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Les Jeudis de l’Angoisse (des comics) # 29


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Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson

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Il y a parfois des moments où l’actualité vous rattrape et mon statut de simple collaborateur sur un blog ne me fait pas déroger à la règle…
Je ne vais pas vous cacher qu’à la base, un autre « Jeudi » sur un tout autre thème était prévu mais le décès prématuré de Bernie Wrightson dimanche dernier m’a brusquement fait changer mes plans. Exit donc ma première idée, et place à un autre hommage (j’en ai déjà fait un « à chaud » ici) à ce grand maître de l’horreur dessinée !

Bernie Wrightson est surtout connu des fans de comics pour sa légendaire itération illustrée du Frankenstein de Mary Shelley, mais l’artiste a également beaucoup travaillé pour les magazines d’horreur Warren Publishing, particulièrement les mythiques revues Eerie et Creepy, durant les années 70 (de 1974 à 1978 pour être plus précis) et c’est l’intégralité de ces travaux pour ces deux magazines que propose l’éditeur Delirium dans cet album (1).

L’album reprend donc l’ensemble des histoires réalisées par Bernie Wrighston pour les deux magazines est force est de reconnaître à la lecture de cet ouvrage que le dessinateur a un peu touché à tout les genres et ambiances, petit tour d’horizon des histoires présentes et sur son contenu.

Le livre s’ouvre sur une longue préface de Bruce Jones, le scénariste, ami et collaborateur de Bernie Wrightson revient avec nostalgie, humour et passion sur son amitié avec l’artiste au gré de nombreuses anecdotes. Une bien belle façon de commencer le livre qui confirme, si il en était encore besoin, de la valeur aussi bien humaine qu’artistique de l’artiste. Cette préface prend encore plus de sens et de symbole depuis son décès car elle prouve encore une fois que Bernie Wrightson était en plus d’être un artiste exceptionnel, une personne admirable.

Les histoires sont classées en deux parties, celles publiées dans Creepy, puis ceux publiées dans Eerie.

Le Chat Noir (The Black Cat) adaptation de la nouvelle d’Edgar Alan Poe

Paru dans Creepy #62 de mai 1974

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Un homme jaloux du chat de sa femme va peu à peu sombrer dans la folie jusqu’à commettre l’irréparable, un classique de la littérature horrifique ici adapté par Bernie Wrightson.

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Bien avant Frankenstein, Wrightson montrait déjà sa passion pour les classiques de l’horreur avec cette adaptation de toute beauté. Les dessins de l’artiste, comme pour Frankenstein, bien loin de seulement adapter l’histoire originale, la magnifie en lui donnant une véritable identité : Le style gothique, sombre, psychologique et malsain de Poe est ici parfaitement retranscrit par Wrightson.
Bien plus qu’une adaptation, c’est un véritable hommage qu’il rend à ce classique de la plus belle des manières. On y perçoit d’ailleurs les prémices de son futur chef d’œuvre avec une obsession du détail, notamment dans les décors.
Une histoire charnière pour l’artiste, un must read.

Jenifer, histoire écrite par Bruce Jones, dessinée par Bernie Wrightson

Parue dans Creepy #63 de juillet 1974

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Un chasseur surprend dans les bois un homme tentant de tuer par décapitation une jeune femme. Le chasseur tire sur l’homme qui, agonisant dans ses bras, n’a le temps de prononcer que le nom de la fille, « Jenifer ». Le chasseur recueille l’infortunée pour s’apercevoir qu’elle a un visage difforme et ne peut pas parler. Touché par la détresse de la pauvre créature, le chasseur l’accueille chez lui, au sein de sa petite famille. Mais la présence de Jenifer au sein du foyer va vite devenir problématique…

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De toute les histoires de cet album, Jenifer est sans conteste ma préférée : Malsaine, la sensation d’attraction / répulsion pour Jenifer est palpable au travers des dessins de Wrightson et le lecteur est vite chamboulé entre la pitié et la haine pour cette créature pathétique et monstrueuse et son malheureux bienfaiteur. Une histoire troublante, magnifiquement mise en image par Wrightson.

Clarice, histoire de Bruce Jones, dessinée par Bernie Wrighston

Parue dans Creepy #76 de février 1977

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Un homme se remémore les bons moments passés avec sa défunte femme tandis que le fantôme de celle-ci semble le harceler à l’extérieur de chez lui durant une tempête de neige.
Encore une histoire particulièrement troublante, quasiment onirique, dont la chute est certes assez commune mais surprenante. L’histoire est courte mais loin des canons de ce genre de récit : Ici point de scènes de violence où de monstre hideux, le ton est triste, presque nostalgique jusqu’à la révélation finale, cette chute étant en fait le seul impondérable de cette histoire. Une histoire différente mais particulièrement réussie.

Les Rats des Champs (Country Pie) scénario de Bruce Jones, dessins de Carmine Infantino, encrage de Bernie Wrightson

Parue dans Creepy #83 de octobre 1976

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Un homme prend en auto-stop une jeune femme et son petit frère, croyant bien faire, il se retrouve malgré lui la victime d’une machination diabolique. Dans le même temps, deux policiers suivent, sans grande conviction, les directives d’une médium concernant un tueur en série. Les deux affaires seraient-elles liées  ?

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Une histoire assez surprenante, à la chute plutôt bien vue et différente de la majorité de ce genre d’histoire, ce qui la rend d’autant plus intéressante.

Seulement encrée par Bernie Wrightson, cette histoire est dessinée par le grand Carmine Infantino, à l’époque dans une période creuse de sa carrière. Infantino venait d’être renvoyé de chez DC Comics et Bruce Jones et Bernie Wrightson décidèrent de l’aider en lui confiant les dessins de cette histoire. Pour la petite anecdote, à l’époque où Wrightson commença à travailler pour DC Comics, Infantino était la star incontestée de DC, lorsqu’il fut congédié, il se retrouva dans un petit bureau de Warren Publishing et c’est là que Jones et Wrightson le retrouvèrent. Touchés par sa situation et se souvenant de l’aide qu’il lui avait apporté au début de sa carrière, Wrightson lui proposa les dessins de cette histoire. Infantino en dessina une autre, toujours encrée par Bernie Wrightson dont je vais parler de suite.

Dick Swift et sa bague de force électrique  ! (Dick Swift and his electric Power Ring  !) écrit par Bill DuBay, dessins de Carmine Infantino et encrage de Bernie Wrightson

Parue dans Creepy #86 de février 1977

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Peter est un jeune garçon très malade. Malgré les traitements, son état ne fait qu’empirer et alité, il ne fait que discuter avec son meilleur ami, le vieux monsieur Music et lire les comics de Dick Swift, son héros favori. Un jour il commande l’arme favorite de son héros, la fameuse bague de force électrique et une fois en sa possession, cette bague va lui redonner espoir, de la plus belle des façons.

Une histoire particulièrement touchante, en décalage complet avec les thèmes de la plupart des histoires habituellement publiées dans Creepy. Une véritable réflexion sur l’utilité des héros imaginaires et leur influence, à lire absolument.

Une saga martienne (A Martian Saga) histoire de Nicola Cuti, dessins de Bernie Wrightson

Publiée dans Creepy #87 de mars 1977

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Un mystérieux personnage masqué arpente les paysages de Mars sans but lorsqu’il assiste quasiment impuissant au massacre d’un petit village et ses habitants des mains d’un monstre horrible. Arrivé trop tard, il abat le monstre et sauve une jeune femme. Mais ce sauvetage était il vraiment une bonne chose pour lui  ?

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On sort de l’horreur pure pour la science fiction sombre et violente avec cette histoire. Le récit est relativement court mais les deux auteurs aux commandes réussissent à créer malgré cela une véritable ambiance glauque et malsaine et presque désespérante. L’histoire est de plus sans paroles, narrée par le personnage principal sous forme d’un poème. Un très bon moment de lecture.

L’Homme qui rit (The Laughing Man) scénario de Bruce Jones, dessins de Bernie Wrightson

Publiée dans Creepy #95 de février 1978

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Dans une colonie africaine, un homme en guenilles apparait un beau jour et réclame à boire. L’homme, épuisé, semble être sujet à une crise de démence, ne pouvant s’empêcher de rire. Une fois calmé, il raconte alors son histoire : Lui et son meilleur ami étaient partis en expédition pour découvrir une tribu légendaire de singes civilisés, mais leur expédition va vite virer à l’horreur…

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Une histoire sordide et glauque, typique du magazine Creepy à la chute aussi invraisemblable qu’horrible, magnifiquement mise en image par un Bernie Wrightson au top de sa forme : En résumé, du très bon comic d’horreur, l’une des meilleures histoires de ce recueil.

Le monstre de Pepper Lake (The Pepper Lake Monster) scénario et dessins de Bernie Wrightson

Publié dans Eerie #58 de juillet 1974

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Summers est un homme obsédé par la chasse aux monstres, mais il n’en a jamais rencontré aucun… Jusqu’au jour où son obsession devient réalité et son chemin fini par croiser celui d’une immense créature marine à Pepper Lake. Le monstre devient son obsession et le capturer sa raison de vivre. Mais les habitants de Pepper Lake ne semblent pas du même avis.

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Une histoire très inspiré par le monstre du Loch Ness, qui donne une image assez caustique des habitants du fameux lac. Originale et cruelle, une histoire qui même si elle est typique des productions Warren est magnifiée par le talent de Bernie Wrightson.

Quand la nuit tombe (Nightfall) scénario de Bill DuBay, dessins de Bernie Wrightson

Parue dans Eerie #60 de septembre 1974

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Némo est un petit garçon bien malchanceux : Toutes les nuits des monstres surgissent des coins sombres de sa chambre pour l’emmener dans leur monde. Personne ne le croit et chaque nuit Némo espère que ça ne sera pas sa dernière nuit… Au grand dam de ses parents, forcés chaque nuit de le rassurer.

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Entre peurs enfantines et monstres hideux, cet hommage au Little Nemo de Winsor McCay est absolument jouissif, principalement pour les dessins de Wrightson qui démontre toute l’étendue de son talent pour dessiner des monstres. Chaque planche est un ravissement et l’amateur de monstruosités en tout genre y trouvera sans problème son compte  !

Un air glacé (HP Lovecraft’s Cool Air) adaptation de la nouvelle de Howard Phillips Lovecraft par Bernie Wrightson

Publiée dans Eerie #62 de janvier 1975

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Un homme raconte sa phobie des courants d’air au travers d’un de ses souvenirs de jeunesse. Alors jeune employé d’un journal, il découvre un jour une tâche d’ammoniaque au plafond de son petit appartement. L’infiltration le fait se sentir mal et c’est tant bien que mal qu’il va se plaindre à son voisin du dessus. Il y découvre Mr Munoz, un vieil homme forcé de vivre dans un appartement aux températures glaciales. Mais un jour, le climatiseur du vieil homme tombe en panne, et ainsi commence une aventure aussi invraisemblable que terrible pour notre pauvre héros.

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Après Edgar Alan Poe, c’est au tour de HP Lovecraft de se voir être adapté par Bernie Wrightson et encore une fois c’est une grande réussite : L’histoire originale gagne ainsi un coté visuel assez impressionnant, Wrightson mettant encore une fois beaucoup de passion à illustrer cette histoire, cette passion transpirant à chaque planche. Une histoire à classer parmi les classiques de Bernie Wrightson, ni plus ni moins.

Reuben Youngblood  : Détective Privée  ! (Reuben youngblood  : Private Eye !) scénario de Budd Lewis, dessins de Howard Chaykin et Bernie Wrightson

Parue dans Eerie #72 de février 1976

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Reuben Youngblood est un détective privé avide d’aventures, ainsi lorsqu’un de ses amis lui confie une enquête, ce n’est ni une ni deux que le fougueux détective monte à bord d’un zeppelin pour y mettre à jour un trafic… De sang humain ! Une aventure rocambolesque qui va amener notre aventurier à se coltiner des vamps au physique avantageux ainsi que des industriels nazis.

Changement de style pour cette histoire d’aventure dessinée à quatre mains par Howard Chaykin (dessins) et Bernie Wrightson (finitions et encrage). L’histoire est typique de celles que l’on pouvait lire dans les pulps des années 30 et en est un hommage à peine dissimulé. Le ton léger et aventureux de ce récit détonne assez singulièrement avec les autres histoires de l’ouvrage, de plus l’histoire est très verbeuse, rendant sa lecture parfois un peu laborieuse, mais le côté un peu rétro qui s’en dégage la rend néanmoins assez agréable à lire.

Le monstre de boue (The Muck Monster) scénario et dessin de Bernie Wrightson

Publiée dans Eerie #68 de septembre 1975

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Il est une créature sans âme, née de la science d’un savant fou pour qui sa création n’a aucune valeur. Sacrifiée, la créature réussira malgré tout à revenir à la vie pour réclamer une explication à son existence.

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Seule récit de l’ouvrage en couleur, cette histoire est intéressante surtout pour le fait que l’on est en présence d’un premier jet manifeste du futur Frankenstein de Bernie Wrightson : Des ambiances du récit au look des personnages, tout y est déjà.
Wrightson étant peu habitué aux récits en couleurs, elle apporte néanmoins ici une touche supplémentaire au travail de l’artiste et donne une idée de ce à quoi aurait pu ressembler une version colorisée de son chef d’œuvre. Une histoire essentielle dans la carrière de l’artiste, à lire absolument pour tout fan de Wrightson.

Cette histoire conclu de façon admirable un ouvrage tout aussi admirable, mais ce n’est pas fini  !

Ultime chapitre du livre, une galerie d’images constituée des frontispices (2), illustrations et couvertures que Bernie Wrightson a réalisé pour les deux magazines sont proposés et autant être franc, c’est un véritable déluge visuel, un ravissement pour les amateurs d’horrible, ces illustrations étant de véritables pépites pour les fans d’horreur dessinée.

La galerie s’ouvre d’ailleurs sur un dessin que Bernie Wrightson avait fait alors qu’il n’était qu’un lecteur de ces revues, dessin qui fut publié à l’époque dans le courrier des lecteurs, comme quoi à force d’efforts et de talent, tout est possible.

Un dernier mot sur l’édition française et autant dire que Delirium n’a plus rien à prouver, leurs ouvrages étant de véritables modèles de professionnalisme : Grand format, couverture rigide, papier glacé, impression et traduction impeccables (traduction signée par Doug Headline aka Tristan Jean Manchette), cet ouvrage est à l’image des autres publications de l’éditeur, un objet de toute beauté.

Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson est un ouvrage que tout fan de l’artiste ou même de comics d’horreur se doit de posséder : C’est clairement un ouvrage de référence, magnifiquement édité, limite indispensable.
Je n’ai rien d’autre à ajouter, personnellement j’ai dû le lire cinq ou six fois et je n’ai qu’une seule envie, refaire la connaissance de Jenifer, Clarice, Némo et tout les autres créatures immortalisées par Bernie Wrightson ! Si comme moi vous voulez faire le chemin, courrez vous procurer cet ouvrage et entreprenez vous aussi ce voyage au cœur des ténèbres, vous ne serez pas déçu.

Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson, disponible en France depuis le 19 novembre 2014 chez l’éditeur Delerium.

1 : Pour les plus complétistes, il ne manque dans cet album qu’une histoire back-up de deux pages publiées dans Vampirella (un autre magazine de Warren Publishing) intitulée The Believer pour avoir l’intégralité des travaux de Bernie Wrightson pour Warren Publishing. Mais heureusement, cette histoire a été publiée en France dans le magazine Special USA #14 sous le titre «  Le Dieu Cornu  ».

2 : Les frontispices sont des illustrations pleine page, présentant une histoire. Dans les revues d’horreur, elles mettent souvent en scène un narrateur, présentant de façon ironique et macabre le récit qui va suivre.

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Les Jeudis de l’Angoisse (des comics) # 18


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Oink, Le Boucher du Paradis

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Les comics et la bande dessinée sont des moyens d’expression qui permettent parfois de parler de certains thèmes de manière plutôt originale. Peut-on parler et critiquer ces institutions que sont l’école et la religion avec l’histoire d’un cochon travaillant dans un abattoir ?
Ça peut paraître de prime abord compliqué mais c’est pourtant ce que tente de faire John Mueller avec Oink, Le Boucher du Paradis, histoire surréaliste, sombre, violente, triste et pourtant tellement juste, sur le calvaire subit par Oink, le boucher du paradis.

«  I want to watch it come down
now doesn’t that make you feel better?
the pigs have won tonight
now they can all sleep soundly
and everything is all right  »

Nine Inch Nails – March of the Pigs (The Downward Spiral, 1994)

Si vous êtes fans de comic, le nom de John Mueller ne doit très certainement pas vous dire grand chose et pour cause : Oink et son seul comic, l’artiste œuvrant depuis exclusivement dans le domaine du jeu vidéo. Il a travaillé en tant qu’illustrateur, directeur artistique ou développeur sur des grosses licences vidéo-ludiques comme Quake, Unreal Tournament, Darksiders, Forgotten Realms ou Gears of War. Pas grand chose à ajouter de plus sur cet artiste, si vous êtes joueur de jeux vidéo, vous avez sans aucun doute jouer à un ou plusieurs des jeux énumérés plus haut, étant joueur moi-même, je peux dire que ce sont pour la majorité des jeux de grande qualité, majoritairement très violents cela dit…
Peintre de formation classique, John Mueller décrit Oink comme le projet le plus ambitieux et le plus personnel de sa carrière. Selon l’artiste, toute cette histoire n’est qu’une immense allégorie de sa propre vie et plus particulièrement de son enfance et de son passage à l’école.

D’abord publié à 5000 exemplaires chez le petit éditeur Kitchen Sink Comix en 1996 (le premier numéro sort en décembre 1995), Oink, Heaven’s Butcher fut remanié et remasterisé par l’auteur lui-même en vue d’une réédition chez Dark Horse l’année dernière et Delirium en France.
Bon, tout ça c’est bien gentil, mais ce boucher du paradis, c’est bien ou c’est pas bien ? Pour le savoir, parlons du goret en question.

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L’histoire commence dans l’abattoir porcin 658 et nous présente Oink, colossal et naïf boucher à tête de cochon, son quotidien et l’environnement étouffant et cruel dans lequel il vit. Forcé de tuer et traiter ses semblables moins évolués, Oink va dès son enfance être conditionné à n’être qu’un rouage d’une machinerie horrible et bien huilée dirigée par un groupe d’hommes pseudo religieux dont la croyance est une sorte de mélange entre fanatisme et totalitarisme.

Mais plus le temps passe et plus Oink s’interroge… Va-t’il encore supporter longtemps de n’être qu’un simple pion dans cet engrenage malsain ou va-t’il devenir le grain de sable qui va faire dérailler cette machinerie ? La mort de Robinet, mentor et ami de Oink, crucifié pour avoir osé se rebeller va être le déclic qu’attendait Oink. Dans une folie vengeresse et violente, il va détruire l’abattoir où il était exploité, s’enfuir et commencer une quête identitaire.
L’esprit libéré, Oink va alors se mettre en chemin pour découvrir son histoire, les origines de ce monde cruel et l’existence d’un éventuel «  Paradis  »…

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Ce qui ressort de la première lecture de Oink, c’est que c’est une lecture particulièrement puissante, l’allégorie avec le monde scolaire est cinglante, stigmatisant cet univers d’une manière cruelle et désespérée. Difficile en effet de ne pas très vite faire le rapprochement entre le monde scolaire et cette imagerie barbare d’abattoir dans lequel les esprits sont conditionnés à suivre une voix toute tracée et bien malheureux sera celui qui tentera de s’en écarter, vite remis dans le droit chemin de manière expéditive, pas moyen non plus de réfléchir par soi-même au risque de se retrouver brisé et puni.

4Cette vision grossie, exagérée est également évidente dans le style visuel, tout y est sombre, ordonné et sale. Les hommes qui gèrent cette anti-chambre de l’enfer sont soit des figures religieuses extrémistes, soit des soldats sans visage au look néo-nazi. Que dire des employés « normaux » (non porcins), des sortes de psychopathes décérébrés galvanisés par un sentiment de puissance illusoire. L’abattoir de Oink ressemble également « étrangement » à une sorte de mix entre une école et une église, la pancarte devant l’entrée ne laissant d’ailleurs aucune ambiguïté sur cet état de fait.

Chaque personnage croisé par notre héros zoomorphe est également un symbole et le lecteur lambda devrait sans peine y reconnaître une figure marquante de sa propre vie.

5Visuellement, Oink est une véritable claque, aussi puissante que son discours sous-jacent. Les peintures de John Mueller sont certes sombres mais d’une puissance phénoménale. Sorte de mélange hallucinant entre la technique d’Alex Ross et le style débridé de Simon Bisley, Oink est juste une œuvre graphiquement sublime, dont certaines images à la fois pathétiques, cruelles et touchantes restent en tête longtemps après la lecture.
Aussi bien dans son histoire, d’une profondeur et d ‘une intelligence rare, que dans son aspect graphique, Oink est une réussite incontestable. Chose assez rare, d’autant plus qu’il fut initialement publié à une époque où les comics étaient loin d’allier ces deux qualités.

Je pensais très honnêtement avoir vu dans cette bande dessinée des choses qui ne devaient pas y être, n’ayant pas lu l’avant propos de John Mueller (chose que je fais souvent après la lecture pour ne pas me laisser influencer par un avis extérieur lors du premier contact avec une œuvre), je me suis rendu compte après la lecture de cet avant-propos que bien au contraire, j’y avais vu exactement ce que l’auteur voulait y montrer, donnant ainsi à cette histoire porcine une implication personnelle de ma part la rendant encore plus forte. Il y a des histoires qui vous parlent, de part leurs thématiques ou les sujets qui y sont abordés et, personnellement, Oink fut une de celles-ci, mon passage scolaire ayant été une période de ma vie particulièrement compliquée, je ne pouvais que me reconnaître dans ce pauvre porc, incompris et rebelle.
Oink fait partie de ces lectures qui auront marqué ma vie de lecteur de comics et j’espère vous avoir motivé à en tenter la lecture.

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Le fait qu’une œuvre comme celle-ci soit publiée en France était en beaucoup de points inespérée, et je remercie grandement les éditions Delirium de l’avoir amené jusque chez nous.
Dans un ordre plus général, je vous conseille de jeter un œil à ce que propose cet éditeur…

Oink, le Boucher Du Paradis, disponible en France aux éditions Delirium depuis le 12 mai 2015.

 

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