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Memory : la review de Julien Lordinator


Memory : L’autre Manara

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S’il y a bien un auteur dont il ne faut pas parler actuellement aux lecteurs de comics lambda, encore plus s’il s’agit d’une représentante de la gent féminine, c’est bien de Manara ! Conspué de toutes les façons possibles et imaginables suite à une couverture sujette à controverse et devenue dans la foulée le symbole de la sur-sexualisation des personnages féminins dans ce média, l’auteur et dessinateur italien est devenu persona non grata dans l’univers vertueux des super-slips américains.

2De ce que j’ai pu en lire dans notre beau pays, la plupart des réactions furent aussi virulentes que dans le pays de l’Oncle Sam et, je le pense, souvent dû à une mauvaise réputation de l’auteur parmi une caste de lecteurs élitistes. Manara c’est le symbole de l’érotisme et visiblement, on ne veut pas de ça dans les comics, on a une réputation à tenir, faut pas déconner avec nous…
Après l’on pourrait déblatérer des heures sur la nécessité d’avoir sur une couverture, variante qui plus est, d’un comic «mainstream» une jeune femme les fesses en l’air dans une position équivoque : Moi j’appelle ça de la sexploitation, ça marche du tonnerre depuis la nuit des temps, et ce pour tous les médias soit-dit en passant, ce n’est pas nouveau dans le comics (Lady Death, Vampirella, Catwoman, Witchblade…), mais là ça a fait le buzz, internet, réseaux sociaux, nouvelles technologies, tout ça, tout ça…
Enfin bref, passons et revenons au sujet de cet article, à savoir le «satyre» italien.

3Cette couverture de Manara, ce n’est pas le premier «méfait» de ce pervers infâme dans les proprets comics made in USA : Déjà en 2011, le pornographe-dessinateur avait sali l’image des mutantes Marvel avec l’album X-Men : Jeunes filles en Fuite, le traître Chris Claremont lui apportant pour l’occasion son soutien au scénario. Je me souviendrai toujours des messages affligeants de débilité que j’avais pu lire sur le Facebook de l’éditeur Panini lorsqu’ils avaient annoncé qu’ils publieraient ce sacrilège dans notre bel hexagone  : « Avec Manara aux dessins, autant re-titrer l’album Jeunes filles en rut  ! », « Manara sur les X-Men ? Cool, j’ai toujours voulu voir Tornade se faire prendre par derrière :p Lol », j’en passe des vertes et pas mûres…
Ces réflexions stigmatisaient bien dans le fond l’image stéréotypée de la bande dessinée érotique qu’ont la majorité des lecteurs de bande dessinée «normale» dans l’hexagone, à savoir l’image d’un média pour pervers.

4Dans d’autres pays du monde, notamment en Italie, Espagne, Amérique du Sud ou même au Japon, le genre érotique/pornographique est reconnu comme un style à part entière ayant ses artistes phares et même ses œuvres emblématiques. Rien de tout ça en France, certes certains dessinateurs français ont une réputation qui n’est plus à faire (Georges Pichard ou Alex Varenne pour ne citer que ceux qui me viennent immédiatement à l’esprit) mais cette notoriété reste cantonnée à un petit groupe de lecteurs, préférant généralement cacher leurs BD de ce genre en haut des étagères.
Pourquoi ce style a si mauvaise réputation dans notre pays ? Honnêtement je ne sais pas, probablement parce que durant des années, les étalages des kiosques furent abreuvées par kilos par des «fumetti» porno de piètre qualité (1), que l’on a un peu trop cette image de la bande dessinée comme d’un média «artistique» et/ou destinée majoritairement à la jeunesse ou bien tout simplement parce qu’en France on est des coincés du derche  ?

5Moi la bande dessinée érotique j’aime ça, je n’ai pas honte de le dire, je le revendique même et je l’ai déjà montré (voir notamment mes critiques de Sex & Violence et Small Favors) et de plus je suis un grand admirateur de Manara, voilà qui est dit.

Je n’ai aucunement l’envie de «réhabiliter» l’image de Manara auprès de ces détracteurs, vous ne l’aimez pas ? Vous n’avez jamais lu ce qu’il a fait ? Tant pis pour vous, vous ne saurez jamais ce que vous avez raté mais le réduire à une image de pornographe-dessinateur comme je l’ai lu très souvent suite à l’affaire de la couverture de Spider-Woman est particulièrement réducteur, certes Manara est un artiste réputé pour ses œuvres érotiques, mais c’est aussi un auteur particulièrement doué et varié, comme le prouve l’artbook Memory.

Publié chez Paquet en 2004, Memory est un livre qui prend le parti de brasser assez large dans la carrière et les multiples facettes de l’artiste. Alors bien sûr il y a un chapitre sur ses œuvres érotiques, mais celui-ci est traité comme un des aspects parmi d’autres.
Memory nous montre donc des facettes assez méconnues de l’artiste, celles d’un passionné d’histoire qui a notamment dessiné des portraits de personnages et de nombreuses scènes historiques, illustré des publicités, des cartes postales ou s’est même adonné à de l’art un peu plus abstrait.

Disponible pour pas cher sur la plupart des sites de ventes en ligne (j’ai eu le mien pour à peu près cinq euros) et même si on l’a affublé d’une couverture qui fait un peu le trottoir, dans le fond on reconnaît immédiatement la patte de l’artiste et ce livre est en soit un beau moyen de montrer la diversité et la variété du maître italien, trop souvent réduit à un pervers dessineux.

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(1) Je vous encourage d’ailleurs à lire le très bon article consacré à l’un des éditeurs phare de ce genre dans les années 70/80, Elvifrance, publié dans le bookzine Distorsion X, sorti le mois dernier.

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Le Black Album de Jack Kirby


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En 1987, Pure Imagination, maison d’édition fondée par l’artiste et historien Greg Theakston publie un livre reproduisant les 129 illustrations crayonnées contenues dans un sketchbook que Jack Kirby avait offert à sa femme Roz dans les années 70.
Ce livre intitulé Jack Kirby’s Heroes And Villains et comprenant une préface de Jim Steranko a également été publié dans une Deluxe Edition qui est devenue rapidement un objet de collection totalement hors de prix. Mais en 1994, une nouvelle version de l’ouvrage appelée Black Magic Edition voit le jour, agrémentée de quelques illustrations supplémentaires et dont chaque dessin du King est encré par un artiste de renom.
Mike Allred, John Buscema, John Byrne, Paul Chadwick, Daniel Clowes, Geof Darrow, Graig Hamilton, Gil Kane, Jae Lee, Mike Mignola, Frank Miller, Kevin O’Neil, Trina Robbins, John Romita, Steve Rude, P. Graig Russel, Walt Simonson, Barry Windsor-Smith, Jim Starlin, Jim Steranko… autant de noms légendaires qui apportent aux nombreux personnages créés par Kirby une toute nouvelle dimension.
Accompagnés d’un court texte qui présente chaque personnage, ces illustrations nous rappellent (comme si il en était besoin) tout le génie du maître tout en étant superbement mises en valeur par le talent de ces artistes d’exception.

Le recueil prend fin avec le récit passionnant de Greg Theakston sur la genèse même du livre, une histoire palpitante qui nous fait encore plus apprécier l’objet que l’on tient entre les mains.

Jack Kirby’s Heroes And Villains est un bien bel ouvrage que je me suis procurée hier totalement par hasard et dont je suis tombée amoureuse dès le premier regard. Si vous aimez les Art-books, et si vous souhaitez découvrir ou redécouvrir les plus belles créations du grand Jack Kirby, alors n’hésitez pas à vous procurer ce livre magique, comme son titre l’indique.

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La belle endormie


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Tout le monde sait que Neil Gaiman est un grand défenseur de la cause LGBT, ne serait-ce que par la forte présence de personnages homo, bi ou trans dans la plupart de ses œuvres, c’est le cas dans de nombreux numéros de Sandman (A Game of You, Preludes and Nocturnes, The Kindly Ones, Seasons of Mist) ainsi que Books of Magic, et sa participation à AARGH pour ne citer que ces exemples.

Son dernier livre à paraître, intitulé The Sleeper and the Spindle disponible dès le 23 octobre et destiné à un jeune public (tout comme Coraline, dont je suis une très grande fan) est un conte qui amène une fois de plus l’idée récurrente (avec Frozen et Maléfique, c’est quand même la troisième fois cette année !) qu’une princesse n’a nullement besoin du baiser d’un prince charmant pour sortir d’un profond sommeil, et qu’une femme peut faire le job tout aussi correctement.

Illustré par Chris Riddell (dont la patte m’a tout de suite fait penser à Jeremy Bastian) ce livre nous raconte en effet les aventures d’une jeune reine qui à la veille de son mariage tente de sauver une princesse vivant dans un royaume voisin, d’un sort qui l’a fait tomber dans un profond sommeil.
Il ne s’agit pas ici de mettre en avant l’homosexualité d’un des personnages principaux, mais bien au contraire de prôner l’idée que les contes pour enfants peuvent aussi être peuplés d’héroïnes d’un nouveau genre.

Inutile de dire qu’ici ce genre d’histoire est hautement apprécié, (et oui, Julien et moi on a aimé deux films différents mais qui ont au fond le même message) c’est la raison pour laquelle nous pouvons déjà vous promettre une review de ce livre dans les semaines à venir. En attendant sachez que Neil Gaiman viendra nous rendre visite à Paris du 22 au 25 octobre pour la promotion de son nouveau roman L’Océan au bout du chemin, qui sort lui aussi le 23, Au Diable Vauvert.

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Héro(ïne)s : l’album en devenir


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L’un des moments forts du dernier Lyon BD Festival fut pour moi l’exposition Héro(ïne)s qui rendait hommage et mettait en valeur les personnages féminins présents dans la BD franco-belge, américaine et japonaise, en employant la technique du Gender Swap, c’est à dire le changement de sexe d’un héros afin de dénoncer la sous exposition des femmes en tant que personnage principal dans les séries les plus médiatiques.

Cette exposition fut un vrai succès, et il n’est pas étonnant de voir qu’un projet de financement participatif se mette en place pour aider à la publication d’un album réunissant les illustrations déjà produites, et disponibles sur le Tumblr de l’initiative, en plus des futures propositions susceptibles d’être dévoilées.

Il reste encore 37 jours pour faire partie de cette aventure via la plateforme Ulule, qui est également une très belle opportunité d’obtenir un ouvrage très original et qui à l’instar de Womanthology, véhicule un véritable message positif sur le statut des femmes dans la bande dessinée.

Depuis près de 180 ans que la bande dessinée existe, des dizaines de milliers d’albums ont été publiés sous tous les formats (presse, livre, album, strip) et sur tous les continents (Europe, Asie, Amérique), mettant en scène des centaines de personnages différents. Pour la plupart, ces héros récurrents ont constitué nos premières lectures d’enfant. Ils ont marqué nos imaginaires, nous ont servi de modèles, de repères et d’inspirations. Comme tous les personnages de fiction ils ont contribué à construire notre rapport au réel, aux autres, au monde.

Un rôle primordial et essentiel qui est très majoritairement tenu par des héros masculins. Force est de constater, en effet, que dans la foule des personnages de BD, les héroïnes sont rares…

Héro(ïne)s, c’est le nouveau projet de JC Deveney et du Lyon BD Festival. Le principe : inverser les genres en BD. Il peut s’agir d’une inversion du genre du personnage (Tintine, Lucky Lucy…), d’une réflexion sur la répartition des rôles homme / femme (Et si Mademoiselle Jeanne devenait le personnage principal ?) ou de toute autre proposition renversant la représentation habituelle des genres en BD (Que donnerait un village des Schtroumphs avec autant de Schroumpfettes que de Schtroumpfs ?).

l ne s’agit pas de prétendre que les figures féminines n’existent pas dans la BD ou que l’imaginaire du 9e Art est machiste mais leur représentation reste minoritaire et très souvent liée à des stéréotypes convenus : les femmes ont leur place en BD … au côté du héros, prêtes à l’épauler ou à le soigner en cas de coup dur. Elles peuvent également constituer de très bons éléments à séduire, à sauver du danger et même parfois à instruire. Autant de situations où elles deviennent des objets passifs et non des éléments agissants.

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Comics Unmasked est gratuit !


En version numérique, et jusqu’à demain ! Ça c’était pour la bonne nouvelle. La mauvaise c’est qu’il faut être détenteur d’un Ipad pour pouvoir en profiter car l’application nécessaire pour télécharger ce petit bijou n’est disponible que par Itunes.
C’est Sequential, une plateforme de téléchargement de comics spécialisée dans les graphic novels et les œuvres indépendantes (comme ils le disent si bien, ils font tout, sauf du super héros), qui nous offre cette belle opportunité, franchement il serait vraiment dommage de passer à côté de ce superbe ouvrage qui a été réalisé pour faire écho à Comics Unmasked, Art and Arnarchy in the UK , la fameuse exposition qui se tient à Londres jusqu’à demain et dont je vous ai rebattu les oreilles à plusieurs reprises.

Comics Unmasked: The Digital Anthology est en téléchargement gratuit en marge de la grande exposition de la British Library sur la bande dessinée qui a actuellement lieu du mois de mai au mois d’Août de cette année. L’exposition est la plus grande exposition sur la bande dessinée et les romans graphiques jamais montrée au Royaume-Uni. Prouvant que les bandes dessinées sont bien plus que des choses liées à l’enfance et à la nostalgie, elle montre comment leur forme unique et éphémère ont permis une incessante création et l’expression d’idées non conventionnelles d’autant de points de vue personnels.

Comics Unmasked défie les idées préconçues et les préjugés en révélant l’audace des écrivains et des artistes de la BD britannique. Aucun sujet n’est tabou, car elles abordent tout, de la politique et de l’érotisme à l’autobiographie et la magie. Cette anthologie numérique gratuite vous donne plus de 150 pages sur la bande dessinée et vous informe sur la teneur de l’exposition. Les BD sélectionnées sont présentées dans de courts extraits, chacune avec une page d’introduction donnant des informations sur sa publication et sa place dans l’histoire. 

Les temps forts de cette exposition incluent les pages quasi inédites de The Trials of Nasty Tales par Dave Gibbons et Ed Barker, les premières formes d’art séquentiel tels que A Harlot’s Progress et Ally Sloper, des extraits de classiques de 2000 AD tels que Judge Dredd, Slaine et Zenith , et des légendes de la bande dessiné britannique, tels qu’Alan Moore, Hunt Emerson, Brian Bolland, Neil Gaiman, DaveMcKean et bien d’autres.

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Comics Unmasked, Art and Anarchy in the UK


Dans la vie il faut savoir se faire plaisir, et vu que je suis une grande amatrice de livres qui retracent l’histoire des comics quelque soit le domaine (généraliste, ou plus ciblé), je ne pouvais pas passer à côté de celui-ci, d’autant plus que je ne pourrai pas me rendre à l’exposition dont il fait intégralement référence et qui se tient en ce moment et jusqu’au 19 Août à la British Library de Londres.
Je voulais en savoir plus sur ces comics made in UK et sur leur histoire. Bien sûr je connaissais quelques magazines emblématiques tels que The Daredevils et 2000AD, sans parler des auteurs britanniques qui ont révolutionné en quelques décennies l’industrie des comics aux Etats Unis par leur génie, caractérisé par ce savant mélange d’audace et d’anticonformisme, je ne vais pas vous les citer car vous les connaissez aussi bien que moi (sinon plus). Et puis il y a pour moi bien sûr AARGH, ce brûlot salvateur érigé par Alan Moore et qui témoigne sans conteste d’un mouvement contestataire en lutte contre l’ordre établit d’une époque, celle de Margaret Thatcher.

Comics Unmasked Art and Anarchy in the UK a justement été créé pour nous rappeler à quel point la bande dessinée britannique (et avant cela les illustrations de presse) a toujours voulu tenter de faire réagir son lectorat par la gravité ou la subversivité de ses propos, et ce  dès la moitié du 19ème siècle avec le conte de Mr Punch (adapté plus tard par Neil Gaiman et Dave McKean en 1994), ainsi que The Illustrated Police News détaillant les faits divers sordides dont le plus célèbre reste la série de meurtres commis par Jack l’Eventreur (que reprendront Alan Moore et Eddie Campbell en 1999).
Dans les années 50 l’Angleterre connu la même vague de censure qu’aux Etats Unis envers les comics horrifiques, une exposition itinérante organisée par la National Union of Teacher sensibilisait en 1954 les enseignants et les parents d’élèves sur les dangers de telles lectures.
Dans les années 70, des revues telles qu’Action étaient capable de faire l’apologie de l’hooliganisme, tandis qu’en 1986, Alan Moore et Kevin O’Neill étalaient une bonne dose d’horreur et de crucifixion dans Tales of the Green Lanterns #2….
Dans ce livre extrêmement bien documenté, les exemples sont légions et classés au sein de six chapitres bien distincts, chacun décrivant leur thème des origines du 9ème art made in Britain à aujourd’hui. On a donc le plaisir de retrouver des séries cultes telles que Tank Girl, Judge Dredd, The Ballad of Halo Jones, Kick ass, Slaine, Modesty Blaise… Et découvrir des titres identitaires et contestataires tels que Heröine, You are Ronald Reagan, Riot, The Trials of Nasty Tales…

Bref, au cas où vous ne l’auriez pas compris ce livre est un petit bijou et il se destine je pense à devenir une véritable référence en la matière. Sachez que j’ai omis beaucoup d’aspects de cet ouvrage volontairement, le dernier chapitre relatant notamment de la déstructuration des illustrations qui tentent plus à de l’art contemporain… non mais je vous le dis ! Il y a tellement de choses dans Comics Unmasked !

Je vous laisse donc un petit aperçu afin que vous puissiez vous rendre compte pleinement de la qualité de ce livre, et vous conseiller de l’acheter si le sujet vous intéresse.

Mise à jour du 24/06/14 :

Je viens de trouver un petit reportage concernant l’expo, mise en ligne par Euronews (que je regarde quand je me lève pour aller bosser très tôt le matin…) de quoi vous conforter dans l’idée que si vous avez l’occasion, allez visiter cette exposition !

De renommée internationale, la British Library, haut lieu de la connaissance, s’intéresse pour la première fois au “neuvième art”, autrement dit la Bande dessinée.
Son exposition, “Comics Unmasked : Art and Anarchy in the UK” est destinée à montrer la BD son un jour nouveau et l’influence des dessinateurs britanniques sur la scène internationale.
L’expo évoque bien sûr la BD moderne comme Preacher, Judge Dredd, ou Sandman, mais revient sur des siècles d’histoire méconnus.
Paul Gravett, commissaire de l’exposition :
“Cette exposition remonte jusqu‘à 1470 avec une incroyable bible populaire qui raconte l’histoire de la bible sous forme de dessin. Il y a des monstres, des anges, des démons, des couleurs vives voire criardes, ça pourrait probablement être publié aujourd’hui, en fait la Grande-Bretagne a été à l’avant-garde des livres de bandes dessinées depuis des siècles.”
La BD britannique a de tout temps été subversive. Du sexe à la violence en passant par le pouvoir, la politique,… à travers ses héros aux multiples visages, elle permet de saisir l‘évolution de la société, les changements de valeurs.
Paul Gravett, commissaire de l’exposition :
“La Bande dessinée, c’est très dangereux, des tests ont été menés par le Pentagone qui a découvert que le meilleur moyen de faire passer efficacement des messages aux militaires, c‘était par le biais de la BD, et non pas par de simples textes ou par des textes avec photos, que c‘était le meilleur moyen d‘éduquer ou d’influencer la pensée des gens. Et ça marche parce que lire une BD implique les deux parties du cerveau et vous demande une lecture active. Ce n’est pas comme regarder un film ou un show télé, vous devez donner vie à la BD”.
Le dessinateur du célèbre roman graphique, “Watchmen”, un classique récompensé en 1988 par le prix Hugo, Dave Gibbons, rend hommage au travail de la British Library :
“Pour moi qui ne me souvient même plus depuis combien de temps je travaille dans la BD, c’est fantastique de voir la prestigieuse British Library consacrer autant d’espace à cette exposition.”
“Comics Unmasked: Art and Anarchy in the UK”, à découvrir jusqu’au 19 août à la Bibliothèque nationale duRoyaume-Uni à Londres.
Comics Unmasked page

Copyright © 2014 euronews

 

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Gil Elvgren Artbook, la review de Julien Lordinator


GIL ELVGREN ARTBOOK, RAPIDE REVIEW

couverture

 

Quand on parle de l’âge d’or des pin-ups, plusieurs noms viennent immédiatement à l’esprit : Alex Vargas bien sûr ou Baron Van Lind, peintre indissociable du magazine Play Boy. Mais il y a un seul de ces artistes qui a su élever la pin-up au rang d’art à part entière en lui donnant ses plus belles œuvres, cet artiste c’est Gil Elvgren et c’est donc à lui que rendent honneur les éditions Taschen avec ce splendide ouvrage dont je vais vous vanter les louanges  !

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Gillette (Dit Gil) Elvgren est très certainement l’artiste le plus connu au monde dans le petit univers de la pin-up, sans même connaître son nom, vous avez déjà très certainement vu une de ses œuvres. Il est surtout connu pour avoir illustré de nombreuses publicités pour la marque Coca Cola, un peu de curiosité sur Google Images et vous vous direz immédiatement «  Mais oui bien sûr, je connais  !  ». Gillette Elvgren, c’est plus qu’un artiste, c’est aussi un pan entier de la culture populaire américaine, c’est une iconographie, un style indissociable du média dont il a contribué à donner les lettres de noblesse.

 Il serait un peu audacieux de ma part de tenter de faire en si peu de place une biographie de l’artiste tant sa vie fut riche, autant professionnelle que personnelle, je vais donc m’en tenir à l’essentiel.

jungleGil Elvgren naît donc en 1914 et ses parents constatent très vite chez lui un talent pour le dessin et la peinture, le jeune homme décide donc de devenir architecte. Mais il se rend assez vite compte que cela ne lui plaît pas et décide de se tourner vers des études plus artistiques. A dix-neuf ans, il part donc pour Chicago en compagnie de sa jeune femme, Janet Cummings et s’inscrit à la prestigieuse American Academy of Art. Durant ses études il se liera d’amitié avec Bill Mosby, un autre illustrateur et professeur de l’université, Mosby réalisera très vite le talent et surtout la détermination du jeune artiste et deviendra son mentor ainsi qu’une sorte de protecteur qui veillera jalousement sur l’évolution de son élève.
Elvgren passera deux ans et demi à l’académie des arts de Chicago et étudiera comme un véritable forcené, étudiant toutes les formes d’arts possibles, jusque la calligraphie ! Il décrochera son diplôme deux fois plus vite que la normale, faisant de lui et du point de vue de ses professeurs l’un des meilleurs élèves que l’académie ai jamais eu.

Ses études finies, Elvgren et son épouse décident de retourner dans leur ville natale de St Paul et de s’y installer. Certes c’est maintenant un artiste accompli, mais il n’est pas encore connu et n’a vendu aucune toile… Sa première commande sera une illustration pour un catalogue de vêtements masculins. Impressionné, le directeur artistique du catalogue le recontactera et lui en commandera une douzaine, lançant ainsi sa carrière. La reconnaissance du grand public viendra lorsqu’il sera contacté par la firme Brown & Bigelow, une société spécialisée dans les produits dérivés pour entreprises, notamment les calendriers, lui demandant de réaliser un portrait des quintuplés Dionne, véritable stars des médias à l’époque.
Dans les années qui suivirent, Elvgren travaillera surtout pour le principal rival de Brown & Bigelow, la Louis F. Dow Calendar, mais finira par la quitter quand il découvrit que ses œuvres étaient utilisées un peu partout sans qu’on lui demande son avis. La Dow utilisera alors une technique simple pour ne pas avoir à continuer à payer Elvgren tout en continuant d’utiliser ses œuvres, ils demanderont à un autre artiste, le néanmoins talentueux Vaughan Alden Bass, de retoucher les peintures d’Elvgren.

Coca-Cola

Les pin-up d’Evgren se trouveront surtout associées aux fameux calendriers de Brown & Bigelow, mais l’artiste est un véritable bourreau de travail et œuvrera aussi beaucoup pour de grandes sociétés américaines et magazines, ses travaux publicitaires, notamment pour Coca Cola, seront durant de nombreuses années l’iconographie indissociable de la marque de soda.
Dans les années soixantes, Elvgren est au sommet de son art et de sa renommée. Malheureusement, sa femme décède en 1966 et c’est pour lui un véritable traumatisme, l’artiste va alors se rabattre sur son travail. Ces pin-up les plus élaborées et les plus belles seront sans conteste issues de cette période de sa vie.

chienLes pin-up d’Elvgren se caractérisent et se reconnaissent par plusieurs aspects immédiatement reconnaissables : Elles sont souvent souriantes, mutines et surprises, naïvement sexy et souvent croquées dans des situations inconfortables, aux prises avec des objets de tous les jours ou de petits animaux, généralement des chiens, ces situations mettant en valeur leurs formes souvent généreuses. Jamais vulgaires, les filles d’Elvgren dégagent une certaine naïveté, une fraîcheur et un dynamisme particulier indissociable du style de l’artiste.
Elvgren accentuait volontairement certains aspects de ses modèles : Il allongeait légèrement leurs jambes, réduisait leur taille ou remontait leur poitrine, ces facteurs étaient les détails les plus caractéristiques de ce que l’on appelle encore aujourd’hui les «Elvgren Girls».
Les Elvgren Girls, c’est la femme américaine du siècle dernier dans toute sa splendeur, la fille d’à coté qui vous sourit quand sa robe s’envole lorsque vous la croisez en allant chercher le journal le matin ou qui éclate de rire lorsqu’elle s’arrose malencontreusement en s’occupant de ses fleurs un après midi d’été, les Elvgren Girls c’est ça, des filles souriantes, candides et coquines, immortalisées dans des situations du quotidien.

Gil Elvgren meurt le 29 février 1980 des suites d’un cancer, surnommé le «Norman Rockwell des pin-ups», il aura passé sa vie à enrichir celle des autres.

C’était, selon ceux qui ont eu
le privilège de le connaître, un homme sympathique, humble, généreux et modeste, et surtout passionné par son art : Sans aucun doute un des premiers grands artistes de la culture populaire du siècle dernier.

Golden-BeautyC’est donc à ce grand monsieur que les éditions Taschen rendent hommage avec ce livre et comme souvent avec l’éditeur allemand, le sérieux et la qualité sont de mise !
Tout d’abord c’est un livre grand format (22X30), broché, couverture dure avec jaquette et papier glacé : C’est donc un très bel objet, esthétiquement impeccable.
Je serais tenté de dire que dans ce livre, on trouve au final beaucoup et pas grand chose. Beaucoup car on peut y admirer la quasi totalité des œuvres commerciales (et même parfois plus confidentielles) du peintre au travers de plus de 530 illustrations (!), dont certaines sont reproduites pour la première fois, notamment un de ses nus longtemps demeuré introuvable, la magnifique «Golden Beauty». Pas grand chose dans le sens où ce livre est un véritable artbook et donc dénué de texte, ce qui au final est plutôt une bonne chose.
En plus de ce déluge d’images donc, on a également droit à une très longue biographie de l’auteur agrémentée d’un petit historique du style pin-up aux États Unis. Ce texte fort intéressant est disponible en anglais, allemand et français, malheureusement la traduction française se trouve à la fin et, contrairement à la version en anglais, est totalement dénuée d’illustrations, les renvois vers les illustrations forçant le lecteur à retourner au début du livre pour les visionner dans le texte en anglais…
Écrit par un véritable historien de la pin-up, Charles C. Martignette, ce texte se révèle absolument passionnant et aborde en détail la vie et l’œuvre de Gil Elvgren.bricolage

Pour finir, je dirais que si comme moi vous êtes passionnés par toute cette imagerie rétro de la culture américaine des années 50/60 et ou de la culture populaire américaine en général (ou plus largement si vous êtes amateur de belles images, cela va sans dire), cet ouvrage se doit obligatoirement de figurer dans votre bibliothèque, plus qu’un livre, c’est un véritable témoignage d’un pan entier de la culture populaire américaine que vous propose les éditions Taschen, de plus à un prix plus que modique et c’est là le meilleur : ce livre coûte aux alentours de dix euros !
On dit souvent que à ce prix là, ce serait dommage de s’en passer, et cette expression n’a jamais été autant adaptée que pour l’ouvrage dont je viens de vous parler.
Vous savez donc ce qu’ils vous reste à faire  !

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