin Charlie, un écossais alcoolique (pléonasme ?) qui souffre du syndrome de stress post-traumatique.
Ici encore, ces personnages sont sous-exploités et n’ont pas grande utilité si ce n’est de faire prendre conscience à Diana de toute la complexité du monde des Hommes.

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Face à eux, le Général Lundendorff et le Dr Maru sont les deux faces d’une même pièce, inspirés par une force dont ils n’ont même pas conscience.
Basé sur une figure de la Première Guerre Mondiale, Erich Ludendorff, le personnage interprété par Danny Huston est censé incarner le mal absolu mais n’arrive pas vraiment à convaincre, notamment à cause d’un doublage Français qui s’efforce d’imiter un accent Allemand à la limite de la parodie (il en est de même pour Maru d’ailleurs).
Le Doctor Poison quant à elle aurait mérité une meilleure exposition, il aurait mieux valu que les deux personnages fusionnent pour représenter une menace unique beaucoup plus impressionnante. On a bien conscience que Maru est ce que l’on appelle « un savant fou », capable de tester ses inventions sur son propre visage, mais elle reste une subordonnée, une exécutante du Général qui manque de confiance en elle.
La scène avec Steve dans le château montre à quel point ce personnage (et son actrice, la délicieuse Elena Anaya) avait du potentiel.

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On assiste donc tout au long du film à une succession de petites frustrations, que cela soit dans l’utilisation de ses personnages secondaires, l’abus de ralentis et d’acrobaties lors de certaines scènes d’action, ou de la maladresse du message véhiculé par le film par rapport à la vision de Marston (notamment concernant ses origines).
Toutes ces tracasseries vont être balayées d’un coup de lasso le temps de LA scène épique du film, je veux bien évidemment parler de celle du No Man’s Land, Rien que de me souvenir de cette scène, j’en ai encore les larmes aux yeux. La voir sortir des tranchées et gagner du terrain mètre après mètre sous le feu discontinu des soldats Allemand est un moment iconique que l’on a trop peu eu la chance de voir pour une héroïne quelle qu’elle soit, tout média confondu. C’est une scène qui sera dorénavant montrée comme source d’inspiration pour des générations de femmes (et d’hommes) qui luttent contre l’adversité.

Contrairement à la scène de la plage qui était à mon avis considérablement appauvrie par des effets visuels outranciers, la chorégraphie des scènes d’action dans la bataille de Veld est largement plus réussie, mis à part le « poutrage de clocher » censé  montrer une fois pour toute la toute puissance de l’héroïne, une scène qui j’en suis sure a été TRES influencée par Snyder qui ne peut de toute manière pas s’empêcher de détruire tous les édifices qui se présentent devant lui…
Et puisque que l’on parle de ce réalisateur (vous allez croire que je le déteste à force alors que pas du tout !), je vous invite à remarquer les quelques similitudes et différences entre cette scène d’action de Wonder Woman et celle de Sucker Punch, le jeté de table a encore de belles heures devant lui.

 

On va s’arrêter là pour cette seconde partie, rendez-vous la semaine prochaine pour la suite et fin du décorticage de ce film fort sympathique et dont le succès poussera j’espère les studios à enchaîner sur des œuvres encore plus abouties.

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Batwoman #4 : la preview


Comme vous le savez Wonder Woman n’est pas la seule Déesse qui honore régulièrement ce blog de sa présence. Il en existe une autre, beaucoup moins médiatisée mais tout aussi magnifique, et nous suivons ici le renouveau de ses aventures avec beaucoup de ferveur.
N’ayant pas eu le temps de finir ma review du #3, je vous propose de l’adosser à une prochaine critique de ce #4 sur le point de sortir, à vue de nez les deux opus sont résolument liés, donc ça peut être intéressant de faire un parallèle entre eux.

Mine de rien nous vivons actuellement un petit moment de grâce, même si celui-ci est de courte durée, il est évident que certaines choses se concrétisent de façon positives pour les héroïnes de comics. Diana n’en est pas l’instigatrice, mais j’ai très bon espoir que le succès critique et financer de son film engendre de belles initiatives et-ou prises de risques.

Je vais vous raconter une anecdote, pas plus tard qu’hier je participais à une séance de photocall dans un multiplexe aux alentours de Toulouse à l’occasion de la sortie de Wonder Woman. A cet effet, une de mes collègues du TGS (l’admirable Sandra, pour ne pas la nommer) avait fait le bel effort de revêtir le costume de l’Amazone, je veux dire par là celui de la réplique même du film, pas le costume d’Halloween vulgos que l’on trouve dans les boutiques de déguisements.
Ce costume, c’est moi qui ai eu le plaisir de le suggérer à l’organisation qui m’avait sollicité pour l’occasion, et me faisait ainsi entièrement confiance dans mes choix  vestimentaires.
Alors que les séances photos s’enchaînaient pour la promotion d’un autre film (en l’occurrence une avp de Cars 3), Sandra se tenait prête pour la séance suivante lorsque tout d’un coup, elle fut interpellée par une petite fille d’environ 6 ans tenant sa mère par la main. Je n’oublierai jamais le visage et le bonheur dans les yeux de cette petite. « Maman ! Regarde ! C’est Wonder Woman ! » a t-elle dit à sa mère en saluant énergiquement Sandra de son autre main, notre Amazone lui répondant évidemment de la même manière.

J’ai failli pleurer bordel de merde. Quel bonheur de voir ce moment, de voir cette petite fille déjà conquise par le véritable Pouvoir de Wonder Woman. Il ne faut pas grand chose pour inspirer les plus ou moins jeunes d’entre nous, il suffit d’un personnage incarnant des valeurs jusqu’ici encore immaculées, et vous avez encore droit à ce genre de miracle. Ce miracle, je le vis également quand mon fils me demande de revoir et re-revoir ce film quand la moindre opportunité se présente.

Batwoman aura toujours cet effet sur moi, celui de la lectrice qui se sera d’emblée reconnue en elle. Adhérer totalement à ses premières aventures est aussi proche que de tomber sans s’y attendre sur Wonder Woman en personne quand on a 6 ans. C’est une révélation.

Que le Dieu Grec des comics bénisse cette onde salvatrice d’exposition d’héroïnes et de super héroïnes, sur ce blog, tel un sanctuaire, on veillera toujours sur leur intégrité.

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La fin de l’innocence (1ère partie)


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Comme d’habitude, je préfère vous prévenir, ici on ne fait pas dans la dentelle parce qu’on va au FOND des choses, les spoilers sont donc de mise !

Je voulais sauver le Monde…

Il n’est parfois pas chose aisée de rester objectif, impartial, ou de bonne fois lorsque l’on passe la plupart de son temps à écrire, écrire, et écrire encore sur la super héroïne la plus médiatisée (surtout en ce moment) du prisme des comics.
Wonder Woman, puisque c’est d’elle dont il s’agit, a pour moi depuis longtemps dépassé le statut d’icône. Elle est devenue, au fil des ans et des billets que je lui ai consacrée, une amie.
Comme c’est souvent le cas lorsque nous partageons un lien d’amitié avec quelqu’un, cela comprend des valeurs et des idéaux communs, des expériences personnelles ainsi que, ne serait-ce qu’une partie de son histoire propre.
Hors Wonder Woman n’est pas une amie comme les autres. Elle a beau appartenir à personne (et ne me dites pas qu’elle appartient à DC Comics/Warner, vous seriez bien accueillis), bon nombre d’entre nous se l’approprie plus ou moins sans complexe, parce son statut le lui permet, tout simplement.

Espérer, puis attendre un film sur Wonder Woman a été depuis près de 30 ans vécu pour moi (parmi tant d’autres, je le sais) comme une véritable épopée faite de moments d’ivresse et de désillusion.
Hors après avoir vu ce long métrage, la première chose qui m’est venue à l’esprit est que non, par Héra, je n’ai pas succombé au parti pris facile du fangirlisme (ce mot n’existe pas, on est bien d’accord) comme si sous mes yeux ébahis ma meilleure amie avait été sélectionnée pour représenter la France à l’Eurovision.
Ce film existe désormais, et dans son ensemble je l’ai beaucoup apprécié pour tout un tas de choses que je vais exposer ici, en détail, alors que d’autres notions m’ont laissé totalement de marbre ou encore littéralement agacé, je vous propose de décortiquer ce film en respectant la trame de ces trois parties, bien distinctes : la vie sur Themyscira, le choc Européen, puis le combat ultime. Trois billets pour un film, parce qu’après tout Wondie méritait une telle exposition, il me semble.

Pour Themyscira

Si l’on considère que Wonder Woman est le troisième film qui fini de cimenter la fameuse Trinité dans le DCEU, celui-ci tout comme ses prédécesseurs prend effectivement le temps d’instaurer un climat de présentation de son personnage, Man of Steel exposait les dernières heures de Krypton, BvS le traumatisme du jeune Bruce Wayne au sortir d’une salle de cinéma, dans ce film on plonge quasi directement dans l’aspect mythologique de ce personnage que le grand public a encore du mal à cerner.
Diana de Themyscira vit depuis sa création sur cette Île Paradisiaque qui a été choisie par Zeus lui-même comme, à la fois refuge et lieu d’exil pour ses chères Amazones qui en des temps immémoriaux ont lutté de toutes leurs forces contre Ares, le Dieu de La Guerre.

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Terre sacrée, fertile et sauvage, où ses occupantes vivent en parfaite harmonie avec une nature luxuriante et bienveillante, Themyscira est un personnage à part entière en ce début de film, elle personnifie complètement le Matriarcat imaginé par Marston (qui je le rappelle ici, était convaincu que les femmes étaient supérieures aux hommes).
Les Amazones ont bâti leur cité séculaire en respectant le relief et les innombrables ressources qui leur ont été offerte en ce lieu, à l’image des habitations troglodytes que nous retrouvons dans notre propre civilisation (j’avais déjà un petit peu développé certains aspects de l’île ici, je vous invite à y jeter un œil pour ne pas faire de redite un peu lourdingue), sans portes ni fenêtres, elles peuvent évoluer librement sans aucune contrainte.
De plus, on s’aperçoit très rapidement dans les premières minutes du film que les Amazones ne sont pas uniquement constituées de guerrières athlétiques sur-entraînées. On comprend en effet qu’il existe des préceptrices, logiquement Gardiennes du Savoir destinées à contribuer à l’éducation de la plus jeune des Amazones. Mais les quelques scènes qui nous invitent à prendre connaissance de la jeunesse de Diana nous font également comprendre que chaque Amazone quelque soit son statut, contribue à la vie de la Cité, et cela de façon totalement inclusive, dans le principe même du terme de communauté.
L’eau y est omniprésente et a des valeurs curatives tout en émettant une source de lumière… dans un autre post j’avais émis l’hypothèse que cette eau luminescente pouvait être une interprétation cinématographique du rayon pourpre inventé par Marston, c’est effectivement le cas.

Ainsi, même si les Amazones ont bien été créées dans ce film par le plus grand Dieu de l’Olympe, un être qui symbolise les Cieux, leur culture est quant à elle fondée sur la roche, le minéral, par extension Gaïa la Déesse mère de la Terre, une notion encore une fois chère à Will (oui je l’appelle Will, et alors ?) qui souhaitait que Diana soit le fruit d’une procréation exclusivement féminine (dans le film, nous avons droit à une toute autre interprétation, on y reviendra un peu plus tard, ne vous inquiétez pas…).
Autre symbolisme véhiculant la féminité dans cette première partie du film, l’utilisation de la forme du coquillage pour représenter la féminité dans le design de la chambre de la petite Diana, ainsi que que la salle du trône où Steve Trevor se voit contraint de dire la Vérité sous le joug du lasso doré d’Hestia. A l’instar de Yanick Paquette qui s’était inspiré de la représentation de la Déesse Aphrodite de Botticelli dans son Wonder Woman: Earth One, on retrouve dans le film ces mêmes motifs ainsi que des références au courant Art Déco (un mouvement artistique qui se déroule justement à l »époque du récit, c’est à dire pendant la Première Guerre Mondiale), jetez un œil par exemple aux motifs des marches d’escalier ainsi que le design du trône de la Reine Hippolyte, peut-être influencé par l’oeuvre des céramistes Pierre et Joseph Mougin.

Autre détail qui fait référence à l’univers des comics dans ce film à ce stade, celle-ci concerne la représentation de Diana encore enfant puis adolescente, à la fois innocente et débordante de fougue (un modèle extraordinaire autant pour les filles que pour les garçons qui auront la chance de voir ce film au cinéma), où on la voit en plein entrainement avec Antiope, je ne peux m’empêcher d’y voir un clin d’œil à l’excellent The Legend of Wonder Woman de  Renae De Liz, où dans cette version la jeune amazone s’entraîne avec Alcippe.

Et puisque cette première partie du film fait la part belle aux Amazones, parlons un peu plus d’elles en détail, si vous le voulez bien.
Dans cette version cinématographique, celles-ci sont pluri-ethniques et c’est un vrai bonheur de voir ça, sans parler du fait que les comédiennes qui les incarnent sont bien loin d’appartenir à un quelconque stéréotype esthétique, ce sont pour la plupart de véritables athlètes, cascadeuses, championnes de boxe, haltérophiles, danseuses professionnelles… Comme je l’ai dit plus haut, elles ne sont pas uniquement constituées de guerrières, elles sont aussi éducatrices, agricultrices, pêcheuses, politiciennes, chacune a son rôle dans la Cité. Themyscira a beau être gouvernée par une reine, la démocratie reste une institution inébranlable où chacune aura son mot à dire en temps de crise. De plus, c’est un peuple pacifique qui emploiera la violence uniquement pour se défendre.
Ici encore, un gigantesque et incroyable travail de design a été mis en oeuvre pour créer une véritable identité à ces amazones, autant dans leurs costumes que dans leurs armements. Alors que chaque guerrière (et elles sont nombreuses !) aura un costume et des armes propres, ont y retrouve les ornements et décorations présentes dans l’architecture de l’île, les motifs de coquillage et les figures Art déco sont effectivement incrustés de façon judicieuse, tout cela est supervisé d’une main de maître par la très talentueuse Aline Bonetto, chef décoratrice française a qui l’on doit les décors de nombreux films de Jean-Pierre Jeunet, ainsi que la costumière Lindy Hemming qui ont véritablement su insuffler une âme et une identité à  Themyscira et le peuple qu’elle abrite.

Autre élément intéressant concernant ces Amazones, celles-ci n’ont pas toutes le même âge, la maturité d’Hippolyte et Antiope saute aux yeux, mais on notera également la présence d’Artemis, incarnée par l’imposante Ann Wolfe et qui est âgée de 46 ans. Tous ces exemples montre qu’il y a eu une vraie volonté de créer un univers cohérent autour de ces Amazones, même si faute de temps la plupart d’entre elles sont sous exploitées, à l’image de Menalippe qui était pourtant bien mise en avant au même rang que ses sœurs dans les premiers visuels montrés il y a un an.

Quoiqu’il en soit la partie qui leur est consacrée reste d’une très grande beauté, à tel point qu’elle donne envie de voir un spin-off ou une série TV qui leur serait entièrement dédiée, leurs origines étant succinctement expliquée par Hippolyte à sa fille telle une comptine pour enfant, une scène dantesque mise en image et superbement illustrée par le duo d’artistes Raffy Ochoa et Houston Sharp.

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Et puisque l’on parle d’origines, celles qui concernent notre héroïne dans ce film sont loin d’avoir mon approbation, car elles dénaturent complètement le statut du personnage : Pourquoi vouloir à tout prix donner un père biologique à Diana ? Alors ça, c’est quelque chose que je n’arrive vraiment pas à comprendre. Pourquoi imposer la figure du père à une héroïne dont le postulat, totalement révolutionnaire pour l’époque est qu’elle avait été créée comme je le disais plus haut par des femmes et UNIQUEMENT des femmes. Elle est le fruit du matriarcat, mais surtout le fruit d’un amour d’une mère pour sa fille, point barre. Lui donner un père ne la rendra pas plus humaine, ça ne fait que dévaloriser complètement ce que Marston voyait en elle. Ici elle devient juste la fille de Zeus, comme on est l’épouse d’un tel ou la sœur d’un tel. C’est pas bien de faire ça, franchement.

Autre déception, on ne prend pas le temps de nous parler du costume de Diana, contrairement aux allusions faites pour le lasso d’Hestia et la fameuse Godkiller. Et pourtant, le spectateur lambda ne pourra que remarquer la différence chromatique entre ce costume et ceux qui lui ont été montré jusqu’alors. Cela saute même aux yeux de Steve Trevor lorsque Diana le revêt pour la première fois. Ce costume a lui aussi une origine, et cela aurait été judicieux, ne serait-ce que d’en faire allusion soit à ce moment précis, soit lorsque Diana enfant visite la tour de l’armurerie avec sa mère.

L’un des moments forts de cette première partie concerne la bataille épique entre les Amazones et les soldats Allemands qui ont réussi à franchir l’épais brouillard qui protégeait Lilly Aspellde toute intrusion ainsi que de la menace d’Ares, un dieu vaincu mais représenté telle une épée de Damoclès dans l’esprit de ces gardiennes de la paix.
Cette scène très maîtrisée techniquement dans sa réalisation grâce notamment à de très beaux travellings est malheureusement alourdie par des effets visuels symptomatiques que l’on retrouve dans les films du DCEU, et de Zack Snyder en particulier, l’utilisation à outrance des ralentis et acrobaties sorties tout droit de cinématiques de jeux vidéo est pour moi un véritable fléau oculaire qui m’horripile de plus en plus. Dans cette scène, cela passe encore à peu près, mais nous verrons plus tard que l’un des plus gros défauts du film correspond justement à l’utilisation à outrance et de façon agressive de ce genre de technique…

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Autre scène mythique, celle du sauvetage de Steeve Trevor, ô combien décrite dans les comics, celle-ci a été totalement réalisée en CGI, qu’il s’agisse du paysage, des reliefs, de ce qui se passe sous la mer, tout a été animé en studio et le résulat est bluffant. La lumière omniprésente et le choix des couleurs est une évocation évidente représentant parfaitement l’héroïsme qu’incarne Diana, un choix chromatique que l’on va retrouver un peu plus tard dans une autre scène du film, tout aussi mythique. J’ai particulièrement aimé ce moment où Steve, alors qu’il est en train de sombrer coincé dans son avion, discerne une forme à la surface, telle une apparition angélique alors qu’il s’avère que dans les comics de l’ère Marston (et plus tard également), il a pour habitude de l’appeler son « ange ».

Cela nous mène à parler de la dynamique des interractions entre Diana et Steve dans ce début de film, elles sont toutes très bien senties et témoigent d’une réelle osmose et une complicité évidente entre les deux acteurs. Même si je suis loin d’être une amatrice de Chris Pine, je concède volontiers qu’il s’en sort très bien dans le rôle de Steve Trevor, lui donnant le volume, la consistance qui lui a fait très souvent défaut dans les comics.
Dans cette première partie de film, Diana et Steve sont deux êtres qui se confrontent et se découvrent vis à vis de leur propre culture, ici le matriarcat fondé sur la bienveillance et le savoir, opposé au patriarcat régit par des règles imposées par le dictat et l’esclavage du temps, du travail, du mariage. Les dialogues sont animés et font réagir l’audience, c’est une des belles victoires de ce film que de synthétiser ainsi avec humour les différences culturelles basées sur leur genre respectif.

Autre fil conducteur qui parcourt cette première partie, la justesse de jeux des acteurs de la petite Lilly Aspell qui incarne Diana à l’age de huit ans, aux vétéranes Connie Nielsen et Robin Wright aussi imposantes qu’impériales, et tout aussi injustement sous-exploitées par le temps (décidement ! Putain de patriarcat !).

On assiste donc en ce début de film à une très belle exposition du concept des Amazones, l’introduction d’un nouveau monde aux antipodes des visions Kryptoniennes et Gothamites largement développées à travers les différents films consacrés à leur héros respectif. Celui-ci sans être parfait est déjà d’ine richesse inouie et donne une réelle identité au personnage de Diana de Themyscira, dont les principes seront ébranlés au contact du monde des Hommes, c’est que nous verrons en décortiquant la seconde partie du film.

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Wonder Woman : La critique de Julien Lordinator


Wonder Woman  : Retour en grâce d’une icône

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[Note de la Katchoo : Comme indiqué plus haut, il s’agit de la review du film par notre ami Julien Lordinator, la mienne arrivera dès que je l’aurai vu !]

Figure emblématique de l’univers DC, pour de nombreux lecteurs de comics, Wonder Woman est bien plus qu’un simple personnage de fiction : C’est un symbole et à l’image de son homologue masculin Superman, elle représente des valeurs et des idées chers dans le cœur de ses fans (dont je fais partie).
Même si dans les comics cet aspect du personnage a de nombreuses fois été mis en avant, à contrario des autres membres de la trinité DC Comics que sont Superman et Batman, la fière et farouche amazone n’avait pas encore eu les honneurs d’une adaptation en film live (1). Lourde tache donc pour la réalisatrice Patty Jenkins et l’actrice Gal Gadot de lui offrir son premier voyage vers le grand écran et de donner aux fans et au grand public une interprétation crédible du personnage.
C’est conquis, satisfait et le sourire aux lèvres que je suis ressorti de la salle de cinéma, lecteur de Wonder Woman depuis aujourd’hui une vingtaine d’années, j’avais enfin « mon » film, ou plutôt Wonder Woman et ses fans ont enfin LEUR film.

This is who we are
This is what we’ve got
No, this is not our Paradise
But it’s all we want,
And all that we’re fighting for
Though it’s not paradise

Within Temptation & Tarja Turunen – Paradise (What About Us ?), extrait de l’album Hydra (2014) (2)

Diana est une fillette énergique, souriante et espiègle vivant sur Thémiscyra, l’île des amazones de la mythologie grecque. Fascinée par ses consœurs, Diana rêve chaque jour, comme elles, de pouvoir s’entraîner au combat afin de devenir une grande guerrière, entraînement que lui refuse Hippolyte, sa mère et chef des amazones. Mais ce n’est pas le cas d’Antiope, la plus grande guerrière de Thémiscyra qui voit en Diana un plus grand potentiel que celui que semble voir en elle sa mère et commence à l’entraîner en secret.
Les années passent et Diana devient jour après jour une grande guerrière et commence même à développer des talents jusque là jamais vus chez les amazones, c’est à la suite d’un de ces entraînements qu’elle aperçoit un avion s’écrasant sur les plages paradisiaque de son île, suivi par une horde de soldats surarmés.
Après un combat féroce opposant les amazones et les soldats, le pilote de l’avion écrasé explique que le monde extérieur est en proie à une guerre mondiale jamais vue jusque là.

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Pour Diana ça ne fait aucun doute, le responsable est Arès, le Dieu de la Guerre et ennemi juré des amazones et il est du devoir de son peuple de se lancer elles aussi dans ce conflit. Réponse négative de la part d’Hippolyte, qui juge que les combats des hommes ne les concerne pas.
Seulement Steve Trevor, le pilote qui s’est écrasé, a en ça possession le carnet de recherche du Docteur Maru (surnommée le Docteur Poison), une scientifique espagnole travaillant pour le compte du général allemand Erich Ludendorff : Le Docteur Maru a mis au point un gaz terrible qui, bien que la signature de l’armistice soit très proche, pourrait changer le cours de la guerre.
Contre l’avis de sa mère, Diana décide de raccompagner Steve Trevor dans le monde des hommes afin qu’il remette ce carnet à ses supérieurs, lui permettant également de régler son compte à Arès afin de mettre fin à ce conflit sanglant.
Entre découvertes, désillusions et épreuves, c’est un véritable voyage initiatique qui commence pour la jeune amazone.

Le choix a donc été fait de placer l’action du film durant la première guerre mondiale et même si ce choix ne fera pas l’unanimité, il est le centre du film et sert énormément son histoire et son ambiance.
Ce choix permet déjà de créer une scission entre le monde des amazones et celui des hommes : On passe donc d’un univers paradisiaque et lumineux à un monde sombre et gris, justifiant donc (pour une fois) l’aspect limite monochromal des productions DC Comics au cinéma. Certains pesteront probablement encore sur ce choix, mais dans le cas de Wonder Woman il est parfaitement justifié et sert l’histoire de façon admirable. De plus le film garde cet aspect et sa logique artistique tout du long, lui donnant un aspect sobre et logique remarquable là où d’autres productions oscillent constamment entre des choix visuels parfois hasardeux.

NIGHTINGALE

Autre point fort du film, c’est son actrice principale : Contestée dès les premières images, voire moquée, Gal Gadot avait partiellement rassurée après son apparition dans Batman V Superman, L’Aube de la Justice mais une simple apparition ne fait pas un personnage (sinon Stan Lee serait le plus grand acteur de tout les temps), et tout restait encore à prouver pour la jeune actrice israélienne. Époustouflante, magistrale, Gal Gadot est sans conteste une Wonder Woman d’exception et tord le cou à tout ses détracteurs : A la fois redoutable, touchante, naïve, lucide et drôle, elle campe un personnage aux multiples facettes, aussi complet qu’attachant, qui se remet en question et dont on assiste à l’évolution.
C’est d’ailleurs une des constantes du film : L’évolution du personnage se fait sous le regard du spectateur, Diana, jeune femme naïve et pleine d’idéaux doit au fur et à mesure se remettre en question au gré de ses découvertes, tout n’est pas tout blanc ou noir et à l’image du monde des hommes tel qu’il est caractérisé dans le film, les nuances de gris sont bien présentes et dominante.
Malgré cela, Diana continue de croire en ses idéaux et reste malgré les épreuves et les horreurs qu’elle traverse un personnage positif, véhiculant des valeurs et un état d’esprit humaniste particulièrement touchant : Le scénariste Allan Heinberg et la réalisatrice Patty Jenkins ont donc parfaitement saisis les constantes du personnage, un tour de force visible à l’écran qui donne au personnage une envergure jamais vu jusqu’ici.
Les autres personnages ne sont pas en reste, tout particulièrement Steve Trevor et sa relation avec la jeune amazone : Sans jamais tombéer dans le pathos ou les lieux communs, la relation entre les deux personnages se construit au fur et à mesure du film, s’entrechoque, tout en restant crédible et touchante. Chris Pine livre une interprétation sans faille d’un Steve Trevor courageux et humainement réaliste, qui malgré les horreurs de la guerre continue de croire en ses idées, un parfait contre-pied à la mentalité naïve de Diana.
Le film est également criblé de seconds rôles savoureux, la pétillante Etta Candy ou les membres du commando de Steve Trevor sont des personnages double, à l’image du débonnaire tireur d’élite écossais, dissimulant derrière cet aspect un traumatisme bien plus grand. Là encore largement contesté lors de son annonce, force et de reconnaître que le choix de Danny Huston pour le méchant de service se révèle être un choix audacieux et payant, l’acteur campant un général allemand froid et impitoyable particulièrement glaçant. Notons la présence du français Saïd Taghmaoui au casting, qui après son apparition dans le reboot (raté) de Conan, GI Joe et Infiltrator continue mine de rien de se frayer un chemin discret dans les grosses productions américaines.

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Car il ne faut pas l’oublier, on reste dans un blockbuster américain et les amateurs de grand spectacle n’ont pas été oublié : Les scènes d’action sont bien présentes dans le film et sont d’une efficacité redoutable. Dans sa première partie, on assiste aux impressionnants entraînements des amazones, tout en grâce et en acrobaties, faisant limite penser à de la danse et dans sa seconde partie aux affrontements crus et violent de la première guerre mondiale, là encore la scission est brutale et même dans ces scènes d’action, la différence entre les deux mondes est visible.
La sauvagerie et la fougue de l’amazone s’en ressent durant ses affrontements avec les troupes allemandes, spectaculaire, à couper le souffle, les scènes de combat font partie des plus impressionnantes que j’ai pu voir dans un film de ce genre (de mémoire, pour voir des scènes semblables il faut que je remonte aux deux premiers Captain America, celles de Wonder Woman leur étant quand même supérieur en terme de dynamique et de mise en scène). Diana est réellement impressionnante durant ces combats, contrastant avec son état d’esprit humaniste et naïf : Une véritable amazone.

Malgré toutes les louanges ci-dessus, je dois tout de même admettre que le film souffre de quelques défauts. Le premier est la densité de son histoire, mais c’est un défaut somme toute assez relatif puisque seul le lecteur de comics pourra lui reprocher : Wonder Woman est un personnage complexe, à l’histoire longue et j’avoue que j’aurais voulu en savoir plus sur ses origines mais je reconnais que l’on est dans un film et que cela aurait probablement occupé une grande partie du métrage. Néanmoins, j’avoue avoir été déçu de ne pas avoir eu de scène emblématique de son histoire, notamment le « concours » des amazones pour savoir qui raccompagnerait Steve Trevor, scène que j’aurais voulu et espérais voir dans le film. Mais je le répète, on est dans un film et malgré ces deux heures dix, il fallait aller à l’essentiel.
Autre gros point critiquable du film, c’est son dernier acte.
Fouillis, limite bordélique, on sent une volonté de conclure et c’est particulièrement flagrant, voir trop flagrant : Tout est bouclé à grand renfort d’explosions en un temps record, laissant un peu le spectateur comme deux ronds de flan devant ce déluge de révélations, de coup de théâtre, de combats et d’explosions calés dans une fenêtre temporelle aussi courte. J’aurais sincèrement apprécié une conclusion plus fragmentée, longue et du coup plus claire que ce maelstrom limite indigeste qu’est le dernier acte du film.
Même si il reste crédible, alors que le film prend tout son temps dans ces trois premiers actes, le final est trop rapide et expédié et contraste assez singulièrement avec le reste du film.
Dommage.

Entre sobriété, humanisme, grand spectacle et réalisme, le film est un quasi sans faute et rend enfin justice à un personnage que le grand public avait figé depuis trop longtemps dans l’image d’une série télévisée rétro-kitsch des années soixante-dix. Son positionnement temporel durant la première guerre mondiale, l’une des périodes les plus noires de l’histoire humaine, dessert admirablement le personnage, faisant de ce fait ressortir ses valeurs. Avec ce film est imposé l’image d’une Wonder Woman aux idéaux toujours d’actualité, un personnage fort, emblématique, humain et positif.

L’autre point positif non-négligeable du film est dû à cette mode du film de super-héros : Là où Marvel traîne des pieds pour mettre en avant ces personnages féminins (on attend toujours un film Black Widow qui visiblement n’est pas prêt d’arriver…), DC/Warner à eu l’audace de mettre en avant la plus grande et la plus emblématique de toute les super-héroïnes, de tenter de faire quelque chose de nouveau en bousculant son image tout en gardant ces bases : Pari réussi car Wonder Woman est sans conteste un des plus grands films de super-héro de ces dernières années.

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1 : On retiendra surtout un long métrage animé d’excellente facture sorti en 2009, qui sera d’ailleurs disponible le 7 juin 2017 en France dans une édition director’s cut.

2 :

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Ice Ice Baby #2


ATTENTION ! CE BILLET CONTIENT UN SPOIL ABSOLUMENT INSIGNIFIANT EN TERME D’INTRIGUE SUR LE FILM WONDER WOMAN.
MAIS SAIT-ON JAMAIS, JE PRÉFÈRE PRÉVENIR LES TARÉS DANS MON GENRE, IL SE PEUT QUE CELA VOUS INCITE A VOUS NOYER SUR LES RIVES DE THEMYSCiRA, POUR LES AUTRES, ENJOY !!!

Ice cream is wonderful !
You should be very proud of this achievement !

Je vais vous avouer quelque chose, je suis insomniaque. En général je ne dors en moyenne que 4 heures par nuit, 6 heures si j’ai de la chance, alors en essayant de trouver le sommeil via les réseaux sociaux, l’autre jour je suis tombée sur un making of de 13 minutes du film Wonder Woman, qui comme vous le savez est sur le point de de sortir dans les salles obscures d’ici la semaine prochaine.

Un très court extrait de cette featurette a éveillé en moi le souvenir d’un billet posté en 2011 (la fameuse période des New 52) où je m’interloquais sur le soudain intérêt de Wonder Woman concernant les glaces en cornet, à l’époque paru dans Justice League #3.
A ce moment là, je peux vous dire que j’ai littéralement éclaté de rire, à 4h du matin.

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Il faut dire que ce moment précis avait déjà été librement transposé dans le film d’animation Justice League : War, comme un clin d’œil pour définir un lien, certes particulier, entre Diana et le monde des Hommes.

Hors dans le film de Patty Jenkins, sous vos yeux ébahis, attendez-vous désormais à retrouver encore une fois cette référence, comme annoncée dans le making of mis en lien plus haut.

Le pire c’est qu’à chaque fois, Wonder Woman prononcera exactement la même tirade. Il ne faut pas chercher bien loin pour en reconnaître l’influence directe : un certain Geoff Johns qui fait ici sur les trois productions, office de maître de cérémonie.

Mais au delà de cette référence, mon petit doigt me dit que le film consacré à Wonder woman va lui aussi amener son lot d’easter eggs au même titre que les autres films DC/Warner… Sauf que cette fois-ci, j’ai quand même du mal à croire que le grand public parvienne à les discerner.

Mais si j’ai pu attraper celle-ci, vous pouvez compter sur moi pour pouvoir lire une review du film digne d’une Amazone.

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Les Jeudis de l’Angoisse (des comics) # 31


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Lucy Loyd’s Nightmare

1

Les comics d’horreur et leur éditeur historique et emblématique EC (Entertainement Comics), sont un véritable pan de l’imaginaire collectif américain qui a influencé un nombre incroyable d’auteurs de part le monde, que se soit dans les bandes dessinées ou d’autres médias comme le cinéma ou la littérature.
Stephen King, Alan Moore, Frank Miller ou encore David Cronenberg, George A Romero ou Rob Zombie en étaient des fervents lecteurs et leur ont déjà rendu hommage à de nombreuses reprises (1). Emblématique de leur époque, leur héritage est encore très présent aujourd’hui et il arrive régulièrement que des auteurs leur rendent hommage : On a tous en tête la série télévisée culte qui en était directement inspirée, Les Contes de la Crypte, mais aussi au travers de films (Body Bags, Creepshow, Les Contes de la Nuit Noire entre autres) ou de récits d’anthologies et c’est aujourd’hui le cas puisque nous allons parler de Lucy Loyd’s Nightmare, ouvrage paru un peu dans l’indifférence générale en 2014 et pourtant pas dénué d’intérêt si les récits horrifiques vous passionnent, mais avant, c’est quoi un comic d’horreur ? D’où ça vient ? Petite piqûre de rappel.

Make you’re mommy cry
Daddy blows his mind
Listen up and learn, 
We’re not bad for the kids, we’re worse
Make ’em take offense
Taint your innocence
The first time always hurts
We’re not bad for the kids, we’re worse

Lordi – We’re not bad for the kids (We’re worse), Extrait de l’album To Beast or Not To Beast (2013)

Les comics d’horreur typiques, tel qu’ils ont été popularisés depuis les années 50 sont des histoires courtes où le plus important est la chute : Souvent morbides et/ou cruelles, elles sont aussi souvent au désavantage du méchant de l’histoire qui se retrouve pris à son propre jeu et en paye le prix fort.
Ces comics étaient très populaires au début des années 50 et ont connu durant cette période un succès phénoménal.

Malheureusement, cet âge d’or ne va pas durer : De la fin des années 40 au début des années 50, un psychiatre américain du nom de Fredric Wertham va mener une croisade très virulente contre les comics. Même si parmi les fans de comics il est surtout tristement connu pour ces observations/conclusions particulièrement fantasque sur les super-héros, sa campagne était au départ principalement axée sur les comics d’horreur et policier, les Crime Comics, qu’ils jugent responsable majoritairement de la délinquance juvénile.

Cet acharnement atteindra son apogée en 1954 et la publication de son livre La Séduction de L’innocent. Suite à la publication de ce livre, le docteur Wertham donnera nombre de conférences et une commission sénatoriale est créée, commission qui débouchera sur la création du fameux Comic Code Authority, un organisme chargé de contrôler le contenu des publications accessibles à la jeunesse aux États-Unis.

19
Le docteur Wertham, examinant un comic

Les comics vont subir durant cette période un véritable acharnement médiatique (des séances publiques de bûcher durant lesquels les enfants brûlent leur collection sont même organisées un peu partout aux États Unis), EC ne s’en relèvera pas et ferme ses portes en 1955, laissant derrière elle un héritage encore présent de nos jours.
Les comics EC ont vu des auteurs emblématiques travailler dans leurs pages, ces auteurs sont maintenant considérés comme des légendes : Wally Wood, Harvey Kurtzman, John Severin ou Jack Davis ont offert aux EC Comics leurs plus beaux récits et ont marqué de leur empreinte tout un média et un pan de la culture populaire mondiale.
Il faudra attendre le début des années 60 pour revoir de nouveaux des comics d’horreur dans les étals américains et l’apparition d’un autre éditeur emblématique dans le domaine, Warren Publishings. Fondé par James Warren en 1960, la maison d’édition publie tout d’abord deux magazines consacrés au cinéma fantastique et de science fiction : Famous Monsters of Filmland et Monster World, au succès quasi immédiat. Suivrons deux autres magazines, Spacemen et Help!.
James Warren introduit d’abord timidement ce qu’il appelle les monster comics dans le magazine Monster World avant de lancer ses premiers titres entièrement dédiés au genre en 1964 avec la publication des magazines mythiques Creepy et Eerie.

Ces magazines en noir et blanc vont de suite avoir un succès phénoménal, et pour ne pas avoir de problème avec le Comics Code Authority, James Warren va prendre une décision simple : Ne pas apposer le logo de l’organisme et s’en affranchir.
De ce fait ses magazines vont immédiatement tomber dans la catégorie des livres pour adulte et les auteurs seront du coup libres d’y raconter les histoires qu’ils souhaitent, sans aucune limitation de contenu.
Autre différence, Warren délaisse le format comics, qu’il juge à l’époque trop similaire à celui des comics pour la jeunesse, pour un format magazine, plus attractif pour une audience plus âgée.
Durant plus de dix ans, les publications Warren vont de nouveaux remettre sur le devant de la scène les comics d’horreur et c’est encore un véritable festival d’auteurs devenus aujourd’hui des légendes de leur média qui vont travailler sur ces magazines, d’une part la plupart des auteurs ayant œuvré sur les publications EC vont faire leur retour chez Warren, mais l’éditeur verra aussi émerger une nouvelle génération d’auteurs tous plus talentueux les uns que les autres, la liste est particulièrement longue mais ont peut citer pêle-mêle des auteurs comme Dave Cockrum, Berni Wrightson, Richard Corben, Rich Buckler ou Pepe Romano qui feront leur début dans les pages des publications Warren (2).

Suite à une baisse d’intérêt de la part du public, des choix éditoriaux et financiers hasardeux ainsi que des problèmes de santé de son créateur, James Warren, Warren Publishings est déclaré en banqueroute en 1983. C’est l’éditeur Dark Horse qui reprendra les droits des magazines Creepy et Eerie et dans un premier temps, et en rééditera les histoires emblématiques avant de relancer en 2009 Creepy et Eerie en 2012.
Pour finir, il est bon de souligner que même si les éditeurs emblématiques de ce genre sont EC et Warren, DC Comics et Marvel Comics ont eux aussi publié nombre de comics horrifiques, certes moins démonstratifs niveau thème et imagerie que les deux éditeurs historiques du genre mais de qualité globale plutôt bonne, voir parfois excellente : Ainsi DC Comics publiera des revues particulièrement intéressantes comme House of Mystery, Tales of the Unexpected Swamp Thing ou encore It’s MidnightThe Witching Hour. Du coté de chez Marvel, les titres Tomb of Dracula ou The Monster of Frankenstein surferont aussi sur la vague, mais sans vraiment s’écarter nettement du genre super héroïque comme l’a fait DC Comics.
Pour trouver des titres plus proches de ce style chez Marvel, il faut plutôt se diriger à l’époque vers la ligne Epic, un dérivé de Marvel plus accès sur des publications « adulte ».

Le comics d’horreur est un thème franchement très vaste et passionnant sur lequel il y a beaucoup plus à dire que le résumé très succin que je viens de faire ci-dessus, peut-être qu’un jour je m’y attarderai plus en détails…
Enfin bref, revenons à nos moutons et passons au livre de ce mois-ci, l’excellent mais énigmatique Lucy Loyd’s Nightmare ! Pourquoi énigmatique ? Excellent au point que Kurt Russel y fasse un caméo ? Mais pourquoi toutes ces questions et pourquoi je m’emballe autant ! ? Pour la dernière question je ne sais pas, pour les autres, réponse tout de suite  !

Lucy Loyd’s Nightmare est un comic d’horreur publié aux États-Unis chez le petit éditeur Jinx Comics et en France en 2014 par Delcourt, le scénario est écrit par Lucy Loyd et les dessins sont signés Mike Robb. Enfin la colorisation est d’une illustre inconnue, qui signe juste du prénom Beverly.

5

Lucy Loyd’s Nightmare est un recueil d’histoires courtes d’horreur, toutes plus ou moins liées de façon directe ou indirecte.
Le livre s’ouvre sur un court récit d’introduction : Joey rencontre une de ses amies, Candy, sur une brocante. Après quelques quelques courtoisies d’usage, Joey est assez surpris de découvrir sur le stand de Candy un exemplaire du dernier livre de Lucy Loyd. En le feuilletant, Joey découvre que le protagoniste de la première histoire n’est autre que… Lui-même ! Avant même de se rendre compte de ce qu’il se passe, Joey est brutalement écrasé par un poids lourd.

La première histoire intitulée Love Grass, nous présente un homme récemment divorcé rendu particulièrement nerveux par le bruit des paysagistes œuvrant dans la cour de son immeuble, se rendant compte que les paysagistes travaillent aussi non loin de l’immeuble dans lequel vit sa femme, il va mettre au point une terrible machination afin de se venger de celle-ci.

7 La seconde histoire est titrée Bad Habits et nous emmène à l’époque du far west faire la connaissance d’un shérif particulièrement truculent, amateur d’histoires scabreuses et vulgaires qui un soir va se retrouver confronté à une armée de zombies bien décidés à lui faire la peau.
L’histoire suivante a pour titre A Good Man.
Encore enfant, Sam n’aspirait qu’à devenir quelqu’un de bien. Vingt cinq ans plus tard, il est un clochard alcoolique dont la providence viendra peut être d’Eddy un ancien camarade de classe, mais les apparences sont parfois trompeuses…
La quatrième histoire, Inside, est l’une des plus intéressantes :  Jim est un fan de Lucy Loyd et il attend chaque nouveau livre de l’auteure avec impatience. Cependant, il n’attend pas les livres pour les mêmes raisons que les autres fans : Jim est en effet convaincu d’être une création de Lucy Loyd et que celle-ci prend un malin plaisir à lui faire vivre des histoires toutes plus horribles les unes que les autres et de le faire survivre à chaque fois pour le tourmenter de nouveau.

6
Dernière histoire, Préhistorock et c’est avec surprise que le récit s’ouvre sur une conversation entre Bob et Syphilis, respectivement un tyrannosaure en plastique et un poisson rouge. Bob est en fait le jouet favori de Tommy, leader du groupe de rock Let’s Get Kill. C’est en fait Bob qui écrit et compose toutes les chansons du groupe, Tommy le cachant dans son appartement et s’attribuant toute la renommée. Seulement Bob commence à en avoir assez et va échafauder un plan pour se venger du chanteur.
Chaque histoire est entrecoupée de petits interludes montrant le destin du livre que vous tiendrez pendant la lecture, jusqu’à ce qu’il atterrisse entre vos mains. Ces petites histoires sont présentées par un mystérieux personnage au visage sombre nommé Jack, particulièrement cruel et sadique. On retiendra notamment le destin tragique de Timmy, un petit garçon prisonnier du destin que lui a réservé Lucy Loyd.

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A-t-on vraiment encore besoin de présenter Lucy Loyd ?
Si vous êtes fan d’horreur, le nom de cette écrivaine ne vous est probablement pas inconnu, dans le cas contraire, voici une rapide présentation ! Lucy Loyd est une auteure d’horreur américaine très prolifique : Durant sa carrière elle a signé de nombreuses anthologies d’histoires d’horreur, toutes adaptées par la suite en comics.
La première est Lucy Loyd’s Fantasy, c’est d’ailleurs dans ce premier livre qu’apparait le personnage de Jim (3), que l’on retrouve dans l’histoire Inside. Suivrons ensuite et entre autres les livres Lucy Loyd’s Darkness et Lucy Loyd’s Madness.
Lucy Loyd est une personne très secrète : On sait juste d’elle qu’elle est très âgée, qu’elle est handicapée et qu’elle ne se montre quasiment jamais en public. Elle n’a, de plus, jamais dédicacé un seul de ses livres.
On la dit acariâtre et souvent désagréable avec les dessinateurs travaillant avec elle, le seul avec qui elle a avoué avoir eu plaisir à travailler étant Mike Robb qui signe d’ailleurs l’intégralité des dessins de ce recueil ainsi que l’encrage. Je n’ai par contre trouvé aucune information sur la coloriste, qui signe simplement du prénom de Beverly (4).

La maîtrise de Lucy Loyd dans le genre horrifique est en soit assez impressionnante : chaque histoire à une chute franchement très surprenante et imprévisible, même moi qui suis très aguerri à ce style d’histoire je fus très agréablement surpris par ce livre et ces petites histoires qui brassent assez large niveau thème et ambiance : Amoureux transis de monstres, zombies, psychopathes, meurtriers, les thèmes sont variés et malgré la violence de certaines histoires elles sont à chaque fois teintées d’une pointe d’humour noir assez rafraîchissante dédramatisant un peu le sordide des scènes.
De plus, comme je le dis plus haut, chaque histoire est plus ou moins liée directement de façon astucieuse et on se surprend à chercher chaque référence à telle ou telle histoire dans la suivante ou la précédente.
Le quatrième mur est également régulièrement brisé, impliquant le lecteur dans l’histoire qu’il est en train de lire et renforçant ainsi l’immersion.
Enfin, pour les connaisseurs, les personnages sont représentés avec l’apparence de personnalités plus ou moins connues de l’univers du fantastique et de l’horreur : Ainsi Jim, le « jouet » de Lucy Loyd est manifestement l’acteur Kurt Russel alors que son psychiatre est un sosie de l’éditeur James Warren (voir plus haut pour plus de détails). Je suis quasiment certain d’en avoir raté d’autres, mais je suis sûr que la plupart des personnages sont inspirés par des personnes réelles gravitant autour du monde de l’horreur imaginée.

Niveau dessins, Mike Robb fourni un travail exceptionnel : Son trait est fin et détaillé, de plus le coté sobre et réaliste du dessinateur sied parfaitement à l’atmosphère sombre et crû de l’ensemble des histoires. Un choix parfaitement adapté, la partie graphique étant sans conteste un point fort du livre.
Enfin la colorisation, volontairement old school avec ses teintes pâles et claires est également très bien vu, renforçant le coté « hommage » de ce recueil. Personnellement, j’aurais rajouté une colorisation tramée en points, comme sur les anciens comics afin de renforcer cet aspect, mais bon, je chipote.

Lucy Loyd’s Nightmare est un comic d’horreur absolument jouissif : A mi-chemin entre hommage aux EC Comics et histoires aux thèmes plus moderne, finement écris, intelligent et superbement dessins et mis en couleurs, c’est un véritable régal pour les amateurs d’horreur dessinés et même les autres. C’est également je pense un parfait point de départ pour qui voudrait avoir un premier contact avec le genre horrifique des comics d’horreur de style EC ou Warren, la maîtrise dont font preuve les auteurs sur ce livre étant absolument admirable et de plus, parfaitement abordable pour tout type de lecteurs.
Plus qu’un livre, une lecture plus que recommandable, Lucy Loyd étant de toute évidence une auteure à suivre de prés si vous ne la connaissez pas, mais je suis sûr qu’en tant que fan d’horreur vous avez très certainement déjà lu quelque chose d’elle, donc c’est un achat que vous avez forcément déjà fait.

Lucy Loyd’s Nightmare, de Lucy Loyd, Mike Robb et Beverly, disponible depuis le 2 avril 2014 chez Delcourt dans la collection Machination.


Bande annonce de Lucy Loyd’s Nightmare

Attendez, c’est quoi ce bruit derrière moi ? Qui êtes vous madame et qu’est ce que vous faites là… Si j’ai lu le livre ? Oui, et j’ai beaucoup aimé… Me le dédicacer, euh oui… Mais pourquoi vous m’appelez Jim  ? D’accord… Non…
Je ne sais pas ce qu’il m’a pris d’écrire sur ce livre…

20

Je les entends gratter la porte… Aidez-moi…

1 : Stephen King et George A Romero se sont même rejoints l’espace d’un film afin de rendre un vibrant hommage sous forme d’un film à sketchs, Creepshow que j’ai déjà chroniqué dans cette rubrique.

2: Warren sera aussi un des premiers éditeurs à faire travailler des auteurs internationaux sur ces publications, notamment des auteurs espagnols.

3  : Jim est un personnage récurrent des histoires de Lucy Loyd, notamment pour ces histoires durant lesquels il affronte les Junkmunks, des gremlins sanguinaires habillés comme des musiciens hippies des années 60.

4  : La maison d’édition Jinx Comics, Lucy Loyd, Mike Robb et Beverly n’existent pas

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Bliss is Love !


Love is Love 3

Je ne le dirai jamais assez, parce qu’il existe encore trop d’injustice, trop de haine, trop de mépris envers la communauté LGBT, (qu’il s’agisse de l’horreur que subissent actuellement les jeunes gays de Tchétchénie, et ce dans la quasi indifférence des politiques de ce monde, ou de ce gros naze de Cyril Hanouna qui, dans son émission de merde, dynamite en une pantomime abjecte le travail de nombreuses associations qui viennent en aide aux victimes d’homophobie), l’anthologie Love is Love fait partie de ces œuvres d’utilité publique que l’on doit soutenir, promouvoir, et diffuser au delà des frontières et des cultures, coûte que coûte.

Love is Love est comme son titre l’indique un ouvrage universel. Il vous donne du courage, il vous montre que vous n’êtes pas seul. Il rassemble des centaines d’artistes face à une tragédie aussi inattendue qu’incompréhensible et prend le temps de poser des mots et des images sur l’inexplicable.
Et comme le décrit si bien Corentin sur DC Planet à l’occasion de la journée internationale de lutte contre l’homophobie du 17 mai, une autre oeuvre avant elle avait parfaitement su dénoncer ces cruautés envers les homosexuels, il s’agit bien sûr de l’anthologie AARGH ! initiée par le grand Alan Moore que j’ai pu naturellement chroniquer sur ce blog.

Une anthologie pareille ne pouvait pas rester longtemps dans l’ombre en terme de parution dans nos contrées. Bliss Comics a réussi à se démarquer en obtenant l’édition française de Love is Love, l’annonce du jeune éditeur sur les réseaux sociaux correspondant avec cette date symbolique du 17 mai :

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La Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et transphobie est célébrée chaque année le 17 mai. Cette journée a pour but de promouvoir des actions de sensibilisation et de prévention pour lutter contre l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie.
Plus que jamais, l’actualité nous rappelle que ces fléaux sont encore bien présents partout dans le monde et font de nombreuses victimes. Aujourd’hui, comme tous les autres jours de l’année, nous pouvons agir. En parler, sensibiliser, mener des actions concrètes dans les écoles, les bibliothèques, dans la rue, sur les réseaux sociaux, sur nos lieux de travail…
Pour plus d’informations sur cette journée et les actions que vous pouvez mener, consultez le site :
https://www.homophobie.org/

Parce que la lutte contre les violences anti-LGBT peut prendre de nombreuses formes et ne s’arrête pas le lendemain du 17 mai, nous sommes heureux d’annoncer la sortie en France, en novembre prochain, d’un ouvrage qui nous tient particulièrement à cœur : Love is Love.
Love is Love est un projet caritatif publié aux Etats-Unis à l’initiative de l’auteur Marc Andreyko et l’éditeur IDW (Tortues Ninja, X-Files, Infinite Loop) avec la participation de DC Comics. Son objectif est de lever des fonds au profit des victimes, des survivants et leurs familles de l’attentat commis à Orlando le 12 juin 2016 dans la boite de nuit LGBT le Pulse, qui a fait 49 morts et 53 blessés.

Cet ouvrage collectif de 144 pages rassemble de très nombreux auteurs travaillant dans le monde du comics, comme Phil Jimenez, Paul Dini, Gail Simone, Jonathan Hickman, Marguerite Bennett, Jason Aaron, Carla Speed McNeil, George Perez, Jay Edidin, Rafael Albuquerque, Jim Lee, Mark Millar, James Tynion IV et des dizaines d’autres. Tous ont voulu, à travers de courtes histoires et textes illustrés inspirés par cet événement tragique, témoigner de leur solidarité et leur compassion. Cet ouvrage inclus également des personnages aussi divers que Supergirl, Harley Quinn, Batwoman, Kevin Keller (d’Archie Comics) ou encore le Spirit de WIll Eisner.
La couverture est réalisée par la française Elsa Charretier (Infinite Loop, Harley Quinn) et Jordie Bellaire (coloriste de Batman, X-Files, Injection,…).

Sorti aux Etats-Unis en décembre 2016, Love is Love a depuis levé plus de 165 000 dollars et atteint sa cinquième ré-impression.
La version française sera enrichie par des histoires réalisées par des artistes français et francophones. La totalité des bénéfices réalisés seront reversés à deux associations de défense des LGBT, une française (SOS Homophobie) et une américaine.

Love is Love
Publié en France par Bliss Comics.
Scénario et Dessins : Collectif
Couverture : Elsa Charretier et Jordie Bellaire
Préface de Patty Jenkins, réalisatrice du film Wonder Woman.

Prix de vente : 15 euros.
Reliure cartonnée.
Disponible en novembre 2017.

Love is Love 1

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Suite à cette annonce, j’ai pu m’entretenir avec Florent Degletagne, responsable éditorial de Bliss Comics, et lui demander ce qui l’a motivé de publier une telle anthologie, ici, en France…
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Bonjour Florent, tu as très récemment annoncé la parution prochaine (en novembre pour être exacte) de l’adaptation française de l’anthologie Love is Love sortie fin 2016 chez l’éditeur IDW en partenariat avec DC (et non Valiant, qui jusqu’ici était l’univers auquel vous vous consacriez exclusivement).
J’aimerais savoir tout simplement pourquoi tu as fait tout ton possible pour obtenir les droits de publication française pour une telle oeuvre.

Parce que ce livre mérite d’être diffusé le plus largement possible, au-delà des Etats-Unis ! Je ne sais pas si j’ai fait “tout mon possible”, mais en tout cas je souhaitais vraiment qu’il voit le jour en France… alors j’ai demandé !

Quand tu as ouvert les pages de Love is Love pour la première fois, qu’as tu ressenti ?

Dès les premières pages j’ai eu le ventre noué. Peu de comics me font ressentir des émotions aussi fortes. Je me suis senti submergé par les dizaines de témoignages. Au point d’en avoir le souffle un peu coupé et les larmes aux yeux. Un seul comics m’avait fait cet effet-là avant, un épisode de la série No Mercy dédié aux victimes des camps de “conversion sexuelle” aux Etats-Unis.

Peux-tu nous dire quelles participations as-tu le plus apprécié dans cette anthologie, selon toi dans ton âme de lecteur, plutôt qu’en tant qu’éditeur ?

Difficile d’en choisir seulement quelque-unes. La page réalisée par Daniel Beals et David Lafuente m’a frappée. Elle montre en parallèle, deux enfants et leur famille respective, voisines l’une de l’autre et réagissant à la nouvelle de l’attentat. Le contraste est effrayant. Le jeune père que je suis a été vraiment pris aux tripes.

La page illustrée par Carla Speed McNeil, qui témoigne de l’urgence, la panique, la proximité étouffante de l’événement, lorsque l’on ignore si un de nos proches est en vie. J’ai tout de suite fait le parallèle avec l’attentat du Bataclan.

D’autres témoignages prennent la forme de manifestes plus universels, directs et frappants, comme la page de Jay Edidin et Sophia Foster-Dimino. Encore plus lorsque l’on sait que l’auteur est trans.

Love is Love 2

Te souviens-tu ce que tu faisais lorsque que tu as appris la tragédie du Pulse ?

Pas précisément. Je devais être avec ma femme et mon fils, chez nous, le dimanche matin.

Penses-tu qu’une telle oeuvre peut véritablement faire bouger les choses en matière de tolérance et de sensibilisation ? Est-ce qu’il est envisageable de voir l’édition française de Love is Love, au delà des bibliothèques (ce qui serait déjà une très bonne chose), être présente dans les CDI des collèges et lycées de notre territoire ?

C’est un effort parmi d’autres. Bien sûr que nous ferons tout pour qu’il soit largement diffusé dans les bibliothèques et les écoles !

Es-tu capable de nous en dire un peu plus sur cette participation d’auteurs francophones, ou dans un sens plus large, des bonus inclus dans cette édition française ?

Je ne peux pas trop en dire pour le moment car nous travaillons dessus et n’avons pas de liste définitive, mais le livre sera enrichi par des participations de divers auteurs français ou francophones. Nous aimerions rajouter environ une quinzaine de pages.

Il a été annoncé sur les réseaux sociaux que la totalité des bénéfices réalisés seraient reversés à deux associations de défense des LGBT, SOS Homophobie pour la France, et une américaine… Il n’y aura donc vraiment aucun bénéfice pour Bliss Comics ?
Peut-on considérer qu’il s’agit d’une oeuvre caritative à part entière provenant de Bliss Comics ?

Oui, c’est une oeuvre totalement caritative, Bliss ne touchera pas un centime de bénéfice.

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