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The Black Wonder


A une époque où tout le monde s’amuse à modifier le genre, l’orientation sexuelle ou la couleur de peau de bon nombre de personnages de comics, (avec des résultats plus ou moins heureux), je crois qu’il est judicieux le temps d’un billet, de revenir sur une héroïne qui a su marquer la représentation des femmes noires dans la bande dessinée américaine, en tout cas en son temps, puisqu’elle a malheureusement disparu de la circulation avec l’avènement des New 52 de DC Comics (du moins, sous sa représentation originale), et qu’elle reste de ce fait totalement méconnue d’un large public pourtant de plus en plus sensible à la problématique de la diversité dans ce medium.

Wonder_Woman_Vol_1_204Retournons donc encore une fois dans l’univers de Wonder Woman (qui n’aura de cesse d’être exploré dans ce blog, mais ça, vous le saviez déjà) pour nous intéresser de plus près à Nubia, l’Amazone d’ébène apparue au début des années 70, à une époque où les questions d’égalité de droit des minorités étaient tangiblement présents dans les pages des comics Marvel et DC.

Nubia naît donc dans ce contexte particulier, ainsi qu’à une période importante dans l’histoire de Wonder Woman, qui sort tout juste de son ère Emma Peel/Karate Queen entamée en 1968 (oh, d’ailleurs pour les enfants qui ne se souviennent plus trop de l’histoire éditoriale de Diana Prince, un petit rafraîchissement de mémoire s’impose ici). Nous sommes en 1973 et l’éditeur Robert Kanigher reprend en main la série (lui qui avait déjà occupé ce poste auparavant pendant plus de 20 ans !) à partir du #204 (dessiné par Don Heck et encré par Vince Colletta), un numéro plein de rebondissements (c’est le moins que l’on puisse dire) où ce bon vieux I-Ching est cruellement assassiné par un sniper et meurt dans les bras de Diana, qui est assommée et devient amnésique, se réveille à l’hôpital, vole un avion militaire qui se fait lui aussi tirer dessus (décidément), puis est repêchée par les amazones qui vont la ramener sur Paradise Island (mais quelle histoire !). Hippolyte installe un dispositif permettant de lui faire retrouver une partie de sa mémoire (la période sans pouvoirs est en effet éradiquée de ses propres souvenirs), ses origines sont d’ailleurs encore une fois remaniées pour l’occasion.
Lorsque Diana se réveille, elle est à nouveau elle-même, ses pouvoirs lui ont été restaurée et ses sœurs (tout comme Gloria Steinem) sont ravies de retrouver « La plus puissante Amazone au monde ». Et pourtant, une mystérieuse jeune femme entièrement vêtue d’une armure ose défier l’ordre établi, en exigeant le droit de se battre pour le titre de Wonder Woman. Les deux femmes vont s’affronter d’abord à la lutte puis à l’épée, jusqu’à ce qu’Hippolyte demande à l’intruse de retirer son casque. Nubia se présente alors comme étant la Wonder Woman d’une île flottante cachée dans la brume au large des côtes de Themyscira.
Nubia et Diana finissent par s’enlacer, la première retournant sur son île, la seconde sur la terre des hommes pour devenir traductrice aux Nations Unies, en attendant une nouvelle rencontre qui répondra à cette insoutenable question : qui mérite vraiment le titre de Wonder Woman ?

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Dans cette première confrontation, il est important d’observer qu’à armes égales, Nubia et Diana sont aussi fortes l’une de l’autre, et que c’est au final la challenger qui hésitera à donner le coup de grâce à la princesse amazone. Trois ans auparavant, Robert Kanigher écrivait le scénario de I Am Curious (Black)!, le titre donné au fameux Superman’s Girlfriend Lois Lane #106 où la journaliste de Metropolis expérimentait de plein fouet le quotidien des afro-américains dans le quartier de Little Africa.

Il ne faudra pas patienter bien longtemps pour revoir notre nouvelle héroïne, car elle apparaît dès le numéro suivant (Wonder Woman #205, c’est ce fameux numéro dont la couverture a fait ulcérer plus d’une féministe où l’on voit Wondie attachée et à cheval sur un missile, un exercice dont elle s’est acquittée à maintes reprises), dans un back-up qui lui est consacrée, on apprend qu’elle est la reine d’une île entièrement peuplée d’hommes et que deux d’entre eux espèrent obtenir ses faveurs nuptiales. Mais déclarant qu’aucun homme ne saura jamais la posséder, elle se bat contre l’un d’entre eux et fini par l’épargner.

Quelques indices le laissaient penser dans les deux numéros précédents, mais c’est dans le #206 que la vérité éclate : Nubia est en fait la sœur de Diana, elle aussi sculptée dans l’argile, noire en ce qui la concerne contrairement à Diana qui fut façonnée dans l’argile blanche. Ayant reçu toutes les deux la bénédiction d’Aphrodite, Nubia fut malheureusement kidnappée par Ares qui l’emmena dans son royaume tandis que sa sœur reçu les pouvoirs d’Athéna, Mercure, et Hercules. 

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Nubia, sous le contrôle et l’influence d’Ares depuis son enfance devient son arme destructrice contre les Amazones alors qu’ils envahissent Themyscira. Elle est équipée d’une épée dont la lame est capable de contrer le lasso de vérité. Pendant la bataille qui l’oppose à sa sœur, Diana comprend qu’Ares soumet Nubia à sa volonté grâce à l’anneau qu’elle porte. Dès qu’elle le lui retire, les deux femmes vont combattre côte à côte contre le Dieu de la guerre, au nom de la paix.
C’est à la fin de ce numéro que Wonder Woman découvre les origines de Nubia, qui lui sont révélées par leur mère Hippolyte.

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C’est dans Supergirl #9 (l’année suivante, et toujours écrit par Kanigher) que l’on pourra continuer de suivre les aventures de Nubia, où la jeune Kryptonienne fini par devenir membre honorifique des Amazones… Ecoutez ce numéro est tellement merveilleux (c’est ironique, évitons les malentendus) que je me dois de vous en parler dans un billet indépendant. Mais pour résumer, Supergirl se lance dans un périple à la recherche d’une fleur seule capable de soigner Nubia de blessures mortelles causées par des hommes requins.

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Bon alors surtout ne vous inquiétez pas, après maintes péripéties complètement stupides (elle se déguise en gorille quand même, voilà pourquoi j’adore ce numéro), Supergirl parviendra à ramener la fleur en question, parce que… c’est juste Supergirl ok ?

Grâce au succès de la série télévisée avec Lynda Carter, la marque de jouets Mego commercialise en 1977 une gamme de poupées comprenant Wonder Woman et Steve Trevor, mais également Nubia, bien qu’elle ne soit jamais apparue dans la série (pour la petite histoire, elle aurait du apparaître en tant que sœur de Wonder Woman dans la série avortée par la chaîne ABC en 1974 avec Cathy Lee Crosby dans le rôle titre, c’est la comédienne Teresa Grave qui était censée l’incarner).
Comme on peut le voir dans cette publicité, le souhait du fabricant était d’attirer une nouvelle catégorie de consommateurs jusque là ignorés : les jeunes filles afro-américaines.

Nubia porte ici sa fameuse armure vue dans Wonder Woman #204.

Dans Super Friend #25 (en 1979, Ramona Fradon est au dessin, Nelson Bridwell au scénario), Wonder Woman est sous l’emprise d’Overlord (m’enfin mais c’est pas possible ça ! C’est quoi cette manie de se faire manipuler comme ça pour un oui ou pour un non !) et se met en tête de libérer les femmes d’Afrique de l’oppression masculine en vociférant devant une foule toute conquise, clamant que les hommes n’ont de cesse de traiter les femmes comme leurs objets et qu’il est temps pour elles de se soulever enfin, sous le leadership de la guerrière amazone.
C’est alors que Nubia intervient, la « sœur noire » de Diana s’opposant avec virulence face à ce coup d’état idéologique, car se revendiquant comme étant la seule et unique Wonder Woman de la cause des femmes Africaines.

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Le temps d’une page, on constate encore une fois que les deux femmes lorsqu’elles se battent à armes égales sont aussi fortes l’une que l’autre. Overlord finalement vaincu, tout fini par rentrer dans l’ordre.
Ce numéro a la particularité de marquer la fin de l’existence de Nubia période pré-Crisis (c’est à dire avant le crossover monument Crisis on Infinite Earths en 1985),  il faudra attendre pas moins de 20 ans pour retrouver notre héroïne sous une nouvelle appellation, ainsi qu’une nouvelle entité.

nubiaEn septembre 1999, Nu’Bia fait donc son apparition dans Wonder Woman Annual #8, (Doselle Young, un écrivain noir originaire de Californie est au scénario, il n’est surement pas étranger à ce changement de patronyme, aux racines plus africaines mais faisant du coup moins référence à sa couleur de peau) un numéro faisant partie du crossover JLApe : Gorilla Warfare! (non mais sérieusement, moi j’y peux rien si je dois continuellement balancer des dinosaures ou des gorilles dans tout les sens ! Ils me poursuivent !). Au cours de ce numéro, Wonder Woman, Shim’Tar et Artemis suivent le cours du Styx. C’est alors que Diana va rencontrer une mystérieuse femme noire arborant un lion sur son plastron (oui je sais, ça change des gorilles), qui va appeler à tort notre amazone Antiope (elle est en fait sa nièce). Sa mission actuelle est de garder le passage qui permet d’accéder via le Styx du monde des enfers à Themyscira.

Nu’Bia resurgit ensuite en mars et avril 2000 (Wonder Woman #154/155) ni plus ni moins que dans l’ascenseur d’un hôtel de Las Vegas (trop stylé!) parmi lesquels tous les élévateurs portent soudain l’insigne d’un lion.

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Dans une très belle discussion entre les deux femmes, Nu’Bia s’identifie comme étant la toute première Amazone a avoir remporté le fameux tournoi attribué aux origines par Diana, ce qui fait d’elle historiquement la première Wonder Woman.
On apprend également que Nu’bia est devenue durant l’éternité passée aux portes du Tartare, l’amante du Dieu Perse de la lumière, Ahura Mazda, et qu’elle est également venue en aide aux fameuses Gorgones (non non, pas Christine Boutin !) qui en retour,  lui ont donné leur fameux pouvoir de transformer n’importe quel être vivant en pierre afin de la remercier.

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En 2009, nous allons découvrir une troisième version de Nubia avec Final Crisis #7 (dernier numéro de l’event), elle est ici une amazone résident sur Terre 23 aux côtés d’un Superman noir devenu Président des Etats-Unis, le concept est écrit par un certain Grant Morrison.

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Dans cette version de l’héroïne, Nubia est originaire de l’île d’Amazonie, et occupe les même fonctions que la Wonder Woman classique en tant que diplomate et représentante de son peuple. Quelques années plus tard, Grant Morrison va une nouvelle fois utiliser ce personnage issu d’une terre parallèle lors de son run sur Superman dans Action Comics #9, puis dans The Multiversity.

Nubia/Nu’bia, est une héroïne porteuse d’espoir pour tout un lectorat. Même si elle a principalement été écrite lors de ses premières années par des scénaristes masculins, blancs, etc etc… (c’était la norme à l’époque, elle l’est encore aujourd’hui…), ceux-ci ont toujours été un minimum conscients de l’enjeu sociétal correspondant à la représentation d’un tel personnage.
Même si elle n’est pas exempte de tout stéréotypes qui résultent pour la plupart de maladresses dues à un manque flagrant de connaissances concernant la culture afro-américaine de l’époque, Nubia est un personnage qui mérite pleinement aujourd’hui un retour en grâce, à l’heure où Miles Morales et Kamala Khan sont plus que positivement reçus par un public de plus en plus ouvert et en demande d’un plus grand pluralisme.

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Fire in the Disco


Le disco est un genre musical et une danse apparus aux États-Unis au début des années 1970.

Debut_of_DazzlerQu’on le veuille ou non, il y a pratiquement toujours une femme derrière les origines de la plupart des héroïnes de comics.
Et la mise au monde de Dazzler en 1979 sous l’instigation d’Alice Donenfeld, alors avocate et vice-présidente des affaires commerciales chez Marvel, prouve encore une fois que, même si l’on ne retient souvent que les grands noms de l’industrie (en l’occurrence ici Jim Shooter), certains concepts et grandes idées créées ou inspirées par des femmes (Miss Fury est une création de Tarpe Mills, le célèbre costume de Vampirella a été imaginé par Trina Robbins, l’existence même de Wonder Woman provenant d’Elizabeth Holloway et Olive Byrne, de même que pour Catwoman et Big Barda inspirées par les femmes de Bob Kane et Jack Kirby… sans parler de Madame Xanadu, Isis... m’enfin lisez les rétro-billets et vous saurez de quoi je parle) tiennent encore debout aujourd’hui et laissent aux lecteurs un souvenir impérissable.

Dazzler fait ses débuts dans X-Men #130 en 1980, un numéro que les passionnés de la série mutante connaissent particulièrement bien puisqu’il appartient à l’un des meilleurs arcs écrits par Chris Claremont (et dessiné par John Byrne) sur les X-Men appelé la Saga du Phénix Noir et qui prend son envol au numéro précédent, celui-ci va introduire d’ailleurs les personnages d’Emma Frost et Kitty Pryde, mais ça les enfants, c’est une autre histoire.

Alison Blaire, c’est cette jeune mutante qui a la capacité de transformer le son en éclats de lumière aveuglante, créer des illusions holographiques ainsi que des rayons laser intenses, et dont les pouvoirs ont commencé à se manifester comme la plupart des mutants lors de l’adolescence, apparaissant soudainement alors qu’elle est en train de se produire lors d’un spectacle au lycée, fort heureusement pour elle le public qui assiste à la scène pense que cela fait partie du show.

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Bien que son père, le juge Carter Blaire, souhaite qu’Alison poursuive tout comme lui une carrière juridique, elle entre dans le monde de la musique et utilise ses pouvoirs sur scène pour améliorer visuellement ses performances vocales.
Ceux-ci vont à la fois attirer l’attention des mercenaires du Club des Damnés ainsi que des X-Men qui vont tenter de la recruter, mais contre toute attente, Dazzler ne rejoindra l’équipe que bien des années plus tard, après s’être consacrée à sa carrière et son public en donnant de nombreux concerts au cours desquels elle utilisera ses pouvoirs pour contrecarrer divers criminels.

Mais revenons si vous le voulez bien un tout petit peu avant cette première apparition.
En 1979 la mode du Disco est déjà en fin de course, et avant qu’il rende son dernier souffle, Marvel (par le biais de Donenfield) va essayer de capitaliser ce phénomène musical et culturel en créant un personnage qui devrait pouvoir être exploité sous différentes formes, de la musique au cinéma en passant par les produits dérivés.
C’est ainsi que l’éditeur va s’associer à la maison de disque Casablanca Records, écurie d’artistes de renom tels que Kiss, Donna Summer ou les Village People (sans parler de l’éminent Patrick Juvet), ainsi que le studio Filmworks pour élaborer une héroïne dont les aventures seraient lisibles dans une série qui lui serait dédiée, ses chansons disponibles en 45 tours, et en vue d’être adaptée dans un film. Ce n’était d’ailleurs pas la première collaboration entre Marvel et Casablanca, le groupe de rock Kiss ayant fait une apparition en 1977 dans Howard the Duck #12 et #13 pour ensuite revenir dans deux numéros de Marvel Comics Super Special.

Mais les choses ne vont pas se passer idéalement comme prévu. En effet les deux compagnies n’arrivent pas à se mettre d’accord sur des points essentiels comme l’éventail de pouvoirs de la mutante ainsi que sa personnalité, provoquant l’annulation de la série à cinq reprises. C’est Jim Shooter alors éditeur en chef qui prend en charge le projet, et conceptualise un personnage nommé The disco Queen. Le scénariste Tom DeFalco finira par modifier ces facultés (suggérées par Casablanca) en développant le fait qu’elle puisse transformer le son en lumière. Roger Stern nomme le personnage Dazzler et John Romita Jr. essaie de lui donner corps, au début très influencé par la chanteuse Grace Jones, concept qui ne sera finalement pas retenu car Filmworks, responsable d’une hypothétique déclinaison au cinéma va s’y opposer préférant la plastique d’une actrice telle que Bo Derek.

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Neil Bogart, à la fois patron de Casablanca et Filmworks, et Alice Donenfeld (a qui l’on doit le développement de la série animée Les Maitres de l’Univers, mais ça aussi, c’est une autre histoire !) voyaient effectivement les choses en (très) grand : produire un film se déroulant dans un New York futuriste et féodal où Dazzler accompagnée des Avengers était confrontée à deux reines rivales incarnées par deux grandes diva de la scène disco de l’époque,  Cher pour la Witch Queen, et Donna Summer en Queen of Fire. Le reste du cast envoyait également du lourd, les groupes Kiss et Village People étaient de la partie, ainsi que Robin Williams en love interest dénommé Tristan, tout cela dans un script écrit en 4 jours par un Jim Shooter sous acide (ou peut être pas, finalement c’est ça le pire) dont voici un extrait :

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Donenfeld fait même le voyage au 33ème Festival de Cannes pour convaincre Bo Derek de jouer dans son film, coïncidant avec la première apparition de Dazzler dans X-Men #130 publié trois mois auparavant. Ayant lu le script, l’actrice semble être intéressée au point de consentir à être attachée au projet. Dès lors la machine s’emballe, et Jim Shooter est évincé dans l’écriture du scénario par Marvel au profit de Leslie Stevens (créateur de la série Au-delà du réel). Selon les dires de Shooter, le scénario de Stevens est d’une médiocrité sans nom, les pouvoirs de l’héroïne sont supprimés, elle n’est désormais capable que de faire dire la vérité aux gens. De plus, la star qu’est Bo Derek à l’époque (Tarzan, the Ape Man réalisé en 1981 fut pour moi une révélation d’un érotisme puissant… ahem, mais je digresse, excusez-moi) exige que son réalisateur de mari, malheureusement célèbre pour ses dépassements de budget, soit aux commandes du film sans quoi elle quitte le navire. Ce caprice lui vaut son départ du projet, Marvel essaiera plus tard d’imposer l’actrice Daryl Hannah toujours sur le scénario de Stevens, sans succès.

1981_Dazzler1Au même moment l’héroïne va faire ses débuts dans une série à son nom qui sera chez Marvel la toute première à être publiée exclusivement pour le marché direct, le premier numéro se vend à 428000 exemplaires. Jusqu’en 1985, Dazzler côtoiera bon nombre de super héros et super villains tels que Spider-Man, Human Torch, Dr. Doom, Galactus, Hulk et les X-Men, afin d’être sûr que le titre reste en haut du classement, ce qui ne sera malheureusement pas le cas puisque la série deviendra bi-mensuelle à partir de 1983 à partir du #25 pour prendre fin au #42.
John Romita Jr est aux dessins jusqu’au #3 puis remplacé par Frank SpringerTom DeFalco scénarise quant à lui jusqu’au #6 et aidera son successeur Danny Fingeroth sur les numéros suivants jusqu’au #27.

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Se réinventant périodiquement au fil des modes musicales qui vont jalonner les années 80 (et Dieu sait qu’il y en a eu…), Dazzler verra son costume être redessiné à plusieurs reprises, influencé autant par Madonna que par l’émergence de courants musicaux tels que la techno-pop.
La série quant à elle, n’est pas exempte de critiques. De nombreux lecteurs rejettent en effet son côté réaliste, où les relations de l’héroïne avec sa famille et sa carrière sont mis en avant au détriment de l’action pure digne d’un comics de super héros, et les somptueuses couvertures de Bill Sienkiewicz à partir du #27 jusqu’au #35 n’y changeront rien. 

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En 1984 dans le roman graphique Dazzler : The Movie, Jim Shooter envoie Alison Blaire à Hollywood (elle est à ce moment là prof d’aérobic), où un producteur véreux nommé Roman Nekoboh la séduit et la persuade de révéler ses pouvoirs dans un film autobiographique afin de stimuler sa carrière. Mais le contraire se produit, sans que le film soit projeté une Dazzler démasquée (et à moitié nue, celle-ci donnant de sa personne en petite tenue afin de faire la démonstration de ses pouvoirs devant un public médusé) subi dès lors les foudres des mouvements anti-mutants, mettant à mal ses vues dans le show-business. Dans ce numéro nous apprenons deux choses : Alison Blaire est foncièrement naïve, et elle peut accumuler l’énergie qu’elle est capable de produire grâce à ses pouvoirs mutants.
Elle se voit ensuite obligée de reconstruire sa vie sous la tutelle des X-Men, ce qui va lui permettre d’améliorer considérablement ses capacités, c’est à ce moment là qu’elle rencontre et tombe amoureuse de Longshot qu’elle va épouser, notre héroïne tombera enceinte mais perdra l’enfant d’une fausse couche. 

Dazzler va côtoyer bon nombre de super héros et d’univers (dont le Mojoverse) tout au long de sa prolifique carrière. A ses débuts, elle est équipée d’un magnétophone muni de haut-parleurs dont les bandes magnétiques pouvaient fournir une musique continuelle, source de ses pouvoirs, et ses fameux patins adhéraient magnétiquement à ses chaussures…
Au même titre que Spider-Woman et She-Hulk, elle doit son existence au sens aigu des affaires et du marketing de la part de Marvel, qui cherchait à capitaliser au mieux un concept ou une mode et de le décliner sur différents médias. Malgré ses différents écueils, Alison Blaire saura rester plus ou moins sur le devant de la scène, jusqu’à se confronter à Dr Doom et Galactus en personne (ce qui n’est pas donné à tout le monde, vous en conviendrez) surfant sur les divers courants musicaux, et changeant de look si nécessaire, comme c’est encore le cas aujourd’hui. Mais c’est sa période Disco, genèse du personnage, qui reste auprès des fans de loin la meilleure.

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Wonder Woman : la Vérité sur la plus célèbre des super héroïnes


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Tout le monde connaît Wonder Woman et semble avoir une idée bien précise de ce qu’elle peut représenter : Première super héroïne notable, icône du féminisme ou égérie de la pop culture, elle est sans doute tout cela à la fois, mais elle est bien plus encore.
Wonder Woman fut créé en 1941 par un psychanalyste excentrique nommé William Moulton Marston à une époque où l’on demandait aux femmes pendant une courte période de sortir de leur foyer et prendre la place des hommes partis au front pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les comics dans lesquels elle évoluait ne suggéraient pas seulement que les femmes pouvaient être l’égal des hommes, le souhait de Marston était de montrer qu’elles pouvaient leur être supérieures en de nombreux points.
C’est cette notion de “super femme” qui est restée dans l’imagerie collective, et pourtant on ne peut pas vraiment dire que son statut a évolué au même rythme que celui de la condition féminine dans notre société.
Alors qu’elle est sur le point d’entamer une carrière cinématographique, des décennies après ses deux comparses de chez DC Comics (ainsi que de nombreux autres personnages de moindre importance), nous allons donc essayer de voir qu’elle a été son évolution depuis ses origines et comprendre pourquoi malgré son manque de considération après la mort de son créateur, elle est devenue un symbole culturel et social qui dépasse largement les limites de la bande dessinée.

Le Golden Age

En créant le personnage de Wonder Woman, le message de Marston était tout à fait clair, il voulait préparer le lectorat à une future et inévitable suprématie des femmes dans notre société, et ce dans un futur plus ou moins proche.
Alors que la plupart des super héros masculins créés à la même époque trouvaient leur motivation dans un traumatisme ou un évènement tragique qui allait forger leur destin, le message véhiculé dans les premiers numéros de Wonder Woman était bien plus positif et prônait des idées féministes à destination des hommes.

Qui est Marston ?

2William Moulton Marston ne pouvait être comparé à aucun scénariste de bandes dessinées de l’époque. Contrairement à ses pairs et futures légendes des comics (comme les scénaristes Joe Shuster, Jerry Siegel, Bill Finger, Joe Simon, tous âgés d’une vingtaine d’années au début des années 40), Marston, né en 1893 avait déjà une belle carrière derrière lui en tant qu’Universitaire, psychanalyste, écrivain, consultant et scénariste pour divers studios de cinéma à Hollywood, et chroniqueur dans différents magazines tels que le Rotarian et le Ladies Home Journal.
Avant d’avoir créé Wonder Woman, Marston était déjà connu pour avoir été l’inventeur du polygraphe, un dispositif qui mesure la pression artérielle et qu’on appelle plus communément le détecteur de mensonge.

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Mais Marston était également un fervent partisan de la cause féministe, n’hésitant pas à dire en 1937 dans une interview pour le New York Times que les femmes étaient destinées à diriger le pays tant sur le plan politique qu’économique, et que cela se produirait dans les 100 prochaines années.
La très haute opinion que Marston pouvait avoir des femmes est indubitablement liée à celles qui partageaient sa vie. Il entretenait une relation polyamoureuse très peu conventionnelle pour l’époque avec Elizabeth « Sadie » Holloway qu’il épouse en 1915, et Olive Byrne qu’il rencontre cinq années plus tard.

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Ces deux femmes avaient suivi de longues études, chose très rare en ce début de 20ème siècle, alors que les femmes n’étaient pas encore autorisées à s’inscrire dans les universités les plus prestigieuses. Elizabeth fait figure de pionnière en obtenant trois diplômes dans trois établissements différents : une licence en psychologie au Mount Holyoke College, une licence de droit à l’Université de Boston et un master en psychologie au Radcliffe College, un département exclusivement féminin annexé à l’Université d’Harvard lui réservé aux hommes où officie Marston. Elle travaille avec son époux sur sa thèse qui porte sur la corrélation entre les niveaux de pression artérielle et le mensonge et donne son premier enfant à l’âge de 35 ans tout en continuant de travailler, chose révolutionnaire pour l’époque.

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Olive, en plus d’être une femme de savoir, est également très proche du mouvement du contrôle des naissances qui prône l’accès, l’éducation et la légalisation de la contraception et dont l’une des fondatrices n’est autre que sa tante, Margaret Sanger. La mère d’Olive, Ethel Higgins Byrne a quant à elle ouvert en 1916 la toute première clinique de contrôle des naissances aux États-Unis dans le but d’empêcher les avortements non médicalisés, elle fût arrêtée par la police et sa libération fut l’objet d’un chantage dans lequel elle ne devrait plus jamais être liée à ce mouvement.
Toutes deux donneront deux enfants chacunes à Marston, les enfants d’Olive seront adoptés par le couple « légitime », à des fins juridiques. Tous vivaient dans le même foyer comme une seule et même famille, Marston et Elizabeth travaillant ensemble, et Olive élevant les enfants.

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A la mort de Marston en 1947, Elizabeth et Olive vont rester ensemble pendant près de 40 ans, élevant les quatre enfants de Marston en totale harmonie. Rien n’est dit sur la nature exacte de la relation entre les deux femmes suite au décès de l’auteur (ou même avant d’ailleurs) mais on peut imaginer que les deux premières résidentes de l’ïle de Themiscyra avaient trouvé la plus belle des manières de protéger les intérêts de leur petite tribu. Elizabeth décédera en 1993 à l’age de 100 ans.

Le contexte

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En 1940, William Moulton Marston est engagé par All American Publications (futur DC Comics) en matière de consultant, grâce à un article intitulé Don’t Laugh at the Comics publié dans les pages du magazine Family Circle et particulièrement apprécié par l’éditeur Max Gaines. En effet dans cet article, Marston prônait les vertus éducatives des comics souvent snobés par les intellectuels.
A cette époque, beaucoup d’associations de parents et d’enseignants pensaient que les comics étaient dangereux pour les enfants, arguant sur la violence de leur contenu et prônant la “vraie” lecture. C’est ainsi que beaucoup d’éditeurs firent appel à des experts en éducation et des psychologues pour lire leurs publications, et les valider.
Marston soumet alors à Sheldon Mayer son idée de donner aux jeunes lecteurs une alternative aux titres teintés de violence et exclusivement masculins. Il créé une héroïne qu’il appelle “Suprema The wonder Woman”, un nom que va raccourcir Mayer.

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9Il fait la connaissance de Harry G. Peter avec qui il va travailler pour élaborer l’aspect de l’héroïne. Son style graphique à l’ancienne se différencie de celui d’artistes beaucoup plus jeunes que lui, et qui dessinent déjà des créatures de rêve au physique hypersexualisé. C’est lui qui va donner à Wonder Woman un style si particulier, à l’encontre des standards de l’époque, et lui permettant de se faire remarquer parmi les innombrables publications déjà disponibles.

Par l’intermédiaire de divers billets échangés entre les deux auteurs, Wonder Woman va prendre forme pour finalement apparaître dans les pages d’All Star Comics #8 en décembre 1941.

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Il y a des milliers d’années, les Amazones furent emprisonnées par Hercule dans sa quête des douze travaux, le neuvième étant de s’emparer de la ceinture d’Hippolyte, reine des Amazones, ce qu’il réussi à obtenir par la duperie et la tricherie. Après s’être libérées, elles décidèrent de quitter le monde violent et agressif des hommes et furent guidées par Aphrodite vers une île cachée où seules les femmes pouvaient résider.
C’est là que la Reine Hippolyte sculpta dans l’argile une enfant qui allait prendre vie par la volonté des Dieux et qu’elle nommerait Diana.
Devenue adulte, elle sauve le pilote Steve Trevor d’un accident d’avion mais les déesses Aphrodite et Athena demandent à ce qu’il soit renvoyé dans son monde au plus vite, et qu’une guerrière Amazone soit choisi pour l’aider à défendre l’Amérique, dernier rempart de la démocratie, et de l’égalité des droits pour les femmes.
La Reine Hippolyte organise un tournoi, empêchant Diana d’y participer de peur de perdre son unique enfant, mais celle-ci déguisée le remporte facilement. Elle devient alors Wonder Woman et se pare d’un costume aux couleurs de l’Amérique pour être considérée plus facilement comme une alliée. Elle ramène Steve à bord de son jet invisible et prend l’identité secrète de Diana Prince, tout d’abord l’infirmière de Steve puis sa secrétaire.

L’idéologie

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Même si la série Wonder Woman était destinée à un jeune public, elle véhiculait néanmoins quelques théories sur lesquelles Marston a travaillé tout au long de sa carrière de psychologue, notamment son système d’analyse du comportement appelé DISC (Dominance, Inducement, Submission, and Compliance, que l’on peut traduire par la Domination, l’Incitation, la Soumission et la Docilité).
Cette théorie fut l’objet d’un livre paru en 1928 et intitulé Emotions of Normal People, qui  expliquait les caractéristiques du disque des émotions exprimées par les gens normaux à l’aide de ces quatre types de comportement.
Selon lui, les hommes sont enclins à avoir un comportement de dominant alors que les femmes se voient naturellement reléguées a un statut de soumission, hors celles-ci étant également plus aimantes et désintéressées, elles sont plus à même d’assumer émotionnellement une position de leader que les hommes. Il écrit ainsi :  “Il n’y a pas assez d’amour dans l’organisme masculin pour qu’il puisse diriger cette planète de manière pacifique (…)  Le règne des hommes dominants conduit la société vers la violence et les conflits”.
En 1942 dans un numéro du magazine Tomorrow, il déclare : “L’avenir sera femme, dès qu’elles réaliseront leur frustration actuelle, et leur formidable et puissant potentiel (…) les femmes dirigeront le monde.”

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Marston était convaincu que la participation des femmes à l’effort de guerre allait faciliter cette prise de conscience et accélérer l’avènement d’une société matriarcale, et il voulait faire en sorte que Wonder Woman personnifie ce changement.
Son désir n’était pas uniquement de créer une super héroïne, il souhaitait aussi qu’elle encourage les femmes à joindre les forces auxiliaires ou trouver un emploi pouvant servir la nation. Wonder Woman allait ainsi se battre sur tout les fronts, de l’Allemagne au Japon en passant par le Mexique, l’Amérique du sud et la Chine, tout en faisant face à des injustices beaucoup plus sociales, comme les mauvaises conditions de travail, l’inflation ou l’intimidation.

Avec elle, le statut de la demoiselle en détresse symbolisé par la plupart des héroïnes de cette époque allait littéralement exploser comme ce fut le cas avec Miss Fury, Miss America ou Phantom Lady.
Plus encore, l’archétype classique était totalement inversé puisque ce rôle là était tenu par Steve Trevor, régulièrement kidnappé et devant être sauvé afin de développer l’intrigue amoureuse. Par contre, lorsque Wonder Woman se retrouvait en mauvaise posture, Steve arrivait trop tard, se faisait assommer pour se réveiller ensuite et constater que Diana avait parfaitement pu s’en sortir toute seule.

Dans les années 40 Wonder Woman arrivera à surpasser Superman en terme de ventes à plusieurs reprises, atteignant un public de plus de 5 millions de lecteurs et apparaîtra dans 3 séries différentes.

Le bondage

13Marston était persuadé que chaque femme pouvait être une Wonder Woman en puissance et qu’elle finirait par prendre en charge le destin du monde. La plupart de ses écrits ont évangélisé ce concept, souvent couplé par l’apologie de la pratique du bondage que l’on retrouve dans bon nombre de ses oeuvres, qu’elles soient de fiction ou des travaux en psychologie.

Certes, cette présence récurrente du bondage dans les épisodes du Golden Age où Wonder Woman se retrouve pieds et points liés, peut aller de prime abord à l’encontre de toute idéologie féministe, elle en est pourtant intimement liée.
Dans les années 40 la pratique du bondage n’avait à priori pas grand chose à voir avec l’imagerie sado/maso qu’on lui donne aujourd’hui. Pour Marston le bondage était plus qu’une pratique, c’était un mode de vie basé sur le contrôle, la soumission et la confiance. Le terme régulièrement employé par le psychologue est “loving authority”, une autorité bienveillante que les hommes devraient être prêts à expérimenter de la part des femmes.
Selon lui, le succès de Wonder Woman était la preuve que le processus de soumission avait commencé : “les hommes de tout âge exaucent leurs désirs lorsqu’ils lisent des comics, ils sont devenus fous de Wonder Woman, cela veut dire qu’il attendent une femme magnifique et passionnante qui est plus forte que ce qu’ils sont (…) Wonder Woman est le désir subconscient et minutieusement déguisé des hommes d’être maîtrisés par une femme qui les aime”.
En ces temps troublés par la guerre, Marston était persuadé que le seul espoir pour la paix était d’enseigner aux hommes les joies de la soumission, prévalant la voie de la force et de la violence.

Ainsi, les Amazones dans Wonder Woman ont naturellement intégré la pratique du bondage dans leur culture comme expression de la confiance par l’enseignement, soulignant que leur utopie était fondée sur la parenté et la hiérarchie de soumission. Et le pouvoir de la soumission, symbolisé par le lasso de la vérité, est toujours toujours utilisé à des fins bénéfiques et altruistes.

14D’un autre côté, Marston va également dénoncer cette pratique lorsqu’elle est employée par des hommes, à des fins cruelles et dominatrices. Cette brutalité subie par les femmes dans Wonder Woman était une critique de la société patriarcale de l’époque et de l’oppression politique et sociale dont elles étaient victimes.

A la suite de nombreuses lettres d’inquiétudes et de protestations de la part de différentes associations telles que la Child Study Association of America, Max Gaines se voit obligé de demander à Marston de lever le pied avec ses allusions au bondage. Dans une lettre datée de 1943, Gaines conseille en effet à l’auteur de réduire de 50 à 75% l’utilisation des chaînes dans ses numéros sans que cela interfère sur la qualité de ses oeuvres ni des ventes.
Cette même année, un lecteur servant dans l’armée écrit à Gaines : «Je suis l’un de ces hommes bizarres, peut-être malheureux qui tire un plaisir érotique extrême à la seule pensée d’une belle fille enchaînée ou attachée … Avez-vous le même intérêt pour le ligotement et les entraves que moi ? »
Pour sa part, Marston a farouchement défendu sa création, en déclarant dans une lettre à son éditeur : «Ceci, mon cher ami, est  la preuve de la grande contribution de ma bande dessinée Wonder Woman à l’éducation morale des jeunes. Le seul espoir pour la paix est d’enseigner aux gens qui sont pleins de dynamisme et de leur montrer l’avantage de profiter d’être ligoté … C’est seulement lorsque le contrôle de soi par les autres sera enfin perçu comme plus agréable que l’affirmation de soi dans les relations humaines, que nous pourrons espérer une société stable et pacifique des hommes … Donner aux autres, étant contrôlées par eux, se soumettre à d’autres personnes ne saurait être agréable sans un fort élément érotique. »

Le Silver Age

La Wonder Woman du Golden Age était en avance sur son temps, à l’image de Rosie la Riveteuse qui se présentait comme le symbole de ce que les femmes pourraient devenir, sans que cela leur soit permis. Après la guerre, le sort des femmes fut de retourner à une vie tranquille et centrée sur le foyer et la vie maritale. Pour ce qui est des comics, la mode des super héros costumés prend fin, entraînant l’arrêt de nombreuses séries.

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A la mort de Marston en 1947, Robert Kanigher va prendre la relève et écrira les histoires de Wonder Woman pendant près de 20 ans, sans qu’il soit nécessairement crédité en tant que scénariste, mais comme éditeur.
Embauché par DC en 1945, il crée avec Carmine Infantino le personnage de Black Canary, ainsi que celui de Rose and Thorn, et décide de ne pas continuer la démarche féministe et progressiste initiée par son prédécesseur.
H.G. Peter restera sur le titre pendant plusieurs années jusqu’au Wonder Woman #98 puis sera remplacé par le dessinateur Ross Andrew, assisté de l’encreur Mike Esposito qui vont apporter un tout autre style, bien plus proche de ce qui était déjà visible à l’époque. Ce numéro marque définitivement une vraie fracture avec l’ère Marston, Kanigher allant jusqu’à modifier les origines de l’héroïne sept numéros plus tard.

16Nous sommes en 1959 et le #105, inclut un backup intitulé Secret Origin of Wonder Woman, ou Kanigher va remodeler le passé des Amazones et la façon dont elles sont arrivées sur Paradise Island.
Autrefois mariées à des guerriers et mères au foyer, elles ont fini par pleurer la perte de leurs hommes morts au combat, cherchant à fuir ce monde accablé par les guerres. Les dieux eurent finalement pitié d’elles et les amenèrent à Paradise Island, où elles formèrent une nouvelle société où personne ne pourrait les blesser à nouveau.
On peut donc supposer que Diana avait un père, et nous découvrirons dans les numéros suivant que celui-ci pouvait vraisemblablement être l’amant d’Hippolyte, le Prince Theno. Quoiqu’il en soit Baby Diana va avoir la chance d’acquérir dès le plus jeune âge les pouvoirs d’Aphrodite, Athena, Mercure, et Hercule, les dieux venant lui rendre visite à tour de rôle lorsqu’elle est encore dans son berceau.
Alors qu’Hercule était pour Marston le symbole de l’hégémonie masculine, et l’archétype de l’agressivité, de la violence et de la domination envers les femmes, pour Kanigher il est tout simplement la source de la force de Wonder Woman.

Ce sont ces pouvoirs divins qui vont donc permettre aux Amazones de quitter définitivement le monde des hommes, une Diana alors adolescente bâtissant en un temps record le bateau qui allait les mener sur Paradise Island, c’est ainsi qu’apparaît pour la première fois le terme de Wonder Girl.

17La mode est en effet d’introduire des versions plus jeunes des héros populaires, et de constituer des “familles” autour de ces personnages, comme c’est le cas avec Superman et Batman.

En 1961, Wonder Woman remporte l’award du “pire comic-book actuellement publié” et en 1964 celui du “pire comic régulièrement publié”. Cela s’explique par les changements drastiques opérés par Kanigher sur le personnage ainsi que les thèmes récurrents mis en avant dans de nombreux comic-books des années 50 et dont Wonder Woman ne pourra échapper : l’amour, le mariage et la famille.

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En 1954, trois super héros ont encore droit à leur propre série : Superman, Batman et Wonder Woman, celle-ci gardant son titre principal, les deux autres titres ou elle officiait : Comic Cavalcade et Sensation Comics ayant été annulés quelques années plus tôt.
Cette même année, le psychiatre Fredric Wertham qui est à l’époque considéré comme un expert sur les troubles psychologiques des adolescents publie son livre : Seduction of the Innocent, qui est la synthèse de nombreux articles déjà publiés dans lesquels il expliquait que les comics avaient une telle influence sur les jeunes qu’ils pervertissaient leur esprit.
La publication de ce livre va coïncider avec les travaux d’une commission d’enquête sénatoriale dans ce domaine.

Wertham va aussi expliquer que la force et l’indépendance de Wonder Woman – en plus du fait qu’elle habite sur une île exclusivement peuplée par des femmes – font d’elle une lesbienne. De plus il ira jusqu’à dire que « le genre d’histoire dans lequel évolue Batman ne peut qu’inciter les enfants à assouvir leurs fantasmes homosexuels. » à cause d’un « un homo-érotisme récurrent entre Batman et son jeune acolyte Robin ».
Seduction of the Innocent fini par influencer les politiques qui obligèrent les éditeurs à se censurer en créant le fameux Comic Code Authority.

A une époque où la norme se veut d’habiter dans une maison pavillonnaire en périphérie avec un cadre dans lequel l’homme travaille et la femme reste au foyer pour élever les enfants, le Comic Code va favoriser et instituer des histoires prônant la romance et soulignant les valeurs du mariage et du foyer.

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Pendant la période du Golden Age, Wonder Woman a toujours su faire face aux avances de Steve, arguant que son devoir d’amazone passerait toujours avant une demande en mariage.
Mais les choses changent pendant l’ère suivante, l’héroïne acceptant de sortir avec lui mais rejetant encore toute proposition de mariage, en tout cas pas tant que ses services soient nécessaires, d’autant plus que cela voudrait dire qu’elle ne pourrait pas être sa femme à plein temps. Elle lui demande alors d’être patient jusqu’à ce que l’on n’ai plus besoin de ses talents de super héroïne.

20A partir de Wonder Woman #118 Steve rentre en compétition avec Mer-Man, l’homme sirène, que l’on peut considérer comme un amour de jeunesse, et dont le triangle amoureux couvrira plusieurs numéros.
Onze ans après leur création, les fameuses Holliday Girls, compagnes d’aventure de Wonder Woman (et nécessairement lesbiennes selon Wertham) vont totalement disparaître, il en sera de même avec le bondage.
De 1960 à 1969, le nombre de comics mensuels vendus avoisine les 200.000 exemplaires, alors que la série arrivait parfois à surpasser les ventes de ses acolytes Superman et Batman durant le Golden Age.
C’est sans doute de qui pousse DC Comics à remercier Kanigher après plus de 20 ans de bons et loyaux services, dans le but de moderniser un personnage qui est resté à la traîne par rapport aux revendications et aux mouvements féministes à nouveau en plein essor.

Le Bronze Age

Wonder Woman no more

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Denny O’Neil n’a pas 30 ans lorsqu’il débarque sur la série à partir du #178 en 1968. C’est à vrai dire sa première grosse collaboration avec DC Comics, il avait déjà travaillé auparavant pour Marvel et Charlton Comics. Il est rejoint par l’artiste Mike Sekowsky, un vétéran qui a commencé sa carrière au début des années 40.
Carmine Infantino, responsable éditorial de DC, secondé par Jack Miller décident de donner une toute nouvelle direction aux aventures de l’Amazone en la privant de ses super pouvoirs et la faisant se confronter à la réalité de ce que pouvait vivre une femme à la fin des années 60.

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Le Bronze Age est cette période charnière où les thèmes traités dans les comics deviennent beaucoup plus en phase avec les préoccupations sociales et générationnelles de leurs lecteurs, malgré le poids et la surveillance du Comic Code Authority, les éditeurs arrivent à faire passer certains messages sur le racisme (comme dans Green Lantern/Green Arrow #76, écrit par O’Neil) ou les dangers de la drogue (Lantern/Green Arrow #85).

Pour ce qui est de Wonder Woman, abandonnée par son lectorat féminin depuis des années, les auteurs fraîchement engagés décident de revitaliser le personnage et de renommer la série en Diana Prince : Wonder Woman, mais le succès et l’accueil positif escomptés n’arriveront jamais.
Le contexte propice de l’émergence des mouvements féministes de la fin des années 60 aurait pu constituer un vivier d’histoires destinées à un lectorat féminin à reconquérir, mais il n’en fut rien.

Tout démarre dans Wonder Woman #179, même si elle commence à s’habiller d’une façon plus moderne dans le numéro précédent.
Pour entrer en contact avec une organisation criminelle dirigée par le mystérieux Dr Cyber, Steve Trevor est secrètement ordonné par le général Darnell de se présenter comme un traître. Il prend la fuite, poursuivi par l’armée et les autorités. Alors que Diana Prince apprend la nouvelle, elle est sommée de rentrer à Paradise Island. La reine Hippolyte l’informe que la magie des Amazones est épuisée après leur séjour de 10.000 ans sur Terre, et qu’elles doivent aller dans une autre dimension pour se reposer et renouveler leurs pouvoirs. Wonder Woman refuse de se joindre à elle, disant que Steve Trevor a besoin d’elle. Elle est ainsi forcée d’abandonner son costume, accomplir le rite Amazone du renoncement, qui retire ses pouvoirs, et revenir au monde des hommes en tant que Diana Prince.
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Elle loue un magasin de vêtements et un appartement, et rencontre un vieux chinois aveugle nommé I-Ching expert en arts martiaux, ce qui va lui permettre de vaincre trois attaquants. I-Ching va lui révéler qu’il sait qu’elle était autrefois Wonder Woman et qu’il est venu pour l’aider à lutter contre le Dr Cyber, dont les agents ont fait irruption dans son temple pour voler des pierres précieuses et tuer ses fidèles compagnons.
Il forme Diana au karaté et autres arts martiaux. Mais, au cours d’une session, Steve Trevor blessé trébuche dans leur dojo, après avoir été abattu et laissé pour mort par les agents du Dr Cyber. Ils apprennent que Cyber ​​prévoit de tuer des membres du Congrès par des bombes contenu dans les jouets pour enfants et de les envoyer aux législateurs. Diana et I-Ching emmènent Steve à l’hôpital, et recherchent les agents de Cyber pour les confondre. Mais Steve reste inconscient et dans un état critique à l’hôpital, et Diana et I-Ching sont plus tard traqués par un homme mystérieux.

O’Neil et Sekowsky souhaitaient que Wonder Woman devienne un personnage plus réaliste auquel les lecteurs pouvaient s’identifier, mais la perte de ses pouvoirs résulte ni plus ni moins que de son amour inconditionnel pour Steve Trevor qui mourra dans l’épisode suivant. Alors que toute sa vie d’héroïne s’était au fil du temps centrée sur son attachement pour Steve, sa mort résultera d’une soif de vengeance qui motivera ses actions futures, n’hésitant pas à employer la violence comme rarement elle avait été amenée à le faire.

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Et lorsqu’elle ne pratique pas ses coups de savate, elle s’extasie en essayant de nouveaux vêtement avant d’aller faire la fête comme dans Wonder Woman #182 (l’homme de sa vie est mort il y a deux numéros, rappelons-le). Diana sera d’ailleurs impliquée dans pas moins de 7 intrigues amoureuses durant cette période.
Nous sommes donc loin de toute thématique féministe qui aurait pu pourtant paraître évidente à exploiter à cette époque.

A chaque fois qu’O’Neil sera interrogé sur sa participation à la série, il reconnaîtra à quel point cette ère était mauvaise et n’aura de cesse que de s’excuser.

La réaction des féministes

27Malgré les bonnes intentions du duo O’Neil / Sekowsky, cette nouvelle version de Wonder Woman est très mal perçue par le milieu et la presse féministe, dont la figure emblématique se nomme Gloria Steinem.
Fan de l’héroïne depuis son plus jeune âge, Steinem va, grâce à ses contacts avec Steve Ross (grand patron de Warner Communications, Inc, et sa filiale DC Comics), faire pression pour demander le retour de la Wonder Woman classique ce qui sera fait en 1973 dans le #204.

En lançant son magazine Ms. en juillet 1972, Steinem consacre la couverture de son premier numéro à Wonder Woman, devenue soudainement icône du féminisme après trente années de disgrâce.

Représentée dans toute sa grandeur, Wonder Woman est ici à la fois symbole de paix et de justice, en faisant référence à la guerre du Vietnam et l’héroïne portant avec son lasso un ensemble d’immeubles et de maisons telle Thémis, la déesse grecque de l’équité.28

Le magazine va inclure un article retraçant son histoire sans manquer d’expliquer pourquoi DC Comics se devait de la faire revenir sous sa forme classique, ainsi que quelques pages de All Comics #8 dans lequel elle apparaissait pour la première fois.
Ms. possédait également une division qui publiait des livres, et Wonder Woman fut l’objet d’une collection regroupant quelques rééditions datant du Golden Age et se distinguant en quatre parties : Origins, Sisterhood, Politics et Romance. Chacune d’entre elles était préfacée par Steinem qui va recréer et adapter la vision de Marston à cette nouvelle génération.

Au lieu de replacer les valeurs et les préceptes de Marston dans leur contexte historique, Steinem et son équipe vont se servir de Wonder Woman pour véhiculer leurs propres idées, en omettant ou minimisant sciemment certains détails comme le patriotisme, la vision très stéréotypée des personnages asiatiques (en l’occurrence les japonais) et la pratique du bondage.
Autant Marston avait créé son personnage dans le but de préparer les lecteurs masculins à une ère nouvelle basée sur le matriarcat, autant Steinem souhaite qu’elle devienne un modèle pour les lectrices.

29Cette association entre Wonder Woman, l’idéologie et le mouvement féministe des années 70 va se développer très rapidement, d’autres médias vont ainsi utiliser son image pour transmettre leur idées : En juillet 1973, le journal Sister : The Newspaper of the Los Angeles Women’s Center montre un dessin de l’héroïne saisissant un spéculum des mains d’un médecin et proclamant : “With my speculum, I am strong ! I can fight !”. Le fait de pouvoir disposer soit même de sa santé sexuelle est un principe féministe fondamental, et désormais Wonder Woman semble être la personne idéale pour le faire savoir.

Contre toute attente, Wonder Woman va revenir dans les mains de Robert Kanigher, exécutant manu militari le personnage d’I-Ching (victime d’un sniper), et rendant Diana amnésique, elle sera ensuite amenée à Paradise Island ou ses pouvoirs et sa mémoire lui seront restaurés, ses origines étant encore quelques peu remaniées pour l’occasion.
Après cela, Kanigher n’aura de cesse que d’adapter des histoires qu’il avait déjà écrit précédemment sur la série (The Chessmen of Doom ! du #55 se transforme en Chessmen of Death ! au #208).
Il sera remplacé à partir du #212 par une nouvelle équipe de scénaristes mais la série n’arrivant toujours pas à décoller, l’éditeur Julius Schwartz décide de faire venir des personnages de la JLA en caméo pour booster les ventes.

Lynda Carter est Wonder Woman

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En 1975, le producteur Douglas Cramer essaie de capitaliser la soudaine popularité de Wonder Woman en développant un téléfilm dont l’héroïne va être incarnée ni plus ni moins que par une ancienne Miss World USA et demi finaliste du concours Miss Monde en 1972, Lynda Carter.
Quelques années auparavant deux autres tentatives télévisuelles n’avaient pas dépassé le stade du pilote, la première en 1967 et la seconde en 1974 avec la blonde Cathy Lee Crosby dans le rôle titre.
Ce nouveau projet est influencé à la fois par l’esprit de William Moulton Marston (le téléfilm étant une adaptation de All Star Comics #8 et Sensation Comics #1) et la vision de Gloria Steinem.

Diffusé le 7 novembre 1975, ce téléfilm est un tel succès qu’il incite la chaîne ABC à produire une série qui sera diffusée l’année suivante et qui fera de la comédienne une super star tout en gravant encore un peu plus la popularité du personnage dans l’esprit collectif. Car la série, à l’instar de quelques oeuvres télévisuelles de l’époque comme Charlie’s Angels, The Bionic Woman, ou The secret of Isis sont destinées autant aux jeunes téléspectatrices qu’aux hommes, et c’est sans doute pourquoi un large public a pu y trouver son compte.

Le Modern Age

L’ère Pérez

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En 1985, DC Comics publie sa série évènement Crisis on Infinite Earths, qui prévoit de regrouper tous ses univers alternatifs en un seul monde, près de 50 ans d’histoires ayant rendu la continuité très complexe à suivre, autant pour les lecteurs que pour les éditeurs eux même.
Dans le dernier numéro, Marv Wolfman et George Pérez décident de tuer la Wonder Woman de Terre I, ou plutôt de la faire revenir à son état originel (l’argile) d’un coup de rayon de l’Anti-Monitor.

Mais c’est pour mieux la faire revenir l’année suivante dans une toute nouvelle série qui lui est consacrée et rebootée pour l’occasion. Alors qu’aucun auteur de chez DC ne souhaite prendre en mains ses nouvelles aventures, George Pérez se porte volontaire et s’attelle à la tache, se destinant à rester uniquement le temps de 6 numéros afin de lancer la série. Il la quittera finalement 5 ans plus tard.

Les fans et les critiques considèrent les 60 numéros créés par Pérez comme l’un des points culminants de l’histoire de Wonder Woman. Pérez et son acolyte Greg Potter donnèrent au personnage une personnalité féministe, et les recherches approfondies de Pérez en matière de mythologie grecque insufflèrent plus de profondeur et de richesse que dans les versions précédentes.

Dans sa nouvelle incarnation, Wonder Woman est Diana, une princesse et émissaire de Paradise Island dans le monde des hommes. Au début, elle ne garde pas son identité secrète, et ne se comporte pas non plus comme une super héroïne, son personnage étant d’abord celui d’une jeune fille innocente. Diana parle seulement le grec ancien, et doit apprendre l’anglais quand elle arrive aux États-Unis, au lieu de savoir le parler intuitivement. Néanmoins, Diana a reçu un entraînement de guerrière et n’hésite pas à tuer son adversaire lorsque c’est nécessaire. Les sujets de ses aventures sont la guerre, l’injustice, l’inégalité, la mort, et divers conflits impliquant les dieux de l’Olympe.
Les personnages secondaires sont eux aussi modifiés. Par exemple, Steve Trevor est changé en un officier de l’Air Force, qui paraît beaucoup plus âgé que Diana, et la traditionnelle romance entre les deux est abandonnée. À la place, Trevor est lié sentimentalement à Etta Candy, qui devient elle-même un officier militaire de rang important et plutôt ronde, mais sans exagération. Cheetah, l’ennemie de Diana, devient une femme qui peut se transformer en une féroce créature féline-humanoïde, aussi forte qu’elle au combat.

Empruntant les idées de Marston et Kanigher, Pérez combine des éléments du Golden Age et du Silver Age tout en revitalisant le personnage. De plus, de nombreuses femmes artistes, scénaristes, éditrices viennent lui prêter main forte : L’éditrice Janice Race développe la série avant de la léguer à Karen Berger, Mindy Newell co-écrit 12 numéros avec Pérez, pendant que Jill Thompson dessine les derniers opus de son run, en alternance avec Colleen Doran et Cynthia Martin. Tatjana Wood a colorisé les premiers numéros et Nansi Hoolahan est présente sur les derniers.

Le run de Pérez se termine au #62 et comme l’indique la couverture, il marque la fin d’une époque pour Wonder Woman puisqu’il transmet les rênes au scénariste William Messner-Loeb. Après cinq ans de règne, Pérez a vraiment marqué le personnage de son empreinte, et détient le noble titre de l’homme responsable de la redéfinition de Wonder Woman dans l’univers post-crisis.

Les fans à ce jour sont encore divisés quant à savoir s’ils voient ou non Pérez comme étant le plus grand architecte qui ait jamais œuvré sur la série. Les traditionalistes haïssent le fait que son identité de Diana Prince ait été abandonnée, qu’elle puisse voler comme Superman et n’ait plus besoin d’un jet invisible, ou encore qu’elle ne perde plus sa force lorsqu’elle est enchaînée par un homme. Mais les fans de Pérez aimaient le fait qu’il lie l’histoire de Diana avec les histoires légendaires de la mythologie grecque. Mais quelles que soient leurs opinions, presque tous les fans ont reconnu que Pérez aimait sincèrement Diana et que cela s’est clairement transmis à travers tout son run.

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Après le départ de George Pérez, William Messner-Loebs va emmener Wonder Woman vers d’autres horizons, elle deviendra une pirate de l’espace, puis employée dans un fast-food… Il sera accompagné de l’artiste Mike Deodato Jr dont le style représentant des femmes hypersexualisées va faire rentrer l’héroïne de plein fouet dans les années 90, dont le standard esthétique douteux était constitué de top models aux jambes interminables et aux courbes défiant tout principe anatomique.
John Byrne prendra la relève, faisant fi de tout ce qui avait été fait sur le personnage avant lui. Il la fait débarquer dans une ville appelée Gateway City, l’entoure de nouveaux personnages et la tue même le temps de quelques numéros, elle sera alors remplacée par sa mère Hippolyte.
C’est ensuite l’ère des bons scénaristes : Phil Jimenez, Greg Rucka et Gail Simone, qui vont permettre à la série de remonter dans le classement des ventes de manière occasionnelle.
Le #600 marque l’arrivée de J.Michael Straczynski sur la série mais sa présence ne sera que de courte durée.

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Le relaunch de DC Comics en 2011 apportera une nouvelle équipe créative avec Brian Azzarello et Cliff Chiang, et une nouvelle fois les origines de l’Amazone seront modifiées pour l’occasion, Diana ayant désormais un père en la personne de Zeus, le scénariste gardant le contexte mythologique du personnage, mais dénaturant un aspect qui était l’un des plus progressistes de l’ère Marston : le fait qu’un enfant puisse naître sans père (on pourrait employer le terme de “fécondation in-terro”, pourquoi pas) et être élevé par des femmes d’une manière tout à fait saine.
Un nouveau tandem (en la personne de David Finch et sa femme, Meredith) est sur le point de donner une autre vision du personnage, et les propos de la scénariste (comme quoi Wonder Woman n’était pas féministe) en a fait bondir plus d’un.

Conclusion :

Avoir une idée de qui est Wonder Woman est donc une affaire beaucoup plus complexe qu’elle n’y parait, car elle ne se cantonne pas à figurer dans les pages d’une bande dessinée ou tourner autour d’elle même dans une série télé sur fond de musique disco.
Ses origines sont enracinées dans le combat des femmes pour le droit de vote et à l’avortement, des droits fondamentaux encore inexistants au début du XXème siècle.
Son, ou plutôt ses créateurs (si on inclut Elizabeth et Olive) souhaitaient délivrer un message d’espoir aux femmes, et d’avertissement envers les hommes, que le monde basé sur le patriarcat dans lequel ils vivaient allait bientôt changer.
Son personnage a largement évolué au fil des décennies, en étant parfois en totale corrélation avec son époque, ou bien passant à côté de son statut iconique en devenant vendeuse de fringues, secrétaire pour super héros ou serveuse à Taco Whiz.
Beaucoup d’auteurs l’auront côtoyé, apportant leur version du personnage avec plus ou moins de respect pour la vision de Marston, mais ils ont certainement tous contribué à ce qu’elle représente aujourd’hui : une figure emblématique, historique, et culturelle de la femme, non seulement dans la bande dessinée mais également dans notre culture occidentale dans son ensemble.

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Wonder Women of History


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Wonder Women of History : Susan B. Anthony, Wonder Woman #5 (juin 1943)

 

Qui a dit qu’on n’apprenait rien en lisant un comic-book ?
C’était du moins le cas à l’époque du Golden Age, et en ce qui nous concerne dans les numéros de la série Wonder Woman qui contrairement aux comics d’aujourd’hui ne se contentait pas d’additionner quelques pages publicitaires au contenu mensuel.
Pendant près de 20 ans et depuis son tout premier numéro, le titre Wonder Woman s’est vu être agrémenté de plusieurs rubriques diverses, sous la forme d’essais en prose, de comic strip, de publicités humoristiques ou de jeux divers, et dont le contenu a évolué au fil des périodes (il y aura une ère Marston, et une ère post-Marston, au même titre que la série en elle-même, passant du féminisme engagé aux articles dignes de Modes et Travaux).

Dans Wonder Woman #1, en plus des aventures de notre fière Amazone, nous pouvions ainsi découvrir différents petits ajouts tels qu’une histoire intitulée A Message from Phil, un texte écrit par Jay Marr où une jeune fille nommée Phillys sauvait un sous-marin en communiquant par télépathie avec Phil, son frère jumeaux, technicien à bord de l’engin et blessé. Dans le comic strip de deux pages Sweet Adeline : Songs Without Music de Art Helfant,  une famille pauvre propriétaire d’un hôtel se met à creuser dans l’espoir de trouver un gisement de pétrole. La rubrique Good Book Worth Reading comme son nom l’indique suggérait aux lecteurs des livres qui en valaient la peine, cette catégorie était tenue par Josette Frank. On pouvait aussi s’amuser à décoder le message secret de Superman dans Superman’s Secret Message (Code Pluto N°8) ou il fallait trouver la huitième lettre précédant dans l’alphabet celle annoncé dans le message.

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Mais la rubrique la plus intéressante s’intitulait Wonder Women of History, dont le but était de présenter une figure féminine ayant marqué l’histoire. Chaque récit, compris entre trois et quatre pages soulignait de la même manière l’adversité face à laquelle ces femmes furent confrontées et comment elles réussirent à les surmonter.
C’est Alice Marble, ancienne championne et star de Tennis féminin (elle fut élue Athlète de l’année en 1939 et 1940 par l’Associated Press), qui embrassa ensuite la carrière d’éditrice et fut ainsi responsable de cette rubrique, écrivant les histoires des 16 premiers numéros et illustrés par des artistes de renom, de Sheldon Moldoff à Paul Reinmann, sans oublier Bob Oksner ou Alfonso Greene, l’un des rares dessinateurs afro-américain du Golden Age.

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Marble choisit de nous faire découvrir en premier le destin de Florence Nightingale dans un récit de 4 pages, où on la voit transporter des animaux blessés alors qu’elle n’était qu’enfant puis servir dans un hôpital de guerre lorsqu’elle atteint l’âge adulte, jusqu’à ce qu’elle créé une école d’infirmières.

A la suite de cette publication, elle décide d’envoyer le premier exemplaire de Wonder Woman couplé d’un article de Marston intitulé Women : Servants of Civilization paru dans Tomorrow Magazine à une sélection de femmes remarquables de l’époque, en leur demandant de lui communiquer quelles personnalités elles souhaiteraient retrouver dans Wonder Women of History.

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Malgré son départ au bout de 16 numéros, la rubrique continua, décrivant la vie de près de 50 femmes plus ou moins connues telles que Clara Barton (fondatrice de la Croix-Rouge américaine), Florence Rena sabin (la première femme professeur à la John Hopkins University School of Medecine, et première femme élue à l’Académie nationale des sciences), Dorothea Lynde Dix, (militante qui a vigoureusement fait campagne et pression sur le Congrès des États-Unis afin de créer les premiers asiles mentaux), Lucretia Mott (féministe et abolitionniste), Emma Willard (éducatrice connue en tant qu’activiste pour les droits des femmes), Susan B. Anthony (militante américaine des droits civiques, qui joua notamment un rôle central dans la lutte pour le suffrage des femmes aux États-Unis), Carrie Chapman Catt (professeur et suffragette, elle est passée à la postérité pour son combat en faveur du droit de vote des femmes), Sojourner Truth (sobriquet donné à partir de 1843 à une abolitionniste noire américaine, née de parents esclaves dans la ville d’Hurley, dans l’État de New York), Julia Ward Howe (abolitionniste, activiste, et poétesse américaine, rendue célèbre par son texte The Battle Hymn of the Republic), Lillian D.Wald (infirmière, éducatrice et co-fondatrice de l’association nationale pour la promotion des gens de couleur, une organisation de défense des droits civiques).

Mais les militantes pour le droit des femmes et des minorités n’étaient pas les seules à mériter leur place dans Wonder Women of History, des aviatrices, astronomes, écrivains, prix Nobel, journalistes, avocates, First Ladies, chanteuses, sculptrice, tireuse d’élite et bien d’autres y ont également figuré.
A travers ces récits héroïques, chaque personnalité était dépeinte en train d’influencer et de changer le monde, de la même manière que Wonder Woman, et ainsi servir de modèle à des générations de lectrices en prouvant que l’on a pas besoin de super pouvoirs pour incarner une femme forte.

Malheureusement petit à petit, le rythme de publication de cette rubrique va se trouver de plus en plus sporadique, pour finir avec Wonder Woman #66 au bénéfice d’articles centrés sur des préoccupations beaucoup actuelles telles que la mode ou la vie maritale, offrant de véritables textes de propagande prônant la vie de famille, l’une des rubriques phare s’intitulant Marriage a la Mode (en français dans le texte) qui apparaît dans Wonder Woman #69 en octobre 1954 (une année qui n’est pas inconnue pour ceux qui s’intéressent à l’histoire des comics).

Il reste néanmoins ces nombreuses biographies de femmes merveilleuses qui font bel et bien partie de l’histoire de Wonder Woman, et qui ont peut-être inspiré et donné vocation aux lectrices de l’époque, un idéal que Marston a toujours souhaité en créant ce personnage.

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Les filles du Paradis : 3ème partie


Ce rétro billet géant sur Wonder Girl serait bien incomplet si l’on ne racontait pas dans les détails l’histoire de sa troisième et plus récente incarnation, alors que nous avons vu que ce nom avait déjà été employé pour faire référence à Wonder Woman dans ses jeunes années, puis au personnage de Donna Troy, membre émérite des Teen Titans aux origines assez complexes.

wonderwomanV2_105A l’image de ses aînées, la troisième Wonder Girl est un personnage intimement lié à la mythologie greco-romaine revue et corrigée par DC Comics, tout en étant capable de se suffire à elle même.
Wonder Girl troisième du nom, c’est donc Cassie Sandsmark, qui apparaît pour la première fois dans Wonder Woman vol.2 #105 sous la plume de John Byrne en 1996. Celui qui avait réussi à métamorphoser la sculpturale She-Hulk quelques années auparavant chez Marvel, essaie de marquer son empreinte durant les 36 numéros du run dont il va écrire et dessiner les pages. Mais il est sans doute difficile de faire oublier l’ère George Perez qui a tant marqué la chronologie de l’héroïne, c’est peut être l’une des raisons de son impopularité sur ce titre. Car John Byrne semble faire table rase du passé, et parmi les événements notables qu’il va développer, on retiendra le fait qu’ Hippolyta va remplacer un temps sa fille dans le rôle titre lorsque que celle-ci  accède au mont Olympe en tant que déesse de la vérité après avoir été tuée dans le #124.
Selon l’avis des fans de l’Amazone, la seule chose positive concernant le run de John Byrne restera la venue de Cassandra Sandsmark.

Cassie fait la connaissance de Wonder Woman lorsque Diana, fraîchement débarquée sur la côte ouest, se rend au musée des Arts Antiques de Gateway City où travaille sa mère, l’archéologue Helena Sandsmark, pour postuler en tant que maître de conférences. La jeune fille âgée de 14 ans se dispute régulièrement avec sa mère concernant le fait d’être responsable. Lorsque Helena décide de donner à Diana un entretien, Cassie souhaite montrer à sa mère qu’elle peut être responsable en nettoyant le nouvel artefact qu’elle avait découvert, un robot (encore un, tiens) à l’apparence d’un gladiateur mis en sommeil depuis des millénaires. Elle l’active accidentellement et celui-ci se met à la poursuivre. A chaque fois que Wonder Woman le frappe, il devient encore plus fort. Cassie conduit alors le robot vers un quai provoquant son effondrement, le robot est ainsi coincé dans la boue.
Dans cet épisode, Cassie Sandsmark n’est pas encore devenue Wonder Girl, elle ressemble plus à un garçon manqué qu’autre chose, il faudra attendre quelques numéros (plus précisément à partir du #111) pour que les choses sérieuses commencent.

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300px-Wonder_Woman_v.2_113C’est ainsi que pour aider Wondie à lutter contre le clone de Doomsday, Cassie va « emprunter » les sandales d’Hermès, qui lui permettent de voler et d’être très rapide, et le gant d’Atlas, qui lui octroie force et endurance. Elle fini par donner le gant à Wonder Woman pour augmenter sa force, l’aidant ainsi à vaincre Doomsday. Elle utilise également ses armes mystiques pour se battre contre Decay dans le numéro suivant. Encore une fois, Cassie prouve que son intellect lui est aussi utile que ses pouvoirs lorsqu’elle créé le dispositif nécessaire pour utiliser l’énergie de son transistor radio, obligeant Decay à utiliser son énergie stockée, et permettant à Wonder Woman de la détruire.
Impressionnée par ses instincts et sa ruse, Wonder Woman propose à Cassie de devenir sa protégée, mais Helena refuse catégoriquement cette option, craignant pour la sécurité et le bien-être de sa fille unique.

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Plus tard, Cassie se rendra au mont Olympe, où elle aura une conversation avec Zeus en personne dans Wonder Woman vol. 2 #122 (qui n’est ni plus ni moins que son propre père, mais ça, on l’apprendra beaucoup plus tard, dans les #181 à 183, la jeune héroïne en sera définitivement informée au #217). Impressionné par son courage et son cran, il lui accordera son vœu le plus cher, lui concédant une version édulcorée des pouvoirs de Diana, il ne fera en fait qu’activer les pouvoirs qui sommeillaient déjà en elle. Mais le père des dieux Grecs donna également au Dr. Sandsmark la faculté de les désactiver, celle-ci désapprouvant le début de carrière super héroïque de sa fille. Helena finit par accepter son désir de devenir une super-héroïne, et n’utilisa que rarement cette faculté.

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Côté look, on ne peut pas dire que la nouvelle Wonder Girl soit des plus sexy. Et pour cause, affublée d’une perruque brune et d’une grosse paire de lunettes afin de cacher son identité secrète (on remarquera qu’elle utilise le processus inversé du super héros lambda qui lui, modifie son apparence dans ses activités non héroïques), elle devient ainsi le sidekick officiel de la guerrière amazone.

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Avec l’obtention de ses pouvoirs via son père, Cassie voit son aspect physique se modifier petit à petit, jusqu’à ce qu’elle range définitivement sa perruque en 2000. Un an auparavant, dans le crossover Sins of Youth où elle est membre de la Young Justice, et dans lequel les héros âgés sont devenus jeunes et jeunes héros sont plus âgés et permettant aux mentors et leur sidekick d’inverser leur statut, on la retrouve même en train de porter le costume de Wonder Woman ainsi que celui de Donna Troy (sa combinaison rouge).
C’est à cette même époque qu’elle commence à suivre l’entraînement au combat d’Artemis, l’une des guerrières Amazones compatriotes de Wonder Woman. Cette formation permet à Cassie d’avoir plus confiance en elle, et plus tard, elle finira par devenir le visage public de la Young Justice face aux médias. Car tout comme la précédente Wonder Girl, Donna Troy, notre héroïne va rejoindre un groupe de jeunes super-héros, c’est d’ailleurs au sein de ce groupe qu’elle va rencontrer et tomber amoureuse de Superboy, qui fut d’abord insensible à ses marques d’affections. Faisant office de leader légitime, les autres membres de la Young Justice se réfèrent souvent à son jugement. Avec le temps, Cassie s’épanouit pour devenir une jeune femme séduisante, et enfin réussir à attirer le regard de Superboy.

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En 2001 Phil Jimenez introduit dans Wonder Woman vol.2 #171 le personnage de Silver Swan en la personne de Vanessa Kapatelis (car il y a eu d’autres Silver Swan avant celle-ci, sinon ce ne serait pas drôle), une protégée de Wonder Woman qui sous le contrôle de Circe vient attaquer Cassie et ses camarades de classe dans l’enceinte même de son lycée, ce qui a pour conséquence de dévoiler son identité secrète au monde entier. Vanessa aurait souhaité devenir la nouvelle Wonder Girl et le fait savoir à notre héroïne d’une manière très douloureuse.

Un peu plus tard, une organisation connue sous le nom d’Optitron offre aux équipes des Titans et Young Justice de les parrainer, en les convoquant à San Francisco. Avant qu’une décision ne soit prise, une fille mystérieuse (et cybernétique) nommée Indigo venant du futur fait son apparition. Sans le savoir, elle active un Superman androïde (oui oui, le fameux Superman robot de la dernière fois !) celui là-même qui entraînera la mort de Troia . A son enterrement, Nightwing démantèle les Titans.
Les membres de Young Justice se sentant tous responsables de la mort tragique de Donna Troy, Wonder Girl, Robin, Impulse et Superboy décident de former une nouvelle équipe des Teen Titans sous la tutelle de Cyborg, Starfire, Raven et Beast Boy, tous plus expérimentés.

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Wonder Girl continue de progresser dans son rôle, et découvrir de nouvelles limites à ses pouvoirs. Ares, le dieu de la guerre, va lui offrir un lasso aux pouvoirs particuliers d’une manière assez inattendue. Contrairement au lasso mythique de Wonder Woman, le sien ne peut pas forcer les gens à dire la vérité, mais il est à la place chargé des éclairs de Zeus, qui s’activent lorsque Cassie se met en colère. Le souhait d’Ares est de devenir le mentor de sa demi-sœur, lui promettant de lui enseigner un moyen de canaliser sa rage et de devenir une championne redoutable.

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Alors que les dieux grecs sont sur le point de se retirer de cette dimension avec les habitants de Paradise Island, Wonder Girl sent ses pouvoirs décliner. Avant que les dieux ne disparaissent, Ares lui donne une partie de ses pouvoirs divins et lui demande en échange de l’accepter comme son frère.

La relation Wonder Girl/Superboy va s’intensifier (ouh lala) en 2006, lorsque celui-ci prend congés des Teen Titans après avoir découvert qu’il possédait le même ADN que Lex Luthor et qu’il commençait à subir les effets des gènes de son donneur, jusqu’à se raser la tête et se retourner contre ses coéquipiers. Les deux tourtereaux vont partager un moment d’intimité dans Teen Titans vol.3 Annual #1, ce genre d’événement annonçant en général malheureusement la pire des catastrophes (mais non, Cassie ne tombe pas en cloque, on se calme).

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En effet, Conner Kent succombera à ses blessures causées par son affrontement avec Superboy-Prime, un personnage qui a survécu au cataclysme de 1985, le fameux Crisis on Infinite Earths. Prime a en effet tous les pouvoirs de Superman, mais aucune de ses faiblesses. Dans un combat ultime, Superboy et Superboy-Prime entrent en collision dans la tour de Luthor, créant une énorme explosion. Lorsque la fumée se dissipe, la tour est détruite, mais Superboy souffre de blessures irréversibles. Alors que Wonder Girl se précipite à ses côtés, Superboy meurt dans ses bras dans Infinite Crisis #6-7, après avoir sacrifié sa propre vie pour sauver l’univers (alors laissez-moi une minute parce que là, moi j’en peux plus).

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Teen Titans (2003-2011) #65Secouée par ces événements, Wonder Girl quitte les Titans et rejoint une secte appelée « Cult of Conner » (52#2, #4, #11-12) dans l’espoir de ressusciter Superboy. Lorsque sa tentative échoue, elle reste dans son coin un moment, persuadée que les Titans l’ont abandonnée. C’est grâce à une mission impliquant la Confrérie du Mal qu’elle retrouve une nouvelle équipe des Titans, qui l’invite à les rejoindre.

De novembre 2007 à avril 2008, Wonder Girl aura les honneurs d’avoir sa propre mini-série de 6 numéros, faisant suite au crossover Amazons Attack paru dans Wonder Woman.

Zeus se présente plus tard à Wonder Girl pour prévenir sa fille des méfaits du Roi Lycos, le fils d’Arès assoiffé de pouvoir. Alimenté par le meurtre de ceux qui sont proches de Wonder Girl, Lycos envoie son cerbère pour attaquer les Titans et la provoque en combat singulier, utilisant certaines de ses propres capacités divines contre elle. C’est de cette manière que Cassandra se rend compte qu’elle a emprunté ses compétences divines tout ce temps, d’abord de Zeus, et plus tard, d’Ares. De plus, ses pouvoirs liés à la rage alimentés par le Dieu de la guerre lui ont causé des sautes d’humeur et des accès de colère depuis qu’elle a accepté son lasso foudroyant. Ainsi, pour la première fois, Cassandra fait appel à ses pouvoirs hérités de droit d’aînesse, et banni Lycos avec son nouveau lasso auto-alimenté (Teen Titans vol 3 #65, en 2008).

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Pendant un temps, Wonder Girl trouvera brièvement le réconfort dans les bras du meilleur ami de Superboy, Robin (alias Tim Drake). La culpabilité du jeune couple mettra cependant un terme rapide à la relation, Superboy reviendra finalement à la vie avec l’aide de la Legion des Super-Héros et leur super-science du 31e siècle, (Legion of 3 Worlds #4-5 en 2009) réunissant Wonder Girl et son véritable amour. Mais lorsque le garçon d’acier rejoint les Teen Titans, lui et Wonder Girl décident néanmoins de faire ue pause dans leur relation.

Voilà pour la petite histoire de Cassandra Sandsmark, Wonder Girl troisième du nom, qui continue actuellement ses aventures au sein des New 52 et d’une nouvelle équipe des Teen Titans, mais dont je ne parlerai pas ici, par respect pour cette héroïne. Vous savez désormais tout sur celles qu’on appelle les Wonder Girls de DC Comics, trois héroïnes, trois sœurs partageant la même mythologie, et surtout trois femmes merveilleuses dont on peut retrouver les prouesses dans tout un tas de comics DC publiés avant 2011….

Allez, je vous laisse sur ces deux pages issues de Teen Titans vol. 3 #25, parce que franchement, il y en a quand même sacrément marre des robots Superman !

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Les filles du Paradis : 2ème partie


Résumé de l’épisode précédent : Comme nous avons pu le voir dans notre dernier retro billet, le doux nom de Wonder Girl est rattaché non pas à une, mais à trois héroïnes, toutes liées à l’univers de la guerrière Amazone mais correspondant à des personnages aux origines et au destin totalement différents. Les aventures de la première Wonder Girl datant de la toute fin des années 50 concernaient donc une Wonder Woman encore enfant faisant l’apprentissage de la vie aux côtés de sa mère Hippolyta et parfois accompagnée d’une version d’elle même âgée de 3 ans, Wonder Tot, ainsi que de son alter ego adulte, l’ensemble formant la fameuse Wonder Family.

Brave_and_the_Bold_60Venons-en si vous le voulez bien à la plus populaire et la plus appréciée des Wonder Girl, la ravissante Donna Troy qui apparaît pour la première fois dans Brave and the Bold #60 en 1965, un numéro où l’on fait également la connaissance d’une nouvelle équipe de super héros, les Teen Titans (c’est en effet dans ce numéro que cette équipe est appelée ainsi pour la première fois, même si les lecteurs avaient déjà rencontré ces personnages ensemble un an auparavant dans le #54).
Mais à vrai dire vouloir décortiquer les origines de Donna Troy, ça n’est pas une mince affaire tant elles ont été remaniées à plusieurs reprises (les comics, je vous jure…), commençons donc à cette époque fabuleuse où il faisait bon se ballader en ville et les super héros ne finissaient pas en robot-zombie.

brave and the bold 060 Wonder GirlBob Haney est donc celui qui va nous amener cette nouvelle version de Wonder Girl, quittant Hippolyta et Wonder Woman pour voler de ses propres ailes au sein d’une nouvelle famille de super héros. Si l’on n’y prend pas garde, puisque le lecteur est jusqu’à maintenant habitué à voir les trois personnages ensemble, on pourrait penser qu’il s’agit encore de cette version jeune de Diana crée par Bob Kanigher, d’autant plus que dans cet épisode le nom de Donna Troy n’est pas prononcé une seule fois. Mais il s’agit bien d’une toute nouvelle Wonder Girl, déjà des petits détails vestimentaires le prouvent comme le rajout des bracelets et la petite jupe est remplacée par un short similaire à celui de sa grande soeur.


Avant Apres

 

Oui oui, vous venez bien de me lire correctement, la Wonder Girl dont nous avons à faire ici n’est nulle autre que la sœur adoptive de Diana de Themyscira, comme va nous l’expliquer le scénariste Marv Wolfman dans Teen Titans #22 en 1969 dans une histoire intitulée The Origin of Wonder Girl.
Teen Titans(1966) 22 - 22Après s’être fermement confrontée aux créatures de la Dimension X, Wonder Girl se retrouve affaiblie et lorsque ses compagnons cherchent à savoir ce qui ne va pas, elle n’a pas d’autre solution que d’avouer qu’elle n’est pas réellement une Amazone. Abasourdis, les Jeunes Titans (en avant ! Bon ok c’était pas drôle) apprennent en effet que lorsqu’elle n’était qu’une enfant, elle fut sauvée par Wonder Woman d’un immeuble en flammes , et n’ayant ni parents ni identité propre, elle fut recueillie sur Paradise Island où elle suivit un entrainement digne des filles d’Hera. Mais elle restait une humaine sans aucun pouvoir, Hyppolyta sa mère adoptive décida donc de la faire passer sous les rayons pourpres afin de modifier sa structure moléculaire et lui donner ainsi les mêmes pouvoirs que sa sœur aînée.
Mais la jeune fille cachait un autre secret que Speedy était le seul à avoir découvert : Wonder Girl était également sans domicile et obligée de passer ses nuits dans les murs froids du quartier général des Teen Titans ! Heureusement ses compagnons lui trouvèrent (très) facilement un appartement, un nouveau départ s’offrait à notre héroïne qui eu la bonne idée de se confectionner un nouveau costume, plus moderne et personnel, comme pour s’affranchir petit à petit de son héritage et sortir de l’ombre tutélaire de la guerrière Amazone.

Marv Wolfman - Gil Kane - Nick Cardy - Teen Titans (vol. 1) #22

Oui oui, ça en jette, et vive les années 60 bordel.

NTT6Or comme dans les comics rien n’est simple, (mais ça vous le savez déjà) 15 ans plus tard Wolfman va revisiter ses origines dans New Teen Titans #38 en janvier 1984, avec George Pérez aux dessins dans un numéro savamment intitulé Who is Donna Troy ? A cette époque, Donna est sur le point de se marier avec Terry Long, celui-ci demande à Robin (en fin détective) d’aider sa promise à enquêter sur son passé. Il découvre alors que sa mère biologique, Dorothy Hinckley, qui était sur le point de mourir d’un cancer l’avait confié à un orphelinat, et qu’elle fut rapidement adoptée par un couple marié. Deux ans plus tard, elle fut malheureusement la victime d’un trafic d’enfants jusqu’à échouer dans cet immeuble aux normes de sécurité non conformes, et rencontrer de cette manière son destin super héroïque.
La légende raconte que cette histoire qui offre une vraie profondeur et une humanité à ce personnage a été écrite à quatre mains, c’est à dire autant par Marv Wolfman que George Pérez, les Chris Claremont et John Byrne de DC Comics.

Et le scénariste aurait pu s’arrêter là si un tout petit événement de trois fois rien qu’on appelle Crisis on Infinite Earths un an plus tard n’allait pas modifier beaucoup de personnages du DC Verse, dont Wonder Woman, son sauvetage de l’immeuble en flamme par l’Amazone était par conséquent devenu un détail à bannir, au grand désarroi de Wolfman. Donna devait s’adapter à cette nouvelle continuité, c’est ainsi qu’il dû réécrire à contre-cœur ses origines dans le story arc Who is Wonder Girl ? dans The New Teen Titans #50 à 54 entre 1988 et 1989, et par la même occasion lui donner un nouveau nom, Troia.
En effet, dans The New Teen Titans #50les Titans sont attaqués dans leur quartier général par des aliens (oui, c’est une habitude chez eux), une étrange vieille femme parvient à les stopper et s’entretient avec Donna, lui disant que ses origines ne sont qu’un tissu de mensonges. La femme dépense beaucoup d’énergie pour soulever le voile de faux souvenirs renfermés dans son esprit, c’est ainsi qu’on apprend qu’elle n’a pas été inspirée par Wonder Woman, mais par le drapeau américain et qu’elle fut sauvée des flammes par le Titan de la mythologie grecque Rhéa. La vieille femme lui dit également qu’elle s’appelle Phoebe, la déesse grecque de la lune, et que les dieux ont besoin de son aide.

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Il s’avère donc que Donna fait partie d’un groupe de 12 orphelins disséminés dans tout l’univers et voués à une mort certaine dès la naissance, élevés sur New Cronos par ces Titans pour devenir des Graines de Titan, leurs sauveurs éventuels. Ils furent dotés de pouvoirs surhumains, et nommés d’après d’anciennes villes grecques. Appelée Troia, Donna fut dépouillée de ses souvenirs concernant son temps passé avec les Titans de la mythologie, et fut réintroduite auprès de l’humanité pour attendre son destin. Dans The New Titans #55 (dont la couverture est une allusion à celle de Teen Titan #23 et son premier changement de costume), Donna change son pseudonyme de Wonder Girl en Troia et adopte un nouveau costume intégrant les dons mystiques des Titans de la mythologie.

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Oui, je sais, ça commence à faire beaucoup tout ça mais nous en avons vu d’autre pas vrai ?
new_titans_v2_092_01_rougherUn peu plus tard, les choses vont encore un peut plus se compliquer pour elle lorsqu’elle tombe enceinte de Terry Long. En effet, étant essentiellement une déesse, son enfant aurait par conséquent les pouvoirs d’un dieu. On apprend alors que dans un éventuel futur, le monde entier est sous sa domination en tant que Lord Chaos. Monarch, dans effort d’éliminer toute concurrence envoie une équipe de nouveaux Titans dans le passé pour tuer Donna avant qu’elle mette au monde son fils. Dans un crossover plutôt compliqué toujours écrit par Wolman paru en automne 1992, et justement intitulé Total Chaos, Donna, qui semble se prendre à un moment pour le Dark Phoenix, finit par renoncer à ses pouvoirs afin que son fils n’en obtienne pas lui non plus.

S’en suit ensuite une période de paix toute relative, puisque la future équipe des Team Titans déménage avec sa famille. Les conflits qu’elle nourrit avec Terry Long sur les dangers de sa vie super-héroïque conduisent finalement à l’échec de son mariage, jusqu’à en perdre la garde de son fils. Elle est ensuite contactée par les Darkstars, une organisation intergalactique semblable à celle des Green Lanterns qui lui offrent le poste de Darkstar de la Terre. Donna accepte, et finit par rejoindre une nouvelle fois les Titans. Après la dissolution du groupe, elle quitte également les Darkstars, et vit pendant un certain temps comme une femme normale tout en côtoyant bon nombre de super-héros, sortant avec le Green Lantern Kyle Rayner et se liant d’amitié avec Wonder Woman.

34f16d3Lorsque son ex-mari, son fils et sa belle-fille sont tués dans un accident de voiture, le moral de Donna est au plus bas. C’est le moment que choisit Dark Angel pour la kidnapper et la condamner à vivre sans cesse des existences de souffrance où personne n’est capable de se souvenir d’elle. Wonder Woman aidée par Wally West va parvenir à « restaurer » les souvenirs de Donna, et réparer les trous laissés dans le flux temporel par l’ingérence de Dark Angel. Donna fait un rétablissement rapide et se retrouve avec des pouvoirs similaires que ceux que les Titans du mythe lui avait donné. Elle reprend le nom de Troia et aide à fonder la prochaine équipe des Titans.

She is an Amazon

Dans les pages du crossover Titans/Young Justice intitulé Graduation Day écrit par Judd Winnick en 2003, Donna est tuée par un Superman Robot, toutefois en juin 2005, DC Comics publie The Return of Donna Troyune mini-série de quatre numéros écrits par Phil Jimenez et dessinés par José Luis García-López et George Pérez marquant sa résurrection (parce que faut pas abuser quand même) et éclaircissant par la même occasion ses origines multiples, ce qui n’est pas du luxe, vous en conviendrez.

Tout au long des années 2000 Donna figurera en bonne place au sein des différents events de la firme, Infinite Crisis, 52, One year later, Countdown to Final Crisis et patati et patata, séries que je me passerai de détailler ici car comme chacun le sait, c’est dans les plus vieux pots qu’on fait les meilleures confitures ! Et pour ce qui est du présent, c’est à dire cet univers merveilleux appelé les New 52 (oui, celui où il y a des robots zombies dedans), nous attendons tous son retour avec une impatience non dissimulée teintée toutefois d’une certaine inquiétude…

She has known many lives She will now know another

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Once upon a time in Little Africa


Avant de revenir sur l’héroïne du moment, Wonder Girl, je crois qu’il était quand même temps que je vous parle de ce numéro emblématique qu’est Superman’s Girlfriend Lois Lane #106, dans lequel la fiancée de Superman pousse sa légendaire curiosité (ou son envie de décrocher un prix Pulitzer) jusqu’à se transformer en une jeune femme de couleur et découvrir l’envers du décor.
J’emploie le terme d’emblématique parce qu’il fait partie de ces titres qui ont marqué l’histoire des comics, en apportant sa pierre à l’édifice dans la représentation des minorités dans l’édition mainstream, à une époque où tout était encore loin d’être une évidence. Il en existe d’autres, bien sûr, on peut citer d’emblée Green Lantern/Green Arrow #76 par le tandem Denny O’Neil et Neal Adams qui, publié la même année en 1970, traitait également du racisme (la série va d’ailleurs égrener les nombreux maux de la société de l’époque), et plus récemment en 1992 Alpha Flight #106 et le coming out de Northstar qui a tant fait parler de lui.

Lois_Lane_106Nous sommes donc en 1970, à l’aube du Bronze Age et à une époque où l’Amérique a récemment connu de grands bouleversements sociaux et idéologiques, notamment grâce à l’essor des mouvements féministes mais surtout des droits civiques qui réclamaient l’égalité des droits pour les Noirs Américains par l’abolition de la législation qui instituait la ségrégation raciale. Des personnalités comme Martin Luther King ou Rosa Parks, en étaient les figures les plus célèbres et allaient influencer pendant des décennies les différentes manifestations de la pop culture, l’industrie des comics ne pouvait donc y échapper.
Nous sommes aussi à une époque où la bande dessinée a encore un fort impact sur son jeune lectorat, les comics sont donc le moyen le plus simple de faire passer des messages forts et de dénoncer les maux qui ont gangrené culturellement la société américaine depuis ses fondements : la colonisation, la ségrégation et le fondamentalisme, et ainsi peut-être sensibiliser les nouvelles générations sur ce qu’il faut changer.

Lois Lane_ I Am Curious Black_3Ecrit par Robert Kanigher et dessiné par Werner Roth (connu pour avoir succédé à Jack kirby sur les X-Men), I Am Curious (Black)! est le titre donné à cet épisode, autant dire qu’il annonce la couleur, mais c’est surtout une référence au film Suédois I Am Curious (Yellow) réalisé en 1967 où une jeune étudiante passionnée par les sujets liés à la justice sociale, se met à interviewer son entourage sur les classes sociales dans la société, l’objection de conscience, ou encore l’égalité des sexes.
Il nous présente une Lois Lane dont les dents rayent le parquet du Daily Planet. L’arrogante journaliste pense en effet pouvoir décrocher le fameux prix Pulitzer en allant faire un reportage au cœur de Little Africa, le quartier noir de Metropolis, et se contenter de poser quelques questions aux autochtones, des enfants revenant de l’école aux femmes cloîtrées dans leur appartement (car oui, le quartier est un peu craignos) en étant persuadée qu’elle sera accueillie les bras ouverts car hé, elle est Lois Lane, la célèbre Reporter du Daily Planet !

Étonnement les choses les choses ne se déroulent pas comme prévu pour notre intrépide journaliste : les habitants de Little Africa ne semblent en effet pas vouloir être le sujet d’un article, de claquage de porte en ignorance à peine feinte, Lois se retrouve rapidement le bec dans l’eau, à croire qu’à l’époque on avait déjà entendu parler des sujets traités par dessus la jambe.

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Mais Lois va commencer à comprendre d’où vient le problème par le biais d’une vieille dame aveugle, celle-ci au son de sa voix se rend compte qu’elle parle à une femme blanche et déguerpi aussitôt. Continuant sa route, elle va s’arrêter devant un rassemblement où un activiste en faveur de l’égalité les droits la prend à partie, et c’est à ce moment là qu’elle réalise (enfin, il lui en a fallu du temps) que son statut de femme blanche est loin d’inspirer la sympathie, elle se retrouve d’ailleurs elle-même victime du racisme que dénonce le manifestant.

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Déconcertée, Lois décide de faire appel à Superman pour l’aider à trouver une solution à son épineux problème. Celui-ci l’emmène faire un tour dans la Forteresse de Solitude car la journaliste souhaite utiliser la Plastimold Machine pour devenir le temps de 24 heures une toute autre personne, c’est à dire une jeune femme de couleur.
Ce n’est pas la première fois que Lois utilise cette machine d’origine kryptonienne crée par le docteur Dahr-Nel, qui lui avait déjà fait subir d’autres transformations quelques numéros auparavant dans  Superman’s Girlfriend Lois Lane #90, ce qui prouve soit-dit en passant qu’elle doit désormais certainement être une fervente amatrice de l’émission de télé-réalité Relooking  Extrême.
Ni vu ni connu, Lois se métamorphose en une créature tout droit sortie d’un film de Blaxploitation, elle se doit alors de changer sa garde robe pour fondre un peu mieux dans le décor et direction Little Africa pour découvrir enfin ce que cela fait d’être noire.

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La réalité va donc lui sauter en plein visage, son chauffeur de taxi préféré ne daigne même pas s’arrêter pour la transporter. Dans le métro, la paranoïa la guette lorsqu’elle pense que la population majoritairement blanche la dévisage comme si elle était la nouvelle Rosa Parks, alors que personne n’accorde tout simplement d’importance à une personne de couleur. En quelques cases, le ton du comics devient beaucoup plus sérieux, son enthousiasme et son excès de confiance des premières pages se transforme en une prise de conscience teintée du sentiment que tout un univers est en train de s’écrouler.
Son parcours initiatique la conduit dans un immeuble insalubre où elle parvient à éteindre un incendie qui menaçait de se propager à cause d’un tas d’ordures entreposés derrière un escalier. L’une des habitantes l’invite à boire un café et c’est une nouvelle claque que se prend notre reporter, découvrant les conditions de vie difficile de son hôte qui doit jusqu’à chasser des rats de la chambre de sa fille.

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Peu de temps après, Lois tombe sur un homme conduisant une classe improvisée à des enfants dans un terrain vague. Tout en regardant l’échange entre l’enseignant et les élèves, Lois est approché par un homme du nom de Dave Stevens qui prétend la reconnaître. C’est en effet l’homme qui haranguait la foule au début de notre histoire, mais, avant qu’elle ne puisse dire quoi que ce soit, Dave aperçoit un groupe de jeunes se diriger vers un tas d’ennuis. Lois suit Dave dans la ruelle alors qu’il poursuit les adolescents. Les enfants arrivent devant un butin et une paire de gangsters que Dave va tenter d’arrêter, mais il est abattu par l’un d’eux.
Heureusement Superman n’est jamais très loin et met rapidement un terme à l’altercation, amenant Lois un Dave très affaibli à l’hôpital voisin. Les médecins les informent que Dave a besoin d’une transfusion, mais ils n’ont pas le type O Négatif en stock en raison du manque de financement de l’hôpital. C’est à ce moment là que Lois se dévoue pour lui donner son sang, car il est également de type O Négatif.

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Après la transfusion ainsi que  tout ce que Lois a appris lors de cette folle journée vient le moment de vérité, elle demande à Superman si il l’épouserait si elle était noire. Bien que celui-ci aborde brièvement les implications raciales de sa question et le fait qu’il est lui aussi un étranger, il donne à Lois toujours la même réponse, leur mariage n’aura jamais lieu car il veut avant tout la protéger de ses ennemis. Avant de pouvoir répondre, Lois redevient Lois et lorsque l’infirmière vient l’avertir du réveil de Dave, elle craint sa réaction en découvrant qu’il a été sauvé par une « Whitey« .

La dernière page, très subtile car sans aucun dialogue, met un terme définitif à toutes ses interrogations, mais elle nous montre surtout comment deux personnes peuvent être unies malgré leurs différences et nous donne ainsi beaucoup d’espoir.

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Alors oui soyons honnêtes, il est vrai que ce numéro peut paraître un peu désuet et daté de nos jours et il est loin d’être exempt de défaut. On relèvera par exemple les choix vestimentaires un peu étranges de Lois qui n’a vraisemblablement pas compris que Little Africa reste un quartier de Metropolis, et non pas un village perdu aux confins de la pampa. Le vindicatif Dave Stevens représente quant à lui le cliché de l’homme noir bien énervé  mais qui sera au final sauvé par deux blancs, comme si Robert Kanigher se frottait à un thème qu’il ne maîtrisait pas tout à fait lui-même, à l’image de Lois Lane au début du récit. Mais bon, il faut savoir remettre ce numéro dans son contexte pour en apprécier toute la subtilité et la saveur, car son propos lui, reste universel et ô combien d’actualité…

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