La PCE 2014 (ou comment j’ai entendu glousser Julien Lordinator)


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La Paris Comics Expo est désormais cette douce amie que j’ai coutume de revoir tous les ans pour ma plus grande joie le temps d’un week-end, elle m’oblige à me sortir de mon quotidien et me pousse dans mes derniers retranchements, me fait me lever tôt et me coucher tard, réunit pour moi de (très) vieilles connaissances et de nouveaux visages, et me permet de profiter pleinement de toute la subtilité du cosplay dans les toilettes pour dames.

Mais la PCE c’est surtout une fine sélection d’artistes et d’auteurs de renommée mondiale rassemblés dans un lieu encore une fois intimiste et à taille humaine où tout le monde peut s’y retrouver dans le domaine de son choix (comics, jeux vidéos, séries TV). C’est également un festival dont le contenu est réfléchi et se veut de qualité, de part la diversité de ses conférences et expositions, avec une vraie volonté de ne pas s’incliner face au démon du merchandising en pensant à toutes les bourses.

Ce fut donc pour moi un excellent cru, l’un des moments forts étant ma rencontre avec Tim Sale qui a apprécié le fait que je lui présente mon exemplaire de Billi 99, une oeuvre de jeunesse que j’avais découvert en faisant mes recherches sur sa scénariste Sarah Byam dans le cadre du Who’s Who. J’ai également réussi à faire signer mes Gen 13 Bootleg par Alan Davis.

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J’ai aussi vraiment apprécié l’exposition Comic Book Legends Revealed de Brian Cronin qui donnait la part belle à Wonder Woman, je regrette toutefois qu’elle se trouve un peu excentrée du reste des animations, placée dans une sorte de couloir que peu de gens m’ont semblé emprunter, ce qui est fort dommage compte tenu de la teneur anecdotes mises à disposition auprès du public.

L’une des belles surprises de cette version 2014 concernait le niveau parfois très haut de certains cosplayers dont les costumes étaient à la fois recherchés et audacieux, avec de très belles prestations de la part de jeunes super héros en devenir (avec deux Batgirls of Burnside quand même !), ce qui laisse présager le meilleur pour les années à venir dans ce domaine.

Cette année encore des boutiques de tous horizons proposaient divers produits à des tarifs très raisonnables, ce qui m’a permis d’entendre mon binôme Julien Lordinator émettre des sons  défiant toute décence devant des figurines Vendredi 13.
Je me moque mais n’empêche qu’heureusement qu’il était là pour faire du repérage pendant que votre blogueuse préférée s’adonnait aux joies des interviews et autres prestations vidéo ludiques (je vous en reparlerai bientôt). A titre d’exemple, sachez que Julien et moi avons répondu aux questions de Fanny (de l’excellent blog Comics Pour Noob) à paraître dans les pages de Graff Comics.
L’intérêt des médias plus ou moins spécialisés pour notre modeste travail nous fait vraiment chaud au cœur et nous motive pour donner à nos lecteurs encore plus de visibilité aux sujets qui nous enthousiasment, avec la rigueur et la passion qui nous animent à tous les deux.

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Je ne saurais citer et remercier toutes les personnes qui m’ont encouragé et félicité lors de la conférence sur Wonder Woman, ce fut une expérience encore une fois très difficile pour moi due à ma très grande timidité (chose que je tente de vaincre telle Supergirl face à un bâton de Kryptonite), ce qui a forcément altéré la qualité de mon intervention, je m’en veux naturellement un peu pour ça et je tiens sincèrement à m’en excuser. Mais bon, passons car je n’ai pas envie de rester sur un mauvais constat, l’essentiel c’est d’aller de l’avant et de s’améliorer.

La Paris Comics Expo continue donc il me semble de satisfaire autant les professionnels que les visiteurs, et une ambiance conviviale toujours aussi palpable prouve que les organisateurs ont trouvé dorénavant leur rythme de croisière, tout ce qui leur avait été reproché durant les deux années précédentes s’effaçant petit à petit au bénéfice des festivaliers et des auteurs.
L’année prochaine risque d’être plus tendue avec l’arrivée de la nouvelle mouture de la Comic Con qui a décidé d’emblée de vouloir s’imposer comme étant celui qui a la plus grosse (je parle de convention bien sûr… quoique) en dévoilant des dates qui auraient vraisemblablement du être celles de la PCE en 2015, et qui a pour le moment rien annoncé en matière de comics… C’est une concurrence directe qui ne peut que motiver l’équipe de vouloir faire encore mieux, je leur fait totalement confiance pour cela.

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French Collection


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Avant de profiter de la Paris Comics Expo, je me suis rendue un jour à l’avance à la capitale en espérant visiter pas moins de trois expositions : Celle de Katsushika Hokusai au Grand Palais, je comptais me rendre ensuite au Musée Art Ludique pour découvrir les centaines de layouts originaux appartenant au Studio Ghibli, puis finir mon périple à la Galerie Carole Kvasnevski pour explorer l’univers des super héros Français vus pas Xavier Fournier.  Oui je sais, ça fait beaucoup pour une seule journée mais en général quand je viens dans le 75, je ne fais pas dans la demi-mesure.

Malheureusement pour moi l’expo consacrée au maître des estampes japonaises s’est octroyée une semaine de relâche (c’est vrai que les œuvres d’art ont le droit de se reposer elles aussi, on n’y pense jamais, mais s’exhiber comme ça à longueur de temps c’est vraiment crevant !). A vrai dire c’est la troisième fois que je rate ce genre d’exposition dans ma vie, alors que c’est l’un des courants artistiques que j’affectionne le plus. C’est rageant mais on y peut rien.

Je vous conseille vivement de vous rendre à l’expo Ghibli, c’est une vraie merveille, une immersion totale dans les filmographies d‘Hayao Miyazaki et Isao Takahata, et c’est également une expérience qu’il vous faut partager si vous avez des enfants, je regrette énormément de ne pas avoir pu le faire avec le mien.
Après 2h30 en compagnie de Totoro, Ponyo, Mononoke et Nausicaä, je me lançais vers d’autres horizons, plus hexagonaux, dédiés à ces Super-Héros Made In France et dont quelques représentants figuraient fièrement au sein de cette très sympathique exposition.

Super-Héros Une Histoire Française l’Expo réunissait donc (je parle au passé car elle s’est achevée le 23 novembre) quelques représentants du livre éponyme de Xavier Fournier sous la forme de planches originales, affiches de cinéma des années 60, unes de journaux du début du (20ème) siècle, et appartenant à la collection privée de son auteur ainsi que quelques uns de ses amis : Julien Hugonnard-Bert, Thierry Mornet, Stéphane Louis, ou encore Laurent Lefeuvre.

D’un point de vue historique, c’est près d’un siècle de super héroïsme à la Française qui nous est dévoilé, avec dans le désordre notre copine Miss Deeplane (je la mets en premier car je sais de source sure qu’elle est une fidèle lectrice du TLGB ;) ), Mikros et Photonik, Le Garde Républicain, L’Audacieux Detective (qui n’est nul autre que Superman relooké de manière à ce qu’il soit publié sous l’Occupation ni vu ni connu), Les Ailes Rouges (idem pour Batman, alias Bruce Veyne ! Publié dans L’astucieux), la superbe Phénix (dont les planches exposées vont enfin être restituées à son auteur, Luciano Bernasconi), L’Ombre, Judex, un héros de cinéma et de roman qui a inspiré la création du personnage The Shadow, lui même figure tutélaire de Batman, L’Homme Masqué (connu aussi sous le nom de Lutteur Masqué) issu d’un phénomène que les journaux de l’époque appellent la « Masquomanie » et qui passionne les médias. Fantax, Wonderman, Super Boy, L’Archer Blanc et Fox-Boy sont également de la partie, sans oublier les personnages d’Hero Corp

L’exposition a eu beau se tenir dans une salle relativement petite (attention, quand je dis ça ce n’est absolument pas péjoratif, il s’agissait d’une galerie d’art, pas d’un musée), le nombre d’œuvres mises à disposition était conséquent et chacune d’entres elles agrémentées de commentaires très précieux.
Et parmi les artistes exposés figuraient Elsa Charretier, Stéphane Louis, Angel Savieron, Luciano Bernasconi, Stéphane Créty, Julien Hugonnard-Bert, Danny Rhodes, Mike Perkins, Juan Roncagliolo-Berger, Ciro Tota, Jean-Yves Mitton…

Autant de trésors dévoilés qui font écho au livre de Xavier Fournier publié chez Huginn & Muninn et disponible dans toutes les bonnes librairies.

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Wonder Woman : la Vérité sur la plus célèbre des super héroïnes


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Tout le monde connaît Wonder Woman et semble avoir une idée bien précise de ce qu’elle peut représenter : Première super héroïne notable, icône du féminisme ou égérie de la pop culture, elle est sans doute tout cela à la fois, mais elle est bien plus encore.
Wonder Woman fut créé en 1941 par un psychanalyste excentrique nommé William Moulton Marston à une époque où l’on demandait aux femmes pendant une courte période de sortir de leur foyer et prendre la place des hommes partis au front pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les comics dans lesquels elle évoluait ne suggéraient pas seulement que les femmes pouvaient être l’égal des hommes, le souhait de Marston était de montrer qu’elles pouvaient leur être supérieures en de nombreux points.
C’est cette notion de “super femme” qui est restée dans l’imagerie collective, et pourtant on ne peut pas vraiment dire que son statut a évolué au même rythme que celui de la condition féminine dans notre société.
Alors qu’elle est sur le point d’entamer une carrière cinématographique, des décennies après ses deux comparses de chez DC Comics (ainsi que de nombreux autres personnages de moindre importance), nous allons donc essayer de voir qu’elle a été son évolution depuis ses origines et comprendre pourquoi malgré son manque de considération après la mort de son créateur, elle est devenue un symbole culturel et social qui dépasse largement les limites de la bande dessinée.

Le Golden Age

En créant le personnage de Wonder Woman, le message de Marston était tout à fait clair, il voulait préparer le lectorat à une future et inévitable suprématie des femmes dans notre société, et ce dans un futur plus ou moins proche.
Alors que la plupart des super héros masculins créés à la même époque trouvaient leur motivation dans un traumatisme ou un évènement tragique qui allait forger leur destin, le message véhiculé dans les premiers numéros de Wonder Woman était bien plus positif et prônait des idées féministes à destination des hommes.

Qui est Marston ?

2William Moulton Marston ne pouvait être comparé à aucun scénariste de bandes dessinées de l’époque. Contrairement à ses pairs et futures légendes des comics (comme les scénaristes Joe Shuster, Jerry Siegel, Bill Finger, Joe Simon, tous âgés d’une vingtaine d’années au début des années 40), Marston, né en 1893 avait déjà une belle carrière derrière lui en tant qu’Universitaire, psychanalyste, écrivain, consultant et scénariste pour divers studios de cinéma à Hollywood, et chroniqueur dans différents magazines tels que le Rotarian et le Ladies Home Journal.
Avant d’avoir créé Wonder Woman, Marston était déjà connu pour avoir été l’inventeur du polygraphe, un dispositif qui mesure la pression artérielle et qu’on appelle plus communément le détecteur de mensonge.

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Mais Marston était également un fervent partisan de la cause féministe, n’hésitant pas à dire en 1937 dans une interview pour le New York Times que les femmes étaient destinées à diriger le pays tant sur le plan politique qu’économique, et que cela se produirait dans les 100 prochaines années.
La très haute opinion que Marston pouvait avoir des femmes est indubitablement liée à celles qui partageaient sa vie. Il entretenait une relation polyamoureuse très peu conventionnelle pour l’époque avec Elizabeth « Sadie » Holloway qu’il épouse en 1915, et Olive Byrne qu’il rencontre cinq années plus tard.

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Ces deux femmes avaient suivi de longues études, chose très rare en ce début de 20ème siècle, alors que les femmes n’étaient pas encore autorisées à s’inscrire dans les universités les plus prestigieuses. Elizabeth fait figure de pionnière en obtenant trois diplômes dans trois établissements différents : une licence en psychologie au Mount Holyoke College, une licence de droit à l’Université de Boston et un master en psychologie au Radcliffe College, un département exclusivement féminin annexé à l’Université d’Harvard lui réservé aux hommes où officie Marston. Elle travaille avec son époux sur sa thèse qui porte sur la corrélation entre les niveaux de pression artérielle et le mensonge et donne son premier enfant à l’âge de 35 ans tout en continuant de travailler, chose révolutionnaire pour l’époque.

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Olive, en plus d’être une femme de savoir, est également très proche du mouvement du contrôle des naissances qui prône l’accès, l’éducation et la légalisation de la contraception et dont l’une des fondatrices n’est autre que sa tante, Margaret Sanger. La mère d’Olive, Ethel Higgins Byrne a quant à elle ouvert en 1916 la toute première clinique de contrôle des naissances aux États-Unis dans le but d’empêcher les avortements non médicalisés, elle fût arrêtée par la police et sa libération fut l’objet d’un chantage dans lequel elle ne devrait plus jamais être liée à ce mouvement.
Toutes deux donneront deux enfants chacunes à Marston, les enfants d’Olive seront adoptés par le couple « légitime », à des fins juridiques. Tous vivaient dans le même foyer comme une seule et même famille, Marston et Elizabeth travaillant ensemble, et Olive élevant les enfants.

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A la mort de Marston en 1947, Elizabeth et Olive vont rester ensemble pendant près de 40 ans, élevant les quatre enfants de Marston en totale harmonie. Rien n’est dit sur la nature exacte de la relation entre les deux femmes suite au décès de l’auteur (ou même avant d’ailleurs) mais on peut imaginer que les deux premières résidentes de l’ïle de Themiscyra avaient trouvé la plus belle des manières de protéger les intérêts de leur petite tribu. Elizabeth décédera en 1993 à l’age de 100 ans.

Le contexte

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En 1940, William Moulton Marston est engagé par All American Publications (futur DC Comics) en matière de consultant, grâce à un article intitulé Don’t Laugh at the Comics publié dans les pages du magazine Family Circle et particulièrement apprécié par l’éditeur Max Gaines. En effet dans cet article, Marston prônait les vertus éducatives des comics souvent snobés par les intellectuels.
A cette époque, beaucoup d’associations de parents et d’enseignants pensaient que les comics étaient dangereux pour les enfants, arguant sur la violence de leur contenu et prônant la “vraie” lecture. C’est ainsi que beaucoup d’éditeurs firent appel à des experts en éducation et des psychologues pour lire leurs publications, et les valider.
Marston soumet alors à Sheldon Mayer son idée de donner aux jeunes lecteurs une alternative aux titres teintés de violence et exclusivement masculins. Il créé une héroïne qu’il appelle “Suprema The wonder Woman”, un nom que va raccourcir Mayer.

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9Il fait la connaissance de Harry G. Peter avec qui il va travailler pour élaborer l’aspect de l’héroïne. Son style graphique à l’ancienne se différencie de celui d’artistes beaucoup plus jeunes que lui, et qui dessinent déjà des créatures de rêve au physique hypersexualisé. C’est lui qui va donner à Wonder Woman un style si particulier, à l’encontre des standards de l’époque, et lui permettant de se faire remarquer parmi les innombrables publications déjà disponibles.

Par l’intermédiaire de divers billets échangés entre les deux auteurs, Wonder Woman va prendre forme pour finalement apparaître dans les pages d’All Star Comics #8 en décembre 1941.

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Il y a des milliers d’années, les Amazones furent emprisonnées par Hercule dans sa quête des douze travaux, le neuvième étant de s’emparer de la ceinture d’Hippolyte, reine des Amazones, ce qu’il réussi à obtenir par la duperie et la tricherie. Après s’être libérées, elles décidèrent de quitter le monde violent et agressif des hommes et furent guidées par Aphrodite vers une île cachée où seules les femmes pouvaient résider.
C’est là que la Reine Hippolyte sculpta dans l’argile une enfant qui allait prendre vie par la volonté des Dieux et qu’elle nommerait Diana.
Devenue adulte, elle sauve le pilote Steve Trevor d’un accident d’avion mais les déesses Aphrodite et Athena demandent à ce qu’il soit renvoyé dans son monde au plus vite, et qu’une guerrière Amazone soit choisi pour l’aider à défendre l’Amérique, dernier rempart de la démocratie, et de l’égalité des droits pour les femmes.
La Reine Hippolyte organise un tournoi, empêchant Diana d’y participer de peur de perdre son unique enfant, mais celle-ci déguisée le remporte facilement. Elle devient alors Wonder Woman et se pare d’un costume aux couleurs de l’Amérique pour être considérée plus facilement comme une alliée. Elle ramène Steve à bord de son jet invisible et prend l’identité secrète de Diana Prince, tout d’abord l’infirmière de Steve puis sa secrétaire.

L’idéologie

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Même si la série Wonder Woman était destinée à un jeune public, elle véhiculait néanmoins quelques théories sur lesquelles Marston a travaillé tout au long de sa carrière de psychologue, notamment son système d’analyse du comportement appelé DISC (Dominance, Inducement, Submission, and Compliance, que l’on peut traduire par la Domination, l’Incitation, la Soumission et la Docilité).
Cette théorie fut l’objet d’un livre paru en 1928 et intitulé Emotions of Normal People, qui  expliquait les caractéristiques du disque des émotions exprimées par les gens normaux à l’aide de ces quatre types de comportement.
Selon lui, les hommes sont enclins à avoir un comportement de dominant alors que les femmes se voient naturellement reléguées a un statut de soumission, hors celles-ci étant également plus aimantes et désintéressées, elles sont plus à même d’assumer émotionnellement une position de leader que les hommes. Il écrit ainsi :  “Il n’y a pas assez d’amour dans l’organisme masculin pour qu’il puisse diriger cette planète de manière pacifique (…)  Le règne des hommes dominants conduit la société vers la violence et les conflits”.
En 1942 dans un numéro du magazine Tomorrow, il déclare : “L’avenir sera femme, dès qu’elles réaliseront leur frustration actuelle, et leur formidable et puissant potentiel (…) les femmes dirigeront le monde.”

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Marston était convaincu que la participation des femmes à l’effort de guerre allait faciliter cette prise de conscience et accélérer l’avènement d’une société matriarcale, et il voulait faire en sorte que Wonder Woman personnifie ce changement.
Son désir n’était pas uniquement de créer une super héroïne, il souhaitait aussi qu’elle encourage les femmes à joindre les forces auxiliaires ou trouver un emploi pouvant servir la nation. Wonder Woman allait ainsi se battre sur tout les fronts, de l’Allemagne au Japon en passant par le Mexique, l’Amérique du sud et la Chine, tout en faisant face à des injustices beaucoup plus sociales, comme les mauvaises conditions de travail, l’inflation ou l’intimidation.

Avec elle, le statut de la demoiselle en détresse symbolisé par la plupart des héroïnes de cette époque allait littéralement exploser comme ce fut le cas avec Miss Fury, Miss America ou Phantom Lady.
Plus encore, l’archétype classique était totalement inversé puisque ce rôle là était tenu par Steve Trevor, régulièrement kidnappé et devant être sauvé afin de développer l’intrigue amoureuse. Par contre, lorsque Wonder Woman se retrouvait en mauvaise posture, Steve arrivait trop tard, se faisait assommer pour se réveiller ensuite et constater que Diana avait parfaitement pu s’en sortir toute seule.

Dans les années 40 Wonder Woman arrivera à surpasser Superman en terme de ventes à plusieurs reprises, atteignant un public de plus de 5 millions de lecteurs et apparaîtra dans 3 séries différentes.

Le bondage

13Marston était persuadé que chaque femme pouvait être une Wonder Woman en puissance et qu’elle finirait par prendre en charge le destin du monde. La plupart de ses écrits ont évangélisé ce concept, souvent couplé par l’apologie de la pratique du bondage que l’on retrouve dans bon nombre de ses oeuvres, qu’elles soient de fiction ou des travaux en psychologie.

Certes, cette présence récurrente du bondage dans les épisodes du Golden Age où Wonder Woman se retrouve pieds et points liés, peut aller de prime abord à l’encontre de toute idéologie féministe, elle en est pourtant intimement liée.
Dans les années 40 la pratique du bondage n’avait à priori pas grand chose à voir avec l’imagerie sado/maso qu’on lui donne aujourd’hui. Pour Marston le bondage était plus qu’une pratique, c’était un mode de vie basé sur le contrôle, la soumission et la confiance. Le terme régulièrement employé par le psychologue est “loving authority”, une autorité bienveillante que les hommes devraient être prêts à expérimenter de la part des femmes.
Selon lui, le succès de Wonder Woman était la preuve que le processus de soumission avait commencé : “les hommes de tout âge exaucent leurs désirs lorsqu’ils lisent des comics, ils sont devenus fous de Wonder Woman, cela veut dire qu’il attendent une femme magnifique et passionnante qui est plus forte que ce qu’ils sont (…) Wonder Woman est le désir subconscient et minutieusement déguisé des hommes d’être maîtrisés par une femme qui les aime”.
En ces temps troublés par la guerre, Marston était persuadé que le seul espoir pour la paix était d’enseigner aux hommes les joies de la soumission, prévalant la voie de la force et de la violence.

Ainsi, les Amazones dans Wonder Woman ont naturellement intégré la pratique du bondage dans leur culture comme expression de la confiance par l’enseignement, soulignant que leur utopie était fondée sur la parenté et la hiérarchie de soumission. Et le pouvoir de la soumission, symbolisé par le lasso de la vérité, est toujours toujours utilisé à des fins bénéfiques et altruistes.

14D’un autre côté, Marston va également dénoncer cette pratique lorsqu’elle est employée par des hommes, à des fins cruelles et dominatrices. Cette brutalité subie par les femmes dans Wonder Woman était une critique de la société patriarcale de l’époque et de l’oppression politique et sociale dont elles étaient victimes.

A la suite de nombreuses lettres d’inquiétudes et de protestations de la part de différentes associations telles que la Child Study Association of America, Max Gaines se voit obligé de demander à Marston de lever le pied avec ses allusions au bondage. Dans une lettre datée de 1943, Gaines conseille en effet à l’auteur de réduire de 50 à 75% l’utilisation des chaînes dans ses numéros sans que cela interfère sur la qualité de ses oeuvres ni des ventes.
Cette même année, un lecteur servant dans l’armée écrit à Gaines : «Je suis l’un de ces hommes bizarres, peut-être malheureux qui tire un plaisir érotique extrême à la seule pensée d’une belle fille enchaînée ou attachée … Avez-vous le même intérêt pour le ligotement et les entraves que moi ? »
Pour sa part, Marston a farouchement défendu sa création, en déclarant dans une lettre à son éditeur : «Ceci, mon cher ami, est  la preuve de la grande contribution de ma bande dessinée Wonder Woman à l’éducation morale des jeunes. Le seul espoir pour la paix est d’enseigner aux gens qui sont pleins de dynamisme et de leur montrer l’avantage de profiter d’être ligoté … C’est seulement lorsque le contrôle de soi par les autres sera enfin perçu comme plus agréable que l’affirmation de soi dans les relations humaines, que nous pourrons espérer une société stable et pacifique des hommes … Donner aux autres, étant contrôlées par eux, se soumettre à d’autres personnes ne saurait être agréable sans un fort élément érotique. »

Le Silver Age

La Wonder Woman du Golden Age était en avance sur son temps, à l’image de Rosie la Riveteuse qui se présentait comme le symbole de ce que les femmes pourraient devenir, sans que cela leur soit permis. Après la guerre, le sort des femmes fut de retourner à une vie tranquille et centrée sur le foyer et la vie maritale. Pour ce qui est des comics, la mode des super héros costumés prend fin, entraînant l’arrêt de nombreuses séries.

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A la mort de Marston en 1947, Robert Kanigher va prendre la relève et écrira les histoires de Wonder Woman pendant près de 20 ans, sans qu’il soit nécessairement crédité en tant que scénariste, mais comme éditeur.
Embauché par DC en 1945, il crée avec Carmine Infantino le personnage de Black Canary, ainsi que celui de Rose and Thorn, et décide de ne pas continuer la démarche féministe et progressiste initiée par son prédécesseur.
H.G. Peter restera sur le titre pendant plusieurs années jusqu’au Wonder Woman #98 puis sera remplacé par le dessinateur Ross Andrew, assisté de l’encreur Mike Esposito qui vont apporter un tout autre style, bien plus proche de ce qui était déjà visible à l’époque. Ce numéro marque définitivement une vraie fracture avec l’ère Marston, Kanigher allant jusqu’à modifier les origines de l’héroïne sept numéros plus tard.

16Nous sommes en 1959 et le #105, inclut un backup intitulé Secret Origin of Wonder Woman, ou Kanigher va remodeler le passé des Amazones et la façon dont elles sont arrivées sur Paradise Island.
Autrefois mariées à des guerriers et mères au foyer, elles ont fini par pleurer la perte de leurs hommes morts au combat, cherchant à fuir ce monde accablé par les guerres. Les dieux eurent finalement pitié d’elles et les amenèrent à Paradise Island, où elles formèrent une nouvelle société où personne ne pourrait les blesser à nouveau.
On peut donc supposer que Diana avait un père, et nous découvrirons dans les numéros suivant que celui-ci pouvait vraisemblablement être l’amant d’Hippolyte, le Prince Theno. Quoiqu’il en soit Baby Diana va avoir la chance d’acquérir dès le plus jeune âge les pouvoirs d’Aphrodite, Athena, Mercure, et Hercule, les dieux venant lui rendre visite à tour de rôle lorsqu’elle est encore dans son berceau.
Alors qu’Hercule était pour Marston le symbole de l’hégémonie masculine, et l’archétype de l’agressivité, de la violence et de la domination envers les femmes, pour Kanigher il est tout simplement la source de la force de Wonder Woman.

Ce sont ces pouvoirs divins qui vont donc permettre aux Amazones de quitter définitivement le monde des hommes, une Diana alors adolescente bâtissant en un temps record le bateau qui allait les mener sur Paradise Island, c’est ainsi qu’apparaît pour la première fois le terme de Wonder Girl.

17La mode est en effet d’introduire des versions plus jeunes des héros populaires, et de constituer des “familles” autour de ces personnages, comme c’est le cas avec Superman et Batman.

En 1961, Wonder Woman remporte l’award du “pire comic-book actuellement publié” et en 1964 celui du “pire comic régulièrement publié”. Cela s’explique par les changements drastiques opérés par Kanigher sur le personnage ainsi que les thèmes récurrents mis en avant dans de nombreux comic-books des années 50 et dont Wonder Woman ne pourra échapper : l’amour, le mariage et la famille.

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En 1954, trois super héros ont encore droit à leur propre série : Superman, Batman et Wonder Woman, celle-ci gardant son titre principal, les deux autres titres ou elle officiait : Comic Cavalcade et Sensation Comics ayant été annulés quelques années plus tôt.
Cette même année, le psychiatre Fredric Wertham qui est à l’époque considéré comme un expert sur les troubles psychologiques des adolescents publie son livre : Seduction of the Innocent, qui est la synthèse de nombreux articles déjà publiés dans lesquels il expliquait que les comics avaient une telle influence sur les jeunes qu’ils pervertissaient leur esprit.
La publication de ce livre va coïncider avec les travaux d’une commission d’enquête sénatoriale dans ce domaine.

Wertham va aussi expliquer que la force et l’indépendance de Wonder Woman – en plus du fait qu’elle habite sur une île exclusivement peuplée par des femmes – font d’elle une lesbienne. De plus il ira jusqu’à dire que « le genre d’histoire dans lequel évolue Batman ne peut qu’inciter les enfants à assouvir leurs fantasmes homosexuels. » à cause d’un « un homo-érotisme récurrent entre Batman et son jeune acolyte Robin ».
Seduction of the Innocent fini par influencer les politiques qui obligèrent les éditeurs à se censurer en créant le fameux Comic Code Authority.

A une époque où la norme se veut d’habiter dans une maison pavillonnaire en périphérie avec un cadre dans lequel l’homme travaille et la femme reste au foyer pour élever les enfants, le Comic Code va favoriser et instituer des histoires prônant la romance et soulignant les valeurs du mariage et du foyer.

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Pendant la période du Golden Age, Wonder Woman a toujours su faire face aux avances de Steve, arguant que son devoir d’amazone passerait toujours avant une demande en mariage.
Mais les choses changent pendant l’ère suivante, l’héroïne acceptant de sortir avec lui mais rejetant encore toute proposition de mariage, en tout cas pas tant que ses services soient nécessaires, d’autant plus que cela voudrait dire qu’elle ne pourrait pas être sa femme à plein temps. Elle lui demande alors d’être patient jusqu’à ce que l’on n’ai plus besoin de ses talents de super héroïne.

20A partir de Wonder Woman #118 Steve rentre en compétition avec Mer-Man, l’homme sirène, que l’on peut considérer comme un amour de jeunesse, et dont le triangle amoureux couvrira plusieurs numéros.
Onze ans après leur création, les fameuses Holliday Girls, compagnes d’aventure de Wonder Woman (et nécessairement lesbiennes selon Wertham) vont totalement disparaître, il en sera de même avec le bondage.
De 1960 à 1969, le nombre de comics mensuels vendus avoisine les 200.000 exemplaires, alors que la série arrivait parfois à surpasser les ventes de ses acolytes Superman et Batman durant le Golden Age.
C’est sans doute de qui pousse DC Comics à remercier Kanigher après plus de 20 ans de bons et loyaux services, dans le but de moderniser un personnage qui est resté à la traîne par rapport aux revendications et aux mouvements féministes à nouveau en plein essor.

Le Bronze Age

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Denny O’Neil n’a pas 30 ans lorsqu’il débarque sur la série à partir du #178 en 1968. C’est à vrai dire sa première grosse collaboration avec DC Comics, il avait déjà travaillé auparavant pour Marvel et Charlton Comics. Il est rejoint par l’artiste Mike Sekowsky, un vétéran qui a commencé sa carrière au début des années 40.
Carmine Infantino, responsable éditorial de DC, secondé par Jack Miller décident de donner une toute nouvelle direction aux aventures de l’Amazone en la privant de ses super pouvoirs et la faisant se confronter à la réalité de ce que pouvait vivre une femme à la fin des années 60.

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Le Bronze Age est cette période charnière où les thèmes traités dans les comics deviennent beaucoup plus en phase avec les préoccupations sociales et générationnelles de leurs lecteurs, malgré le poids et la surveillance du Comic Code Authority, les éditeurs arrivent à faire passer certains messages sur le racisme (comme dans Green Lantern/Green Arrow #76, écrit par O’Neil) ou les dangers de la drogue (Lantern/Green Arrow #85).

Pour ce qui est de Wonder Woman, abandonnée par son lectorat féminin depuis des années, les auteurs fraîchement engagés décident de revitaliser le personnage et de renommer la série en Diana Prince : Wonder Woman, mais le succès et l’accueil positif escomptés n’arriveront jamais.
Le contexte propice de l’émergence des mouvements féministes de la fin des années 60 aurait pu constituer un vivier d’histoires destinées à un lectorat féminin à reconquérir, mais il n’en fut rien.

Tout démarre dans Wonder Woman #179, même si elle commence à s’habiller d’une façon plus moderne dans le numéro précédent.
Pour entrer en contact avec une organisation criminelle dirigée par le mystérieux Dr Cyber, Steve Trevor est secrètement ordonné par le général Darnell de se présenter comme un traître. Il prend la fuite, poursuivi par l’armée et les autorités. Alors que Diana Prince apprend la nouvelle, elle est sommée de rentrer à Paradise Island. La reine Hippolyte l’informe que la magie des Amazones est épuisée après leur séjour de 10.000 ans sur Terre, et qu’elles doivent aller dans une autre dimension pour se reposer et renouveler leurs pouvoirs. Wonder Woman refuse de se joindre à elle, disant que Steve Trevor a besoin d’elle. Elle est ainsi forcée d’abandonner son costume, accomplir le rite Amazone du renoncement, qui retire ses pouvoirs, et revenir au monde des hommes en tant que Diana Prince.
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Elle loue un magasin de vêtements et un appartement, et rencontre un vieux chinois aveugle nommé I-Ching expert en arts martiaux, ce qui va lui permettre de vaincre trois attaquants. I-Ching va lui révéler qu’il sait qu’elle était autrefois Wonder Woman et qu’il est venu pour l’aider à lutter contre le Dr Cyber, dont les agents ont fait irruption dans son temple pour voler des pierres précieuses et tuer ses fidèles compagnons.
Il forme Diana au karaté et autres arts martiaux. Mais, au cours d’une session, Steve Trevor blessé trébuche dans leur dojo, après avoir été abattu et laissé pour mort par les agents du Dr Cyber. Ils apprennent que Cyber ​​prévoit de tuer des membres du Congrès par des bombes contenu dans les jouets pour enfants et de les envoyer aux législateurs. Diana et I-Ching emmènent Steve à l’hôpital, et recherchent les agents de Cyber pour les confondre. Mais Steve reste inconscient et dans un état critique à l’hôpital, et Diana et I-Ching sont plus tard traqués par un homme mystérieux.

O’Neil et Sekowsky souhaitaient que Wonder Woman devienne un personnage plus réaliste auquel les lecteurs pouvaient s’identifier, mais la perte de ses pouvoirs résulte ni plus ni moins que de son amour inconditionnel pour Steve Trevor qui mourra dans l’épisode suivant. Alors que toute sa vie d’héroïne s’était au fil du temps centrée sur son attachement pour Steve, sa mort résultera d’une soif de vengeance qui motivera ses actions futures, n’hésitant pas à employer la violence comme rarement elle avait été amenée à le faire.

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Et lorsqu’elle ne pratique pas ses coups de savate, elle s’extasie en essayant de nouveaux vêtement avant d’aller faire la fête comme dans Wonder Woman #182 (l’homme de sa vie est mort il y a deux numéros, rappelons-le). Diana sera d’ailleurs impliquée dans pas moins de 7 intrigues amoureuses durant cette période.
Nous sommes donc loin de toute thématique féministe qui aurait pu pourtant paraître évidente à exploiter à cette époque.

A chaque fois qu’O’Neil sera interrogé sur sa participation à la série, il reconnaîtra à quel point cette ère était mauvaise et n’aura de cesse que de s’excuser.

La réaction des féministes

27Malgré les bonnes intentions du duo O’Neil / Sekowsky, cette nouvelle version de Wonder Woman est très mal perçue par le milieu et la presse féministe, dont la figure emblématique se nomme Gloria Steinem.
Fan de l’héroïne depuis son plus jeune âge, Steinem va, grâce à ses contacts avec Steve Ross (grand patron de Warner Communications, Inc, et sa filiale DC Comics), faire pression pour demander le retour de la Wonder Woman classique ce qui sera fait en 1973 dans le #204.

En lançant son magazine Ms. en juillet 1972, Steinem consacre la couverture de son premier numéro à Wonder Woman, devenue soudainement icône du féminisme après trente années de disgrâce.

Représentée dans toute sa grandeur, Wonder Woman est ici à la fois symbole de paix et de justice, en faisant référence à la guerre du Vietnam et l’héroïne portant avec son lasso un ensemble d’immeubles et de maisons telle Thémis, la déesse grecque de l’équité.28

Le magazine va inclure un article retraçant son histoire sans manquer d’expliquer pourquoi DC Comics se devait de la faire revenir sous sa forme classique, ainsi que quelques pages de All Comics #8 dans lequel elle apparaissait pour la première fois.
Ms. possédait également une division qui publiait des livres, et Wonder Woman fut l’objet d’une collection regroupant quelques rééditions datant du Golden Age et se distinguant en quatre parties : Origins, Sisterhood, Politics et Romance. Chacune d’entre elles était préfacée par Steinem qui va recréer et adapter la vision de Marston à cette nouvelle génération.

Au lieu de replacer les valeurs et les préceptes de Marston dans leur contexte historique, Steinem et son équipe vont se servir de Wonder Woman pour véhiculer leurs propres idées, en omettant ou minimisant sciemment certains détails comme le patriotisme, la vision très stéréotypée des personnages asiatiques (en l’occurrence les japonais) et la pratique du bondage.
Autant Marston avait créé son personnage dans le but de préparer les lecteurs masculins à une ère nouvelle basée sur le matriarcat, autant Steinem souhaite qu’elle devienne un modèle pour les lectrices.

29Cette association entre Wonder Woman, l’idéologie et le mouvement féministe des années 70 va se développer très rapidement, d’autres médias vont ainsi utiliser son image pour transmettre leur idées : En juillet 1973, le journal Sister : The Newspaper of the Los Angeles Women’s Center montre un dessin de l’héroïne saisissant un spéculum des mains d’un médecin et proclamant : “With my speculum, I am strong ! I can fight !”. Le fait de pouvoir disposer soit même de sa santé sexuelle est un principe féministe fondamental, et désormais Wonder Woman semble être la personne idéale pour le faire savoir.

Contre toute attente, Wonder Woman va revenir dans les mains de Robert Kanigher, exécutant manu militari le personnage d’I-Ching (victime d’un sniper), et rendant Diana amnésique, elle sera ensuite amenée à Paradise Island ou ses pouvoirs et sa mémoire lui seront restaurés, ses origines étant encore quelques peu remaniées pour l’occasion.
Après cela, Kanigher n’aura de cesse que d’adapter des histoires qu’il avait déjà écrit précédemment sur la série (The Chessmen of Doom ! du #55 se transforme en Chessmen of Death ! au #208).
Il sera remplacé à partir du #212 par une nouvelle équipe de scénaristes mais la série n’arrivant toujours pas à décoller, l’éditeur Julius Schwartz décide de faire venir des personnages de la JLA en caméo pour booster les ventes.

Lynda Carter est Wonder Woman

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En 1975, le producteur Douglas Cramer essaie de capitaliser la soudaine popularité de Wonder Woman en développant un téléfilm dont l’héroïne va être incarnée ni plus ni moins que par une ancienne Miss World USA et demi finaliste du concours Miss Monde en 1972, Lynda Carter.
Quelques années auparavant deux autres tentatives télévisuelles n’avaient pas dépassé le stade du pilote, la première en 1967 et la seconde en 1974 avec la blonde Cathy Lee Crosby dans le rôle titre.
Ce nouveau projet est influencé à la fois par l’esprit de William Moulton Marston (le téléfilm étant une adaptation de All Star Comics #8 et Sensation Comics #1) et la vision de Gloria Steinem.

Diffusé le 7 novembre 1975, ce téléfilm est un tel succès qu’il incite la chaîne ABC à produire une série qui sera diffusée l’année suivante et qui fera de la comédienne une super star tout en gravant encore un peu plus la popularité du personnage dans l’esprit collectif. Car la série, à l’instar de quelques oeuvres télévisuelles de l’époque comme Charlie’s Angels, The Bionic Woman, ou The secret of Isis sont destinées autant aux jeunes téléspectatrices qu’aux hommes, et c’est sans doute pourquoi un large public a pu y trouver son compte.

Le Modern Age

L’ère Pérez

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En 1985, DC Comics publie sa série évènement Crisis on Infinite Earths, qui prévoit de regrouper tous ses univers alternatifs en un seul monde, près de 50 ans d’histoires ayant rendu la continuité très complexe à suivre, autant pour les lecteurs que pour les éditeurs eux même.
Dans le dernier numéro, Marv Wolfman et George Pérez décident de tuer la Wonder Woman de Terre I, ou plutôt de la faire revenir à son état originel (l’argile) d’un coup de rayon de l’Anti-Monitor.

Mais c’est pour mieux la faire revenir l’année suivante dans une toute nouvelle série qui lui est consacrée et rebootée pour l’occasion. Alors qu’aucun auteur de chez DC ne souhaite prendre en mains ses nouvelles aventures, George Pérez se porte volontaire et s’attelle à la tache, se destinant à rester uniquement le temps de 6 numéros afin de lancer la série. Il la quittera finalement 5 ans plus tard.

Les fans et les critiques considèrent les 60 numéros créés par Pérez comme l’un des points culminants de l’histoire de Wonder Woman. Pérez et son acolyte Greg Potter donnèrent au personnage une personnalité féministe, et les recherches approfondies de Pérez en matière de mythologie grecque insufflèrent plus de profondeur et de richesse que dans les versions précédentes.

Dans sa nouvelle incarnation, Wonder Woman est Diana, une princesse et émissaire de Paradise Island dans le monde des hommes. Au début, elle ne garde pas son identité secrète, et ne se comporte pas non plus comme une super héroïne, son personnage étant d’abord celui d’une jeune fille innocente. Diana parle seulement le grec ancien, et doit apprendre l’anglais quand elle arrive aux États-Unis, au lieu de savoir le parler intuitivement. Néanmoins, Diana a reçu un entraînement de guerrière et n’hésite pas à tuer son adversaire lorsque c’est nécessaire. Les sujets de ses aventures sont la guerre, l’injustice, l’inégalité, la mort, et divers conflits impliquant les dieux de l’Olympe.
Les personnages secondaires sont eux aussi modifiés. Par exemple, Steve Trevor est changé en un officier de l’Air Force, qui paraît beaucoup plus âgé que Diana, et la traditionnelle romance entre les deux est abandonnée. À la place, Trevor est lié sentimentalement à Etta Candy, qui devient elle-même un officier militaire de rang important et plutôt ronde, mais sans exagération. Cheetah, l’ennemie de Diana, devient une femme qui peut se transformer en une féroce créature féline-humanoïde, aussi forte qu’elle au combat.

Empruntant les idées de Marston et Kanigher, Pérez combine des éléments du Golden Age et du Silver Age tout en revitalisant le personnage. De plus, de nombreuses femmes artistes, scénaristes, éditrices viennent lui prêter main forte : L’éditrice Janice Race développe la série avant de la léguer à Karen Berger, Mindy Newell co-écrit 12 numéros avec Pérez, pendant que Jill Thompson dessine les derniers opus de son run, en alternance avec Colleen Doran et Cynthia Martin. Tatjana Wood a colorisé les premiers numéros et Nansi Hoolahan est présente sur les derniers.

Le run de Pérez se termine au #62 et comme l’indique la couverture, il marque la fin d’une époque pour Wonder Woman puisqu’il transmet les rênes au scénariste William Messner-Loeb. Après cinq ans de règne, Pérez a vraiment marqué le personnage de son empreinte, et détient le noble titre de l’homme responsable de la redéfinition de Wonder Woman dans l’univers post-crisis.

Les fans à ce jour sont encore divisés quant à savoir s’ils voient ou non Pérez comme étant le plus grand architecte qui ait jamais œuvré sur la série. Les traditionalistes haïssent le fait que son identité de Diana Prince ait été abandonnée, qu’elle puisse voler comme Superman et n’ait plus besoin d’un jet invisible, ou encore qu’elle ne perde plus sa force lorsqu’elle est enchaînée par un homme. Mais les fans de Pérez aimaient le fait qu’il lie l’histoire de Diana avec les histoires légendaires de la mythologie grecque. Mais quelles que soient leurs opinions, presque tous les fans ont reconnu que Pérez aimait sincèrement Diana et que cela s’est clairement transmis à travers tout son run.

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Après le départ de George Pérez, William Messner-Loebs va emmener Wonder Woman vers d’autres horizons, elle deviendra une pirate de l’espace, puis employée dans un fast-food… Il sera accompagné de l’artiste Mike Deodato Jr dont le style représentant des femmes hypersexualisées va faire rentrer l’héroïne de plein fouet dans les années 90, dont le standard esthétique douteux était constitué de top models aux jambes interminables et aux courbes défiant tout principe anatomique.
John Byrne prendra la relève, faisant fi de tout ce qui avait été fait sur le personnage avant lui. Il la fait débarquer dans une ville appelée Gateway City, l’entoure de nouveaux personnages et la tue même le temps de quelques numéros, elle sera alors remplacée par sa mère Hippolyte.
C’est ensuite l’ère des bons scénaristes : Phil Jimenez, Greg Rucka et Gail Simone, qui vont permettre à la série de remonter dans le classement des ventes de manière occasionnelle.
Le #600 marque l’arrivée de J.Michael Straczynski sur la série mais sa présence ne sera que de courte durée.

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Le relaunch de DC Comics en 2011 apportera une nouvelle équipe créative avec Brian Azzarello et Cliff Chiang, et une nouvelle fois les origines de l’Amazone seront modifiées pour l’occasion, Diana ayant désormais un père en la personne de Zeus, le scénariste gardant le contexte mythologique du personnage, mais dénaturant un aspect qui était l’un des plus progressistes de l’ère Marston : le fait qu’un enfant puisse naître sans père (on pourrait employer le terme de “fécondation in-terro”, pourquoi pas) et être élevé par des femmes d’une manière tout à fait saine.
Un nouveau tandem (en la personne de David Finch et sa femme, Meredith) est sur le point de donner une autre vision du personnage, et les propos de la scénariste (comme quoi Wonder Woman n’était pas féministe) en a fait bondir plus d’un.

Conclusion :

Avoir une idée de qui est Wonder Woman est donc une affaire beaucoup plus complexe qu’elle n’y parait, car elle ne se cantonne pas à figurer dans les pages d’une bande dessinée ou tourner autour d’elle même dans une série télé sur fond de musique disco.
Ses origines sont enracinées dans le combat des femmes pour le droit de vote et à l’avortement, des droits fondamentaux encore inexistants au début du XXème siècle.
Son, ou plutôt ses créateurs (si on inclut Elizabeth et Olive) souhaitaient délivrer un message d’espoir aux femmes, et d’avertissement envers les hommes, que le monde basé sur le patriarcat dans lequel ils vivaient allait bientôt changer.
Son personnage a largement évolué au fil des décennies, en étant parfois en totale corrélation avec son époque, ou bien passant à côté de son statut iconique en devenant vendeuse de fringues, secrétaire pour super héros ou serveuse à Taco Whiz.
Beaucoup d’auteurs l’auront côtoyé, apportant leur version du personnage avec plus ou moins de respect pour la vision de Marston, mais ils ont certainement tous contribué à ce qu’elle représente aujourd’hui : une figure emblématique, historique, et culturelle de la femme, non seulement dans la bande dessinée mais également dans notre culture occidentale dans son ensemble.

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Wonder Woman #36 : la preview


En ce moment, je vis Wonder Woman, je respire Wonder Woman, je mange Wonder Woman, je bois Wonder Woman, je dors Wonder Woman et…. je vais m’arrêter là.
A quelques jours de ma conférence consacrée à la fière Amazone à la Paris Comics Expo, (samedi 22 à 11h, vous y découvrirez une pimbêche complètement stressée, mais bon, j’ai récemment suivi un stage commando sur Themyscira donc ça devrait aller !) le hasard du calendrier veut que cela corresponde avec la venue de la nouvelle équipe sur la série, à savoir David Finch et son épouse Meredith.
Je me suis déjà exprimée sur mes doutes quant à la qualité de ce run post Azzarello/Chiang, là, j’ai envie de dire nous verrons bien, et cela ne va pas m’empêcher de continuer d’acheter cette série comme je le fais avec Batwoman, situation qui me met chaque mois au bord du suicide.

Après toutes ces semaines de recherche, de documentation, de découvertes, tout ça sans pour autant jamais atteindre l’overdose, j’ai appris au final que chaque dessinateur, chaque scénariste, et chaque éditeur, en bien ou en mal, a finalement contribué à définir ce que Wonder Woman représente aujourd’hui.
C’est en tout cas ce que je souhaite transmettre dans mon intervention, et en une heure de temps, je peux vous dire que c’est un vrai challenge.

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Les jeudis de l’angoisse (des comics) #1


Aujourd’hui Julien Lordinator et moi vous invitons à un nouveau rendez-vous mensuel qui symbolise un peu notre amour commun pour le genre horrifique, car malgré ce que l’on pourrait croire, il n’y a pas que les comics et les filles dans la vie.
L’idée est venue du cerveau complètement dérangé de mon poto Julien, grand amateur comme vous le savez de tout ce qui est bien dégueulasse, enfin non, je devrais le présenter autrement, de tout ce qui relève d’avoir un sens de l’esthétisme très prononcé, et qui a souhaité nous faire partager comme il sait si bien le faire son intérêt dans ce domaine avec toute la passion qu’on lui connait.
Le comics horrifique est un genre méconnu que nous affectionnons beaucoup, c’est pour cette raison que nous avons décidé de lui consacrer cette nouvelle rubrique, nous espérons qu’elle vous plaira et qu’elle vous fera découvrir de bien belles merveilles.

PS : J’ai moi-même consacré un billet de reviews sur une sélection de séries d’horreur sur un blog ami qui devrait être mis en ligne dans les jours à venir, (et dont je vous ferai parvenir le lien dans ce premier billet) ce qui prouve bien que le sujet nous tient vraiment à cœur.

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Dracula de Fernando Fernandez (par Julien Lordinator)

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Lorsque des auteurs de bande dessinée s’attaquent à certains mythes de l’horreur, ils le font souvent avec passion et les exemples ne manquent pas  : Lorsque Berni Wrightson rend hommage au monstre de Frankenstein, il le fait au travers d’un magnifique graphic-novel devenu depuis un classique et, pour prendre un exemple opposé, plus récemment Ben Templesmith a dynamité le mythe du loup-garou avec son glaçant Bienvenu à Hoxford (1). Les mythes même plus modernes sont aussi régulièrement repris, digérés voir transcendés, le succès de The Walking Dead de Robert Kirkman s’est littéralement approprié les codes établis par George Romero (2) dans ses films de zombie pour en faire le succès que l’on connait aujourd’hui.

0Les modes se suivent et ne se ressemblent pas et l’horreur n’y fait pas exception, mais il y a un mythe indémodable de l’horreur qui a su traverser les époques, se renouveler et s’adapter à chaque époque  : Le vampire et plus particulièrement sa figure emblématique, Dracula. Inventé (3) par l’écrivain irlandais Bram Stoker en 1897, cela fait quasiment deux siècles que le seigneur des vampires peut se targuer de jouir d’une popularité qui n’a jamais faibli  : Il est présent partout, dans tous les médias et plus qu’une figure de l’horreur, c’est une véritable icône populaire, reconnaissable par tous. Il n’est donc pas étonnant que les auteurs de bandes dessinées aient voulu lui rendre hommage ou se servir de son image.

Faire un panorama complet des apparitions ou utilisations de Dracula dans la bande dessinée serait un véritable chemin de croix (si j’ose dire…) tant le personnage a été utilisé maintes et mainte fois de toutes les façons possibles et imaginables dans ce média et plutôt que (d’encore) parler de Tomb of Dracula (même si l’envie ne m’en manque pas), j’ai préféré m’intéresser et vous présenter un livre méconnu, voir quasiment inconnu en France.

Ce livre, ou plutôt cette bande dessinée, c’est l’adaptation du roman original de Bram Stoker par Fernando Fernandez.
Avant de m’attaquer plus en détail au livre, je vais m’intéresser plus particulièrement à l’auteur. Pour les fans de comics Fernando Fernandez n’est pas un artiste très connu, l’artiste espagnol à dessiné quelques histoires dans les années 70 pour les magazines Vampirella et Eerie et a surtout eu une carrière plutôt timide dans le monde des comics, signant surtout des adaptations de romans ou nouvelles, son dernier travail dans la bande dessinée sera d’ailleurs l’adaptation de la nouvelle Lucky Star d’Isaac Asimov. Dans les années 90 il arrête de travailler pour l’édition et se concentre uniquement sur la peinture. Il décède le 9 août 2010.

Revenons au livre et donc pourquoi m’intéresser plus particulièrement à cette bande dessinée plutôt qu’à une autre  ? Pour deux raisons simples  : Fidélité et beauté.

1Fidélité tout d’abord car l’ouvrage suit scrupuleusement les événements du livre et leur déroulement, de l’apparence des personnages (peints en suivant les descriptions du livre) jusqu’aux textes (les dialogues et la narration sont souvent des reprises au mot pour mot de certains passages du roman), Fernando Fernandez n’a pas voulu dénaturer l’œuvre originale et il est évident que l’on se retrouve bien là en présence d’un véritable hommage plus que d’une adaptation  : Le respect dont fait preuve l’artiste est absolument admirable, il n’est d’ailleurs, volontairement je pense, crédité qu’en tant que dessinateur / peintre sur ce livre, laissant à Bram Stoker la paternité du texte. Fernandez respecte donc l’œuvre et son auteur jusqu’au bout.

L’autre aspect qui fait de cette bande dessinée une œuvre d’exception, c’est sa beauté car aux vues des planches réalisées par Fernando Fernandez, ont ne peut qu’être soufflé par le résultat du travail, supposément titanesque, réalisé par l’artiste. Chaque planche a en effet entièrement été réalisée à la peinture à l’huile, donnant à chaque vignette l’aspect de véritables tableaux  : Dés les premières planches ont ne peut qu’être admiratif devant le souci du détail et le talent de l’artiste, l’atmosphère gothique et lourde du roman étant palpable à chacune des pages. Plus qu’une bande dessinée, on est ici véritablement face à, n’ayons pas peur des mots, une véritable œuvre d’art.

Il est inutile que j’en rajoute d’avantage car je pense que vous l’avez compris  : cette version de Dracula est une très grande réussite, à la fois esthétiquement irréprochable et d’une fidélité et d’un respect absolu de l’œuvre originale. Une bande dessinée à posséder absolument pour les fans d’horreur en bandes dessinées et les amateurs de beaux livres.

Un petit mot sur la disponibilité de cette bande dessinée pour finir  : Publiée à la base en plusieurs parties dans la version espagnole du magazine Creepy, il est régulièrement réédité dans la langue de Cervantès depuis, la dernière édition datant de 2004 chez Glénat Espagne. L’éditeur américain Del Rey Books l’a également réédité en 2005 en anglais. Pour ce qui est de la France, l’éphémère éditeur Campus l’a publié dans l’hexagone en 1985 et malgré sa sortie assez ancienne chez nous, ce livre est encore facilement disponible sur de nombreux sites de vente en ligne, mais à un prix relativement élevé, compte une cinquantaine d’euros pour un exemplaire en bon état.

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Dracula est un de mes romans favoris, l’un des rares que j’ai lu plusieurs fois, même si je l’ai découvert sur le tard, à la faveur du film de Francis Ford Coppola (que j’adore également) et je me suis logiquement intéressé à la plupart et déclinaisons dans les autres médias. Cette version de Fernando Fernandez reste à ce jour l’une des itérations que je préfère et de mon point de vue l’une des plus réussies, il est rare qu’une adaptation m’ai procuré les mêmes sensations de lecture que l’œuvre originale mais ce fut le cas ici.

Ce Dracula est à ranger aux cotés de celui de Mike Mignola (4) et des Vampirella de José Garcia Lopez, comme une œuvre majeure du vampirisme dans le neuvième art, tout simplement.

(1) Malheureusement passé quasiment inaperçu mais sur lequel je reviendrai très certainement une prochaine fois.

(2) George Romero qui a d’ailleurs souvent touché aux comics, soit directement en en écrivant comme dans la mini série Toe Tags en 2004 ou le récent et très original Empire of the Dead, soit en leur rendant hommage, notamment dans son film Creepshow écris par Stephen King, véritable et vibrant hommage aux EC Comics.

(3) Bram Stoker s’est beaucoup inspiré du personnage de Vlad Tepes, un noble roumain du quinzième siècle pour créer Dracula.

(4) Adaptation sur laquelle je reviendrais aussi très certainement.

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Wonder Women of History


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Wonder Women of History : Susan B. Anthony, Wonder Woman #5 (juin 1943)

 

Qui a dit qu’on n’apprenait rien en lisant un comic-book ?
C’était du moins le cas à l’époque du Golden Age, et en ce qui nous concerne dans les numéros de la série Wonder Woman qui contrairement aux comics d’aujourd’hui ne se contentait pas d’additionner quelques pages publicitaires au contenu mensuel.
Pendant près de 20 ans et depuis son tout premier numéro, le titre Wonder Woman s’est vu être agrémenté de plusieurs rubriques diverses, sous la forme d’essais en prose, de comic strip, de publicités humoristiques ou de jeux divers, et dont le contenu a évolué au fil des périodes (il y aura une ère Marston, et une ère post-Marston, au même titre que la série en elle-même, passant du féminisme engagé aux articles dignes de Modes et Travaux).

Dans Wonder Woman #1, en plus des aventures de notre fière Amazone, nous pouvions ainsi découvrir différents petits ajouts tels qu’une histoire intitulée A Message from Phil, un texte écrit par Jay Marr où une jeune fille nommée Phillys sauvait un sous-marin en communiquant par télépathie avec Phil, son frère jumeaux, technicien à bord de l’engin et blessé. Dans le comic strip de deux pages Sweet Adeline : Songs Without Music de Art Helfant,  une famille pauvre propriétaire d’un hôtel se met à creuser dans l’espoir de trouver un gisement de pétrole. La rubrique Good Book Worth Reading comme son nom l’indique suggérait aux lecteurs des livres qui en valaient la peine, cette catégorie était tenue par Josette Frank. On pouvait aussi s’amuser à décoder le message secret de Superman dans Superman’s Secret Message (Code Pluto N°8) ou il fallait trouver la huitième lettre précédant dans l’alphabet celle annoncé dans le message.

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Mais la rubrique la plus intéressante s’intitulait Wonder Women of History, dont le but était de présenter une figure féminine ayant marqué l’histoire. Chaque récit, compris entre trois et quatre pages soulignait de la même manière l’adversité face à laquelle ces femmes furent confrontées et comment elles réussirent à les surmonter.
C’est Alice Marble, ancienne championne et star de Tennis féminin (elle fut élue Athlète de l’année en 1939 et 1940 par l’Associated Press), qui embrassa ensuite la carrière d’éditrice et fut ainsi responsable de cette rubrique, écrivant les histoires des 16 premiers numéros et illustrés par des artistes de renom, de Sheldon Moldoff à Paul Reinmann, sans oublier Bob Oksner ou Alfonso Greene, l’un des rares dessinateurs afro-américain du Golden Age.

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Marble choisit de nous faire découvrir en premier le destin de Florence Nightingale dans un récit de 4 pages, où on la voit transporter des animaux blessés alors qu’elle n’était qu’enfant puis servir dans un hôpital de guerre lorsqu’elle atteint l’âge adulte, jusqu’à ce qu’elle créé une école d’infirmières.

A la suite de cette publication, elle décide d’envoyer le premier exemplaire de Wonder Woman couplé d’un article de Marston intitulé Women : Servants of Civilization paru dans Tomorrow Magazine à une sélection de femmes remarquables de l’époque, en leur demandant de lui communiquer quelles personnalités elles souhaiteraient retrouver dans Wonder Women of History.

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Malgré son départ au bout de 16 numéros, la rubrique continua, décrivant la vie de près de 50 femmes plus ou moins connues telles que Clara Barton (fondatrice de la Croix-Rouge américaine), Florence Rena sabin (la première femme professeur à la John Hopkins University School of Medecine, et première femme élue à l’Académie nationale des sciences), Dorothea Lynde Dix, (militante qui a vigoureusement fait campagne et pression sur le Congrès des États-Unis afin de créer les premiers asiles mentaux), Lucretia Mott (féministe et abolitionniste), Emma Willard (éducatrice connue en tant qu’activiste pour les droits des femmes), Susan B. Anthony (militante américaine des droits civiques, qui joua notamment un rôle central dans la lutte pour le suffrage des femmes aux États-Unis), Carrie Chapman Catt (professeur et suffragette, elle est passée à la postérité pour son combat en faveur du droit de vote des femmes), Sojourner Truth (sobriquet donné à partir de 1843 à une abolitionniste noire américaine, née de parents esclaves dans la ville d’Hurley, dans l’État de New York), Julia Ward Howe (abolitionniste, activiste, et poétesse américaine, rendue célèbre par son texte The Battle Hymn of the Republic), Lillian D.Wald (infirmière, éducatrice et co-fondatrice de l’association nationale pour la promotion des gens de couleur, une organisation de défense des droits civiques).

Mais les militantes pour le droit des femmes et des minorités n’étaient pas les seules à mériter leur place dans Wonder Women of History, des aviatrices, astronomes, écrivains, prix Nobel, journalistes, avocates, First Ladies, chanteuses, sculptrice, tireuse d’élite et bien d’autres y ont également figuré.
A travers ces récits héroïques, chaque personnalité était dépeinte en train d’influencer et de changer le monde, de la même manière que Wonder Woman, et ainsi servir de modèle à des générations de lectrices en prouvant que l’on a pas besoin de super pouvoirs pour incarner une femme forte.

Malheureusement petit à petit, le rythme de publication de cette rubrique va se trouver de plus en plus sporadique, pour finir avec Wonder Woman #66 au bénéfice d’articles centrés sur des préoccupations beaucoup actuelles telles que la mode ou la vie maritale, offrant de véritables textes de propagande prônant la vie de famille, l’une des rubriques phare s’intitulant Marriage a la Mode (en français dans le texte) qui apparaît dans Wonder Woman #69 en octobre 1954 (une année qui n’est pas inconnue pour ceux qui s’intéressent à l’histoire des comics).

Il reste néanmoins ces nombreuses biographies de femmes merveilleuses qui font bel et bien partie de l’histoire de Wonder Woman, et qui ont peut-être inspiré et donné vocation aux lectrices de l’époque, un idéal que Marston a toujours souhaité en créant ce personnage.

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Batgirl #36 : la preview


Alors que la tension monte encore d’un petit cran entre Barbara et Dinah, notre héroïne essaie de trouver un moyen de récupérer les données manquantes de l’algorithme sur lequel repose son projet de recherche. Et comme si cela ne suffisait pas, Batgirl se retrouve à devoir appréhender deux sœurs jumelles voleuses d’un prototype à deux roues appartenant au laboratoire de robotique de la faculté.
Les débuts de cette nouvelle version de Batgirl étaient déjà bien prometteuses, et il semble d’après cette preview que la suite de ses aventures continue dans ce sens.

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