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Grave : la critique de Julien Lordinator


Grave : C’est pas si grave…

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Annoncé comme le nouveau choc cinématographico-horrifique français, Grave est le film qui a fait sensation dans les festivals de France (et même dans le monde) et a même raflé le prix du jury lors de l’édition 2017 du Festival de Gerardmer en janvier dernier.
Grave, c’est aussi un film polémique, ayant déclenché des malaises lors de ses projections à l’étranger.
Le film est visible depuis mercredi dernier dans les salles françaises et vu sa réputation sulfureuse, dire que j’étais impatient de le voir est un euphémisme, ma passion pour le cinéma d’horreur n’étant plus un secret pour grand monde.
Alors est-ce que Grave est un film aussi grave que sa réputation le laissait entendre ?
En tant que vieux routard de la culture horrifique, je peux, je pense, aisément répondre à la question et force est de reconnaître qu’une réputation est souvent surfaite…

Grave raconte l’histoire de Justine, une jeune femme qui vient tout juste d’intégrer l’école vétérinaire dans laquelle ses parents ont eu leur diplôme et dans laquelle sa sœur est en train de finir ses études. Mais dans la famille de Justine, on est aussi végétarien (et donc vétérinaires) de parent à enfant et c’est durant une séance de bizutage un peu mouvementée que Justine va pour la première fois goûter à de la viande crûe.
Véritable révélation pour la jeune femme, ces nouvelles sensations vont faire surgir en elle des pulsions probablement refoulées et révéler un aspect plus bestial de sa personnalité. De jeune femme timide et renfermée, Justine va devenir une véritable bête affamée de chair fraîche, dans tout les sens du terme.

Alors soyons clair, en ce qui me concerne, Grave est loin, très loin même, d’être à la hauteur de sa réputation. Le film n’est certes pas dénué de qualités et je vais commencer d’ailleurs par celles-ci avant de m’étendre un peu plus sur ses défauts.

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La principale qualité de Grave c’est avant tout son interprétation, en particulier et surtout concernant Garance Marillier  : La jeune femme livre une prestation admirable, de jeune femme timide et renfermée, sa métamorphose progressive est visible dans ses gestes et sa façon d’être. Une véritable prouesse pour la jeune actrice qui est sans conteste l’atout phare du film.
Pour ce qui est des seconds rôles, Ella Rumpf interprète Alexia, la sœur rebelle de Justine et si Garance Marillier est très impliquée, Ella Rumpf quant à elle interprète un personnage classique et sans grande envergure. La faute probablement à une écriture un peu légère d’un personnage au final trop classique pour être vraiment convaincant.
Reste enfin Rabah Nait Oufella qui interprète Adrien, l’ami gay-victime de service. Comme pour le personnage d’Alexia, malgré l’interprétation du jeune acteur, la faiblesse d’écriture ne rend pas justice à son jeu et le personnage reste malheureusement trop classique pour vraiment convaincre.

L’autre atout du film c’est son atmosphère, poisseuse, humide et étouffante : Il émane du film une véritable ambiance malsaine presque palpable qui met régulièrement et selon les situations particulièrement mal à l’aise.
Du niveau de la réalisation, on est dans un film de style body-horror et les effets de style inhérents à ce genre de films sont présents avec des gros plans sur les actrices et les corps martyrisés ainsi que son lot de plans crasseux et gore.
La réalisation est plutôt léchée (sans mauvais jeu de mot) et visuellement le film est plutôt une réussite, osant certains partis pris assez osés dans ce genre de film. Néanmoins, rien de nouveau à l’horizon et malgré ces quelques originalités, le film ne détonne pas vraiment de ce coté là et reste dans les poncifs du genre, souffrant là encore d’un aspect un peu trop « classique ».

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Passons maintenant à ses défauts et là, il y a du boulot…
Comme je le dis plus haut, la faiblesse d’écriture du scénario est un des principaux problèmes du film : Les personnages sont vraiment trop classiquement écrits et manquent cruellement de relief pour vraiment convaincre.
La faiblesse d’écriture s’en ressent aussi au niveau de l’histoire : Le scénario paraît décousu et certaines scènes s’enchaînent de façon illogiques et même parfois incompréhensibles (surtout dans sa seconde partie).
Pour ma part, il s’agit très certainement d’une volonté de faire un film volontairement un peu onirique (= Cauchemardesque) dans la psyché de son personnage principal, mais force est de reconnaître que cet aspect fonctionne parfois mais tombe réellement à plat la plupart du temps.Par ailleurs le film est une succession d’occasions manquées.
Je veux dire par là qu’il ose des choses sans jamais vraiment aller jusqu’au bout : Ainsi certaines idées du film de prime abord intéressantes restent en suspens et ne sont pas exploitées à fond. La réticence de l’héroïne face à la cruauté envers les animaux aurait mérité un développement plus long et aurait véritablement pu être un thème intéressant du film. Ici on sent la volonté d’aborder le sujet mais sans vraiment trop s’y impliquer, ainsi certaines séquences du film, notamment les cours de l’école vétérinaire, auraient mérité des scènes plus explicites afin de vraiment marquer les esprits et montrer l’évolution du personnage.

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L’autre défaut du film vient d’ailleurs de là : Même si Grave profite d’une ambiance malsaine à souhait, celui-ci n’ose pas choquer comme il devrait et le manque cruel de scènes chocs se fait ressentir au fur et à mesure que le film avance : L’amateur de gore et de secousses visuelles émotionnelles restera probablement sur sa faim comme se fut mon cas.

Alors certes, le film est ponctué de scènes bien cradingues mais ce manque de gore marque un autre défaut du film, son manque de rythme. Le film est profondément déséquilibré : On passe souvent d’une très longue scène d’exposition à une scène d’horreur expédiée en quelques minutes ne laissant ainsi pas le temps au spectateur d’être secoué. Ainsi le film enchaîne les scènes de façon parfois un peu brutale, revenant ainsi à son défaut de déroulement parfois un peu chaotique dont je parle plus haut.

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Un autre principal défaut du film est le même que celui que je reproche aux films de genre français, plus particulièrement les films d’horreur : Soit ils en font trop, beaucoup trop, comme c’est le cas pour Martyrs (Pascal Laugier, 2008) ou A l’Intérieur (Julien Maury et Alexandre Bustillo, 2007) par exemple, au risque de ne plus être crédibles, soient il n’en font pas assez, comme c’est le cas pour Grave
C’est rare que je reproche ça, mais le film manque cruellement de scènes gore et choc et vu sa réputation, c’est plutôt paradoxal. On s’attend à vraiment être secoué et au final, on attend avec impatience des scènes choquantes qui une fois arrivées ne sont pas vraiment à la hauteur. Comme quoi parfois il faut se méfier de la réputation d’un film, souvent galvaudée pour des yeux habitués.

Pour prendre un exemple concret, Haute Tension (Alexandre Aja, 2003) avec sa tension maintenue et soutenue tout le long du film est pour moi l’exemple parfait que l’on peut faire des films français d’horreur bien fichus, à condition de trouver un bon équilibre entre la narration et les scènes d’horreur.

Pour finir, un petit mot sur la musique, qui là encore pose un problème : Parfois réussie, notamment durant les (rares ?) scènes chocs, la plupart du temps, la musique est limite contemplative et devient même parfois un peu soporifique, ne desservant pas vraiment l’ambiance déjà assez lente du film.

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En conclusion, est-ce que j’ai été convaincu par Grave ? Vous aurez aisément compris que non. Précédé d’une réputation sulfureuse, le film m’a vraiment déçu et je m’attendais à quelque chose de vraiment choquant, ce qui n’est manifestement pas le cas : Écriture faiblarde, le film accumule les occasions manquées et les lacunes pour vraiment atteindre son but et être à la hauteur de sa réputation.

Après la question que certains doivent se poser est « Est-ce que son expérience des films d’horreur l’a rendu blasé et c’est peut-être pour ça que le film ne l’a pas secoué plus que ça  ? » Je répondrai que non, il m’arrive encore régulièrement de sortir complètement tourne-boulé d’un film (ça m’est encore arrivé récemment avec The Woman de Lucky McKee, entre autre), donc non, je ne suis pas devenu un monstre d’insensibilité et le fait que le film ne m’ait pas convaincu ne vient probablement pas de là.
Libre à vous de vous faire votre propre avis en voyant le film, mais pour moi, Grave, il ne m’a grave pas convaincu (j’assume ce jeu de mot pourri).

Grave, de Julia Ducournau avec Garance Marillier, Ella Rumpf et  Rabah Nait Oufella sorti en salle de 15 mars 2017

 

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