Comic’Gone 2015 : Interview de Jordie Bellaire


Il est des billets dont on est particulièrement fière, en l’occurrence l’interview que je vous propose de lire aujourd’hui, non pas pour les questions que j’ai pu poser à Jordie Bellaire invitée par l’équipe de Comixity lors de la dernière Comic’Gone, mais surtout grâce à ses réponses, toutes plus jouissives les unes que les autres.
Il y a en effet des personnalités que l’on serait tenté de suivre jusqu’au bout du monde car au delà de leur travail au quotidien -ici publié chez un grand nombre d’éditeur selon une cadence astronomique- c’est un véritable message qu’elles parviennent à transmettre grâce à leurs interventions et leur militantisme.
Jordie Bellaire est une femme en or. Tous ceux qui on eu la chance de la côtoyer le mois dernier ne serait-ce que quelques instants ne peuvent me contredire. Et je considère d’autant plus cet entretien comme un cadeau qu’elle a su s’exprimer pleinement sur des sujets qui nous tiennent toutes les deux vraiment à cœur.

Une nouvelle fois, je tiens à remercier vivement Mathilde Tamae-Bouhon qui a eu la gentillesse de retranscrire et traduire ce long entretien en français, la version originale est disponible ici pour les amis anglophones qui ont parfois la curiosité de visiter ce blog.


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Comment avez-vous commencé votre carrière de coloriste ?

Tout a commencé quand j’ai fait la connaissance de Declan Shalvey, qui illustre actuellement Injection et Moon Knight. Nous nous sommes rencontrés à New York, et alors que nous marchions dans la rue – je venais de finir mes études en école d’art –, il m’a demandé ce que je voulais faire, à quoi j’ai répondu que je voulais être heureuse. « En gros, tu n’as pas de but », m’a-t-il dit, ce qui m’a interloquée. J’étais très pauvre à l’époque, je voulais travailler dans les comics, je dessinais, j’avais fait un cursus d’illustration… mais je ne me trouvais pas assez bonne, surtout après avoir rencontré Declan. Quand on voit en quoi consiste vraiment le travail des artistes séquentiels… je serais incapable de griffonner une moto à brûle-pourpoint, ou de dessiner une maison, juste parce que quelqu’un l’a décrété ! Alors Declan m’a demandé si j’avais déjà pensé à la mise en couleur. Je n’y avais jamais songé – on réfléchit rarement au processus de création des comics dans sa totalité, avec le lettrage, la mise en couleurs, le dessin, l’encrage… Alors j’ai décidé d’essayer, j’ai envoyé quelques pages-test, et décroché mon premier engagement avec Stephen Mooney, qui dessine Half Past Danger. On a travaillé ensemble sur une histoire courte pour Angel, le comic issu du Whedonverse ; c’était là ma première expérience. À partir de là, j’ai reçu de plus en plus de propositions. Grâce à ma formation, je connaissais pas mal de grands illustrateurs, comme Chris Samnee, Tom Fowler, Ramón Pérez… Je les connaissais de mes années d’études, et eux aimaient mes dessins, alors quand ils ont su que j’étais coloriste, ils se sont dit : « on devrait travailler ensemble ! » C’est comme ça que j’ai décollé. J’ai eu beaucoup de chance, mais je pense que cela tient principalement à ma formation d’illustratrice.

Comment se déroule une journée dans la peau de Jordie Bellaire ? Quelles sont les différentes étapes de votre travail ?

Mon processus… Tout commence bien sûr avec l’arrivée des planches de l’artiste ; en général je préfère lire le script et regarder les planches de concert, de façon à me faire une idée de leur vision à tous les deux, scénariste et artiste, plutôt que de les voir séparément, ou de lire le script sans les illustrations – je préfère tout voir ensemble. J’aime aussi demander à l’artiste comme au scénariste s’ils ont des photos qui les auraient inspirés, ou toute pensée, commentaire, les films qui les travaillent… J’adore le cinéma, alors si un artiste m’explique « je regardais Kill Bill tous les jours quand j’ai dessiné ça », je vais me dire « oh, je ferais bien de regarder Kill Bill avant de le mettre en couleur ». Après m’être ainsi échauffé le cerveau, j’envoie les planches à un flatter, qui sépare les illustrations en à-plats [en anglais flat, d’où le terme de flatter, NdlT] de couleur que je peux ensuite étalonner et corriger… Vous voyez qui est le Rocketeer, je suppose ? Un jour, j’ai envoyé des planches de Rocketeer au flatter, et quand elles me sont revenues, le héros était tout vêtu de noir, on aurait dit Dark Vador ! Évidemment, cela n’allait pas… Donc, je corrige, je colorise, j’effectue le rendu, puis j’envoie le tout pour approbation – c’est très important pour moi. Je crois que certains coloristes ne soucient pas trop de l’avis de l’artiste, mais pour moi sa satisfaction est essentielle… sans doute parce que je vis avec un artiste, et que j’en étais une moi-même au départ, je me soucie beaucoup de leur avis. Puis, une fois que l’artiste m’a donné son accord, ainsi que le scénariste, alors tout est prêt, ça passe au lettrage, et voilà !

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Est-ce que vous travaillez de la même manière pour tous les éditeurs ou devez vous vous adapter ?

Chaque projet est un peu différent, bien sûr ; je dirais que cela dépend surtout de la maison d’édition. Chez Image, c’est un peu le Far West, parce que personne n’est vraiment soumis à un éditeur, et chacun fonctionne différemment, si bien que les processus collaboratifs varient… certains sont plus mouvementés, alors que d’autres roulent tout seuls. Prenez mon travail avec Declan, par exemple : on travaille ensemble sur Injection, et là ça roule tout seul, parce qu’on a déjà fait Moon Knight avec Warren [Ellis]… bon sang, on a fait tellement de choses ensemble, avec Declan… on a aussi fait Deadpool… Du coup, Injection, ça roule. Autre exemple : They’re Not Like Us, avec Simon Gane, et Eric Stephenson au scénario – là encore, ça roule tout seul, parce qu’on est tous en phase. Nous n’avions jamais travaillé ensemble, mais le premier numéro s’est mis en place tout seul, direct.

À côté de cela, il y a d’autres maisons où il faut passer par un éditeur ; là, j’envoie les couleurs séparément à l’éditeur, qui les envoie ensuite à l’artiste. Je n’aime pas trop quand la communication est ainsi interrompue, je préfère m’adresser à l’artiste directement. C’est sans doute la seule vraie concession, le pire frein en terme de processus.

Je cherche un autre exemple de collaboration fluide… Pretty Deadly, tenez, là encore, ça roule tout seul, nous sommes en train de préparer le second volume, qui doit sortir à l’automne. On vient de mettre en place quelques pages d’aperçu, après un an d’interruption… je m’inquiétais un peu, maintenant que nous avons une éditrice – à vrai dire c’est notre deuxième, nous en avions déjà une autre [Sigrid Ellis] avant –, je craignais que cela entrave un peu notre processus… Mais c’était génial, parfaitement organique, comme avant. J’ai envoyé toutes les pages, qui ont été approuvées, elle est contente, moi aussi, tout le monde est content – c’est dans la boîte. C’est magique. Quand les comics se font tout seuls, comme ça, c’est le paradis.

Ma réponse est un peu longue, désolée !

Savez-vous exactement combien de titres vous avez colorisé jusqu’à maintenant ? Comment faites-vous pour travailler sur autant de titres à la fois ?

06-journey-into-mysteryCela fait maintenant… quatre ans, je crois, que je travaille comme coloriste ? J’en ai colorisé beaucoup, même si je ne saurais dire combien exactement. Honnêtement, je n’arrive plus à compter… Au moins une centaine, peut-être plus, deux cents… En particulier si on compte les couvertures indépendamment des intérieurs, à ce moment-là ça fait beaucoup, à n’en pas douter. Par mois, je colorise généralement entre dix et douze titres – je me garde habituellement de le dire, c’est une info secrète ! Certes, c’est coton, mais certains titres sont plus faciles que d’autres… Je n’ai pas de vie. Je passe mes journées assise, chez moi, à mettre en couleurs, jour après jour, mais le jeu en vaut la chandelle, car j’adore tous les titres sur lesquels je travaille, ils me passionnent, qu’il s’agisse d’Injection, de Pretty Deadly, ou encore de They’re Not Like Us.

Mais, oui, si on compte douze titres par mois, peut-être, et qu’on multiplie par vingt-quatre, c’est ce que je fais à l’année. Les bonnes années ! Parfois c’est pire, j’en fais encore plus… Jamais moins. Je suis très occupée.

Pouvez-vous me parler de votre initiative “Comics are for everybody” ? Savez-vous quelle en a été la portée ?

J03-marae ne sais pas trop comment cela a été reçu. Je crois que cela a bien pris sur Twitter, on a vendu beaucoup de t-shirts, tous les profits sont allés à une œuvre caritative pour les femmes, V-day [un organisme luttant contre les violences envers les femmes et les jeunes filles].

Je ne sais pas si vous en avez entendu parler en France, mais il y a un t-shirt qui avait fait parler de lui, avec une phrase idiote sur le café, qu’est-ce que c’était déjà… « I take my fangirls the way I take my coffee… I fucking hate coffee ! [Mes fangirls, je les prends comme mon café… putain, je déteste le café !] » Et quand j’ai vu ce slogan… À vrai dire, notre t-shirt était déjà prévu depuis un moment, j’en avais discuté avec Steven Finch, qui s’était occupé du design ; il signe le design de Saga, Nowhere Men, They’re Not Like Us, Injection, il est génial [et mieux connu sous le pseudonyme de Fonographiks]. Nous parlions déjà de faire ce t-shirt, parce que j’en avais tellement ma claque de voir les femmes se sentir mises à l’écart de cette industrie, tout comme les jeunes enfants, les personnes trans… Je m’en suis remise depuis, mais quand j’ai vu ce foutu t-shirt, j’ai renversé une table, j’ai fait ma Liz Lemon dans 30 Rock, mon sang n’a fait qu’un tour !

On a donc mis en ligne notre t-shirt, et je crois que ça a pris immédiatement, les gens ont été ravis de se le procurer. Je suis très heureuse de voir des auteurs tels que Kieron Gillen, Scott Snyder, Fred Van Lente, et même Greg Pak il me semble, se l’approprier. Ils font l’effort de le mettre pour aller aux conventions, quand ils donnent des conférences, où ils savent qu’ils seront vus. Et c’est vraiment agréable de voir ces hommes blancs faire ce geste, parce que bien sûr, comme on le dit souvent, seuls les hommes blancs peuvent faire entendre leur voix ; alors c’est agréable de les voir se mobiliser, en tant qu’hommes blancs, et dire « nous soutenons cette initiative, et tout le monde devrait le faire. » Cela marche bien, je suis vraiment enthousiaste.

Je ne sais pas si je devrais vous le dire, mais allez : j’en ai discuté récemment avec Eric Stephenson, l’auteur de They’re Not Like Us et de Nowhere Men [et directeur exécutif d’Image Comics], parce qu’Image s’est montré d’un grand soutien également, même s’il s’agit bien sûr d’une initiative indépendante, dont nous avons pris soin qu’elle ne soit liée à personne en particulier ; nous voulions juste transmettre un message. Mais Image va adopter notre slogan à l’avenir. C’est génial : Image sera à présent responsable de sa distribution, ce sera toujours lié à une œuvre de charité – laquelle, nous n’en sommes pas encore sûrs. Mais je suis enthousiaste, car Image est un éditeur qui a le vent en poupe, qui sait vraiment tirer son épingle du jeu, et avec eux derrière, ça va être génial. J’ai hâte de voir le slogan apparaître dans les fascicules d’Image, lors des conventions… qui sait jusqu’où ça ira ! Je suis confiante, je pense que c’est une phrase qui va faire son chemin. C’est cool.

Il existe d’autres mouvements qui cherchent à promouvoir la diversité dans les comics, tels que “We are comics” ou le “Women read comics in public too”, pensez-vous qu’un jour cette diversité devienne réellement acquise au sein de l’industrie ?

tumblr_nkad1ssLrw1u5shugo2_500J’aime à le croire, oui, je pense que pour l’heure on a identifié le problème. Je ne vais pas prétendre réciter les statistiques par cœur, parce que je risque de m’emmêler les pinceaux, mais ce que je sais, c’est que les créateurs noirs sont effroyablement peu nombreux ; je sais que les créateurs asiatiques sont effroyablement peu nombreux ; je sais que la proportion de créateurs trans est épouvantablement ridicule, et quant aux créateurs gays… Honnêtement, c’est à peine si la communauté gay et trans existe dans le milieu des comics ! Bien sûr, il y a plein d’artistes indés, qui se battent de toutes leurs forces pour publier leur travail par eux-mêmes… mais si vous regardez du côté de Marvel et de DC, jamais ils n’engagent ce type de talents de façon pérenne, ou alors seulement sur des petites choses, des anthologies féminines… Alors, oui, j’aime beaucoup les anthologies féminines, j’aime beaucoup les annuels qui mettent en avant les femmes, mais j’ai vu plein de femmes engagées pour ces seules anthologies chez Marvel, et jamais pour un ongoing du même Marvel… Alors, oui, l’intention est bonne, mais quand même… Je ne comprends pas pourquoi un homme ou une femme trans, ou gay, ou une femme d’origine asiatique par exemple, ne disposent pas encore de leur propre titre, à l’année.

J’aimerais pouvoir vous dire que les choses s’arrangent ; prenez par exemple la liste des Eisner Awards de l’année dernière, c’était merveilleux, tout ce talent féminin, c’était énorme, incroyable… Les choses sont donc en train de changer, lentement, mais à côté de cela, il y a encore tellement d’hommes pour dire « je ne vois pas pourquoi on en fait tout un plat », ou « qu’est-ce que ça peut bien leur faire, aux femmes, si ça ne leur plaît pas, elles n’ont qu’à créer leurs propres comics ! » Et franchement, tenir ce genre de discours, ça n’apporte rien au débat. Ça devrait être pour tout le monde, parce que les comics, c’est pour tout le monde, tout simplement ! J’espère que cela va s’arranger.

Tenez – je peux me montrer un peu défaitiste, parfois – j’ai eu récemment vent d’une histoire qui m’a chagrinée, au sujet d’une immense auteure, dont je tairai le nom, mais qui a été très agacée de se voir poser une question du type « Sans vous demander ce que ça fait d’être une femme dans les comics, qu’est-ce que ça fait, d’être une femme ? » Et il s’agit de quelqu’un de très célèbre, dont je ne saurais même pas vous citer les accomplissements tellement ils sont nombreux, et elle disait « franchement, on est en 2015, quand est-ce qu’on va nous lâcher avec ça ? » Vous croyez que ça passerait, si quelqu’un demandait « et qu’est-ce que ça fait d’être un Noir dans les comics ? » Personne n’oserait dire ce genre de conneries ! Et quand bien même, s’il fallait le demander… non, sérieux, ne posez jamais ce genre de question ! [rire] Contentez-vous de soutenir ces créateurs, soyez heureux de voir une telle diversité !

Je ne sais pas, parfois je me sens découragée. Je vois du changement, mais je vois aussi beaucoup de recul, hélas souvent du fait de l’ignorance, je pense, parce que les gens ont vécu si longtemps d’une certaine manière qu’ils ne voient pas le besoin d’en changer… et tout cela est bel et bon, mais assez naïf, aussi. Or, on ne peut pas progresser si on est entouré de gens naïfs qui tirent tout le monde vers le bas ; il faut se montrer radical, enthousiaste ! Si vous pensez être en position de force, en tant qu’auteur, engagez une artiste féminine ; si, en tant que scénariste blanc, vous avez le sentiment de n’écrire que des personnages blancs, alors, essayez d’élargir votre éventail… Une autre race, ce n’est pas si difficile ! Il y a tellement de gens qui se demandent « mais comment on écrit les femmes ? » Ce n’est pas difficile, vous savez, elles disposent des mêmes éléments de bases que les personnes normales ! [rire] J’aimerais voir les gens s’aventurer hors de leur zone de confort, parce qu’on a vraiment besoin de plus de titres comme Ms. Marvel, qui est arrivé de nulle part et a rencontré un succès incroyable, pour de bonnes raisons… Saga, pareil, venu de nulle part, énorme succès… Encore un autre : The Wicked and the Divine ! Voilà un titre qui célèbre toutes sortes de gens, dans leur diversité, et là encore, avec beaucoup de succès… Et Kieron Gillen ne se contente pas de réécrire sans cesse les mêmes personnages ; et même si G. Willow Wilson écrit sur un sujet qui lui est proche, pour le lecteur, c’est totalement inédit. Et tout cela, c’est très important. Plus on verra d’histoires différentes, qui ne se content pas de suivre un homme blanc sur le chemin de l’héroïsme, de recycler sans cesse le même concept, et plus on attirera un lectorat nombreux et varié. Et, de fait, ça fera changer l’industrie derrière, du moins je l’espère…

Encore une fois, toutes mes excuses pour cette longue réponse, c’est un sujet qui me tient à cœur !

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Quelles sont les auteures féminines dont vous suivez actuellement la carrière ?

Pour être honnête, je suis terriblement occupée, ce qui me laisse peu de temps pour lire, mais si je devais citer mes auteures préférées… Kelly Sue DeConnick, bien sûr, parce qu’elle est géniale ; G. Willow Wilson, bien sûr, géniale aussi ; ce sont mes deux chouchous… Il y a Kate Leth, aussi, elle est en train de monter en puissance : elle écrit Edward Scissorhands [Edward aux mains d’argent] et Bravest Warriors il me semble, c’est une personnalité jeune et pétillante, j’aime beaucoup sa plume. Sinon… oh, bon sang, qui… j’ai un trou, désolée. C’est mon trio de tête, mais il y en a une… Je sais qu’Emma Rios a commencé à écrire ; je n’ai encore rien lu d’elle en tant que scénariste, j’ai hâte, elle est si talentueuse… Oh, Ming Doyle ! Ma toute meilleure amie dans le milieu, je l’adore, j’ai tellement d’affection pour elle. Elle écrit Constantine, et ça déchire, elle est formidable, je sais qu’elle l’écrit en tandem avec quelqu’un [James Tynion IV], mais je suis persuadée qu’elle est parfaitement capable d’écrire toute seule, j’ai hâte de voir où elle va aller, parce qu’elle un sacré cerveau, très fécond. Oh, elle est si brillante ! Becky Cloonan aussi, bien sûr, j’adorerais voir Becky écrire en solo ; je sais qu’elle travaille en tandem [sur Gotham Academy] avec Brenden Fletcher, qui est génial. Mais, voyez, c’est un autre point qui m’agace : tous ces titres avec des héroïnes, écrits par des femmes en tandem avec des hommes… J’aime beaucoup toutes les personnes impliquées, mais je ne puis m’empêcher de tiquer : les femmes n’ont pas besoin qu’on leur tienne la main… donnez-leur leur propre bouquin, merde ! Je vous assure qu’elles en sont capables ! Mais bon, je comprends, et j’espère qu’à l’avenir on n’aura plus besoin de les encadrer ainsi…

Enfin bref, voilà les femmes qui font vrombir mon moteur,  qui me font tripper. Mais j’entends sans cesse de nouveaux noms… et pas seulement des femmes. Là encore : j’aimerais voir toutes les minorités représentées, afin qu’elles ne soient plus dans la minorité, justement. J’aimerais pouvoir vous citer un ou une auteur gay, mais je ne suis même pas sûre de le pouvoir, car ils sont si peu nombreux dans le milieu… J’aimerais pouvoir citer un ou une auteur trans, mais je ne suis pas sûre d’en connaître. C’est… ça me met en rogne. C’est comme pour les réalisatrices, il y en a si peu de connues ; Kathryn Bigelow est la plus célèbre, je suis fan, mais… j’en veux plus. J’aimerais tellement que vous me demandiez « Jordie, qui sont tes auteures préférées » – même si j’espère qu’on n’en sera plus à poser ce genre de question dans dix ans, bien sûr, mais j’aimerais alors pouvoir citer tellement de femmes, avec des lesbiennes, des noires, des lesbiennes noires, toutes sortes de femmes… Mais pour l’heure, c’est tout juste si on peut citer dix auteures blanches vraiment géniales. J’en veux plus… Donnez-m’en plus ! C’est tout ce que je demande : qu’il y en ait plus.

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2 réponses à “Comic’Gone 2015 : Interview de Jordie Bellaire

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